Ce mercredi 30 octobre débarque en coffret prestige (DVD, Blu-ray, livre et autres goodies) Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a murder). Édité par Carlotta Films, le long métrage d’Otto Preminger fait son come-back avec un master video remarquable. À cette occasion, retour sur ce récit de l’orchestration judiciaire capté avec une justesse musicale par le réalisateur de L’Homme au bras d’or.
Synopsis : Paul Biegler (James Stewart), un avocat plus ou moins retiré des affaires, va bientôt se retrouver sous les projecteurs en acceptant de défendre le lieutenant Frederick Manion (Ben Gazzara).Ce dernier est jugé pour le meurtre de Barney Quill, qu’il accuse d’avoir violé sa femme, Laura Manion (Lee Remick). Après avoir mené l’enquête avec son associé Parnell McCarthy, M. Biegler va tenter de plaider la folie passagère pour éviter la condamnation de son client…
L’orchestration judiciaire selon Otto Preminger
Il n’est pas anodin que Preminger ait employé Duke Ellington pour composer la bande-originale musicale d’Autopsie d’un meurtre (1959). Il a d’ailleurs été usuel pour le réalisateur d’utiliser des bandes sonores musicales juste à des fins d’illustration. Aussi, cet attrait pour le jazz pouvait être remarqué dans L’Homme au bras d’or (1955) dans lequel l’orchestration de chambre d’Elmer Bernstein travaillait son thème principal autour du motif de la chute pour le personnage interprété par Frank Sinatra. On peut se remémorer cet emballement formidablement inquiétant lorsque Sinatra accepte de suivre son fournisseur qui déballe ensuite ses instruments pour ensuite injecter le venin dans le bras gauche du personnage.
L’usage du jazz n’est pas uniquement un signe de modernité, soit d’ancrage du film dans une réalité contemporaine. C’est un genre qui travaille la musique comme le font les institutions judiciaires lors d’un procès – d’une autopsie d’un meurtre – avec la recherche et l’établissement de la vérité. Bien sûr, comme le déclare le saxophoniste Sonny Rollins : « le jazz est une force sociale du bien »*. Comme devrait l’être l’équipe entourant un procès, que ce soit du côté de la défense et de l’accusation, du juge et du jury. Mais Preminger le démontre pendant ses deux heures et quarante minutes de pellicule : la justice n’est pas toujours rendue comme elle devrait l’être dans toute sa complexité. Ne sont pas légalement prises en charge les questions de violences conjugales et du viol de Laura Manion même si elles seront utilisées afin de servir la défense ou l’accusation du personnage interprété passionnément par Ben Gazzara. Car, malgré son but idéal, un procès a pour mission de légiférer autour d’un cas, soit d’une mélodie. Et pour ce faire, il faudra réévaluer la vérité, les vérités. Ainsi chacun des magistrats apporte, tel un jazzman, une nouvelle variation dans le thème lancé. Et le collectif comme les individus travaillent à atteindre une forme polyphonique mais harmonieuse, soit la vérité justement rendue dans toute sa complexité. Les faits se rencontrent, des individus entrent en jeu et improvisent, la mélodie évolue et s’affine au fur et à mesure que l’orchestre, tel le procès, avance. Chez Preminger, l’autopsie d’un meurtre – et donc la recherche de la vérité – est « une musique d’individus, d’échanges, de performances, de pulsations, d’impulsions, d’allusions, d’illusions ; une mixture, un chaos organisé » (déclaration de Médéric Collignon, chanteur et trompettiste)*.

Copyright : Columbia Pictures / Carlotta Films
Comme la bande-son jazzy de Bernstein traduit les états d’âme du personnage de Sinatra dans L’Homme au bras d’or, celle d’Ellington met en évidence les mécanismes qui vont fonder cette œuvre collective qu’est le procès d’un Homme. Cette mise en évidence tient même de la préparation aux travaux institutionnels que vont expérimenter les spectateurs, puisque Preminger n’a placé aucune piste musicale pendant les scènes au tribunal. Il en est de même pour le verdict. Peu avant qu’il soit rendu, Paul Biegler, Parnell McCarthy et leur assistante patientent dans le salon du premier qui joue une mélodie mélancolique au piano. Tout à coup, McCarthy lui demande s’il ne pourrait pas jouer une partition plus gaie. Biegler, interprété par un Stewart génial de justesse, lui propose un morceau connu pour son animation joyeuse. Il surprend ses associés comme le jury les surprendra par son verdict. En effet, l’accusation comme la défense avaient considérablement soulevé le voile d’ombres sur le dossier, révélant d’autres culpabilités chez la victime et aussi chez l’accusé. Les surprises d’un procès sont aussi celles des « sounds of surprise »* – qui, selon le chef d’orchestre Leonard Bernstein, définissent le genre musical. Et le jazz, comme tout procès, a le droit à sa conclusion suivie ici d’une ouverture (la revanche ridicule de Fred Manion et son départ loin de toute dette). Le jazz, comme l’anatomy of a murder, est constitué par : « des pleurs, des tourments, de l’étude, de la dévotion, des joies » (propos de Michel Petrucciani)*.

