What Keeps You Alive, de Colin Minihan

Le cinéma indépendant a fourni nombre de thrillers et films d’épouvante intéressants. En témoigne ce What Keeps You Alive de Colin Minihan, le réalisateur des remarqués Grave Encounters 1&2 et du plus récent Spiral (2019). Les éditions ESC proposent en DVD/Blu-Ray ce survival horrifique porté par un duo d’actrices convaincant.

Du classique et des surprises

Jackie, une charmante trentenaire, invite sa femme Jules pour un séjour romantique dans sa maison de famille, en pleine forêt. Le chalet est inhabité depuis longtemps et les seuls voisins du secteur résident de l’autre côté du lac qui borde la propriété. C’est dans ce cadre idyllique que le week-end en amoureuses va bientôt virer au cauchemar. Si la situation initiale pose les éléments classiques du film d’horreur – maison inquiétante, couple isolé… –  le scénario de What Keeps You Alive réserve quelques surprises. A commencer par le choix d’un couple d’homosexuelles, une option finalement peu fréquente dans le cinéma d’horreur que le réalisateur reprendra également dans Spiral.

Chasse à l’homme

Le film reprend la plupart des thèmes de la chasse à l’homme – ou devrait-on plutôt dire ici de « chasse à la femme ». Avec un clin d’œil appuyé à La Nuit du Chasseur et sa célèbre scène de la barque s’éloignant du rivage. Un jeu du chat et de la souris en mode survival où les deux actrices vont s’avérer particulièrement convaincantes, chacune dans leur rôle. Hannah Anderson troublante d’imprévisibilité et Brittany Allen convaincante dans un scénar qui ne la ménage pas. Pour le meilleur (twist and twist again) comme pour le moins vraisemblable.

Réalisation OK

S’il y a à redire sur le scénario, la réalisation est en revanche impeccable. On voit que Colin Minihan trouve matière à inspiration avec ces grands espaces naturels. Il propose une écriture cinématographique stylisée, ménageant ses effets sans trop en faire non plus. Quelques plans séquences bien troussés, des placements de caméra intéressants et un montage apportant la fluidité nécessaire au récit. Côté bande originale, la partition signée Brittany Allen herself n’est pas mal non plus. Au final un thriller qui se tient.

Bande annonce (spoiler) :

Fiche technique :

  • Titre original et français : What Keeps You Alive
  • Réalisation et scénario : Colin Minihan
  • Producteur : Colin Minihan, Chris Ball, Kurtis David Harder et Ben Knechtel
  • Producteur exécutif : Brittany Allen, Brandon Christensen, Jeremy Guilbaut, James McKenzie Moore, Chris Scordo et John Upton
  • Musique : Brittany Allen
  • Pays d’origine : Drapeau du Canada Canada
  • Langue originale : anglais canadien
  • Format : couleur
  • Genre : Thriller, horreur
  • Durée : 98 minutes
  • Dates de sortie :
    • Drapeau des États-Unis États-Unis : 10 mars 2018 au South by Southwest festival
    • Drapeau de l'Australie Australie : 8 juin 2018 au Festival du film de Sydney
    • Drapeau du Canada Canada : 1er août 2018 au FanTasia
    • Drapeau de la France France : 17 janvier 2019 (DVD)

Contenu :

– Fourreau Blu-Ray ou DVD

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Le Cri des gardes : Combat de théâtre et de cinéma

Le nouveau film de Claire Denis, "Le Cri des gardes", avec Isaac de Bankolé et Matt Dillon, adapté de la pièce de Bernard-Marie Koltès, "Combat de nègre et de chiens", avait tous les atouts pour plaire. Mais nous restons à la porte, froids et déçus. Faut-il en accuser un texte trop théâtral ? Ce qui est sûr, c'est que quelque chose, ici, n'a pas su s'incarner.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.