Dark saison 2 : « le temps joue un jeu cruel »

L’arrivée sur Netflix de la saison 2 de la série allemande Dark est un des événements de l’année. Et incontestablement, cela reste un plaisir de se replonger dans cette histoire de voyages dans le temps et d’enfants disparus autour d’une mystérieuse grotte.

(Attention, cette critique contient des révélations sur la saison 1)

A la fin de la première saison de Dark, le jeune Jonas se retrouvait dans un futur manifestement post-apocalyptique.

Cela va-t-il changer l’orientation thématique et narrative de la série ?

Oui et non.

Compte à rebours

Au début de cette saison 2, nous apprenons que l’Apocalypse est prévue le 27 juin 2020 (décidément, l’Apocalypse est à la mode dans les séries ces temps-ci, entre l’Apocalypse nucléaire de Chernobyl, celui de la société occidentale dans Years and years et celui, plus joyeux, de Good Omens). Et les huit épisodes qui vont constituer cette saison vont donc tourner autour de cette date fatidique, en un compte à rebours qui fournit un suspense terrible.

Quelle est la nature de cette apocalypse ? Si l’on ne peut le dire de façon précise, il suffit cependant de voir les images du futur, avec la centrale de Winden en ruines, pour comprendre que le nucléaire y a vraisemblablement sa place. A l’instar de la saison 1, la peur du nucléaire s’invite comme un des thèmes majeurs de la série, et la centrale est au cœur du mystère. Entre le problème des déchets et la création d’un élément atomique impensable, le scénario met en évidence la peur de la manipulation parfois hasardeuse d’une énergie difficilement contrôlable.

Ce compte à rebours, où chaque épisode représente un jour qui s’écoule avant l’Apocalypse, ajoute une  nouvelle exploitation du temps à une intrigue basée sur la question de la chronologie, en plus des voyages dans le temps et des intrigues croisées d’une époque à l’autre. Cela permet surtout d’instaurer un suspense et de relancer l’intrigue. De plus, sachant qui va mourir, cela renforce l’aspect dramatique de la saison, donnant aux personnages l’étiquette de « morts en sursis ». Le procédé se répétera de différentes façons tout au long de la saison : article de journal annonçant la mort future d’un personnage, noms gravés sur une tombe, etc. Et une partie importante de l’intrigue va se recentrer autour de la mort qui a déclenché la saison 1…

Peut-on changer le futur ?

Dans cette saison 2 de Dark, la question des enfants disparus et le mystère du voyage dans le temps deviennent presque mineurs. Certes, nous avons toujours de fort beaux paradoxes temporels (plusieurs « versions » de la même personne présentes en même temps, un fils plus âgé que ses parents, etc.). Certes la question de la disparition d’enfants est toujours présente, et l’on suit l’enquête menée par Egon Tiedemann, simple policier dans les années 50 ou commissaire des années 80 et qui se focalise autour d’un personnage mystérieux que nous savons être Ulrich Nielsen parti dans le passé à la recherche de son fils, et interné depuis les années 50. Mais ce qui importe vraiment est ailleurs.

Connaissant le futur et cette Apocalypse, la question est maintenant de savoir s’il faut tout faire pour l’éviter ou s’il faut la laisser arriver. Jonas, dans ses multiples voyages temporels, va rencontrer l’énigmatique Adam, chef de la secte des « sic mundus », les Voyageurs Temporels. Et une partie essentielle de l’action va tourner autour de ce personnage et des intentions que l’on va lui prêter. Veut-il réellement empêcher l’Apocalypse ? Ou est-il un manipulateur ? Est-ce que chaque acte nous éloigne de l’événement fatidique, ou est-ce une étape qui nous en rapproche inéluctablement ? Et, finalement, est-il possible d’empêcher le futur d’avoir lieu ? Peut-on mener une « guerre contre le temps » ? C’est là toute la question de la liberté humaine ou de la fatalité qui s’inscrit.

Enquête intemporelle

Si le thème du voyage dans le temps devient presque mineur, la narration ne se prive cependant pas de jouer habilement sur les différentes temporalités. Dans cette saison 2, les multiples époques où se déroule l’action, depuis 1920 jusqu’en 2020, en passant pas les années 50 et 80, s’entremêlent de façon remarquable, au point qu’il ne semble plus y avoir de réelle frontière temporelle. Ainsi une enquête commencée en 1953 se poursuit en 1986, et même une action débutée en 1920 se termine un siècle plus tard. Le passage d’une époque à l’autre se fait quasiment sans transition (mais sans jamais perdre les spectateurs, grâce à un jeu très habile sur les décors, costumes et personnages) et à un rythme accéléré. Cela donne à la saison un tempo très rapide : on ne s’ennuie pas une seconde. Le mystère est toujours présent, il a juste changé d’objet. Les questions restent nombreuses, et l’émotion est aussi très présente.

Finalement si, avec la saison 2, Dark trouve de nouveaux centres d’intérêt, les procédés d’écriture restent les mêmes, et la qualité est identique. Cette saison est cependant plus mouvementée que la première, puisqu’il est désormais temps de passer à l’action.

La série est annoncée comme étant une trilogie : la troisième (et a priori ultime) saison est annoncée courant 2020. L’année de l’Apocalypse.

Dark saison 2 : bande annonce

Dark saison 2 : fiche technique

Création et réalisation : Baran bo Odar
Scénario : Baran bo Odar, Jantje Friese, Martin Behnke…
Interprétation : Louis Hofmann (Jonas adolescent), Andreas Pietschmann (Jonas adulte), Christian Pätzold (Egon Tiedemann âgé), Mark Waschke (Noah), Lisa Vicari (Martha)…
Musique : Ben Frost
Photographie : Nikolaus Summerer
Production : Max Wiedermann, Baran bo Odar, Quirin Berg
Société de production : Netflix, W&B télévision
Société de distribution : Netflix
Nombre d’épisodes : 8
Durée d’un épisode : entre 55 et 60 minutes
Date de diffusion : 21 juin 2019

Allemagne – 2019

Note des lecteurs2 Notes
4

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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