Razorback, gare au sanglier tueur de Russell Mulcahy en Blu-ray chez Carlotta

Ce mercredi 10 juillet débarque en édition steelbook Blu-ray Razorback, réalisé par le clippeur Russell Mulcahy en 1984. Retour sur l’un des piliers de l’ozploitation au come-back HD soigné.

Synopsis : Au fin fond du désert australien vit une créature indestructible capable de déchiqueter un homme en deux et de détruire une maison en quelques secondes. Plus de 400 kilos de défenses et de muscles avec pour unique objectif de terroriser la petite communauté isolée de Gamulla, une ville tout aussi violente et primitive que la bête qui la menace…

Retour à l’état sauvage

Qui est le plus dangereux ? Le razorback (en français, un sanglier) monstrueux ou les frères rednecks sortis d’un cauchemar de Mad Max, Massacre à la Tronçonneuse et Wolf Creek ? Comme Les Dents de la Mer avant lui, et Un Ennemi du peuple, pièce de théâtre d’Henrik Ibsen qui a inspiré le roman à l’origine du premier, Razorback traite des errances et corruptions humaines alors qu’un mal étrange et primitif bat son plein : un requin mangeur d’hommes ; une bactérie mortelle ; un sanglier tueur. Ces entités mauvaises agissent discrètement et se présentent moins à l’écran qu’elles ne révèlent, de par leurs agissements sur le cosmos humain, la nature humaine sous ses plus sombres aspects comme sous ses meilleurs.

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L’outback australien et ses vices.
Copyright : Umbrella Entertainment / Carlotta Films

C’est le cas pour le personnage de Gregory Harrison, Carl Winters, débarqué de New-York dans l’arrière pays australien à la recherche de sa fiancée disparue. Le citadin va connaître un véritable récit initiatique. Ce dernier l’emmènera non pas dans une galaxie lointaine, même très lointaine mais à un état d’être. Winters connaît une véritable évolution existentielle. Le bonhomme de la ville va devenir un homme de la nature. Ce changement est ici un progrès, puisqu’il va lui permettre de survivre – à l’inverse de sa fiancée journaliste écolo à la bienséance confrontée à la sauvagerie dans toutes ses formes, humaine comme animale. Attention, le film n’est pas anti-écolo, encore moins contre la ville et tout ce qu’elle peut présenter. Il s’agit ici d’exposer, sans le cynisme d’un The Green Inferno, mais avec une certaine ironie brutale propre au cinéma de genre, les limites de la théorie face à l’expérience. Soit précisément de mettre en lumière le contraste entre les leçons de vie des citadins (ici des américains bien lotis dans leurs tours d’ivoire new-yorkaises) et la réalité complexe et surprenante des territoires jamais pratiqués par ces derniers. Winters voit ainsi ses préjugés s’effondrer et va devoir développer au cours du film, une théorie pratique, à la manière d’une Sarah Connor face à la menace futuriste qu’incarne le Terminator. Dans Les Dents de la Mer, le chef Brody (Roy Scheider), l’océanographe Matt Hooper (Richard Dreyfuss) et Quint (Robert Shaw), chasseur de requins, vont devoir dépasser les limites de leurs expériences respectives en terme d’animal sauvage afin de pouvoir justement appréhender la menace et alors mieux l’abattre. Deux d’entre eux seront dépassés. Brody n’abandonnera pas, et devient une forme de justicier  des mers. Comme ce dernier, Winters va devenir une forme de shérif dans un espace plus sauvage qu’il ne croyait et devra alors rééquilibrer les forces en présence. Il s’agit pour ces héros de retrouver l’équilibre naturel de leurs cosmos.

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Carl, nouvellement adapté au territoire sauvage.
Copyright : Umbrella Entertainment / Carlotta Films

« Une série B » sublimée

Il est toutefois regrettable que cet équilibre naturel comprenne une nouvelle relation amoureuse pour le héros. En effet, Winters ne retrouve pas sa fiancée. Il suppose, après la découverte d’un autre cadavre, qu’elle est bien morte. Et il flirte tranquillement avec la jeune femme qui l’a sauvé et permis de sortir de son statut de victime yankee de la grande ville. La même jeune femme qui se fera bêtement mettre à mal par la créature après une action complètement stupide du héros peut être devenu justicier mais bien resté naïf. La jeune fille en détresse sera finalement retrouvée pendue à des chaînes – on ne sait comment un sanglier a pu faire ça. Loin d’être abimée (quelques traces de sang sur le visage), elle se réveillera et échangera un sourire avec son héros de cowboy aux dents Colgate. Le plan se fixe alors sur cet happy end risible.

