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The Search, un film de Michel Hazanavicius : Critique

The Search est un virage radical dans l’œuvre de son auteur et réalisateur Michel Hazanavicius, ce touche-à-tout plutôt brillant qui s’est lancé, avec pas mal de succès, plusieurs défis depuis le début de sa carrière. Il revient, trois ans après son explosif succès mondial (The Artist), s’attaquer, de nouveau, à un genre canonique : le film de guerre.

Synopsis : Les destins de quatre personnes concernées par la seconde guerre de Tchétchénie en 1999 qui vont être amenés à se croiser. Les protagonistes sont un soldat Russe enrôlé, un orphelin Tchétchène, sa grande sœur à sa recherche et une militante des droits de l’homme.

La Terre Outragée

Et ce, après avoir revisité (et parodié) le film d’espionnage (le diptyque OSS 117), et rendu un hommage devenu planétaire au film muet (The Artist). Il y a chez Hazanavicius cette manière d’être à la fois fidèle à ses modèles tout en les transgressant. Ici, il se lance un défi qui le dépasse un peu en adaptant, de manière éclatée, le film Anges Masqués (1948). Et oui, The Search est un remake. Hazanavicius en déplace l’intrigue en pleine (seconde) guerre de Tchétchénie en 1999, en multiplie et entrecroise les protagonistes; mais le but reste : « the search », soit une recherche effrénée. Avant d’entrer au cœur du film, on peut déjà regretter deux choses : que ce récit, très fort voire brutal, ne soit pas moins manichéen, entre les gentils qui sont très sûrs d’eux et les méchants vraiment méchants (avec un discours qui dit : la guerre c’est mal !). De plus, Hazanavicius enfonce des portes très ouvertes, et veut, à travers le rôle de Bérénice Béjo (Carole, une responsables des Droits de l’Homme), dénoncer.  Mais ses constats sont trop simplistes ! On a du mal à croire aux récits où tout est soit blanc, soit noir et où le regard perdu d’un enfant a pour seul objectif de nous tirer des larmes. Pourtant, le film de Michel Hazanavicius n’est pas raté, loin de là Car l’enfant n’est pas le seul enjeu du film, fort heureusement. Le réalisateur garde ses atouts : la mise en scène, la direction d’acteurs et la force des choses simples qu’il met face à nous.

L’enfant aux yeux gris

Le film s’ouvre par une image un peu sale, pas celle d’une caméra professionnelle mais celle d’un caméscope. Une voix d’homme, qu’on ne peut encore identifier, nous décrit le pays dans lequel il est : « un putain de pays », en guerre, dévasté. On arrive après la bataille nous dit-il. Avec sa caméra, il nous emmène là où il y a du monde. Des soldats qu’il croise et qui le saluent. Ces soldats-là sont russes et vont nous montrer en quelques instants en quoi cette guerre, loin d’être une opération anti-terroriste comme le vendait la Russie à l’époque, est une vraie guerre avec des victimes civiles innocentes. Brute, sans rien nous épargner, parce que c’est son regard, l’homme qui filme, en riant, regarde un couple Tchétchène se faire tuer de plusieurs balles. A leurs côtés, une jeune fille hurle, pleure, ils ne la tuent pas. Soudain, on entend les pleurs d’un bébé, et toujours cette jeune fille qui crie « non, non, non ». Mais c’est déjà trop tard, un soldat s’avance vers la maison, la jeune fille disparaît.

La caméra s’arrête brusquement. Ne reste que le noir. Cette scène, on va la revoir filmée par la caméra de Michel Hazanavicius et à travers le regard apeuré d’un petit garçon qu’on veut ériger en héros de ce film mais qui n’est là, bien qu’il joue merveilleusement bien, que pour donner une conscience soudaine à une occidentale qui, pas loin de là, œuvre difficilement pour les droits de l’homme. Cette femme-là, c’est Bérénice Béjo qui écoute, note et se fait traduire des récits de guerre pour tenter de convaincre des autorités sclérosées qu’ici, un massacre a lieu. Son point de vue, et celui du film, est cantonné là, dans cette bourgade où s’accumulent les réfugiés d’une guerre qui ne dit pas son nom.

Elle est un peu lassée, surtout que sa famille ne veut rien voir, ne pense qu’à faire la fête. Carole n’y croit plus, mais agit, comme un automate, jusqu’au jour où elle croise un petit garçon aux grands yeux tristes. De fil en aiguille, elle découvre son égoïsme passé, en élevant ce gamin – devenu muet – à coup de monologues et de biens gros bons sentiments. Face à elle, elle trouve une autre femme, qui s’occupe, elle aussi d’enfants. Son discours à elle est plein de mépris pour Carole, pour les autres, ceux qui, selon elle, « ne font rien ». Son discours, c’est, en gros : la diplomatie est inutile, mieux vaut sauver un enfant que n’en sauver aucun. Voilà pour la partie « bons sentiments », qui offre quelques belles scènes, bien que trop longues entre l’enfant et Carole. Mais cette Carole, interprétée tant bien que mal par Bérénice Béjo, agace par ses dialogues pleins d’une candeur naïve. On ne comprend pas bien pourquoi elle ne cesse de dire tout ce que l’on voit. Le paroxysme étant son discours devant l’ONU, quand elle tente de convaincre une assemblée de vieux pontes endormis que c’est une guerre. Certes, elle est là pour dénoncer, mais les grandes et belles images du film le faisaient très bien sans elle. Car les vrais protagonistes, ceux qui valent plus la peine, de ce film ce ne sont pas, contrairement à ce qu’on lit, elle et lui (l’occidentale et l’enfant tchétchène) mais deux autres « elle et lui » (la sœur du petit garçon et un soldat – malgré lui- russe).

Une guerre sans paix

Ce film est aussi un croisement. Au début du film, on a laissé, toute hurlante de douleur non physique mais psychologique, une jeune fille en proie au désarroi après la mort, sous ses yeux, de ses parents. On la retrouve quelques temps plus tard, après la marche de son frère, qui s’est réfugié dans l’appartement de Carole. Elle ne sait rien, contrairement à nous, de ce que sont devenus ses deux frères (vous savez le bébé qui pleure au début et le petit garçon aux yeux gris). C’est alors que commence sa recherche. Elle va aller, marcher, résister à la peur, au froid, à la faim, à la tristesse pour retrouver ce qui lui reste : deux petits amours, deux enfants, des frères. L’ampleur du film, son rythme tient dans l’enchaînement premier de ces trois destins. Elle cherche, cherche, cherche et nous hante, le réalisateur parvient à créer une véritable tension autour de ce destin très romanesque par rapport au ton du film.  Mais le film est avant tout une boucle. Nous devons alors retracer cette chronologie éclatée, et trouver qui filmait au début. Voilà que l’on rencontre un jeune homme qui vit à plus de 1 200 km du conflit. Il va être embrigadé de force dans l’armée pour avoir été pris en train de fumer un peu de drogue. Son destin à lui est une épopée sanglante, il est le vrai versant de la guerre, le plus nuancé des personnages. Il se présente d’abord comme un résistant, une victime avant de devenir un être assoiffé de violence. Le regard que nous avons alors sur la guerre, à travers ces deux figures, et surtout de celle de notre soldat de 19 ans est atroce, osons le mot. La nature humaine nous est là livrée, sans nuance le plus souvent et sans lyrisme – n’est pas Malick qui veut. C’est un récit qui bousille, qui ne nous épargne rien. Voilà pourquoi les récits que récolte Carole, son regard niais, sa fausse tristesse ne nous intéressent pas à l’image de Charlotte Gainsbourg écoutant les discours horribles des sans-papiers venus la rencontrer dans Samba… Elles ne sont que des faire-valoir bien-pensants et les images de guerre, qui collent à la boue, nous renseignent d’autant plus sur ce conflit, cette destruction massive. On ressort du film bouleversé avec l’impression d’avoir été pris en otage entre des bons sentiments et un récit d’ampleur sanglant et tristement, salement même, réaliste. Putain de guerre…

Fiche technique : The Search

France – 2014
Date de sortie : 26 novembre 2014
Réalisateur : Michel Hazanavicius
Interprètes : Bérénice Béjo (Carole), Annette Bening (Helen), Abdul Khalim Mamutsiev (Hadji), Zukhra Duishvili (Raïssa), Maksim Emelyanov (Kolia)
Scénario : Michel Hazavanicius
Photographie : Guillaume Schiffman
Production : Thomas Langmann – Sociétés de production : La Petite Reine, Warner Bros
Montage :  Anne-Sophie Bion et Michel Hazanavicius

Spring Breakers, un film de Harmony Korine : Critique

Spring Breakers, un trip halluciné plus malin qu’il n’y parait

Synopsis : Candy, Faith, Brit et Cotty sont amies depuis la maternelle. Les quatre jeunes filles, lassées de leur vie monotone à l’université, voudraient aller en Floride pour leur Spring Break. N’ayant pas d’argent, trois d’entre elles décident de braquer un fast-food et d’utiliser cet argent pour partir en vacances. La fête sera cependant de courte durée car elles se font arrêter lors d’une soirée où se consomme de la cocaïne mais, « heureusement » pour elles, « Alien », un rappeur très célèbre (et aussi trafiquant de drogue), paye leur caution et les prend sous son aile. La descente aux enfers commence et rien ne sera plus jamais comme avant…

À quoi le spectateur peut-il s’attendre de la part d’un film qui leur propose clairement de se rincer l’œil, en mettant en avant quatre actrices issues du Club Mickey, quasiment nues, avec seulement un bikini comme habit pour ne pas frôler les limites du tabou ? Que pouvait donc attendre du public Harmony Korine en lui livrant un tel film ? Que les gens s’y précipitent ? Quoiqu’il en soit, le réalisateur a su jouer avec les fantasmes de certains pour offrir à l’assistance un trip halluciné bien plus malin que sur le papier.

