En VOD sur Outbuster : The Devil’s Path, Peppermint Candy, My Queen Karo et The Attorney…

 Micro-critiques des films du mois d’août sur Outbuster

The Devil’s Path, Peppermint Candy, My Queen Karo et The Attorney

L’été est presque terminé, mais Outbuster n’en a pas fini de nous fournir des œuvres injustement méconnues en France. Un polar japonais bien huilé, un mélodrame corréen, une reconstitution historico-familiale belge et un thriller politico-judiciaire coréen. Un beau panel de films éclectiques qu’il serait dommage de continuer à ignorer.

Devil’s Path (Kazuya Shiraishi, Japon, 2013) : Ce polar se distingue par son ambiance sombre et sa structure alambiquée. Son premier tiers s’apparente à un Zodiac à la sauce nippone, suivant l’investigation d’un journaliste chevronné autour d’une série de meurtres. Que celui-ci fasse constamment des allers-retours entre les lieux de son enquête et le parloir d’une prison où est enfermé son principal témoin apparait alors frustrant dans le développement de l’intrigue. Mais celle-ci va exploser dans le second tiers, sous la forme d’un long flashback empruntant aux codes des films de yakuzas. Loin de la violence d’un Fukasaku ou du lyrisme d’un Kitano, la réalisation s’inscrit dans un réalisme glaçant. Le film ira se terminera en reprenant le fil astucieux de son investigation pour se conclure dans une scène de procès qui aurait mérité de prendre plus de place dans la narration. L’ensemble n’en reste pas moins un thriller noir parfaitement maitrisé et interprété sans fausse note.

Peppermint Candy (Lee Chang-Dong, Corée du Sud, 1999) : Même si un pétage de plomb peut sembler amusant, il ne faut pas oublier qu’il peut finir de la plus dramatique des façons et qu’il révèle des failles psychologiques qui méritent d’être soignés. C’est ce que nous rappelle cette biographique à la narration anti-chronologique de Yongho. 8 ans avant le très beau Secret Sunshine, où il explorait déjà la thématique du deuil, Lee Chang-Dong utilisait astucieusement un procédé narratif similaire à celui de Irréversible étiré sur 20 ans pour nous faire saisir les origines des fêlures internes et des remords qui pousseront son personnage à se suicider. La chronique d’une mort annoncée moralement éprouvante et une histoire d’amour contrariée tout simplement bouleversante, le tout reposant sur un habile mélange des genres, comme les coréens savent si bien le faire, qui en dit long sur l’état du pays… avec en bonus, une méthode de drague qui semble infaillible.

My queen Karo (Dorothée Van Den Berghe, 2009) : Nous avons, en France, été nombreux à découvrir Matthias Schoenaert dans Bullhead, donnant injustement de lui l’image d’un homme massif et bourru, mais, dans sa Belgique natale, cet acteur plein de délicatesse avait déjà été découvert grâce à de petites productions locales telles que ce My Queen Karo. Le regard porté par une gosse d’une dizaine d’années sur la communauté de hippies dans laquelle ses parents l’élèvent permet de mettre en lumière les contradictions de ces adultes idéalistes. Tiraillée entre les luttes politiques de ses parents auxquelles elle ne comprend rien et ses propres envies d’évasion, cette fillette devra faire preuve de détermination pour se frayer un chemin. Même s’il ne réussit pas à tirer profit de son contexte historique (les années 70), on devine une émouvante part d’autobiographie dans cette interrogation désenchantée sur l’éducation des enfants dans un milieu ultra-permissif et surtout dans lequel ils côtoient des soirées orgiaques.

The Attorney (Yang Woo-Seok, Corée du Sud, 2013) :  Ce que nous propose cette production coréenne est plus que le récit de la rédemption d’un avocat vénal devenant le défenseur des opprimés, c’est avant tout la reconstitution d’une page délicate de l’Histoire récente du pays : La répression musclée, dans les années 80, des mouvements de gauche accusés d’être à la solde de leurs ennemis communistes au Nord de la frontière. Si le rôle-titre n’avait pas été tenu par Song Kang-ho, la plus grande star locale, ce film politique au sujet sensible n’aurait alors sans doute pas été l’un des plus importants succès commerciaux de 2013 au box-office coréen. Il est vrai que l’acteur est excellent et parvient à rendre attachant son personnage malgré tous ses défauts. Un personnage de juriste dont l’avidité est parfaitement exploitée pendant la première heure, avant que ne démarre son éveil politique, et qui ira culminer dans une scène de procès à l’intensité remarquable.

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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