Le producteur explique dans le making-of du Blu-ray que Razorback a manqué de temps et d’argent, justifiant ainsi le ratage de certaines scènes et quelques effets. Aussi le responsable de la créature dit du film qu’il est une série B. Série B ou non, film de genre ou métrage à oscars, tout film a pour volonté d’être tenu. Razorback vire parfois au Z alors qu’il aurait pu éviter certaines errances dès le scénario (la fin est un pur problème d’écriture). Oui, certaines apparitions du razorback sont ratées. On pense à l’introduction qui aurait pu être parfaite si le caractère fixe et roulant de la créature n’avait pas été aussi visible, et si la musique n’était pas noyée dans une résonnance nanardesque interprétée par un synthétiseur. Le compositeur Iva Davies (Space Jam ; Master and Commander) explique avoir eu le montage final ou ce qui s’en approchait peu avant la sortie en salle. Il explique ainsi avoir eu un temps très court pour la composition de la bande-originale. Et puis, disons-le, la maîtrise des bandes-son électroniques nécessite un jeu d’équilibriste et les Brad Fiedel et John Carpenter ne poussent pas à tous les coins de rue. Heureusement, on ne regrettera que quelques moments dans cette bande-originale, notamment ceux comportant le monstre en pleine action. On notera d’ailleurs l’absence de musique lors la formidable séquence pendant laquelle la créature embarque une moitié du salon – avec la télévision – d’un redneck.

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Razorback ou l’expérience esthétique de l’outback australien et de ses maux par Russell Mulcahy. Copyright : Umbrella Entertainment / Carlotta Films

Razorback aurait sans doute plongé pleinement dans la série Z sans son réalisateur, Russell Mulcahy. Issu du clip, à l’origine de music videos portant les tubes I’m Still Standing (Elton John), A Kind of Magic (Queen), ou encore The Wild Boys (Duran Duran). L’homme derrière Razorback n’est autre que l’un des importants esthètes derrière les trouvailles visuelles et les montages envolés qui caractériseront les années MTV. Ce premier long métrage baigne ainsi dans le savoir-faire technique du vidéaste. Comme l’explique l’un des responsables du film, Mulcahy a exploré tout le potentiel visuel de Razorback livrant alors, grâce à sa collaboration active avec le directeur de la photographie Dean Semler (Danse avec les loups), une sublime série B. On retiendra notamment cette scène onirique pendant laquelle Winters franchit l’une des conséquentes étapes de son voyage initiatique sur laquelle Mulcahy a eu toute liberté créative.

Un cauchemar australien signé Russell Mulcahy.

L’avenir au cinéma de Russell Mulcahy sera cependant moins glorieux. Si on retiendra Highlander et The Shadow, on passera sur les errances de cet artisan malin qui n’a jamais su devenir un cinéaste exigeant concernant ses choix de carrière. Dans le fond, Mulcahy n’a jamais véritablement dépassé son statut de clippeur. On lui fournit la musique, tous travaillent sur l’histoire, puis il se met à la tâche. Sur un film, la différence est de taille. Comme il l’explique dans le making-of, le scénario est déjà écrit quand il arrive sur le projet. On lui confie la conception visuelle du script, qu’il soit mal ou bien écrit. Le pouvoir narratif de Mulcahy est dès lors limité. Hélas, voilà où s’arrête son cinéma, aux frontières de commandes d’esthétiques et donc de son travail plastique.