De base, en allant voir un tel film, il ne fallait pas s’attendre à des monts et merveilles du côté des répliques. Ces dernières auraient pu être tout simplement clichées et lourdes, comme dans tout teen movie qui se respecte. Au final, elles se montrent bien plus simples, voire même très recherchées, tels les discours à connotation philosophique du personnage d’Alien. Mais dans tous les cas, peu importe, étant donné que Spring Breakers peut être pris comme un long-métrage muet. Le film de Korine se montre, en effet, peu bavard, préférant raconter son histoire par le biais des images et de la bande son. Pour raconter le destin de quatre jeunes filles parties s’éclater pour finalement se retrouver à la dérive ? Non, plutôt pour montrer à quel point l’image du rêve américain a pris une tournure tout à fait différente. Le paradis serait donc de sauter les fesses à l’air sur la plage, avec des inconnus, buvant, couchant avec des inconnus et se droguant sans cesse ? De pouvoir y aller malgré ce qu’il en coûte (les héroïnes vont tout de même jusqu’à braquer un fast-food) ? D’aller jusqu’à menacer et tuer des gens à l’arme à feu parce que ne pas rentrer à la maison, de peur de retrouver le train train quotidien, c’est le pied ? Une nouvelle vision violente et sans limite de la mentalité américaine qu’offre le cinéaste aux spectateurs.

Le long-métrage se présente comme une sorte de clip (les premières minutes du film annoncent la couleur), qui se permet un montage faisant côtoyer plusieurs séquences en parallèle, sous les airs d’une BO envoûtante et de voix-off. Le tout affichant des jeux de lumière agréables à regarder : le film passe de l’obscurité de la nuit à la clarté du jour en un clin d’oeil, en passant par des couleurs flashy qui peuvent faire rappeler l’univers visuel de Tron : l’Héritage. Une sorte de rêve ahurissant retranscrit sous nos yeux, qui n’oublie pas pour autant la violence de son propos qu’il est censé critiquer, en mettant en valeur les séquences pour public averti par des gros plans et des ralentis. Le film va même jusqu’à utiliser le bruitage d’une détonation d’arme à feu, concernant la plupart des transitions, pour rappeler que ce spectacle s’apparente bien plus à un cauchemar. Un exemple pour résumer tout cela ? La scène où Alien reprend au piano « Everytime » de Britney Spears, tandis que le spectateur assiste à tout un déballage d’attaques à mains armées orchestrées par les protagonistes, le tout filmé au ralenti pour donner un charme visuel indiscutable, mais aussi pour mettre en valeur cette violence qui entoure notre quotidien, sans aucune censure. La mise en scène de l’ensemble est travaillée, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Un véritable trip hallucinogène, mêmes si certains n’y verront qu’un film aux séquences répétitives, à la fin bâclée (le générique intervient de manière brutale), et à quelques longueurs qu’ils jugeront incompréhensibles.

Autre point majeur : les actrices s’en sortent convenablement. Avec des comédiennes venant du milieu tant enfantin de Disney (notamment en ce qui concerne Vanessa Hudgens et Selena Gomez), le pire était à craindre pour un tel projet. Surtout si ces dernières doivent se rouler des pelles, se déhancher, casser leur image de petites filles adorables. Un pari que Miley Cyrus n’aurait pas pu réussir à une certaine époque, par exemple. Mais en fin de compte, il ne faut jamais se fier aux a priori ! Après avoir vu Vanessa Hudgens, Selena Gomez (la plus sage de la bande), Rachel Korine et Ashley Benson s’éclater de la sorte, il y a de quoi être surpris par leur prestation. Le quatuor se lâche comme rarement, même si Gomez semble un peu à l’écart (est-ce le rôle qui veut cela ?). Mais même si elles nous bluffent, c’est plutôt James Franco qui impressionne le plus. Il faut le voir, l’ancien Harry Osborn de la trilogie Spider-Man signée par Sam Raimi, s’investir corps et âme dans le rôle d’Alien, arborer un tel accoutrement (coiffure, maquillage…) qui lui permet de se confondre aisément dans son rôle. Avec cette prestation, le comédien prouve qu’il est l’un des meilleurs interprètes de sa génération. Et il est donc conseillé de voir ce film pour s’en rendre compte.

Il aura fait parler de lui via son affiche et son propos. Spring Breakers se présente pourtant comme un véritable film, et non un pur produit d’érotisme comme le laissait présager la promo. Violence, sexe, drogue et adolescence racontés dans un déballage très propre d’images et de musiques envoûtantes. Comme si le « no limit » des personnages faisait plus rêver que cauchemarder. Un trip auquel il faut tout de même s’accrocher pour pleinement l’apprécier !

Spring Breakers : Bande-annonce

Fiche technique – Spring Breakers

États-Unis – 2012
Réalisation : Harmony Korine
Scénario : Harmony Korine
Interprétation : James Franco (« Alien »), Vanessa Hudgens (Candy), Selena Gomez (Faith), Ashley Benson (Brit), Rachel Korine (Cotty), Heather Morris (Bess), Justin Wheelon (Matt), Emma Holzer (Heather)…
Date de sortie : 6 mars 2013
Durée : 1h32
Genre : Drame
Image : Benoît Debie
Décors : Almitra Corey
Costumes : Heidi Bivens
Montage : Douglas Crise
Musique : Cliff Martinez et Skrillex
Budget : 2 M$
Producteurs : David Zander, Chris Hanley, Charles-Marie Anthonioz et Jordan Gertner
Productions : Muse Productions, O’ Salvation, Radar Pictures, Division Films et Iconoclast
Distributeur : Mars Distribution

Réveil dans la terreur, un film de Ted Kotcheff – Critique

Wake in Fright aurait pu ne plus jamais retrouver le chemin des salles obscures. Alors que le film, sorti en 1971, n’avait jamais fait l’objet d’un portage VHS ou DVD, hormis une version de mauvaise qualité rebaptisée Savane ( ! ), des recherches furent lancées pour retrouver le négatif original.

Synopsis : John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…

Un week-end en enfer

Pendant plus de deux décennies, des spécialistes ont fouillé dans tous les recoins de l’Australie sans succès. Finalement, les précieuses bobines furent retrouvées en 2007 à…Pittsburgh, dans une caisse marquée (selon la légende) « à détruire ». Le film eut ainsi droit à une remise à neuf, et une copie toute propre qui ressort enfin en salle. L’occasion de découvrir un chef d’œuvre venu de l’autre bout du monde.

Cruels au soleil

Réveil dans la terreur fut présenté au festival de Cannes en 1971 en même temps qu’un autre film Australien, Walkabout (ou La Randonnée) de Nicolas Roeg. Tous deux repartirent bredouilles, malgré leurs qualités indéniables. Le premier est tout de même bien moins hermétique que le second, sorte de trip méditatif dans le grand Outback, rythmé par les didgeridoos locaux. Moins hermétique, certes, mais pas forcément plus grand public. Réveil dans la terreur a gagné ses galons de film le plus terrifiant d’Australie, et aurait laissé Martin Scorsese « sans voix ». Dans les faits, le film est surtout une plongée dans le quotidien brutal de ses petites villes coupées du monde, dans lesquelles les hommes tuent le temps comme ils le peuvent, et souvent à grandes goulées d’alcool.

On est très loin de la vision un peu romancée de l’aventurier Australien telle que présentée dans Crocodile Dundee, par exemple. En fait, le film de Ted Kotcheff se rapprocherait plus d’un Délivrance à la sauce Australienne, dans lequel un professeur propre sur lui se retrouve bien malgré lui embarqué dans une virée infernale faite de bière, de jeux d’argent, de bière, de chasse nocturne, et de propositions indécentes. Toute la sauvagerie humaine se déploie le temps d’un week-end, sous un soleil de plomb, la photographie de Brian West retranscrivant magnifiquement ces étendues brûlées dans lesquelles le sable vous dessèche la gorge. Le temps d’une nuit, aussi, dans une scène qui risque de faire tiquer plus d’un amoureux de la cause animale.

Brigitte va pas être contente

Comme c’était le cas dans Walkabout, les scènes de chasse sont en effet d’autant plus réalistes qu’elles ne sont pas simulées. Ainsi, la façon locale de chasser le kangourou apparaît dans toute sa brutalité, comme pour mieux dénoncer les conditions sauvages dans lesquelles les habitants traquent cet animal en voie de disparition. La mise en scène de Kotcheff est crue, sans fioritures, suivant au plus près ses personnages dans un style assez proche du western. Il faut dire que le bonhomme s’y connaît pour filmer la sauvagerie qui sommeille en chacun de nous, lui qui allait se faire connaître dix ans plus tard en mettant en scène le premier Rambo. Et, dans le genre sauvage, Réveil dans la terreur se pose là.

Le film ne donne pas vraiment une bonne image de l’Australie, mais on ne peut pas l’accuser de romancer les choses. Lorsque le film fut projeté au pays, et qu’un journaliste lui demanda s’il n’exagérait pas un peu les situations, plusieurs locaux répondirent que le film aurait pu être tourné dans leur jardin. Il aura fallu plus de quarante ans pour enfin avoir la possibilité de voir ce chef d’œuvre de barbarie sur grand écran. Mais Réveil dans la terreur vaut l’attente. Si la violence sourde dont il se fait le témoin risque de ne pas plaire à tout le monde, le film de Kotcheff reste un monument du genre, et on ne peut que remercier la providence de nous avoir permis de le retrouver enfin.

