High Society de Byeon Hyeok : Sexe, tableaux et vidéo

Avec le torride High Society, Byeon Hyeok peint le tableau d’un milieu en trompe-l’œil. Manigances, convoitises et coups-bas sont au rendez-vous d’un thriller politique aux accents de tragédie classique.

Tae-Joon et sa femme Soo-Yeon sont de brillants représentants de la classe supérieure. Lui est professeur d’économie à l’Université de Séoul, elle est conservatrice à l’Alt Space, une galerie d’art contemporain très en vue. Sportif et entretenu, ce couple de quadras qui suscitent l’admiration de tous pourrait se contenter du bonheur qui semble faire son quotidien. Mais à la charnière d’une vie professionnelle et conjugale qui patine, tous deux, chacun dans leur domaine, vont nourrir de nouvelles ambitions. Tae-Joon, se lance le défi d’entrer en politique afin de réaliser une utopie qui lui tient à cœur, celle d’une banque citoyenne à grande échelle. Il se laisse séduire par la proposition du parti conservateur, prêt à l’aider dans son projet à la condition qu’il endosse le rôle de candidat à la députation. Soo-Yeon de son côté, entend bien briguer le poste bientôt vacant de directrice du musée dont elle a déjà la responsabilité artistique. Elle doit pour cela obtenir les faveurs de l’actuelle directrice et de son puissant mari.

Une tragédie shakespearienne

Après un départ irrésistible, les astres semblant parfaitement alignés, la trajectoire du couple « parfait » s’avère plus chaotique que prévue. Le politicien néophyte est confronté à l’envers (l’enfer) du décor : politiciens véreux et mafieux opportunistes. Soo-Yeon quant à elle enchaine les déconvenues.  Lors d’une escapade parisienne avec un artiste convoité devenu son amant, elle baisse la garde et se met en danger. L’adversité ne tarde pas à lui en faire payer le prix fort. Dès lors, manigances et jeux de dupes, défiances professionnelles ou déviances charnelles ponctuent un scénario shakespearien où tous les coups sont permis. Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume de Corée du Sud semble nous dire Byeon Hyeok qui réussit parfaitement à transposer dans l’univers lisse des milieux d’affaire, les manigances de cour et bouffonneries de derrière le rideau chères au dramaturge britannique. Jouant sur la transparence – de façade – des décors et sur le ballet des personnages, tour à tour alliés ou ennemis, le réalisateur met en scène la farce du pouvoir. A l’image de ce personnage aussi fantasque qu’inquiétant, sorte de gourou de l’art contemporain et parrain mafieux, qui transforme ses ébats érotiques ou ses expéditions punitives en performances artistiques.

Une parabole moderne

Le film s’apprécie aussi comme un thriller, avec ses retournements de situations et ses moments de suspense. La tension sexuelle y est permanente et précède bien souvent les pulsions de mort. Mais High Society interroge également sur les peurs et fantasmes de la société coréenne. Au travers des relations de pouvoirs empreintes de quasi féodalité et, plus subtilement, sur l’importance de l’image que l’on renvoie aux autres. Il y a dans le drame de Tae-Joon et de sa femme, la parabole d’Icare doublée de celle de Narcisse. Après avoir joui de la célébrité, des lumières et des plaisirs extraconjugaux, les voilà punis pour s’être trop exposés. Le déshonneur et la honte prennent alors la forme cauchemardesque d’une petite clé noire, susceptible à elle seule de refermer toutes les portes entrouvertes. Et la chute d’en être que plus rude. Bienvenue dans la High Society.

Bande annonce : High Society

Synopsis : Un professeur d’économie qui ambitionne de se lancer en politique et sa femme conservatrice de galerie d’art sont prêts à tout pour faire partie de la haute société.

Fiche technique : High Society

Réalisateur : Byeon Hyeok (The Scarlet Letter, Five Senses of Eros)
Casting : Park Hae-Il (The Fortress), Soo-Ae (Sunny), Yoon Je-Moon (Okja), Ra Mi-Ran, Lee Jin-Wook, Kim Gyu-Sun, Han Joo-Young, Park Sung-Hoon, Kim Seung-Hoon, Kim Kang-Woo.
Première sortie : 29 août 2018 (Corée du Sud)
Distribué par : Lotte Cultureworks

Note des lecteurs2 Notes
3.5

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