Luzzu, d’Alex Camilleri en DVD

Luzzu est le premier long métrage d’Alex Camilleri, un réalisateur originaire de l’île de Malte mais vivant aux États-Unis. Porté par des acteurs amateurs, son film s’ancre dans l’univers des pêcheurs maltais confrontés à la crise de leur activité. Un an après sa sortie en salle, Epicentre Films sort en DVD ce beau portrait d’homme, doublé d’une critique sociale à la Ken Loach. A découvrir.

Des bateaux et des pêcheurs

Avec ses couleurs vives et ses yeux peints sur la proue, le luzzu est un petit bateau de pêche emblématique de l’île de Malte. Des générations de pêcheurs l’ont apprécié pour sa polyvalence avant qu’il ne soit supplanté au fil des années par des navires plus productifs. Véritables curiosités touristiques, rares sont les luzzus qui servent encore à ramener du poisson. D’autant que l’Union Européenne encourage à coups de subventions les derniers pêcheurs traditionnels à se reconvertir. Une modernisation à marche forcée vécue douloureusement par les locaux. C’est ce sujet que le réalisateur, lui même d’origine maltaise, a voulu aborder. Il s’est installé durant plusieurs mois dans le port de Marsaxlokk pour écrire son scénario et établir son casting parmi des vrais marins trouvés sur place.

Un beau portrait

Jesmark, la trentaine, est l’un de ces pêcheurs qui perpétuent la tradition. Sauf que le poisson n’est plus au rendez-vous. Et les quelques dorades qu’il rapporte ne font pas le poids face à la concurrence. Un métier de fierté, de passion, avec tous ces gestes hérités de ses aïeux, mais une vie difficile. Lorsque sa femme et lui apprennent que leur bébé a besoin de soins coûteux, Jesmark en vient à douter. Pourquoi s’évertuer à respecter les quotas imposés par l’Europe alors que la pêche au noir lui tend les bras ? Pourquoi continuer à faire vivre la tradition alors qu’une simple signature au bas d’un formulaire lui rapporterait les 7000 euros promis à tout pêcheur reconverti ? Un personnage torturé magnifiquement incarné par Jesmark Scicluna, lui-même marin pêcheur dans la vraie. Il n’a pas volé son prix spécial d’interprétation obtenu au Festival de Sundance. Une révélation.

Réalisme documentaire et social

Comme il s’en explique dans l’entretien qu’il accorde (voir bonus), Alex Camilleri s’est inspiré du cinéma néo-réaliste italien pour écrire son film. Luzzu ressemble ainsi par bien des aspects à un film documentaire. De nombreux plans s’attardent sur les gestes précis des pêcheurs : démêlage de filets, calfatage de bateau ou écaillage du poisson. Mais le film est aussi et avant tout une critique sociale à l’anglaise. A l’instar du Daniel Blake de Ken Loach, Jesmark se retrouve hors-jeu. Sans véritable alternative. Entre une réglementation européenne qui le pousse vers la sortie et une concurrence déloyale portée par la corruption, Jesmark se doit de renoncer à ce qui fait son identité la plus intime, son luzzu. Les scènes dans lesquelles il songe à s’y résoudre sont parmi les plus poignantes de ce très beau film.

Bande annonce :

 

Fiche technique :

Réalisation : Alex Camilleri
Scénario : Alex Camilleri
Directeur de la photographie: Léo Lefèvre
Montage : Alex Camilleri
Chef décorateur : Jon Banthorpe
Casting : Edward Said
Conception des costumes : Martina Zammit Maempel
Son : Robert Bonello
Musique : Jon Natchez
Superviseur musical : Blake Jessee
Production : Pellikola, Luzzu Ltd, Noruz Films, Mabrosi Films
Producteurs : Rebecca Anastasi, Ramin Bahrani, Oliver Mallia, Alex Camilleri
Producteur délégué : Pierre Ellul
Vendeurs internationaux : Memento Films
Presse : Robert Schlockoff et Celia Mahistre

Contenu :

Entretien avec le réalisateur (15 minutes)
Casting de l’acteur principal (5 minutes)
Bio-filmographie du réalisateur
Film-annonce
Galerie photos

 

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.