Swamp Thing : un goût d’inachevé

Adaptée du personnage de comics créé par Len Wein et Bernie Wrightson pour DC, la série Swamp Thing était très prometteuse. Certains grands noms, comme James Wan en producteur exécutif, renforçaient l’idée d’une série horrifique bien glauque.

Globalement, cette première (et apparemment dernière) saison de Swamp Thing reste en-dessous des attentes que l’on pouvait légitimement avoir.
La faute première en revient à la plateforme DC Universe qui, six jours après la diffusion du pilote, a annoncé de but en blanc qu’il n’y aurait pas de saison 2. Hors, visiblement, personne n’était au courant. Résultat : nous avons une série prévue pour durer plusieurs saisons, qui prend son temps (un peu trop d’ailleurs, nous y reviendrons plus tard) et qui s’arrête brutalement, en plein milieu de l’action, alors que le grand méchant que l’on attendait depuis un moment fait enfin son apparition. Les dix épisodes de cette saison étaient manifestement conçus, dans le cadre d’un projet de plus longue haleine, comme la mise en place des éléments principaux et la présentation des protagonistes d’un combat qui s’annonçait de grande ampleur. En décidant d’arrêter la série à peine commencée, DC Universe ne fait pas que frustrer des spectateurs, elle prive les épisodes existants d’un véritable enjeu.

Ceci étant dit, il faut aussi admettre que la semi-réussite (ou le semi-échec, c’est selon) de la série est partiellement imputable à ses scénaristes. Alors que Swamp Thing bénéficie de plutôt bons épisodes au début et à la fin de sa saison, il est hélas plombé par un gros ventre très mou. Ne sachant comment meubler le milieu de saison, les scénaristes abandonnent alors l’histoire principale pour plonger dans « un épisode, une histoire », où l’on voit la Créature affronter en plein marais la résurrection d’une maladie dissimulée dans un cadavre, ou bien encore un fantôme tarauder la richissime Mme Sunderland. La série oublie alors cette ambiance poisseuse qui était une des clés de la réussite des premiers épisodes, pour adopter l’esthétique des films d’horreur industriels qui inondent nos écrans ces dernières années (et c’est là qu’on se souvient que James Wan est l’un des producteurs de la série…).

Ceci étant dit, la série possède également de bonnes qualités. Dès les premières minutes, la réalisation parvient à instaurer une ambiance bien glauque. Le marais, véritable protagoniste de Swamp Thing, impose sa présence, mais surtout son atmosphère. Il rend tout le reste possible. Dans le domaine de l’horreur, il est suffisamment rare de trouver des œuvres qui savent s’occuper de l’ambiance ; il faut donc saluer cet effort qui s’avère payant.

Le marais se double d’une maladie aussi contagieuse que mystérieuse. Très vite, on comprend que les deux sont liés. Mieux : on devine vite le message écologique à peine caché derrière l’histoire. Détruire la nature, malmener le fragile équilibre d’un écosystème, c’est mettre en péril tous ceux qui y vivent, humains compris. Le message est d’autant plus louable qu’il n’est pas asséné à coups de marteau-pilon.

Cette problématique est présente dans le personnage même de la Créature. Mélange de végétal et d’humain (symbolisant cette indispensable alliance), il apparaît comme la création d’une nature qui veut se préserver contre les attaques d’une civilisation de plus en plus envahissante.

Tout cela va servir de toile de fond à une histoire hélas trop classique. La doctoresse du CDC (Centre de Contrôle des Maladies) qui revient dans son patelin natal, retrouve ses anciens potes et ses anciens traumatismes. Une ville à l’organisation sociale très codifiée également : il y a la riche famille qui domine tout (et cache forcément de lourds secrets), la shériff pas très nette, etc., etc.

Swamp Thing a au moins l’avantage d’éviter de présenter des personnages monolithiques : même les caractères les plus antipathiques ont un côté plus émouvant. Tous les personnages ont une raison d’agir comme ils le font, y compris le docteur Woodrue.

Woodrue, justement, est une des déceptions de la série. Alors qu’il est évident que le personnage est censé être l’antagoniste principal de la Créature, il se révèle un méchant bien fade, un peu à l’image de cette série. Et lorsque se clôt le dernier épisode, le spectateur reste avec l’impression d’être passé à côté de quelque chose qui aurait pu être bien meilleur.

Swamp thing : bande annonce

Swamp Thing : fiche technique

Créateurs : Gary Dauberman, Mark Verheiden
Réalisateurs : Deran Sarafian, Len Wiseman…
Scénaristes : Tania Lotia, Conway Preston…
Interprètes : Crystal Reed (Abby Arcane), Andy Bean (Alec Holland), Derek Mears (le Créature), Will Patton (Avery Sunderland), Kevin Durand (Jason Woodrue)
Photographie : Fernando Argüelles, Nathaniel Goodman…
Montage : Scott Draper, Tim Mirkovich
Musique : Brian Tyler
Producteur : Terry Gould
Société de production : Atomic Monster, DC Universe
Société de distribution : DC Universe
Genre : fantastique
Nombre d’épisodes : 10
Durée d’un épisode : 55 minutes
Date de diffusion : 31 mai 2019

Etats-Unis- 2019

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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