Mon voisin Totoro, la quiétude de l’enfance

Mon voisin Totoro est une parenthèse familiale, aussi aventureuse que pittoresque. A première vue, cette oeuvre semble avoir moins d’ambition ou d’ampleur thématique que des films denses comme Le Voyage de Chihiro ou Princesse Mononoké. Mais tout comme Porco Rosso, Mon voisin Totoro est une bulle dans laquelle on aime s’immerger pour ne plus jamais en sortir. 

Il y a une jovialité et une bienveillance qui transpirent dans tous les plans forgés par Hayao Miyazaki. La mystérieuse féerie mise en place par le cinéaste devient rapidement communicative. Dès les premiers instants, avec cette rizière verdoyante, ces ruisseaux qui chantonnent, cette maison délabrée mais pleine de vie, cette petite famille ayant des étoiles dans les yeux devant cette faune et cette flore, le spectateur se sent comme sur un nuage, comme si nous avions envie de connaître le même enthousiasme à vouloir découvrir l’inconnu qu’ont les deux jeunes filles, Satsuki et Mei. 

Les couleurs sont chatoyantes et c’est un émerveillement à la fois visuel et parsemé de nombreuses inventivités (les noiraudes) que de voir cette famille découvrir les recoins de cette baraque entourée d’un arbre aussi majestueux que grandiloquent. D’emblée, Hayao Miyazaki, tel un peintre, sait harmonieusement construire ses palettes de couleurs et son cadre avec une simplicité et une si grande humilité dans les traits que cela attise vivement la curiosité devant de si vastes détails. Mais tout comme Porco Rosso, Mon voisin Totoro contient une trame narrative qui n’épouse pas un schéma classique mais qui, au contraire, respire par le battement du cœur du quotidien. 

La grande soeur Satsuki va à l’école pendant que la jeune Mei fait le tour du jardin, et que le père de famille va à l’université. On aime voir la timidité d’un jeune garçon qui offre son parapluie à une jeune fille, voir un père rire aux éclats pour faire peur aux fantômes, une fille courir cheveux aux vents pour connaître la santé de sa mère, ou regarder deux sœurs danser de joie parce qu’elle ont passé la nuit à vagabonder avec Totoro. C’est simple et naïf, mais d’une grande beauté. Le rythme suit son cours, non par des rebondissements narratifs mais grâce à la douce quiétude de ce lieu qui cache en lui une magie hors du commun, comme en atteste ce cher Totoro : une sorte de grande peluche pour enfant, qui grogne comme s’il avait faim continuellement et qui voyage en chat-bus dans un ciel sans orage. 

Sous ses airs patauds et son regard endimanché, il est un astre parmi les astres. Il représente cette nature, aux penchants fantastiques, cette ode à la magie de l’enfance, dans un Japon d’après guerre où il est bon de se sentir en communion avec le calme rassurant de la forêt. Une communion qui va muter en osmose : l’Homme respecte et remercie la nature de sa bienveillance. Remercier, non par soumission mais plus par croyance, espérance ou cohabitation naturelle. L’un n’allant pas sans l’autre à l’image de Satsuki qui prie Totoro pour retrouver sa jeune sœur. Le récit est tellement fluide et la direction artistique tellement malicieuse que l’environnement fantastique fait partie intégrante d’une certaine forme de réalité. Mon voisin Totoro pourrait facilement être considéré comme un simple film pour l’enfant, mais l’humanité de Hayao Miyazaki parle à tout le monde et détient, comme de coutume, cette noblesse de rassembler. Le signe des grands films.

Bande Annonce – Mon voisin Totoro

 

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