Fiche Technique – Réveil dans la terreur

Australie-USA – 1971
Drame
Réalisateur : Ted Kotcheff
Scénariste : Evan Jones, d’après l’oeuvre de Kenneth Cook
Distribution : Gary Bond (John Grant), Donald Pleasance (Doc Tydon) Chips Rafferty (John Crawford), Sylvia Kay (Janette Hynes), Al Thomas (Tim Hynes), Jack Thompson (Dick)
Producteur : George Willoughby
Chef de la photographie : Brian West
Compositeur : John Scott
Monteur : Anthony Buckley
Production : NLT Productions, Groupe W
Distributeur : La Rabbia / Le Pacte

Auteur : Mikael Yung

Planes, un film de Klay Hall : Critique

Synopsis : Dusty Crophopper est un avion épandeur qui n’a qu’un seul rêve : faire de la compétition et voler parmi les avions les plus rapides que le monde ait connu. Malheureusement, Dusty n’est pas taillé pour la compétition et il a le vertige. Mais contre toute attente, il se retrouve sélectionné pour participer le Grand Rallye du Tour du Ciel après les éliminatoires auxquels il a participé. De ce fait, il demande de l’aide à Skipper, un ancien as de l’aéronaval, afin de l’entraîner, de combattre sa peur du vide et de viser le titre de champion du monde de l’avion le plus rapide de la planète..

Planes : Disney se crashe dans le commercial

À l’heure actuelle, Cars 2 reste le Pixar le plus décevant de l’histoire de l’animation. Pourquoi ? Notamment à cause de son aspect purement commercial (plus de personnages histoire de vendre plus de jouets dans les magasins) et son aspect fade, alors que les studios sont notamment connus pour leur originalité et leur poésie (Toy Story 2 et 3 mis à part, étant donné que ces deux opus valent le premier sans hésiter). Néanmoins, la notoriété du premier film auprès du jeune public a eu raison des critiques mitigées, faisant de ce Cars 2 l’un des plus beaux succès au box-office pour Pixar. Et c’est sur ce détail que Walt Disney Pictures et DisneyToon Studios (autre filiale du studio aux grandes oreilles remplaçant sur le coup Pixar), décident de continuer l’aventure avec un spin-off intitulé Planes, centré cette fois-ci sur les avions (comme l’annonce le titre). Nouveau produit commercial ou petite pépite à rajouter aux chefs-d’œuvre de l’oncle Walt ?

Il faut savoir qu’initialement, Planes ne devait même pas débarquer dans les salles de cinéma. En effet, il était prévu que ce long-métrage bénéficie d’une sortie directe dans les bacs (DVD et Blu-ray). Une fois cela en tête, tous les défauts de Planes paraissent évidents. À commencer par son aspect visuel, qui semble venir d’une époque passée, celle où l’animation ne faisait que débuter. Bon, il faut bien avouer que cette déclaration est plutôt sévère, surtout quand on regarde à quoi ressemblent aujourd’hui le premier Toy Story, Fourmiz ou encore L’Âge de Glace. Pour sûr, en une décennie, l’animation a fait un bon en avant en proposant des textures plus lisses, des couleurs mieux travaillées et des animations moins chaotiques. Malheureusement pour Planes, le travail effectué relève du minimum syndical, tant son univers graphique manque de fluidité (alors que des courses aériennes nécessitaient pourtant le contraire). Et comme Pixar n’est pas en charge du projet, on sent aussitôt le manque d’âme et de poésie qui auraient donné à ce long-métrage un impact moins fade. Rien que pour la comparaison, Cars 2 possédait tout de même un charme visuel certain (rappelez-vous les passages lumineux et colorés à Tokyo). Là, nous nous retrouvons plutôt avec un épisode de Cars Toon, c’est pour dire !

Autre gros point faible de Planes : son scénario. Autant dire que les personnes chargées de l’écriture n’ont pas été bien loin pour livrer le script final. En effet, ils ont repris le concept de Cars (enchaînement de courses durant lesquelles le personnage principal va évoluer petit-à-petit) en changeant juste la personnalité du héros : à la place d’un Flash McQueen arrogant, fonceur et ivre de célébrité, nous avons un Dusty Crophopper timide, pas sûr de lui et modeste au possible. Rien qu’avec un tel constat, Planes sent le produit commercial à plein nez, qui, comme Cars 2, cumule les personnages secondaires inutiles (ils n’apportent vraiment rien à l’histoire) et clichés (exemple du Mexicain qui ne pense qu’à faire la fiesta). Planes se présente ainsi aux adultes, notamment ce qui fuient Cars et son univers, comme un film d’animation mille fois vu et hautement ennuyeux.

Sinon, le jeune public y trouvera sûrement son compte auprès de ce divertissement, certes hautement classique, mais qui peut se montrer amusant pour les 4-5 ans. Notamment grâce à de petits gags et des personnages qu’ils trouveront sûrement amusants. Même s’il se montre commercial et use fortement de la notoriété de Cars pour attirer les jeunots et forcer les parents à les emmener au cinéma, Planes n’est pas entièrement un piège à pigeons, arrivant à divertir les enfants, comme tout bon film d’animation estampillé Disney. C’est déjà ça, non ?

Mais avec un tel long-métrage, Disney aura bien du mal à crier victoire. Même si la suite est récemment sortie et semble être bien plus appréciée que ce premier opus, Planes fait un peu tâche parmi les récents films d’animation. Surtout que bien plus tard dans l’année, le studio aux grandes oreilles sortait une certaine Reine des Neiges, qui, à l’heure actuelle, a battu bien des records. Même Turbo (de DreamWorks), sorti une semaine après Planes, a bien plus de mérite sur le papier, proposant une aventure classique mais un brin déjantée et véritablement amusante. Enfin… quand il faut faire plaisir aux plus jeunes, difficile de dire non par moment…

Planes – Bande-annonce

Fiche technique – Planes

États-Unis – 2013
Réalisation : Klay Hall
Scénario : John Lasseter, Klay Hall et Jeffrey M. Howard
Doublage : Dane Cook/Fred Testo (Dusty Crophopper), Stacy Keach/Michel Vigné (Skipper), Carlos Alazraqui/Bernard Gabay (El Chupacabra), Danny Mann/Emmanuel Garijo (Sparky), Priyanka Chopra/Leïla Bekhti (Ishani), Brad Garrett/Frantz Confiac (Chug), Teri Hatcher/Marika Duchenay (Dottie), Cedric the Entertainer/Pascal Casanova (Leadbottom)…
Date de sortie : 9 octobre 2013
Durée : 1h32
Genre : Film d’animation
Directeur artistique : Ryan L. Carlson
Animation : Ethan Hurd et Scott Seeto
Montage : Jeremy Milton
Musique : Mark Mancina
Budget : 50 M$
Producteurs : Tracy Balthazor-Flynn, John Lasseter, Tony Cosanella et Kip Lewis
Productions : Walt Disney Pictures, DisneyToon Studios et Prana Studios
Distributeur : The Walt Disney Company France

Astérix – Le Domaine des Dieux, un film d’Alexandre Astier et Louis Clichy : Critique

Critique Astérix – Le Domaine des Dieux : Juste l’une des meilleures adaptations du petit Gaulois

Synopsis : En 50 avant Jésus-Christ, toute la Gaule est occupée. Toute ? Non ! Un petit village d’irréductibles, en Armorique, résiste encore et toujours à l’envahisseur, et ce grâce à une potion magique qui leur donne une force surhumaine. Un village qui nargue Jules César au point de le pousser à appliquer un stratagème totalement inédit : il charge l’architecte Anglaigus de raser la forêt environnante et d’y bâtir le Domaine des Dieux, un quartier résidentiel qui aura pour objectif de convertir les Gaulois à la civilisation romaine. Une nouvelle menace pour Astérix et Obélix qui ne se laisseront pas séduire par ce nouveau piège. Mais la contre-attaque sera difficile…

Par Toutatis ! Huit ans après le dernier animé (Astérix et les Vikings, 2006) tout en passant par deux films live qui n’ont pas reçu un bon accueil critique (Astérix aux Jeux Olympiques et Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté), voici que le célèbre petit Gaulois à la moustache blonde effectue son grand retour sur le grand écran. Neuvième long-métrage d’animation depuis Astérix le Gaulois (1967, cela ne rajeunit pas…) qui offre au héros de René Goscinny et d’Albert Uderzo un lifting à part entière après quatre longues années de gestation. Le Domaine des Dieux arrivera-t-il à être le film d’animation de ce Noël 2014 ? Le projet en avait toutes les capacités sur le papier… et le résultat final dépasse, et de très loin, toutes les espérances.

Pourtant, rien n’était gagné d’avance pour ce nouvel opus, surtout en ce qui concerne le passage du dessin en 2D traditionnel au CGI (animation par ordinateur). Un virage à 180° qui aurait pu dénaturer l’esprit de la bande-dessinée, comme le laissait présager l’impression plutôt négative envers les premières photos du film postées sur le net. Sans compter que le casting vocal proposait toute une ribambelle de célébrités (Alexandre Astier, Lorànt Deutsch, Alain Chabat, Géraldine Nakache, Laurent Lafitte, Élie Semoun, Florence Foresti…) tout en faisant rappeler le côté clinquant et prétentieux d’Astérix aux Jeux Olympiques. Et enfin, le fait de savoir Alexandre Astier lui-même à la tête du projet pouvait en effrayer plus d’un, son humour voire son univers, n’étant pas spécialement attaché à celui d’Astérix. Au plus grand des soulagements, ces diverses craintes s’avèrent être les atouts qui font du Domaine des Dieux l’une des meilleures adaptations de l’œuvre de Goscinny et d’Uderzo, talonnant de près l’inoubliable Les 12 Travaux d’Astérix.

