Millennium Actress : hymne à l’amour et au cinéma

Millennium Actress, réalisé en 2001 par Satoshi Kon, arrive enfin sur grand écran ce mercredi 18 décembre. Après Perfect Blue (1997), le réalisateur japonais renoue avec l’univers du rêve et de l’imaginaire tout en substituant à la noirceur de son premier film l’énergie plus positive de l’obsession amoureuse. Véritable déclaration d’amour au cinéma, chef d’œuvre de l’animation japonaise, Millennium Actress est une œuvre à découvrir ou à redécouvrir.

Millennium Actress détonne par son puissant mélange de la fiction et de la réalité, l’imaginaire donnant son sens au réel, comblant ses manques et devenant l’unique moyen de poursuivre des rêves. Le ton est donné dès l’ouverture marquante du film. Sur un plateau de tournage, une jeune femme astronaute, interprétée par la célèbre actrice Chiyoko Fujiwara, s’apprête à décoller lorsqu’au vrombissement tonitruant de sa fusée succède un véritable tremblement de terre. Brusquement, la réalité rattrape la fiction. Genya Tachibana, qui assistait à la scène, parvient à sauver miraculeusement l’actrice enfouie sous les décombres.

Millennium Actress se poursuit en alternant deux cadres narratifs. Dans le premier, situé dans le présent et le réel, le journaliste Genya Tachibaba, accompagné par son cameraman Kyoji, part interviewer l’ancienne actrice Chiyoko Fujiwara, star des studios Ginei qui viennent de disparaître. Coupée du monde, ce n’est qu’à la vue d’une mystérieuse clé remise par le journaliste que la septuagénaire  accepte de témoigner en remontant le fil de son passé, plus de quarante ans plus tôt. Elle révèle alors qu’elle est devenue actrice dans l’unique espoir de retrouver un opposant politique dont elle est tombée amoureuse. Sans nom, elle ne dispose pour seuls indices que de  la clé que l’homme lui a confiée.

Dans le second, beaucoup plus décousu, mêlant les souvenirs à l’imaginaire du cinéma, les différents personnages féminins successivement incarnés par Chiyoko embrasent, à travers toutes les époques, la même quête que leur interprète. Genya Tachibana, en écoutant le récit de l’actrice, se laisse même prendre au jeu en s’immisçant dans cet univers. Toujours soucieux d’aider cette femme qu’il admire comme une idole, il se porte à son secours  dans ses rôles fictifs, en bravant tous les dangers. La mémoire de Chiyoko se projette et se perd ainsi dans l’art, source d’une confusion aussi merveilleuse que surprenante. Au gré des souvenirs, en une seule image, se muent le temps, les décors et les protagonistes, au sein d’une suite de réminiscences presque fantasmagoriques dont seul l’amour reste le fil conducteur.

Car Millennium Actress, malgré son style très particulier, traite avant tout de ce thème universel, la recherche d’un amour perdu. Il s’agit du moteur qui pousse Chiyoko à devenir actrice, malgré l’opposition farouche de sa mère, et qui reste le leitmotiv scénaristique de tous les souvenirs qu’elle imbrique au monde du cinéma. Cet objectif d’emblée presque inaccessible, qu’elle espère réaliser dans la réalité ou à défaut dans la fiction, a donné un sens à son existence. Mais encore plus que l’amour de Chiyoko pour ce mystérieux fugitif, c’est l’amour de Satoshi Kon pour le cinéma japonais qui frappe à l’écran.

A travers les séquences de cinéma, le réalisateur présente une somptueuse fresque de l’histoire du septième art japonais. Les films interprétés par Chiyoko évoquent ainsi le cinéma de Kurosawa, notamment les soldats de Ran, le kaiji eiga (Godzilla) ou encore les films de ninjas. En outre, la destruction des studios Ginei fait écho à celle des studios Shochiku, dans lesquels ont été tournés certains films d’Ozu et de Kitano. La mémoire de Chiyoko, loin d’être le simple reflet d’un esprit individuel, représente une véritable conscience collective, le passé et la culture de tout un pays. Millennium Actress est donc non seulement une œuvre à part entière, mais aussi un média incitant les spectateurs à découvrir de nouveaux horizons.

Bande-annonce : Millennium Actress

Fiche technique : Millennium Actress

Réalisation : Satoshi Kon
Scénario : Satoshi Kon, Sadayuki Murai
Direction artistique : Nobutaka Ike
Directeurs de l’animation : Hideki Hamazu, Takeshi Honda
Photographie : Hisao Shirai
Montage : Satoshi Terauchi
Compositeur : Susumu Hirasawa
Producteur : Taro Maki
Sociétés de production : Bandai Visual Company, Chiyoko Commitee, Genco, Kadowaka Shoten Publishing Company, Wowow, Madhouse Productions
Distributeur France : Septième Factory

Durée : 87 minutes
Date de sortie : 18 décembre 2019 (France)

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Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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