Rétrospective Clint Eastwood : Million Dollar Baby, le film surestimé de son réalisateur

Million Dollar Baby, ce film aux 4 Oscars et 2 Golden Globes que toute l’Amérique clame comme étant l’un des plus grands films de Clint Eastwood n’est pourtant pas sa création la plus réussie. Pourtant, l’intelligence dont fait preuve le cinéaste pour construire son récit fascine.

Comme souvent dans le cinéma de Clint Eastwood, les héros sont des durs à cuire avec une grande force mentale. Mais derrière chaque homme solide, le cinéaste fait toujours ressortir sa sensibilité, son cœur. Dans l’histoire du cinéma, on a rarement vu aussi doué que ce réalisateur américain pour montrer l’humanité de ses personnages à travers leur dureté, surtout dernièrement avec Sully et American Sniper où Bradley Cooper et Tom Hanks jouaient les héros de l’Amérique. Avec des personnages aux failles cachées mais bien ouvertes, Eastwood sait remettre en cause tous les clichés qui pèsent sur la gent masculine.

« Certains disaient que le plus important chez un boxeur, c’est le cœur. Franck disait « Le boxeur qui n’a qu’un cœur est un homme qui veut perdre »

C’est dans cette phrase que repose toute la bascule permanente que propose ce film ou du moins le départ des métamorphoses de Franck. Le juste milieu entre la force et la douceur, comment être courageux sans être insensible. C’est à travers le personnage joué par Clint Eastwood lui même que le spectateur peut s’interroger. Million Dollar Baby n’offre pas le meilleur rôle à son acteur/réalisateur qui est un peu trop distant de son personnage mais propose une oeuvre tout en pudeur, que l’on associe directement à celle de son créateur et de son héros, intimement liés. Secondé par un Morgan Freeman, dont la présence à l’écran ne laisse jamais impassible, Clint Eastwood tente de s’approprier les blessures de Franck sans réellement les faire vivre. Tout en calme et discrétion, le film livre son discours malgré les coups, malgré les chocs, et reste délicat. Comment un homme refusant d’entraîner une femme va faire naître de cette opposition qui relève presque de l’instinct, une affection paternelle ? En remplaçant « papa » par « boss » et en exploitant la culpabilité d’un homme capable de se remettre en question. S’il y a bien une qualité admirable dans l’écriture cinématographique de Clint Eastwood c’est la manière dont il parvient à construire ses personnages. Le film offre au public une seconde chose importante à retenir : le jeu de Hilary Swank qui lui a valu un Oscar et un Golden Globes pour elle seule tant sa présence scénique est incroyable. Gants à la main, écorchures sur le visage, on croit très facilement à sa volonté de devenir une vraie reine des rings, et l’on se bat avec elle quitte à prendre aussi les coups, comme Franck derrière le filet. Ce n’est jamais un film sur la boxe mais sur le parcours d’une combattante qui s’entraîne dur et refuse de subir même sa propre mort qu’elle décidera elle même.

Les tons verts omniprésents créent ce climat de peur constant, que le boss fait ressentir au public par son inquiétude au sujet des combats de Maggie. À la manière d’un Molière sur scène, Maggie finit par prendre le coup ultime pour livrer le dialogue aussi déchirant que rempli de pathos sur le lit d’hôpital. Million Dollar Baby est belle et bien une des œuvres majeures de son réalisateur mais loin d’être celle la plus aboutie et réussie. Malgré l’histoire touchante et l’encensement général sur ce film, Million Dollar Baby n’est pas le chef d’œuvre tant clamé de son réalisateur.

Million Dollar Baby : Bande Annonce

Million Dollar Baby : Fiche Technique

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Paul Haggis, d’après l’oeuvre de F.X. Toole
Interprétation ou doublage : Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman
Producteur(s): Clint Eastwood, Paul Haggis, Tom Rosenberg, Albert S.Ruddy
Société de production: Warner Bros., Lakeshore Entertainment, Malpaso Productions
Distributeur: Mars Films
Budget  : 30 000 000 $
Récompenses  : Oscar du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur actrice, meilleur acteur dans un second rôle, 2 Golden Globes
Durée : 2H12
Genre : drame
États-Unis – 2004

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
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