Tout d’abord le style visuel. Il faut savoir que Louis Clichy, co-réalisateur avec Astier, a été animateur chez Pixar et a apporté sa contribution sur WALL-E et Là-Haut, excusez du peu ! Ce cinéaste de l’animation n’est donc pas un novice en la matière et le montre : il arrive à donner du relief à des personnages de papier et d’encre tout en gardant leurs traits d’origine. Ces derniers prennent vie sans que cela ne choque le fanatique le plus averti de la bande-dessinée, dans des décors qui sauront faire vibrer la fibre nostalgique de chacun (en particulier le village Gaulois). Clichy aurait très bien pu s’en contenter, il nous offre en bonus une mise en scène qui dynamise le tout par des séquences virevoltantes (la chasse au sanglier, les effets de la potion magique, les bagarres…), certaines à la limite du cartoonesque pour le plaisir de tous, petits et grands.

Pour la distribution vocale, Alexandre Astier et Louis Clichy ont changé la donne en matière de doublage : au lieu de poser la voix des interprètes sur des images, ces derniers ont enregistré leurs répliques avant que l’animation ne soit réalisée (comme cela se fait pour les jeux vidéo). Les concepteurs des effets visuels ont donc pu travailler les personnages et donc l’animation à partir des voix du casting, pour un rendu beaucoup plus crédible question synchronisation. Ce qui a permis aux nombreuses célébrités de se défouler comme bon leur semblait, et le résultat s’avère être des plus convaincants : elles sont reconnaissables mais arrivent à se confondre derrière leur personnage respectif (mention spéciale à Florence Foresti en Bonnemine). Mais la nostalgie frappe encore avec l’ultime participation de Roger Carel, 87 ans, dont la mélodieuse voix rappelle qu’il est l’éternel interprète du petit Gaulois. Et que lui trouver un remplaçant pour un éventuel projet futur s’avèrera être la tâche la plus ardue pour une adaptation de la bande-dessinée. En ce qui concerne Guillaume Briat, il faut bien avouer qu’il livre un Obélix appréciable, mais encore bien en-dessous du côté attachant et simplet que ce que nous offrait  le regretté Pierre Tornade par le passé.

Quant à Alexandre Astier, il fait mieux qu’Alain Chabat et son Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Il fait bien plus qu’imposer sa patte et son univers, il les marie avec ceux de René Goscinny. Il se permet tous les délires possibles, en passant par quelques références cinématographiques (Le Seigneur des Anneaux, King Kong, Avengers…) et des délires dont lui seul a le secret, tout en reprenant les gags et répliques inventés par Goscinny. Sans jamais faire défaut une seule fois à la bande-dessinée originelle, en reprenant les grandes lignes (la première partie, principalement) et gags qui ont marqué toute une génération de lecteurs. Constat : la moindre trouvaille comique, l’intégralité des situations humoristiques… tout fait mouche, sans la moindre exception. Et comme il s’agit de base d’un divertissement pour enfant, ne pouvant totalement se lâcher, Astier se rattrape en mettant en avant les diverses thématiques de la bande-dessinée (l’écologie, la déforestation, la surpopulation, le monde des entrepreneurs, la grève) qui font encore écho aujourd’hui (la BD date tout de même de 1971 !).

Dire qu’Alexandre Astier ait adapté Le Domaine des Dieux s’éloigne de la vérité. Il se l’est carrément approprié. Il a réussi à en faire, avec l’aide de Louis Clichy, un spectacle de toute beauté et pour tous les âges, pour ne pas dire le meilleur film d’animation de cette année 2014. Si ce n’est pas le cas, Le Domaine des Dieux restera comme le retour en force dont avait besoin Astérix pour faire oublier ses derniers échecs. Même, Astier lui offre bien plus qu’une renaissance : une des adaptations les plus fidèles et les plus marquantes de l’œuvre du tandem Goscinny/Uderzo. Et rien que pour cela, il faut espérer que, pour Astier, cela ne soit pas le banquet final et qu’il projette de s’atteler à un nouvel opus, par Bélénos !

Astérix – Le Domaine des Dieux : Bande-annonce

Fiche technique : Astérix – Le Domaine des Dieux

France – 2014
Réalisation : Alexandre Astier et Louis Clichy
Scénario : Alexandre Astier, d’après la bande-dessinée de René Goscinny et Albert Uderzo
Doublage : Roger Carel (Astérix), Guillaume Briat (Obélix), Lorànt Deutsch (Anglaigus), Alexandre Astier (le centurion Oursenplus), Alain Chabat (le sénateur Prospectus), Serge Papagalli (Abraracourcix), Laurent Lafitte (Duplicatha), Élie Semoun (Cubitus)…
Date de sortie : 26 novembre 2014
Durée : 1h25
Genre : Film d’animation
Directeur artistique : Thierry Fournier
Animation : Patrick Delage
Montage : Soline Guyonneau
Musique : Philippe Rombi
Budget : 30 M€
Producteurs : Alexandre Astier, Louis Clichy, Philippe Bony, Thomas Valentin et Natalie Altmann
Productions : M6 Studio, Belvision, SNC, Mikros Image Animation Paris, Dreamwall et Nozon
Distributeur : SND

Un Illustre inconnu, un film de Matthieu Delaporte – Critique

Qu’on l’adore ou qu’on le déteste, Mathieu Kassovitz fait partie des grands noms du cinéma Français. Réalisateur controversé, acteur inégal, personnalité iconoclaste, il est capable d’enchaîner les chefs d’œuvres et les pires navets, de La Haine à L’Ordre et la morale en passant par Gothika, Le 5ème élément ou Babylon AD. Ce dernier lui avait d’ailleurs valu une petite notoriété il y a quelques années, lorsque sortait un making-of officiel du film, intitulé Fucking Kassovitz, et qui montrait l’accumulation de bourdes et la somme de bêtise humaine qui avait fait de cet ambitieux projet une série B à l’esthétique douteuse. Alors, forcément, voir le bonhomme en tête d’affiche d’un film ayant pour titre Un Illustre inconnu, ça peut surprendre…

Synopsis : Sébastien Nicolas a toujours rêvé d’être quelqu’un d’autre. Mais il n’a jamais eu d’imagination. Alors il copie. Il observe, suit puis imite les gens qu’il rencontre. Il traverse leurs vies. Mais certains voyages sont sans retour.

Fucking Kassovitz

Et pourtant, c’est bien lui qui porte le film sur ses épaules, de bout en bout. On peut ne pas aimer le directeur ou la personne, mais force est de reconnaître que sa prestation d’acteur est ici impeccable, dans un rôle casse-gueule sur lequel reposent la réussite et la crédibilité du scénario. Kassovitz entre totalement dans la peau de ce personnage, ou plutôt de ces personnages. Car c’est là la subtilité du film. Le protagoniste n’est, finalement, qu’une page blanche, un bloc de glaise malléable à l’envie, et qui se modifie au fur et à mesure de ses rencontres avec des inconnus, dont les caractéristiques l’attirent. L’acteur joue donc un double rôle, celui de Sebastien Nicolas, et celui de Henri de Montalte. Et, tout comme dans le film, ce n’est pas tant l’histoire que la transformation qui fascine.

Si le poids du maquillage se fait souvent sentir sur son visage, c’est plus par son physique que Kassovitz se détache, par une présence monstrueuse, qu’il parvient toutefois à dissimuler lorsqu’il redevient le lisse et insipide Nicolas. Il habite littéralement ses personnages, leur créant des manières, des tics, une gestuelle, un langage différent. La-dessus d’ailleurs, il faut également saluer le travail du duo constitué de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, qui signent des dialogues très bien écrits, qui ont dû être d’une aide précieuse à Kassovitz pour mieux rentrer dans la peau de ses différents protagonistes.

Sans contrefaçons

L’histoire en elle-même, en revanche, ne tient encore une fois que par la prestation de Kassovitz. Que ce soit le postulat de départ ou les divers rebondissements étalés tout au long du film, Un Illustre inconnu n’est pas crédible une seule seconde. Pourtant, et c’est là la magie du cinéma, une forme de magie opère, et on a envie d’y croire. Il y a comme une fascination à observer cet homme au-delà du banal prendre l’identité d’un autre, lui imprimer de nouvelles caractéristiques, et vivre sa vie (la sienne en plus de celui qu’il imite) à travers lui. Finalement, le dénouement pourrait confiner au ridicule, or il n’en est rien, on se surprend à ressentir un certain soulagement.

Difficile tout de même de ranger Un Illustre inconnu dans un genre particulier. Le film débute comme un thriller un peu glauque et franchement perturbant, alors que le spectateur est placé dans la position du voyeur, observant les perversions de Nicolas. Puis, à mi-parcours, le scénario bascule sur autre chose, plus proche du drame, plus humain, plus tendre aussi. La mise en scène suit ce revirement et l’accompagne, se faisant plus douce et plus lumineuse au fur et à mesure que les événements progressent. Totalement inclassable, cette œuvre tantôt malsaine, tantôt mélancolique, est plutôt une bonne surprise, et parvient à questionner le spectateur sur le thème de l’identité et de la personnalité.