Copyright : Columbia Pictures / Carlotta Films
L’orchestration judiciaire de Preminger, comme on l’a noté précédemment, n’est composée d’aucune piste musicale sauf en dehors du tribunal, là où la liberté règne. Cette liberté que cherche à rendre Stewart à son militaire de client qui mérite la liberté fondamentale d’avoir un procès juste et non pas un « débat de lycéens » (dixit Biegler), liberté qu’il chérit aussi par son travail, la pêche et par la musique (voir la scène dans laquelle Stewart accompagne Ellington et son orchestre dans un bar avant de devoir s’en aller), c’est aussi celle liée au jazz et à la nation selon Duke Ellington : « Le jazz est liberté. Liberté de jouer toutes choses, que cela ait été ou non fait auparavant. Et la liberté est un mot qui a fondé notre pays. »*
Enfin, Preminger a un regard certainement amusé sur ces procédures judiciaires, leurs paradoxes et leur folklore, d’où une autre probable cause de l’emploi du jazz dans la bande-sonore musicale du film. Il n’empêche qu’il les met en scène et les capte avec rigueur dans toutes leurs complexités. C’est d’ailleurs l’une des grandes particularités de son œuvre que de rendre compte de façon à la fois empathique et objective la fragilité de la liberté humaine – qui définit les êtres – tant du point de vue collectif (Autopsie d’un meurtre) qu’individuel : dans Marx Dixon, détective, le policier, rongé par le meurtre accidentel qu’il a commis, devient prisonnier de lui-même, de sa morale, de ses instincts, puis du collectif lorsque sa culpabilité est rendue publique. La perte de la liberté n’a rien d’amusant pour celui qui a fui le nazisme avant l’apogée européenne d’Hitler et qui a perdu de nombreux amis trop libres penseurs, trop libres tout court.
*MÉDIONI, Franck, The Sounds of Jazz, Éditions Le mot et le reste, 2017, pages 11, 12 et 107.

Copyright : Columbia Pictures / Carlotta Films
Autopsie d’une édition Blu-ray

Autopsie d’un meurtre – Bande-annonce
Autopsie d’un meurtre – Édition Prestige Limitée
Combo Blu-ray/DVD + Memorabilia
Contient :
/ Le film (Nouvelle restauration 4K)
/ Les Suppléments (en HD uniquement sur la version Blu-ray Disc)
° Otto Preminger and the Dangerous Woman
Un documentaire de André S. Labarthe (2012 – Noir & Blanc – 58 mn). Ce documentaire d’extraits de films et d’entretiens dresse le portrait d’Otto Preminger, cinéaste idolâtré puis délaissé par ceux qui l’encensaient. Otto Preminger revient sur ses débuts de metteur en scène au théâtre en Autriche, son arrivée à Broadway avant-guerre, ses premiers films à la Fox sous le règne de Darryl Zanuck.
° Actualités(5 mn)
Reportage télévisé sur le tournage du film dans l’État du Michigan.
° Bande-annonce d’époque

/ Inclus de nombreux Memorabilia
° Fac-similé en anglais du livre Anatomy of a motion picturede Richard Griffith (132 pages)
° Jeu de 5 photos
° Affiche
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1080/23.98p – ENCODAGE AVC Version Originale DTS-HD Master Audio 5.1 & 1.0 – Sous-Titres Français Format 1.85 respecté – Noir & Blanc – Durée du film : 161 mn
CARACTÉRISTIQUE TECHNIQUES DVD
DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ – PAL – ENCODAGE MPEC-2 – Version Originale Dolby Digital 5.1 & 1.0 – Sous-titres français – Format 1.85 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Noir & Blanc – Durée du film : 154 mn.
Sortie le 30 octobre 2019 – Prix de vente public conseillé : 28,08€