Alexandre le Grand commence sa conquête en DVD et Blu-Ray

Les éditions Sidonis Calysta nous proposent enfin de (re)voir un péplum rare et oublié provenant des glorieuses années 50, Alexandre le Grand, avec Richard Burton, Fredric March, Danielle Darrieux et Peter Cushing.

Les années 50 ont été des années cultes dans la production de péplums par les grands studios hollywoodiens. De Quo Vadis ? à Ben-Hur en passant par Les Dix Commandements, les films à grands spectacles se sont succédés, enchaînant  les scènes cultes. La galerie de personnages que l’on peut rencontrer est impressionnante, depuis Jules César jusqu’au Christ lui-même, en passant par Néron.

Dans cette production, Alexandre le Grand se démarque un peu de ses contemporains. Cette originalité trouve son explication dans le nom de son cinéaste : Robert Rossen, cinéaste plus habitué aux films intellectuels qu’au grand spectacle. Scénariste des Fantastiques années 20 (de Raoul Walsh), réalisateur nommé deux fois aux Oscars (pour Les Fous du roi, film un peu oublié qu’il est important de redécouvrir, et pour son film le plus célèbre, L’Arnaqueur, avec Paul Newman), Rossen est un personnage discret, qui n’a tourné qu’une dizaine de films et qui, en ce début d’années 50, était surveillé de près par la fameuse Commission des Activités Anti-Américaines.

Son Alexandre le Grand est sans doute l’un des péplums les plus intellectuels (avec le Cléopâtre de Mankiewicz). De fait, il ne faut pas s’attendre à une avalanche de scènes épiques : deux ou trois scènes de combat ponctuent les quelques 130 minutes (il existerait une bonne demi-heure de plus, mais personne ne l’a jamais vue). Elles sont certes plutôt bien filmées, mais elles ne constituent pas l’intérêt majeur du film, et elles arrivent tard.

Péplum psychologique

Alexandre le Grand commence par toute une longue première partie qui insiste sur les liens entre Alexandre et ses parents. D’un côté Philippe de Macédoine (Fredric March, méconnaissable et excellent), personnage redouté pour sa brutalité (que Rossen montre, finalement, comme la brutalité inhérente au pouvoir politique, foncièrement corrupteur, ainsi que le cinéaste l’avait déjà mis en évidence dans Les Fous du roi). De l’autre côté Olympias (surprenante Danielle Darrieux, toute en froideur hautaine et calculatrice), fortement soupçonnée de vouloir manipuler son fils pour qu’il lui cède les rênes du pouvoir. Ce tiraillement montre aussi les deux facettes du pouvoir : d’un côté la conquête, de l’autre la pratique politique intérieure.

Alexandre lui-même est montré comme un personnage froid, ayant finalement hérité des traits de chacun de ses parents. Il est loin d’être sympathique, Rossen montrant à l’envi comment la conquête du pouvoir politique s’accompagne de cadavres, y compris celui de son ami/amant (le film n’ose pas affirmer clairement l’homosexualité d’Alexandre, Code Hayes oblige, mais elle est suffisamment claire, comme dans Ben-Hur). Alexandre est volontiers méprisant, cassant dans ses propos. Cette insistance sur la personnalité du conquérant est sans aucun doute l’aspect positif du film.

Des bonus faibles

Niveau qualité de l’image ou bonus, on pouvait être en droit d’attendre mieux. Aussi intéressante que puisse être la présentation de Patrick Brion, elle paraît un peu courte, et le film aurait mérité une analyse plus poussée et une mise en perspective du film dans l’histoire du genre (par exemple). Mais cette édition a au moins le mérite d’exister, et de nous proposer un film oublié qui vaut d’être redécouvert.

Alexandre le Grand : Bande Annonce

ALEXANDRE LE GRAND (ALEXANDER THE GREAT) de Robert ROSSEN -1956

Avec Richard BURTON, Frederic MARCH, Claire BLOOM

Présentation Patrick BRION

Inédit en Blu ray

CINEMASCOPE Couleurs –VF/VOST

Format DVD (16,99€) et Format BLU RAY  (19,99€)

 

En vente le 2 avril 2019

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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