Un Illustre inconnu – Fiche Technique

France – 2014
Réalisateur : Matthieu Delaporte
Scénaristes : Matthieu Delaporte, Alexandre de la Patellière
Distribution : Mathieu Kassovitz ( Sebastien Nicolas/Henri de Montalte), Marie-José Croze (Clémence Cornelli), Hugo Le Martret (Vincent), Eric Caravaca (Capitaine Deveaux), Philippe Duclos (Le Prêtre)
Producteurs : Dimitri Rassam, Alexandre de la Patellière
Directeur de la photographie : David Ungaro
Compositeur : Jérôme Rebotier
Monteur : Célia Lafite-Dupont
Production : Chapter 2, Pathé, Orange Studios, VIP Cinéma 1, Galflin Productions, Fargo Films, Nexus Factory
Distributeur : Pathé Distribution

Auteur : Mikael Yung

Critique Série: Masters of Sex, Saison 1-2

La série s’inspire en grande partie du livre Masters of sex: The Life and times of William Masters and Virginia Johnson, the couple who taught America how to love de Thomas Maier, biographie déjà en grande partie romancée. La véritable histoire de ce couple n’est apparemment pas si détachée de la série, ce qui la rend d’autant plus attrayante.

Synopsis : 1950, les Etats Unis d’après-guerre, Dr Williams Masters (Michael Sheen) et sa secrétaire, Virginia Johnson (Lizzy Caplan), deviennent les pionniers de la recherche médicale sur la sexualité.

Masters of Sex est certainement une série pionnière en soi abordant sérieusement le sexe comme une science. HBO déjà connue pour nous montrer explicitement le sexe et la nudité, avec des séries comme GirlsTrue Blood ou Game of Thrones, innove avec Masters of Sex. Désormais, le média ne fait pas que montrer le sexe, mais il en parle de manière anthologique. Alors la série n’est pas vicieuse ou perverse, tout est d’un érotisme subtil. C’est avant tout un point de vue critique de l’Amérique puritaine des années 50. Notre contexte du XXIème ne permet que d’ajouter au discours plus de distance et de modernisme, sur les changements de visions par rapport à la sexualité. Particulièrement celle de la femme, qui était jusqu’alors très méconnu.

Par cette distanciation, on se rend compte que la position de la femme n’était pas enviable à cette époque, mais également nous fait réfléchir sur l’évolution (très stagnante) vers l’égalité des sexes à notre époque.

Master of Sex – Saison 1

La série dévoile les interdits, nous plongeant dans un contexte où la sexualité est tabou. Elle ose aborder frontalement l’orgasme, la masturbation et l’homosexualité.
Avec des dialogues très modernes, la série aborde avant tout les prémisses de leurs recherches. Au début tenu au secret, la difficulté première pour ce couple de chercheurs est de se faire prendre au sérieux par le corps médical, sans passer pour de simples pervers. On aborde en second lieu, les problèmes de tabou au sein même du couple. A l’époque où les valeurs familiales sont des plus importantes, les problèmes sexuels restent alors cachés. Une vision très cynique et critique, mettant en avant les différences contextuelles de l’égalité homme/femme, surtout sur le plan sexuel.

Des personnages touchants et clivés

Très étonnant alors de voir que le personnage du Dr Masters, Bill, est lui d’un caractère froid et mystérieux. Il incarne le refoulement sexuel dans sa posture carrée et ses yeux d’inquisiteur. A coté, le personnage de Virginia dénote par sa franchise naturelle et sa volonté d’être reconnue. Elle incarne elle, la force de caractère d’une combattante, et on comprend très vite qu’elle veut briser tous les préjugés entourant l’image de secrétaire.

Sa frivolité déconcertante aux yeux de Bill, ravive en réalité sa passion cachée, permettant de mettre en exergue les problèmes de couple de Bill et sa femme, Libby. Ce qu’il leur manque alors, c’est un bébé pour compléter le tableau de cette parfaite famille. Le sujet de l’enfant est lui-même tabou aux yeux de Bill, la peur d’un enfant qu’il n’arriverait pas à aimer. Le problème alors des non-dits entre lui et sa femme, l’empêche d’avouer sa peur. Alors que celle-ci tente tout, telle une enfant capricieuse pour concevoir l’enfant qui sauverait leur mariage.

Au centre, la relation de Virginia et Bill, qui dans le dernier épisode, laisse le spectateur sur un fin bien frustrante…

Master of Sex – Saison 2

Dans la saison 2, la liaison de Virginia et Bill prend un détour inattendu. Le combat pour faire reconnaître leurs études devient secondaire. Avec la naissance de l’enfant tant attendue, les problèmes de couple entre Bill et Libby n’ont fait que s’accentuer, mais restent toujours enfouies dans un jeu de faux-semblants.

La série devient plus sérieuse, rentre dans un drame plus sombre. Les problèmes de cancer du Dr Cecilia redonne à la série sa perspective médicale. Une nouvelle dynamique demeure par rapport à l’avancée des recherches sur la sexualité. D’autres problèmes sociaux s’installent, notamment le racisme et les combats pour les droits civiques. Ainsi, Master of Sex parvient sérieusement et avec brio à dépeindre de réels problèmes d’époque, tout en gardant ce parallèle voilé à notre propre société.

De nouveau, les personnages principaux sont approfondis et leur relation reste aussi ambiguë. Avec l’impuissance de Bill, le besoin de Virginia se fait d’autant plus ressentir. Un saut dans le temps important perturbe alors le spectateur. Sans doute un besoin scénaristique pour éviter à la série de s’engluer dans un rythme trop lent. Alors, l’arrivé d’Ethan, le frère de Bill, fait resurgir en ce dernier les problèmes refoulés de son enfance, mais surtout sa relation traumatisante avec son père. Son personnage se montre alors très clivé, nous dévoilant de manière inattendue le pire et le meilleur de ses sentiments.

Lizzy Caplan, le corps de la série

Jusque-là cantonnée à des rôles secondaires dans des comédies ou dévoilée dans True Blood, Lizzy Caplan s’affirme en tant qu’actrice sérieuse, dans un rôle de femme nuancée. Un personnage alliant la femme fatale et la femme de pouvoir. Mère divorcée, indépendante et battante, elle s’affirme par sa force de caractère dans un monde dominé par les hommes. Elle représente cette figure de la femme moderne de notre époque, vilipendée pourtant dans les années 50-60.

« En apparence, nous n’en sommes plus aux années 1950 et 1960, mais il ne faut pas creuser bien profond pour réaliser que le chemin vers l’égalité des sexes est encore long. Les femmes de notre époque se battent autant que Virginia en son temps pour conjuguer vie professionnelle et vie de famille. » ajoute Lizzy Caplan lors d’un interview pour Télérama .

Le point G de la série

La série sert ainsi de prisme au travers duquel on observe notre propre comportement face à la sexualité exposée, avec des personnages principaux très touchants dans leur erreurs ou leur tentative de s’en sortir malgré les diktats sociétaux. Même les personnages secondaires, comme l’ancienne prostituée Betty, et le Dr Lingham, coureur de jupons intarissable, sont , sont intéressants dans leur manière si radicale d’exposr leur perception de la sexualité.  Grâce à ce nouveau genre de personnages ambivalents et des dialogues critiques et modernes, la série parvient à être addictive et profonde.

Fiche Technique : Master of Sex

Réalisateur : Michelle Ashford
Chaîne d’origine Showtime – USA
Acteurs : Michael Sheen (Bill), Lizzy Caplan (Virginia), Caitlin Fitzgerald (Libby), Teddy Sears (Dr Langham), Annaleigh Ashford (Betty), Julianne Nicholson (Lillian)
Saison : 2 (renouvelé pour une saison 3)
Episode : 24
Durée : 45 min
Genre : Drame
Date de Diffusion (FR) : Décembre 2014 sur OCS City

N.C.I.S. New-Orleans, saison 1 – Critique de la série

 Critique : N.C.I.S. New-Orleans, saison 1 – Une série qui cartonne…mais pourquoi donc ?!

Synopsis : Responsable de l’antenne du N.C.I.S. à la Nouvelle-Orleans, Dwayne Cassius Pride, surnommé King, est aidé dans ces enquêtes dont des membres de la Navy sont victimes, par Cristopher LaSalle et Meredith « Merri » Brody.

Fille indigne !

Non décidément ça ne va être possible, N.C.I.S. New-Orleans sera le deuxième spin-off de N.C.I.S. Enquête Spéciales (après N.C.I.S. Los Angeles); cette série hérite des défauts de son aînée sans en avoir pris les qualités. On espérait mieux c’est évident, mais la piètre qualité de N.C.I.S. Los Angeles pouvait aussi faire craindre le pire. Finalement on n’assiste pas au « pire », même si le « mauvais » n’est jamais loin. Cette déception mérite donc d’être analysée comme un échec, ce qui ne peut se faire qu’en comparant la série originelle à son rejeton tout juste vieux de deux mois.

La machine à dollars

N.C.I.S. est aujourd’hui une franchise très lucrative, la série « mère » et ses rejetons sont d’absolus cartons d’audience partout où ils passent, et Mark Harmon est devenu le second acteur de série le mieux payé des U.S.A. (après avoir été premier l’an passé). Ces cartons d’audience s’expliquent probablement par l’accessibilité des séries N.C.I.S. qui passe par des intrigues policières au format devenu très classique : un meurtre ouvre chaque épisode, l’enquête débute, passage par la morgue et le labo, quelques suspects défilent puis, le vrai coupable déboule tel un deus ex machina. À ce titre, N.C.I.S. New-Orleans ne fait pas exception le format, classique jusqu’à la nausée, est en plus calqué jusqu’au plagiat sur N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. Les ressorts narratifs sont absolument les mêmes, le téléspectateur n’est pas dérangé dans ses petites habitudes, l’échec de ce point de vue vient donc d’une absence totale de nouveauté avec ce spin-off.

Des personnages ? Quels personnages ?!

