Le Conte du Tsar Saltan, une petite perle poétique en DVD et Blu-ray chez Artus Films

Les éditions Artus Films nous permettent de découvrir le Conte du Tsar Saltan, petit bijou du cinéma merveilleux, et de faire connaissance avec un cinéaste injustement oublié, Aleksandr Ptouchko.

Les contes constituent un des fondements culturels essentiels du monde russe. Écrivains, compositeurs, peintres, les artistes ont puisé dans ce matériau populaire inépuisable. D’abord oraux, les contes ont même été repris par les grands écrivains russes, à commencer par le principal, Aleksandr Pouchkine, qui écrivit plusieurs contes en vers. Publié en 1831, Le conte du Tsar Saltan, de son fils, glorieux et puissant preux Gvidon Saltanovitch et de la très-belle Princesse-cygne est un de ces contes de Pouchkine appelés à avoir une glorieuse postérité. En 1900, le conte devint un opéra de Rimsky-Korsakov (opéra dans lequel on trouve le fameux Vol du bourdon), puis connut trois adaptations cinématographiques en URSS, deux sous la forme d’un dessin-animé, et le film d’Aleksandr Ptouchko que les éditions Artus Films nous permettent de découvrir.

Arrêtons-nous un instant sur l’objet lui-même, qui est superbe. Un livre d’une centaine de pages, abondamment illustré, renfermant le DVD et le Blu-ray du film. Le livret s’arrête surtout sur la carrière du réalisateur, cinéaste trop peu connu en France, méprisé par les critiques occidentaux et qui n’eut même pas une grande réputation dans son pays d’origine. Il faut dire que Ptouchko filmait un peu à rebours de son temps. Même si, dans les années 60, le réalisme socialiste n’était plus une obligation, les films merveilleux de Ptouchko font preuve d’une volonté anti-propagandaire qui devait détonner dans la production de l’époque. Car le cinéaste abandonne joyeusement toute idée de réalisme pour nous plonger dans un monde merveilleux. Jamais il ne cherche la moindre explication, la moindre rationalisation de ce qu’il montre. Nous sommes dans un conte, et tout est fait pour nous le faire vivre.

Du coup, le travail de Ptouchko, dans ce Conte du Tsar Saltan, se traduit en priorité dans les décors, les costumes, les couleurs et les lumières, bref : dans tout l’aspect visuel du film. Dès les premières images nous sommes immergés dans une Russie de contes, avec son isba perdue dans la forêt enneigée, puis ses palais impériaux somptueux. Les effets spéciaux aussi ont cette poésie des trucages artisanaux qui apportent un supplément de vie à un film. Des animaux qui se transforment en humains (ou inversement), des soldats géants sortant de l’eau, des villes qui sortent de la brume, tout contribue à implanter ce merveilleux qui fait la saveur du film.

Le film de Ptouchko est extrêmement respectueux du conte de Pouchkine, au point de reprendre des extraits du texte original dans les dialogues. Tout est écrit en vers et en rimes. Seule différence : là où le conte se révèle surtout drôle (et un peu sarcastique) et passe très vite sur tous les événements sans s’y appesantir, la narration du film s’arrête parfois plus longtemps sur certaines scènes, comme le moment où la tsarine et son fils sont emprisonnés dans le tonneau.

Mais cela n’est en rien préjudiciable au rythme, qui est soutenu tout au long des 85 minutes du film. Ptouchko privilégie le spectacle et le merveilleux dans un film remarquable qui mérite sa place dans le panthéon des contes filmés.

Le film est présenté dans une très belle édition. Le film est montré dans un nouveau master restauré 2K et en version intégrale, en nous offrant le choix entre version française ou VOSTFR. Si les bonus sur le DVD se limitent à deux bandes annonces et un diaporama, le contenu du livre est, quant à lui, riche et passionnant (d’autant plus que le livret contient le texte du conte de Pouchkine dans une traduction qui sait rendre ses subtilités et sa légèreté). Nous y apprenons surtout à découvrir Aleksandr Ptouchko, et après avoir vu ce film et lu ce livre, on n’a plus qu’une envie : nous plonger dans l’œuvre de ce cinéaste qui s’est consacré à mettre en images ces contes et légendes populaires de Russie.

Caractéristiques :

Nouveau Master Haute Définition 1920/1080p
Format 2.35 original respecté
Couleurs
Langues : russe, français
Sous-titres : français
Durée du film : 85 minutes

Suppléments de programme :
Diaporama d’affiches et de photos
Film-annonce français
Film-annonce russe
Livret de 96 pages : Alexandre Ptouchko & le Tzar Saltan : la condition initiatique au cinéma, par Nicolas Bonnal.

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Eega, la mouche vengeresse : l’amour revient toujours

Un homme tué par son rival amoureux revient en mouche domestique pour se venger. Entre les mains de S.S. Rajamouli, ce pitch impossible devient l'un des films les plus singuliers et les plus rafraîchissants du cinéma contemporain. Sortie en 2012, "Eega, la mouche vengeresse" constitue l’œuvre pivot d'une filmographie qui donnera naissance au monumental dyptique "La Légende de Baahubali" et la merveille "RRR".

Torso (1973) de Sergio Martino : tripes et nichons en 4K

Au carrefour du giallo et du slasher, Torso de Sergio Martino marqua son époque par sa violence exacerbée et son lot généreux de scènes érotiques. Succès important à sa sortie en 1973, le film s’est depuis lors vu certifier un label « culte ». Pur divertissement coupable ou grille de lecture plus subtile qu’on ne le pense ? Ou vous laisse juger, mais cette magnifique édition vaut en tout cas le détour.

Le Maître du Kabuki : le nouveau « trésor national vivant » japonais ?

Davantage qu’une ode à un art théâtral ancestral – par ailleurs difficile à apprécier pour un spectateur occidental – "Le Maître du kabuki" est une véritable saga qui aborde de multiples thématiques dont l’écho résonne bien au-delà des frontières de la péninsule nippone.