Séries de notre enfance : Chips

C’est le mois de Mai, le temps d’évoquer des séries de l’enfance des générations Y : bienvenue dans le monde merveilleux des années 80. Aujourd’hui, c’est Chips qui sort du garage et un générique qui revient en fanfare et en trompettes dans l’esprit des premiers concernés. Tiiiiiin, tin tin-tin-tiiiiiiin!

We blew it

Pour les nostalgiques de la moto au plexiglass profilé, il est aujourd’hui très difficile d’assumer cette passion tenace pour Chips, ce trésor à chevaux, environ 95, entre les seventies mourantes du nouvel Hollywood et les prometteuses eighties qui vont nourrir la planète entière d’actioners filmés au kilomètre. Comme perdu entre deux époques, le générique magnifiant les Kawazaki KZ 900 de Punch et Becker, deux motards à l’uniforme brun et moulant, joue de la trompette et du disco à tour de rôle. N’en jetez plus : entre quelques scènes perdues sur le net et ces images cultes dont on regrette de s’être un jour lassé, plus aucun épisode ne tourne sur les chaînes de télé, et une seule saison est sortie en DVD en France. On en crève.

La chasse à la Porsche noire

En fouillant un peu, on retrouve la première scène de la série. En tout cas, le youtubeur qui l’a publiée avait l’air d’être sûr de son coup. Et qu’importe : cette série vit grâce à un dispositif aussi génial que répétitif, au cours des 6 saisons de ce bonbon motorisé anti-choc pétrolier. Soit : nos deux héros se baladent à une allure digne d’Easy rider (Denis Hopper, 1969) en roulant leurs mécaniques, et puis une voix baragouine en saturant dans le récepteur radio. Un homme conduit une (indiquez ici le modèle de voiture) trop vite, (soit plus de 80 km/heure pour une VF déjà un poil trop tatillonne avec la prévention routière) et trop dangereusement. (il change de voie en se retournant sans regarder dans ses rétroviseurs) Tout est là. Chips, c’est l’idée de poursuite, de moteurs qui ronronnent, de méchants menaçant le flux de conducteurs anonymes, qu’on imagine tous trépigner au volant en jouissant, eux aussi, du spectacle.

L’histoire du swag sur la ville où le soleil ne se couche jamais

Chips vit par et pour la poursuite, toujours au moment où Punch ou Becker repose la CB, (les jeunes, ce sont des trucs à fil qui permettaient de communiquer à distance, qui sont aux smartphones ce que les magnétoscopes… Laissez tomber.) mettent les gaz, quand les nappes de notre bande-son seventies introductive cèdent le pas au funk coulé du swag sous le soleil. Il ne pleut pas à Los Angeles, car le style n’aime pas tout ce qui mouille : on doit rouler moins vite.

La transgression mais pas trop

La California Highway Patrol suit les maraudeurs, les bandits et les kidnappeurs, à coup d’inserts nerveux (une main qui se resserre sur la poignée de l’accélérateur, un pied qui débraye) d’un découpage, d’une cascade de plans qui a bien révisé son petit Bullitt (Peter Yates, 1968) pour les nuls. Certes, pour les besoins du petit écran, la musique accompagne les ronrons et les dérapages, mais que dire de ces chorégraphies, ces cascades fascinantes et terriblement transgressives en 2020 ? Déjà, las, en 1986, dès la diffusion des premiers épisodes, on se fait poursuivre, mais pas trop vite. On a des accidents, mais pas trop graves. On fait des tonneaux, mais ils ne font pas tous super mal à la tête. Chips, c’est le style mais aussi la stylisation des rêves perdus des années 70 : la monster car de plus de 300 chevaux, sacrifiée sur l’autel des cours du pétrole, aussi matérialistes qu’égoïstes, poussant les motards héroïsés de Californie à chevaucher des japonaises récemment importées. Chienne de vie.

L’anthropomorphisme méca : Chips, la série qui rattrape toutes les autres

Aujourd’hui, la série n’est plus. (Non, le film de 2017, n’existe pas. Enfin, pas dans cet univers) Et pourtant… Chips a su construire un style imitable et duplicable, en bon ou en fade, à l’image des autoroutes hyper mal fréquentées d’Alerte Cobra, cette série allemande aussi interminable et ennuyeuse qu’une route de montagne, mais elle a pu aussi développer une véritable philosophie de la vie. Eh oui. J’aime Chips, donc je suis. Oubliez Crash (David Cronenberg, 1996) et les artistes incompris du dadaïsme, du Bauhaus et les autres : quand vous regardez Chips, vous vivez par la conduite. Vous conduisez un dodge ? La calandre fait flipper, vous serez méchants. Une petite anglaise ? Les lignes sont délicates, vous serez une femme, so années 80… Une belle américaine ? Allez, pour toi ce sera figurant. Vous, votre truc, c’est de conduire des européennes rapides et racées ? Revenez vers le premier paragraphe. Et faites gaffe aux tonneaux en sortant de la rocade.

Un si long embouteillage

Chips, c’est évidemment daté, mais ce sont aussi, bien avant Drive (Niclas Winding Refn, 2011) les chapelets de motos, de camionnettes et de bagnoles qu’on trimballe sans but et sans passion, pour animer des existences sommes toutes assez mornes entre deux banlieues. Vous vous rappelez Brad Pitt dans Once upon a time in Hollywood ; son retour interminable vers son mobil home pour aller regarder Mannix à la télé ? C’est lui, ce sont eux, qu’on voit dans tous les arrière-plans, dans le coin des rétros de tous nos héros. Circuler jusqu’à en mourir : voilà toute une belle histoire de la civilisation et de l’humanité, dans une seule série pop. Chips, c’est une série entre deux générations, des seventies aux années 80, des X aux Y et le culte le plus brillant et désuet consacré à la chorégraphie de la poursuite motorisée, dans le dernier feu d’artifice avant les voitures électriques. Ramenez-la nous pour un autre tour de piste, on n’en peut plus.

Chips: générique

https://www.youtube.com/watch?v=SU7v_BaHANM

Fiche technique

Titre original : Chips
Création : Rick Rosner
Musique : Billy May, Alan Silvestri; Mike Post et Pete Carpenter (générique)
Production : Paul Rabwin, Rick Rosner
Société de distribution : NBC
Pays : États-Unis
Langue : anglais
Nombre d’épisodes : 139 (6 saisons)
Durée : 47 minutes
Dates de première diffusion : États-Unis, 15 septembre 1977 ; France : 18 septembre 1983

Distribution

Larry Wilcox : l’officier Jonathan « Jon » Baker
Erik Estrada : l’officier Francis Llewellyn « Ponch » Poncherello
Robert Pine : le sergent Joseph Getraer

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
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