Passé ce trop fort parfum de déjà-vu, on s’intéresse aux acteurs et là se situe peut-être le plus gros crash de N.C.I.S. New-Orleans. Après deux semaines de diffusion aux U.S.A., cette série se promène déjà avec deux grosses casseroles en la matière : les personnages et les acteurs qui les incarnent. Les personnages sont en effet beaucoup moins écrits et caractérisés que dans N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. On y reconnaît bien sûr la médecin légiste, le geek, le beau gosse de service, etc… Mais tous ces personnages, en dehors de leur « spécialité », manquent cruellement d’une personnalité, d’une histoire personnelle, d’un vécu et on sent qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour l’instant. Cet aspect est survolé avec l’apparition d’un enfant, d’une épouse mais ça s’arrête là et c’est très insuffisant.

Casting : mieux faire

Il n’y a guère que les personnages secondaires qui évitent le naufrage total, aidés par une écriture humoristique et des acteurs qui semblent s’amuser autour des trois principaux. En tête de gondole CCH Pounder (Urgences, Sons Of Anarchy, X-Files), parfaite de flegme et de dérision dans son interprétation de médecin légiste un brin décalé. On lui a collé aux basques Rob Kerkovich (Cloverfield, Les Experts – Miami), geek complètement allumé qui prend l’antenne locale du N.C.I.S. pour un terrain de jeu. Voilà donc deux bons rôles pour deux acteurs investis. D’un autre côté, il y a les mauvais personnages incarnés par des acteurs en petite forme. On passe rapidement sur Zoe McLellan (Mentalist, Dr House), qui s’en tire le mieux des trois personnages principaux, c’est elle qui y croit le plus. Scott Bakula par contre, dont le recrutement avait fait frémir les fans d’impatience, ne retrouve pas son niveau de Code Quantum ou Star Trek – Enterprise. Son rôle est trop souvent sérieux et semble provoquer l’ennui de l’acteur qui a du mal à entrer dans son rôle. Mais le bonnet d’âne ira sur la tête de Lucas Black, acteur probablement recruté pour son seul physique puisqu’en dehors de ça il n’a rien d’autre à proposer qu’un corps dont il ne semble pas savoir quoi faire, un jeu tellement faux qu’il finit une fois sur deux en grimace. Un mot le définit dans ce rôle : insupportable !

Sentiment d’insécurité

Mais alors pourquoi N.C.I.S. New-Orleans, qui passe en deuxième partie de soirée aux U.S.A. est un tel carton ?! Peut-être un petit peu grâce à un générique sur le légendaire Boom Boom de John Lee Hooker, qui correspond bien à l’atmosphère de la série qui restera au moins comme une belle vitrine touristique de la Nouvelle-Orléans. Puis il faut bien le reconnaitre, si la franchise N.C.I.S. fonctionne aussi bien c’est parce qu’elle est dans l’air du temps, parce qu’elle surfe souvent sur la peur née des attentats du 11 septembre 2001 et sur le sentiment généralisé d’insécurité qui en a découlé.

Le médiocre ça rapporte

N.C.I.S. New-Orleans cartonne ? Tant mieux pour eux ! Scott Bakula parvient encore à trouver des rôles ? Tant mieux pour lui ! N.C.I.S. fonctionne sur un modèle obsolète, a pillé tout ce qui faisait N.I.C.S. Enquêtes Spéciales mais en moins bien, a recruté des acteurs « en dedans », a oublié d’écrire des personnages en plus d’écrire des scénarios ? Tant pis pour le téléspectateur ! Il y fort à parier que, d’ici deux ou trois saisons, si le carton d’audience continue, on nous servira un nouveau spin-off qui viendra remplir un peu plus les poches de Mark Harmon, producteur sur N.C.I.S. New-Orleans, peut-être deviendra-t-il également le producteur de télévision le mieux payé…

Fiche Technique – N.C.I.S. New-Orleans 

Origine : U.S.A.
Format : 22 épisodes de 43’
Première diffusion U.S.A. : 23 septembre 2014
Diffuseurs : C.B.S. (U.S.A.), M6 (France)
Production : Mark Harmon
Statut : en cours
Casting : Scott Bakula, Lucas Black, Zoe McLellan, CCH Pounder, Rob Kerkovich, Paige Turco, Rocky Carroll, Joe Spano.

Auteur : Freddy M.

 

Hunger Games : la Révolte – Partie 1, un film de Francis Lawrence : Critique

Après Harry Potter et Twilight, c’est au tour de la saga Hunger Games de voir son dernier opus scindé en deux. De quoi faire durer le plaisir des fans ou bien s’agit-il d’un concept purement lucratif pour les producteurs ? Bien que la réponse soit évidente pour la plupart des cinéphiles, le fait de couper un film en deux parties n’a jamais vraiment eu de succès auprès de l’assistance, surtout en ce qui concerne la première, souvent jugée trop lente (Harry Potter et les Reliques de la Mort), voire même sans intérêt (Twilight : Révélation). Qu’en est-il alors de ce nouvel Hunger Games ? À en croire la majorité des critiques de la presse, il semblerait que la « malédiction de la première partie » ait encore frappé, le long-métrage étant considéré comme ennuyeux à mourir. Injustement ? Il faut croire !

Synopsis : Katniss Everdeen s’est réfugiée dans le District 13 après avoir détruit à jamais l’arène et les Jeux. Sous le commandement de la Présidente Coin, chef du district, et suivant les conseils de ses amis en qui elle a toute confiance, Katniss déploie ses ailes pour devenir le symbole de la rébellion. Elle va se battre pour sauver Peeta et libérer le pays tout entier, à qui son courage a redonné espoir…

Dispensable mais emballé avec savoir-faire

Qu’adapte donc cette partie d’Hunger Games : la Révolte ? La première moitié du livre, durant laquelle il ne se passe pas grand-chose : la présentation du fameux District 13, la préparation de Katniss aux spots de propagande anti-Capitole, le tournage de ces derniers, des séquences intimes qui approfondissent le personnage principal, trois moments un peu plus orientés action… rien de plus, si ce n’est une intrigue qui met en avant l’héroïne, le symbole de rébellion qu’elle représente et le portrait d’une société fataliste via le Capitole et son concept des propagandes ! Il est donc normal que le film puisse décevoir les férus d’adrénaline et de sensations fortes, le modèle d’origine n’ayant rien à proposer de ce genre. Qui faut-il accuser, dans ce cas ? Les producteurs, sans l’ombre d’un doute. Eux qui ont décidé que le troisième et dernier livre soit divisé en deux parties pour profiter pleinement du succès incontestable de la saga au cinéma, et qui ont voulu attirer bien plus de spectateurs avec une bande-annonce mensongère qui fait l’éloge d’une action quasi inexistante dans ce film. Le réalisateur n’est donc pas en cause, devant du coup faire de son mieux avec ce qu’il a en mains.

Et en y regardant bien, Francis Lawrence s’en sort justement avec les honneurs. Il est vrai que pour l’action, le bonhomme devra s’améliorer pour la seconde partie, ayant attrapé le tic de Michael Bay en filmant avec une caméra qui tremble dans tous les sens lors des séquences d’action (ici, le passage au District 8). Mais une chose est sûre : le cinéaste a du savoir-faire. D’une part, il sait diriger ses acteurs, en particulier Jennifer Lawrence (malgré le nom de famille, il n’y a aucun lien de parenté), dont le jeu a gagné en puissance émotionnelle depuis le tout premier film. De l’autre, il manie avec respect l’univers de l’auteur Suzanne Collins  en ne trahissant jamais les idées et émotions délivrées par les livres : un second degré bienvenu via les personnages d’Effie et Haymitch, des décors correspondant de près à ce qui était décrit dans les romans, des plans violents qui n’ont pas peur de la censure hollywoodienne (le District 12 en ruines, jonché de cadavres encore fumant), des scènes en plus par rapport au livre (la mission d’infiltration au Capitole pour délivrer Peeta), un soin tout particulier apporté sur les spots de propagandes… tout ce qu’il faut pour que cette première partie mérite amplement d’intégrer la saga cinématographique Hunger Games.

Après, le film n’est pas non plus sans réels défauts, à commencer par le scénario. Adapter un livre au cinéma nécessite toujours quelques coupures dans le récit, des moments considérés comme inutiles sur grand écran. Hunger Games : la Révolte – Partie 1 n’échappe pas à la règle, sans pour autant trahir l’œuvre originelle, en ne reprenant que le principal. Néanmoins, à trop se concentrer sur le personnage de Katniss et son statut de symbole de la rébellion, le film oublie d’approfondir tout ce qui l’entoure. Les protagonistes secondaires sont les premières victimes : jamais ils ne sont mis suffisamment en avant pour que le spectateur s’intéresse un temps soit peu à eux. Les nouveaux (Alma Coin, Cressida, Boggs…) font office de figurants, les anciens (Gale, Effie, Haymitch, Primrose, Finnick…) ne répondent présents que pour être aux côtés de Katniss, sans apporter quoique ce soit à l’histoire. De plus, le script survole bon nombre de détails évoqués dans le livre, qui ont pourtant leur importance dans le dénouement de cette saga : le fait que le District 13 soit aussi strict et fataliste que le Capitole n’est jamais montré, la révélation de Finnick sur sa prostitution passe inaperçue pour ne servir que de fond à une séquence d’infiltration, le travail de Primrose à l’infirmerie du District 13 est balancée en une seule réplique… de quoi rester un peu sur sa faim, il faut bien se l’avouer, surtout après avoir lu le livre.

