Patients, un film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir : Critique

Pour une première en tant que réalisateurs, Grand Corps Malade et Mehdi Idir réussissent leur coup et font de Patients un des meilleurs films français de ce début d’année.

Synopsis : Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens… Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre.

Après 5 albums, Grand Corps Malade se lance dans le cinéma en adaptant son livre Patients, sorti en 2012, accompagné de son ami et compagnon de route Mehdi Idir (aka Minos), réalisateur de la plupart de ses clips. Avec un passé atypique mais dramatique, rappelons que le chanteur a plongé dans une piscine où il n’y avait pas assez d’eau ce qui a endommagé sa colonne vertébrale, Grand Corps Malade a su tirer de son expérience une force de vie pour ainsi nous livrer de magnifiques textes de slam, que ce soit Midi 20, Ca peut chémar, Chercheur de phases ou 6ème Sens.
Vint alors cette question : Patients va-t-il être à la hauteur de nos espérances et se présenter comme un prolongement parfait de la carrière de Grand Corps Malade, artiste touche-à-tout ? Il en ressort que oui. Patients est un des plus beaux films de ce début d’année, un véritable coup de cœur.

Une chose est sûre : le duo Grand Corps Malade / Mehdi Idir fonctionne à merveille. Patients est un moment hors du temps, touché par la grâce.
Esthétiquement et techniquement parlant, le film regorge de bonnes idées et le duo de réalisateurs s’essaie-à de nombreux partis pris techniques qu’ils parviennent à accomplir. La démultiplication des plongées, travellings, jeux avec les accélérés ainsi que les approches des personnages sont tous magistralement maitrisés. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier long-métrage tant une certaine expérience de l’image se fait ressentir. Certes, Mehdi Idir est réalisateur de clips, mais clip et long-métrage de fiction sont deux domaines biens distincts, et pour notre plus grand plaisir, il excelle dans les deux.
Le centre de rééducation, est remarquablement exploité et se place comme un personnage à part entière du film tant il est au centre de nombreuses conversations. À bien y faire attention, Patients est un huis-clos mais la diversité des lieux, entre couloirs, espaces communs ou chambres des patients, fait oublier à quel point les différents protagonistes sont cloisonnés. L’hôpital n’est pas apparenté à une prison, mais bien à une possible issue vers le bout du tunnel qu’est la guérison, ou la simple possibilité de pouvoir remarcher, un jour. Malgré des séquences tragiques qui viennent nous poignarder en plein coeur, notamment celle du face à face entre Pablo Pauly et Dominique Blanc, le centre de rééducation n’est jamais abordé sous un angle pessimiste. À l’image de Grand Corps Malade, et malgré des coups de gueule ou plaintes des personnages, les personnages restent constamment emplis d’espoir et de vie. On tremble, on rit, on frissonne, on souffre avec eux. Patients est le récit d’une reconstruction, d’un combat contre la morosité en faveur de la vie. Patients est une ode à l’espoir, même si le destin peut parfois être funeste.

Et que dire des acteurs, mis à part qu’ils sont excellents ? Chacun avec leur personnalité, leurs états d’âme et leur sensibilité, ils campent des personnages auxquels on ne peut que s’attacher. Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise ou Yannick Renier sont tous de grands acteurs en devenir. Leur complicité crève l’écran et emporte le spectateur. Le handicap comme l’a si souvent souhaité Grand Corps Malade, n’est plus un handicap, et Patients saura aisément transformer le regard de certains à l’égard des paraplégiques ou tétraplégiques. Il faut rappeler que tous les acteurs précédemment cités, à l’exception de Yannick Renier qui interprète François, le kiné, jouent en fauteuil roulant, de quoi compliquer un peu plus la manière d’appréhender leur rôle, mais pour un résultat sensationnel.
Mais, attention, si vous n’êtes pas adepte d’humour noir, vous risquerez d’être parfois brusqués. À la cantine, pas de quartier entre patients. Entre différents « Passe moi le sel », impossibles tant ils n’ont aucun pouvoir sur leur bras, ou d’autres blagues « trash », notamment celle du bus scolaire, certains pourraient être vite décontenancés. Mais Grand Corps Malade l’a parfaitement expliqué « Les tétraplégiques ou paraplégiques sont les premiers à rire de leur handicap. » et Nailia Harzoune de rajouter « Lors de notre immersion en centre de rééducation, en amont du tournage, plus précisément lors du déjeuner, nous [ndlr les acteurs] étions dispersés à différentes tables, entourés de patients. Je peux vous dire que les blagues qu’ils se lancent surpassent toutes les formes d’humour auxquelles nous sommes habitués. Il nous était impossible d’imaginer à quel point ils se vannent sur leur handicap. »
Aux dimensions dramatiques de Patients se mêle donc un humour irritant, voire grinçant, ainsi qu’une petite histoire d’amour mais qui ne prend pas le dessus, ce qui ne conduit à ne pas faire chavirer le film dans le pathos. Durant le visionnage du film, gardez bien en tête que tous les faits racontés et mis en scène sont tirés de l’histoire de Grand Corps Malade, même la romance et son dénouement !
Et bien évidemment, connaissant Grand Corps Malade, on ne pouvait que s’attendre à une bande-originale des plus folles. De Nas à Suprême NTM, les fans de rap sauront trouver leur bonheur.

Patients est ce genre de film dont on ne souhaite pas trop parler tant les propos, la réalisation ainsi que le jeu des acteurs sont à savourer et à découvrir confortablement installé dans l’obscurité d’une salle de cinéma.
Il ne sera pas étonnant de retrouver Patients aux César 2018, que ce soit dans la catégorie espoir ou meilleur premier film, et on ne peut que souhaiter le meilleur à ce long-métrage, qui mérite toutes les louanges qui lui ont pour l’instant été attribuées.
Avec Patients, de nouveaux talents voient le jour et on peut affirmer sans honte que le cinéma français est beau, et que certaines réalisateurs ont encore énormément à nous offrir.

Patients : Bande-annonce

Patients : Fiche technique

Réalisateur : Grand Corps Malade, Mehdi Idir
Scénario : Grand Corps Malade, Fadette Drouard
Interprétation : Pablo Pauly, Soudaine Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Alban Ivanov…
Photographie : Antoine Monod
Montage : Laure Gardette
Musique : Angelo Foley
Direction artistique : Sylvie Olivé
Producteurs : Eric Altmeyer, Nicolas Altmeyer, Jean-Rachid Kallouche
Sociétés de production : Mandarin Films, Kallouche Cinéma
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Durée : 110 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 1er mars

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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