Razorback HD

L’édition Blu-ray signée Carlotta s’avère être soignée. Celle-ci est portée par un nouveau master restauré et édité par Umbrella en 2018. Si l’équipe de Blu-ray.com fut ravie, à l’exception de quelques anomalies, nous rejoignons ici l’avis un peu plus modéré et surtout plus précis de retro-hd :

« Du point de vue texture et définition, difficile de trouver à redire. Si l’on exclura quelques passages qui semblent un peu lisses et des fluctuations très certainement dues aux conditions et matériel de tournage, le Blu-ray offre une image pourvue d’un très bon niveau de détails ainsi que d’un aspect pellicule très naturel et agréable. (…) On repérera cependant quelques poussières ci et là, ainsi qu’une poignée de plans tremblotant.(…) On reste cependant un peu perplexe devant l’étalonnage extrêmement contrasté du film, bien plus que sur la précédente édition Blu-ray (Australie 2014). »

En effet, certains plans de jour dans l’outback australien sont si contrastés qu’ils semblent brûlés. Certes, l’impression d’assister à une forme d’enfer sur terre est présente, mais ces images manquent clairement de nuance, à l’image du Los Angeles ensoleillé de l’édition Blu-ray de Police Fédérale Los Angeles. Et les scènes de nuit semblent avoir noyé quelques détails dans ces noirs d’image beaucoup trop important. On notera une présence parfois trop importante de grain d’image.

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Un plan un peu trop crâmé.
Copyright : Umbrella Entertainment / Carlotta Films

Hormis ces quelques remarques, le film fait ici un come-back HD surprenant et remarquable. Au niveau sonore, on privilégiera la piste 5.1 à la stéréo, dont les effets semblent embrumés et s’emmêler les uns les autres. Aussi les dialogues semblent un poil détachés du reste de la piste, probablement suite à un remix de leur niveau sonore. Les fans de VF seront ravis de retrouver la piste française d’époque. Toutefois on note la perte de nombreux effets sonores et l’importance démesurée de la bande-son et des dialogues. La scène de reportage en Australie devant le bar-hôtel expose le problème d’harmonisation de la copie ainsi que la perte de sons.

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Copyright : Umbrella Entertainment / Carlotta Films

Du côté des compléments, on retrouve en HD un retour sur le film d’une vingtaine de minutes par des critiques australiens revenant sur l’aspect MTV du film, les figures de l’outback et de la masculinité australienne, son caractère post-Dents de la Mer. On note aussi l’importante présence du making-of du film. Ce dernier devait probablement être sur une précédente édition DVD tant il semble techniquement daté. On doit probablement cela à la présentation HD d’un ancien master video. Ainsi le rendu n’est pas pixellisé mais lisse. Vous pourrez ensuite passer une soirée nostalgique avec le visionnage HD du master non restauré de la VHS 4/3 australienne. Cette dernière comporte la version uncut du film, avec des plans explicites coupés de la version cinéma. Justement, l’expérience Razorback pourra enfin être vécue avec les scènes coupées présentées aussi en format 4/3, les bandes-annonces originale et VHS, ainsi que l’intéressant commentaire audio mené par le réalisateur et l’un des membres du cast.

Razorback fait ainsi son retour video français avec une solide édition Blu-ray, d’autant plus solide qu’elle est vendue dans un steelbook au design de série B explicite.

Bande-Annonce – Razorback, de Russell Mulcahy (1984)

Razorback – Edition Blu-ray Disc Steelbook Exclusive

BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1080p/23.98p – ENCODAGE AVC – Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 2.0 – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – Couleurs – Durée du Film : 95 mn

SUPPLÉMENTS (EN HD)

– Commentaire audio de Russell Mulcahy et Shayne Armstrong (VOSTFR)

– Une Certaine Nature Animale (24 mn) : une discussion avec les critiques et auteurs Alexandra Heller-Nicholas, Lee Gambin, Sally Christie et Emma Westwood.

– Requins sur pattes (74 mn) – Exclusivité Blu-ray – Making-of du film

– Scènes coupées (3 mn), avec ou sans commentaires audio

– VHS CUT (95 mn) – Exclusivité Blu-ray – La versionuncutde Razorback transférée depuis la VHS 4/3 australienne.

– Bande-Annonce VHS – Exclusivité Blu-ray.

– Bande-Annonce originale.

Prix de vente conseillé : 25.07 €

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4.5

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