Quoiqu’il en soit, la première partie d’Hunger Games : la Révolte est loin d’être la déception sans nom annoncée par la presse. Oui, le film détruit littéralement le rythme plutôt mouvementé, engendré par les opus précédents. Oui, ce n’est pas le meilleur épisode de la saga cinématographique Mais encore une fois, ce sont les producteurs qu’il faut critiquer et non le réalisateur Francis Lawrence, qui a franchement fait de son mieux pour que ce film ne soit pas d’un ennui mortel (il suffit de discuter avec des personnes n’ayant pas lu le livre pour s’en rendre compte) ou sans âme. Même si cette partie peut se montrer dispensable en ayant en tête qu’un film de 3 heures aurait amplement suffi au lieu de s’éterniser autant, cet Hunger Games reste bien au-dessus de la moyenne des teen movies qui ne cessent de pulluler sur les écrans depuis ces dernières années.

Hunger Games : la Révolte – Partie 1 : Bande-annonce

Hunger Games : la Révolte – Partie 1  : Fiche technique –

Titre original: The Hunger Games : Mokingjay – Part 1
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong et Peter Craig, d’après le roman de Suzanne Collins
Interprétation : Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Julianne Moore (la Présidente Alma Coin), Philip Seymour Hoffman (Plutarch Heavensbee), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Jeffrey Wright (Beetee Latier), Donald Sutherland (le Président Coriolanus Snow), Josh Hutcherson (Peeta Mellark)…
Image : Jo Willems
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt Swanson et Bart Mueller
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Budget : 125 M$
Producteurs : Nina Jacobson et Jon Kilik
Productions : Lionsgate et Color Force
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Durée : 123 minutes
Genre : Science-fiction, dystopie
Date de sortie : 19 novembre 2014
États-Unis – 2014

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival : bilan et palmarès

PIFFF 2014, palmarès et bilan

Le PIFFF 2014, c’est fini. Après six jours de festival, dont quatre de compétitions, le Gaumont Opéra retrouve une activité normale. Envolée la horde de spectateurs errant dans ses couloirs, un badge sur la poitrine, l’oeil un peu rougi à force d’enchaîner les films, un sourire béat imprimé sur la figure et envahissant le comptoir confiserie. Le jury et le public ont rendu leur verdict, voici un rapide aperçu de leurs choix.

Les choix du public

Professionnels et simples curieux se sont pressés dans les salles tout au long de la semaine. Si les séances programmées en soirée avaient forcément plus de succès, le public était indéniablement au rendez-vous pour cette quatrième édition du PIFFF. Chaque spectateur se voyait ainsi remettre un bulletin de vote à la fin de chaque projection de films en compétition, et devait attribuer une note de 1 à 5. Il faut croire que les organisateurs avaient gardé le meilleur pour la fin puisque c’est Spring, du duo Justin Benson et Aaron Moorhead, diffusé samedi à 20h, qui a remporté l’Oeil d’or du long-métrage.

Le film raconte l’histoire d’une jeune tête brûlée, qui quitte les Etats-Unis suite à des problèmes avec la justice, et part s’installer en Italie où il y fait la rencontre d’une « créature » de rêve. Les deux réalisateurs étaient présents pour recevoir leur prix. Leur film n’ayant pas encore trouvé de distributeurs en France, aucune date de sortie n’a été annoncée, mais souhaitons que ce prix leur offre une plus grande visibilité auprès des professionnels.

Seconde compétition, les courts-métrages Français et Internationaux. Dans la première catégorie c’est Puzzle, de Rémy Rondeau, qui a été honoré. Cette histoire d’un vieil homme solitaire trompant l’ennui en faisant des puzzles depuis la mort de sa femme a visiblement séduit le public. Côté International, c’est le loufoque The Boy with a Camera for a Face qui a été distingué. Comme son titre l’indique bien, ce court-métrage a pour héros un garçon dont le visage est un appareil photo.

Les choix des professionnels

Mais le PIFFF, c’est aussi un jury composé de divers acteurs du milieu. Cette année, il se composait de la réalisatrice, scénariste et comédienne Céline Tran, plus connue sous son ancien pseudo Katsuni ; le réalisateur et scénariste d’À Toute épreuve (le film avec La Fouine) Antoine Blossier ; le créateur de générique Kook Ewo ; le compositeur Rob ; et le dessinateur Bastien Vivès. Tout le spectre de la technique est donc plus ou moins représenté, ce qui permet de garantir une certaine objectivité. Et c’est un doublé pour Puzzle, qui rafle donc deux des trois prix, et devrait permettre à Rémy Rondeau de se faire un nom dans le milieu.

Dernière catégorie de prix, les récompenses attribuées par la chaîne Ciné + Frisson, partenaire du PIFFF et représentée par sa directrice, Myriam Hacène, et son adjoint Christophe Commères. Sans grande surprise, c’est le seul film Français (Franco-Belge, pour être précis) de la sélection qui se voit distingué, Alleluia de Fabrice Du Welz, qui sortira mercredi en salles, et sera donc diffusé de façon privilégiée sur Ciné +. Le prix spécial court-métrage a lui été remis à Shadow, du Français Lorenzo Recio, qui avait déjà reçu une mention spéciale de la part du jury court-métrage.

La soirée s’est ensuite clôturée avec la projection en avant-première du film Tusk, de Kevin Smith, grand ayatollah de la geek culture et réalisateur farouchement indépendant. Il sortira directement en DVD et Blu-Ray en mars prochain. Un joli résumé de ce qu’est l’esprit du PIFFF : offrir aux spectateurs la possibilité de voir en salles des films qu’ils ne pourraient pas forcément voir ailleurs. Cette année encore, la sélection opérée par Fausto Fastulo a été de très bonne facture, mention spéciale pour le violent et magnifique Wake in fright, retrouvé plus de quarante ans après sa sortie, et qui a été un véritable coup de poing pour les spectateurs. Une seule idée pour conclure : vivement l’année prochaine.

Auteur : Mikael Yung

La prochaine fois je viserai le cœur, un film de Cédric Anger : critique

Voilà que le cinéma français adapte à nouveau un fait divers après Vie sauvage de Cédric Kahn. Dans La prochaine fois je viserai le cœur, Cédric Anger s’intéresse non pas à un père qui fuit la société et sa frénésie consommatrice, mais à un homme solitaire dont le talon d’Achille principal est les femmes.

Synopsis : Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. Après avoir tenté d’en renverser plusieurs au volant de sa voiture, il finit par blesser et tuer des auto-stoppeuses choisies au hasard. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages. Il en réchappe d’autant plus facilement qu’il est en réalité un jeune et timide gendarme qui mène une vie banale et sans histoires au sein de sa brigade. Gendarme modèle, il est chargé d’enquêter sur ses propres crimes jusqu’à ce que les cartes de son périple meurtrier lui échappent.

Dans la brume électrique

Sa famille le voit beau mais maladroit. La seule femme qu’il croise sans tenter de la tuer le trouve « gentil ». Mais ça n’est pas ce que veut entendre cet homme. Un homme n’est pas gentil, ou alors « autant lui couper les couilles » directement rétorque-t-il à Sophie qui s’éprend de lui. De la vie de Franck, ce tueur (et gendarme) apeuré, on ne voit que des brides, des moments d’autoflagellation à la minutie avec laquelle il enfile toutes les nuits son costume de gendarme pour se traquer lui-même, l’air de rien. Tout en jouant au chat et à la souris avec ceux qui le cherchent et avec lesquels il travaille, il tente aussi de se trahir pour être arrêté. C’est que, pas plus que lui, nous ne comprenons pourquoi il agit ainsi. « Je suis un tueur fait pour tuer et je tuerais avant qu’on ne me tue… », écrit Franck à la gendarmerie, à ses collègues. Il cherche donc à être arrêté tout en cherchant à échapper à la police – paradoxe puisqu’il y travaille. Même s’il promet, dans une lettre, de traquer sans relâche celle qui lui échappe (et le trahira). Ce personnage qui vit seul, reclus, qui va dans la forêt s’éprendre de liberté et la donne en héritage à son frère, a des vertus cinématographiques indéniables. Or, le film nous est d’emblée présenté comme « l’affaire criminelle la plus exceptionnelle » de ces dernières années mais on ne ressentira jamais la frayeur vantée par le synopsis même quand Franck fait semblant de nous tirer en plein cœur, face caméra.

Le film commence sur une vraie-fausse note : une traque avortée. Le film n’est que ça : une course poursuite (presque) sans excès de vitesse dans la brume, dans la nuit. Cédric Anger n’a pas choisi de faire un polar à la française, il va dans la brume électrique, s’enivrer du brouillard. Ses intentions sont louables : abattre la psychologie, ne pas verser dans la mièvrerie, ni le drame réaliste mais ça ne marche pas toujours : parce que le spectateur n’a rien à quoi se raccrocher, la froideur est trop brutale. Entrer dans la tête de ce tueur aurait pu être passionnant mais on ne va jamais jusqu’au bout. On assiste impuissant à une autopsie, une succession de visages. On s’ennuie. La mise en scène implacable, jusqu’au visage impassible de Canet – assez surprenant – ne font pas totalement effet.

