« Toy Story 4 » : au hasard de « Fourchette »

Josh Cooley relève un défi de taille : pour son premier long métrage, Toy Story 4, le cinéaste façonne la suite tant attendue des aventures de Woody, Buzz et leur clique de jouets animés. Eu égard au (glorieux) passé de la saga, les surprises s’avèrent peu nombreuses, mais le plaisir demeure intact et les images, enchanteresses.

C’est un signe qui ne trompe pas : ce quatrième épisode de la saga Toy Story débute par une séparation. Le shérif Woody assiste, impuissant, au départ de la Bergère qu’il affectionne tant. Le sentiment d’abandon et de dépossession nourrit depuis 1995 les aventures des jouets les plus célèbres de la galaxie Disney-Pixar. Ce n’est toutefois pas le seul invariant à s’inviter dans le récit : les enfants ont évidemment voix au chapitre. Bonnie, malaisée, s’apprête à faire son entrée à l’école maternelle. Anxieuse, penaude, elle se retrouve esseulée et reléguée au fond de la classe. Seule « Fourchette », un jouet confectionné par ses soins à partir de déchets, pourra l’aider à affronter une initiation scolaire douloureuse.

Déchet/jouet. Il y a comme un jeu de vases communicants entre « Fourchette » et Woody. Alors que le premier a les faveurs – un peu trop pressantes – de Bonnie, le second passe de plus en plus de temps oublié dans un placard. Dès l’arrivée de Buzz dans le premier épisode de la saga, le petit cowboy craignait déjà de passer au second plan, de voir « son » enfant se détourner de lui. C’est ce Woody ontologiquement diminué qui s’évertue à convaincre « Fourchette » qu’il a acquis le statut enviable de jouet par la seule attention que lui porte Bonnie. Qu’importe : l’ancien déchet, extirpé malgré lui d’une poubelle de classe, refuse de s’affranchir de sa condition première, ce qui donnera lieu à quelques séquences amusantes : les sauts incessants dans les corbeilles ou la balade nocturne le long d’une route.

Bientôt, Bonnie et ses parents décident de s’accorder un peu de bon temps et partent en escapade dans leur camping-car. « Fourchette » atterrit alors dans une boutique d’antiquités peu avenante. Là-bas, le jouet artisanal croise la route de Gabby et ses sbires, les Benson. Le récit va alors se gorger d’une dimension horrifique bon enfant, habilement restituée à l’écran. Gabby a un émetteur sonore défectueux et ambitionne de prélever celui de Woody pour se donner toutes les chances de conquérir le cœur d’une gamine. Partant, les scènes se déroulant à l’intérieur de la boutique feront succéder l’action à la tension, l’humour au spectacle, l’envie au désespoir, tout en introduisant une vaste gamme de personnages. Outre Gabby et ses Benson, le spectateur est appelé à découvrir un chat tortionnaire, un Duke Caboom cascadeur à l’accent irrésistible ou encore une grand-mère gérante de magasin porteuse d’une clef pour le moins convoitée…

Dans le passé, Buzz a eu un double niais, puis s’est fondu dans une version latinisée. Ici, il suit aveuglément une « voix intérieure ». Au sens propre. Ainsi, le robot galactique, cherchant à s’inspirer de la sagesse de Woody, appuie régulièrement sur ses boutons vocaux, aux messages aléatoires, pour prendre des décisions importantes, avec tous les désagréments et quiproquos que cela occasionne. Les peluches Ducky et Bunny alternent quant à elles bons mots et visions fantasmagoriques effarantes, tandis que plusieurs tableaux remarquables investissent l’écran : les lumières, mouvements et courses folles de la fête foraine ou les milliers d’objets, dont les plafonniers, de la boutique d’antiquités. Tout le travail visuel s’avère à saluer : Toy Story 4 atteint un degré de détail et de réalisme saisissant, fait fourmiller personnages et accessoires, faisant presque passer John Lasseter et Lee Unkrich pour des ascètes. Le film de Josh Cooley, néoréalisateur, se clôture en outre par deux moments réussis : un retour à la maison (drôlement) contrarié et la quête achevée de Gabby.

Il y a cependant un hic. Chorale et rythmée, cette suite n’en demeure pas moins ronronnante d’un point de vue scénaristique. Si les idées continuent d’abonder de manière échevelée, ce qui fait lien sous le label Toy Story ne connaît en définitive que des variations mineures : le sentiment d’être négligé, l’ombre écrasante d’Andy, les rapports doux-amers entre les enfants et les jouets. Il aurait été appréciable que les auteurs se montrent plus audacieux et se risquent à des thématiques nouvelles. Le dénouement apparaît en outre trop long et lacrymal. Cette suite n’a certes rien d’un objet lacunaire, mais ces quelques notes plus nuancées fragilisent une œuvre attendue, mine de rien, depuis presque dix ans.

Bande-annonce : Toy Story 4

Synopsis : Woody est délaissé au profit de Fourchette, le nouveau jouet artisanal de Bonnie. Quand ce dernier se trouve prisonnier d’une boutique d’antiquités, le cowboy et ses amis vont tout faire pour le libérer des griffes de Gabby, une poupée légèrement défectueuse à la recherche de compagnie humaine…

Fiche technique : Toy Story 4

Réalisation : Josh Cooley
Scénario : Stephany Folsom
Musique et chansons : Randy Newman
Version française interprétée par Charlélie Couture1
Production : Jonas Rivera et Mark Nielsen
Sociétés de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Pays d’origine :  États-Unis

Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.