Brimstone : un méchant trop méchant

Selon un célèbre adage, plus réussi est le méchant, meilleur le film sera. Nés de ce sophisme Hitchcockien, les Dark vador, Hannibal Lecter et autres boogeyman de la pop culture témoignent de sa véracité, jusqu’à la surenchère. Et si le méchant est trop méchant pour être crédible ? On part à Brimstone, ça vous branche? Allez, ça va bien se passer…

Le nouveau western

2017, un film de Martin Koolhoven, bienvenue à Brimstone. Martin Koolhoven’s Brimstone même, selon la particule amusante et pompeuse, qui était aussi celle de certains films de John Carpenter, sauf que lui le faisait pour protéger ses droits d’auteur. Là, après avoir vu le film, vous vous direz peut-être qu’il n’y a pas grand chose à défendre. Et pourtant… Comme dirait l’autre… Un polar crépusculaire a tout des atours séduisants du soleil couchant : après Impitoyable, le chef d’œuvre de Clint Eastwood, beaucoup se sont essayés à revisiter le nouveau western. On prend un calque, ici La nuit du chasseur, en 1955, et la version 2.0 est en route.

Un méchant très méchant

Dans l’Ouest américain, on croise des cow boys, des flingues, des indiens et d’autres créatures affectueuses comme des pasteurs rigoristes. Enfin, pour eux l’affection est assez étouffante et consiste souvent à poursuivre sur toute une vie ceux et celles qui refusent de se soumettre à leurs terribles errances métaphysiques. En tout cas, celui-ci, Boris Rehlinger, incarné par un Guy pearce en roue libre, en pente abrupte et sans freins réussit l’exploit de nous faire oublier en quelques minutes à l’écran qu’il est le presque anagramme de Richard Bohringer. C’est dire. Hargneux, ténébreux et balafré, ce qui n’arrange pas grand chose, il est pourtant le même ultime du méchant Hitchcockien : charismatique, mis en scène avec envie et absolument détestable. Mais ça ne marche pas des tonnes. Pourquoi donc ?

Une jeune fille très sensible

Un grand film comme Delta force 2 l’ayant prouvé, le méchant trop méchant ne vaut pas un méchant très méchant. Car le méchant trop méchant est celui qui réussit à faire baisser les bras au spectateur, de dépit, et de tristesse aussi, quand il est au générique d’un film de plus de deux heures, divisé en 4 chapitres pompiers : révélation, exode, genèse et châtiment. Pas moins que ça. Boris est invincible, impitoyable, blessé et tué quatre fois, même brûlé vif, mais revient inlassablement comme un tueur de slasher mal fagoté. La tristesse de ce Brimstone est de manquer la cible, à défaut d’avoir une belle flèche. Car le précepte de base est de rappeler ce que l’orangina rouge nous avait déjà appris plus tôt à ce sujet : mais pourquoi est-il si méchant ?

Un tueur sans cible

Las, tailladé, blessé, rejeté, Boris n’en a cure : il sera tueur sanguinaire, violera, éventrera un père de famille plutôt sympa, marchera avec la volonté de Mike Myers tout en étant aussi souriant que Rudy Garcia. Et c’est tout le désespoir que ce film très long inspirera par le bras armé de cet homme incontrôlable, comme son acteur, qui échappe à toute logique narrative et toute logique tout court : le mal ne peut pas être humanisé de la sorte quand il est absolu. Cette incarnation dont John Carpenter était friand, il la réservait à l’arrière-plan, la raréfiait dans ce qui est devenu une figure imposée de tout apprenti cinéaste. Martin Koolhoven en fait lui l’alpha et l’omega d’un métrage dont un des signes restera ce regard perdu, douloureux de Dakota Fanning, jouant Liz, la pourchassée, semblant comme nous ne pas comprendre pourquoi ce mal s’acharne de la sorte à vouloir la tuer. De deux choses l’une : ou un méchant n’a pas de but apparent, et il en est terrifiant, car il ne sera pas humanisé, ou s’il en a un, il doit être clairement compréhensible, au risque de marcher dans les pas de sa propre ombre. Une triste publicité pour les pasteurs rigoristes.

Brimstone: bande-annonce

Fiche technique

Titre : Brimstone
Réalisation : Martin Koolhoven
Scénario : Martin Koolhoven
Photographie : Rogier Stoffers
Monteur : Job ter Burg
Musique : Tom Holkenborg
Producteur : Els Vandevorst, Uwe Schott
Production : N279 Entertainment, Backup Media, X-Filme, Prime Time, Studio Babelsberg, The Farm Film
Pays : Pays-Bas (coproduction Pays-Bas, France, Allemagne, Suède et Royaume-Uni)
Genre: western / thriller
Durée : 148 minutes
Langue : anglais, néerlandais
Dates de sortie : 22 mars 2017
Interdit aux moins de 16 ans

Distribution

Dakota Fanning (VF : Kelly Marot) : Liz/Joanna
Guy Pearce (VF : Boris Rehlinger) : le Révérend et père de Joanna
Emilia Jones (VF : Clara Quilichini) : Joanna adolescente
Kit Harington (VF : Benjamin Penamaria) : Samuel, un braqueur blessé
Carice van Houten (VF : Audrey D’Hulstère) : Anna, la mère de Joanna

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
Vieux briscard de la cinéphilie de province, je suis un pro de la crastination, à qui seule l'envie d'écrire résiste encore. Les critiques de films sont servies, avant des scénarii, des histoires et cette fameuse suite du seigneur des anneaux que j'ai prévu de sortir d'ici 25 ans. Alors oui, c'est long, mais je voudrais vous y voir à écrire en elfique.

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