Tueurs en séries et en images : les meilleures scènes de meurtre du cinéma

Marion Crane prend sa douche dans un hôtel. Une main armée d’un couteau arrive dans le champ et massacre la pauvre femme. Hitchcock illustre alors l’une des plus grandes scènes sanglantes du cinéma. Depuis, les cinéastes n’ont jamais cessé d’innover lorsqu’il s’agit de mettre en scène une mort. Dans le cadre de notre cycle sur les tueurs en série au cinéma, on explore cinq scènes de meurtre préférées du 7ème art. Cinq manières de filmer la mort. Mais attention, ne regardez pas dans la boîte.

Snake Eyes de Brian de Palma – La scène de boxe

Comme souvent dans les thrillers de Brian de Palma, Snake Eyes se déploie autour d’une scène qui sert à la fois de point de départ et de matrice de l’action. Le film tourne sans cesse autour de cette scène, la rejoue de multiples fois, l’approfondit, que ce soit dans le temps (par les flashbacks) ou dans l’espace (par les multiples angles de prises de vues). Ici, cette scène-mère se déroule lors d’un match de boxe. Dès le début, le principe qui sert de base au film est posé : à la fois nous montrer tout et détourner notre attention pour qu’on ne voie rien. Jouant sur la subtile différence entre « regarder » et « voir », Brian de Palma fait de nous (au même titre que les 14 000 spectateurs présents dans la salle de boxe) des témoins qui ne savent pas ce qu’ils voient. On croit assister à un match de boxe, et c’est bel et bien un meurtre qui se déroule devant nos yeux, en l’occurrence celui du Secrétaire d’État à la Défense. En bon disciple d’Hitchcock, Brian de Palma a parfaitement compris que dans un film, c’était le spectateur qu’il fallait diriger.

Hervé Aubert

Seven de David Fincher – Le premier péché 

Le premier péché de Seven : dans ce thriller culte de David Fincher, le tueur en série John Doe, aspirant à devenir le serviteur de Dieu, utilise comme mode opératoire les sept péchés capitaux (la gourmandise, l’avarice, la paresse, la luxure, l’orgueil, l’envie et la colère). Ses scènes de crime, macabres et surprenantes, nous laissaient l’embarras du choix. Le péché de gourmandise restera certainement longtemps dans les mémoires. Premier péché représenté, c’est aussi le choc initial pour les spectateurs. Les deux inspecteurs David Mills et William Somerset découvrent avec horreur le cadavre d’un homme obèse, attablé pieds et mains liés dans la cuisine. Son visage à l’expression ébahie est plongé dans une assiette pleine. La pièce, remplie de bocaux et de conserves, comme la corpulence de la victime, révèlent la quantité impressionnante de nourriture que cet homme pouvait ingurgiter. Dans l’esprit de John Doe, c’est un véritable cochon, un porc destiné à l’abattoir, mort pour avoir consommé de façon immodérée. Un symbole ultime et glaçant d’angoisse pour la gourmandise, qui ne présage que le pire pour les péchés à venir.

Ariane L.Emmanuelle

Ténèbres de Dario Argento – Le plan-séquence domestique 

Véritable genre de la mise en scène, le giallo a tout au long de son âge d’or s’étalant des années 60 aux années 80 offert des séquences de meurtre hallucinantes, jouant notamment sur un fétichisme des armes blanches et de la caméra subjective. L’un des moments les plus renversants est signé par le maestro Dario Argento dans son grand classique Ténèbres. Au milieu du film, le cinéaste transalpin nous assène un plan séquence acrobatique de près de 3 minutes démarrant sur la future victime avant de nous faire voyager entre les étages de sa maison. La caméra d’une fluidité extrême serpente alors autour de la maison, quitte à passer au-dessus du toit comme le témoin d’une menace encerclant la future victime. Ce tour de force tient de l’utilisation exemplaire de la Louma, dispositif où une caméra est fixée à une grue. Cette envolée lyrique ne serait pas complète sans la partition de synthétiseurs et de percussions tonitruante de Goblins inclue directement dans la diégèse du film, offrant un aspect cacophonique annonciateur d’un malheur imminent. La coupe est alors fatale quand le rasoir assassin s’abat sur la jeune femme tranchant à la fois son haut immaculé et l’écran de cinéma, l’arrosant d’une gerbe de sang écarlate.

https://www.youtube.com/watch?v=xL2hVO5BRIQ

Maxime Thiss

Psychose d’Alfred Hitchcock – La scène de la douche

Comprenant pas moins de 78 plans et 52 coupes, diversifiant les angles autant que les échelles, la shower scene de Psychose regorge d’idées de mise en scène – l’ombre derrière le rideau de douche, la caméra placée sous le pommeau, les visions embuées et brouillées, l’œil qui se confond avec le trou d’évacuation… Elle porte en elle une terreur indicible, se cristallisant par les hurlements tétanisants de Janet Leigh. Un fragment de cinéma anthologique, tourné en sept jours et semblant suggérer que c’est l’écran de cinéma lui-même que le tueur cherche à lacérer. Dans ses célèbres conversations avec François Truffaut, Alfred Hitchcock confessera ceci : « Je crois que la seule chose qui m’ait plu [dans le livre Psycho] et m’ait décidé à faire le film était la soudaineté du meurtre sous la douche ; c’est complètement inattendu et, à cause de cela, j’ai été intéressé. » Ailleurs, Janet Leigh exposera quant à elle des enjeux plus sibyllins, arguant que « quand elle entre dans la baignoire, c’est comme pour recevoir les eaux du baptême ». Au regard de ses immenses qualités, ce n’est guère surprenant que des personnalités aussi diverses que Brian De Palma, Mel Brooks ou Matt Groening se soient par la suite approprié cette séquence.

Jonathan Fanara

 

Burn after reading des frères Coen – La scène du placard

En voilà une scène atypique de meurtre. Le type de scène qui, à travers la mort, fait basculer son film dans un terrain complètement différent. L’histoire improbable de Burn After Reading nous contait les trajectoires croisées de plusieurs personnages tous aussi ridicules les uns que les autres. A l’image de Chad, ce mec un peu sportif mais complètement débile incarné par Brad Pitt qui deviendra la victime. Persuadé d’avoir découvert un complot gouvernemental et voulant obtenir plus d’informations, Chad se rend chez Harry Cox (Georges Clooney), l’amant de sa meilleure amie. La caméra se place au niveau de Chad, caché dans le placard. Les frères Coen jouent avec nous : se fera-t-il surprendre ? Les allers-retours de Georges Clooney aux abords du placard font monter la tension. Et soudain, la porte s’ouvre, Harry saisit son arme et explose le crâne de Chad qu’il prend pour un intrus. Le choc. Ce qui était une comédie devient un drame. Ce qui était une fable humoristique pointant du doigt la stupidité de ses protagonistes plonge dans un récit sur la paranoïa. La mort comme point de bascule.

Roberto Garçon

Festival

FFCP 2026 : People and Meat, l’appétit des oubliés

"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

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