Autopsie d’un tueur

Le parti pris de Cédric Anger est pourtant intéressant : ne pas essayer d’expliquer l’inexplicable. Pourtant, il n’évite pas les scènes maladroites où on  voit Franck impuissant ou comme un homosexuel refoulé. Mais rien ne suffit, et c’est ça le plus important/passionnant, à expliquer ses gestes impulsifs. A part lui, tous semblent caricaturaux, vulgaires… Les flics, les jeunes femmes. C’est comme ça que lui les voit. Et les autres, ces anonymes deviennent comme des morts-vivants flous qui en marchant simplement comme des jeunes filles dans la nuit, semblent aller vers leur mort. Pour souligner  cette succession de scènes, de constats sans couleur ni saveur, Cédric Anger fait appel à une musique à suspens, qui devient à la longue agaçante tant elle vient souligner ce que l’on devrait ressentir et qui n’arrive pas : la rage qui monte, cette implacable fin vers laquelle vont toutes les jeunes filles qui croisent la route de ce tueur. Ainsi, quand une jeune fille, jouée par Alice de Lencquesaing, monte dans la voiture, comme fascinée par l’arme de ce gendarme au visage doux mais fermé, et que l’un et l’autre vont vers une fin certaine, vers ce qui doit arriver, ils sont comme effrayés de ce qui va se passer, pas nous. Là encore le constat est implacable : aucune chance d’y échapper. Franck retire les pièges de la forêt, pour sauver les animaux, et capture d’autres proies : les femmes. Le film joue avec les paradoxes. Ainsi, quand les policiers ouvrent l’appartement de Franck, ils découvrent l’insalubrité, l’amoncellement de poubelles. Une image qui contraste avec ce qu’on a alors vu de cet homme qui ne supporte pas le sang et le fait pourtant jaillir, qu’une mouche sur le dos d’une femme endormie dégoûte alors qu’il vient de lui faire l’amour… Il se lave sans cesse de ce à quoi il ne peut échapper. Le spectacle de la nature le fascine, celui des hommes l’horripile. Avec ce titre « La prochaine fois je viserai le cœur », promesse du tueur quand il rate une de ses cibles dans une des lettres qui le confondront plus tard, Cédric Anger prouve aussi qu’en voulant être en osmose avec son tueur, il a raté l’essentiel : nous faire adhérer à toute sa grisaille, à cet état permanent de frayeur qui ne prend finalement pas. On reste à côté. Ce constat s’il est beau comme ces biches qui traversent tout à coup la forêt la nuit, est trop clinique, trop distant, pour concentrer tout ce qu’il a d’ambition : viser juste. Il attend finalement trop d’un tueur qui, à l’image du jeu de Guillaume Canet, ne produit rien… On ne ressent rien. Le spectateur doit éprouver ce qu’éprouve Franck: le trou noir émotionnel, il doit se flageller pour avoir mal, se sentir vivant. C’est l’ambivalence de ce film : filmer le vide avec brio jusqu’à finir lui-même par paraître vidé de toute substance cinématographique et émotionnelle.

La prochaine fois je viserai le cœur – Bande-annonce

Fiche technique : La prochaine fois je viserai le cœur

France – 2014
Date de sortie : 12 novembre 2014
Réalisateur : Cédric Anger
Interprètes : Guillaume Canet (Franck), Ana Girardot (Sophie), Jean-Yves Berteloot (Lacombe), Arnaud Henriet (Laucret)
Scénario : Cédric Anger
Musique : Grégoire Hetzel
Directeur de la photographie : Thomas Hardmeier
Chef monteur : Julien Leloup
Chef décorateur : Thierry François
Sociétés de production : Sunrise Film, Les Productions du Trésor, Mars Films, Caneo Films

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 4 : fantasmes et réalité

PIFFF 2014, troisième jour de compétition : fantasmes et réalité

Vendredi 21 novembre, boulevard des Capucines. On commence à se rapprocher de la fin. Après la copieuse mais passionnante journée de la veille, celle-ci sera plus tranquille : « seulement » trois films à voir. Pour moi, ce sera la fin du PIFFF. Je sens comme une pointe de regret à l’idée de louper la nuit extra-terrestre, qui s’annonçait furieusement fun. C’est la vie, il faut savoir faire des choix. Après avoir passé trois journées enfermées dans les salles obscures, un peu d’air frais ne peut faire que du bien. Ouais, c’est ça…

Bienvenue dans la matrice

Pour ouvrir le bal, je passe directement à la Séance Culte. Nouveau bijou sélectionné par Fausto : Avalon, de Mamoru Oshii. J’ai de vagues souvenirs de l’avoir vu il y a presque dix ans dans la Séance Interdite sur Canal +. Oshii est visiblement un cinéphile averti, gorgé de références venues de tous les horizons, y compris d’Europe. Il a notamment été très marqué par Chris Marker. Encore un. Sérieusement, si vous ne l’avez pas encore fait, regardez La Jetée, c’est probablement le court-métrage qui a le plus marqué les deux dernières générations de réalisateurs.

La Jetée (1962) (Chris Marker)

Bref, Avalon est un film mêlant réalité et virtuel à l’image d’un Matrix ou d’un Existenz avant lui, mais dans un style qui lui est propre. Ici la froide réalité fait écho formellement à un monde issu du jeu vidéo aux accents militaires, sur fond de guerre civile. Les meilleurs joueurs d‘Avalon peuvent vivre grâce à leurs prouesses virtuelles, à une époque ou l’e-sport n’est encore qu’un lointain rêve pour les européens. Et le parcours d’Ash a des échos philosophiques qui se mêlent à sa quête existentialiste.

Loin de l’action furieuse d’un Matrix, Avalon prend le temps de dérouler son univers presque onirique dans de longs plans à la photographie travaillée, et la seconde partie du film fait plus penser à un parcours zen. Oshii privilégie une certaine lenteur, qui sublime la réalité par rapport au virtuel. C’est long, beau, et contemplatif. Petit bémol, tout de même, mais qui ne doit rien au travail du réalisateur : la traduction. Avalon déroule ses dialogues en Polonais, et les sous-titres, du moins ceux présentés au PIFFF, étaient pour le moins laborieux, et empêchaient de bien se projeter, en donnant parfois l’impression de passer à côté du sens profond de telle ou telle réplique.

Misery sauce ibère

Retour à la compétition à présent avec Shrew’s Nest, du duo Espagnol Juanfer Andrés-Esteban Roel, dont il s’agit du premier long-métrage. Comme la veille, la salle s’est bien remplie, les films projetés en début de soirée bénéficiant décidément d’une bien meilleure exposition. La bonne santé du cinéma fantastique venu de l’autre côté des Pyrénées, ainsi que la présence à la production du génial Alex de la Iglesia augurent du meilleur.

Shrew’s Nest (Musarañas en VO) est un huis-clos centré sur deux sœurs dont l’une d’entre elle, agoraphobe au dernier degré, ne peut quitter leur appartement. L’arrivée soudaine d’un jeune homme au passé mystérieux va perturber leur quotidien, tandis que la plus âgée des deux sœurs va bientôt céder à la folie qui couve en elle. L’ombre de Carlos Saura plane sur ce film, qui doit aussi beaucoup à Polanski, notamment à Répulsion, auquel les réalisateurs font un hommage plus qu’appuyé.

Shrew’s Nest démarre sur de très bonnes bases. Un huis-clos étouffant, des personnages attachants malgré leur défauts, et dont la relation est juste assez malsaine pour intriguer, le tout assorti d’une critique de la religion qui manque peut-être un peu de subtilité. La montée en puissance de la tension est parfaitement maîtrisée…jusqu’à ce qu’elle déraille complètement, alors que le scénario tente de prendre plus d’ampleur. Le dernier tiers du film bascule ainsi dans un déchaînement de violence aussi inattendu que ridicule. La preuve en est la réaction de la salle, éclatant parfois de rire à des moments supposés être plus repoussants qu’amusants. Et ce n’est pas le twist final, grossier, attendu et poussif, qui va sauver le tout. Ma première vraie déception du PIFFF. On ne peut pas gagner à tous les coups…

Symphonie en fouet majeur

Fin de journée avec la traditionnelle Séance Interdite qui, comme le dénote Fausto, n’a jamais aussi bien porté son nom. R100, du fantasque réalisateur Japonais Hitoshi Matsumoto, fait en effet référence au système de classification des films nippons, et serait donc interdit aux moins de 100 ans. Et on comprend un peu pourquoi en voyant l’affiche du film étalée sur grand écran, sur laquelle des femmes vêtues de cuir aguichent le spectateur de leur regard langoureux…et de leurs cravaches. Ambiance, une nouvelle fois.

R100 raconte comment un homme ordinaire, vivant une vie ordinaire, se retrouve soudain le jouet d’une bande de reines du SM après s’être inscrit à un programme spécial dans un club de bondage. Les choses vont rapidement prendre une tournure malsaine, au point que les producteurs hésitent à laisser le film sortir en salle. Pendant ce temps, plusieurs personnages ont l’impression de ressentir un terrible tremblement de terre. Le tout sur l’air de l’hymne à la joie de Beethoven.

Voilà, ça vous paraît un peu foutraque, complètement déjanté, totalement décousu ? C’est parce que ça l’est. Après l’incroyable délire visuel de Miike en ouverture, le PIFFF nous offre un nouvel exemple de cinéma comique à la Japonaise, un genre auquel nous ne sommes que trop peu habitués. Bien loin de l’esthétique cartoon de Mole Song, R100 s’ancre bien plus dans la réalité, tout en explosant régulièrement en des bouffées de grand n’importe quoi, aussi surprenantes que gratuites.

 

Matsumoto mixe ainsi avec délice les scènes très sérieuses et les délires les plus totaux, avant de basculer totalement à mi-parcours, délaissant le réalisme pour un joyeux bazar rythmé et sauvage. La séance se termine par une scène d’amour qui laisse la salle dans un état de jubilation sauvage. Ça crie, ça rit, ça applaudit, tout l’esprit déjanté du PIFFF est résumé dans cette seule projection.

Et c’est donc sur cette note positive que se termine pour moi le PIFFF 2014. Un excellent cru, une nouvelle fois, mêlant grands classiques du genre, films ultra-pointus et introuvables, et futurs chefs d’oeuvre. Sur les quatre films vus en compétition, mon favori est clairement The Duke of Burgundy, même si Starry Eyes, qui sera diffusé cet après-midi, arrive précédé d’une jolie réputation… Il n’y a plus qu’à dire à l’année prochaine, vive le cinéma fantastique et vive le PIFFF !!!

Auteur : Mikael Yung