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Critique du film : Ninja Turtles

Critique du film, Ninja Turtles

Synopsis : New York subit depuis quelque temps la criminalité causée par le clan des Foot, dirigé par le terrible Shredder. Ce dernier contrôle toute la ville, de la police jusqu’aux politiques. Quatre Tortues Ninja sortent alors des entrailles de la Terre pour l’affronter. Ces quatre frères pourront compter sur le soutien de la jeune reporter April O’Neil et de son cameraman Vernon Fenwick.

COWABUNGA!

Un reboot des Tortues Ninja réalisé par Jonathan Liebesman, et produit par la société Platinum Dunes de Michael Bay, au premier abord, ça fait un peu peur. Surtout que Michael Bay, nous avait infligé, quelques mois auparavant, un Transformers : l’âge de l’extinction, qui n’était qu’un festival pyrotechnique, sans âme, ni scénario. De plus, Jonathan Liebesman est une sorte de mini-Bay, il privilégie la forme au fond, comme l’atteste ces deux dernières réalisations : La colère des titans et World Invasion : Battle Los Angeles, pas vraiment des références.

Aussi surprenant que cela puisse l’être, c’est presque une réussite. Alors bien sur, le scénario est simpliste : des méchants menacent New York, mais les gentils vont les mettre en échec. Mais cela a le mérite de ne pas se prendre au sérieux. C’est drôle et les scènes d’action sont époustouflantes, et plus particulièrement celle dans les neiges. Après l’avoir vu, on peut comprendre les difficultés pour son réalisateur pour la mettre en image, mais elle est tellement fabuleuse, qu’on a envie de la revoir encore et encore, un sommet dans ce film.

Le film va avoir un peu de mal à démarrer, ça tourne un peu à vide, ce n’est pas très rassurant. Mais dès que Megan Fox rencontre les tortues Ninja, c’est quasiment passionnant, jusqu’à la fin. Le duo de scénaristes Josh Appelbaum et André Nemec est rôdé, ils savent à qui s’adresse leur film : les nostalgiques du comic, du dessin animé et du long-métrage de Steve Barron 1990. Mais un reboot, a aussi pour objectif d’attirer un nouveau public. Ils ont su adapter les Tortues Ninja à notre époque, en faisant référence à Batman, Lost et Gwen Stefani. Tout en insufflant un humour qui fait souvent mouche, comme la scène de BeatBox dans l’ascenseur ou le supplice de la pizza, c’est sacrément jouissi, et cela permet de mieux apprécier les multiples scènes d’actions.

C’est visuellement réussi, Jonathan Liebesman fait preuve de sobriété, enfin si on le compare à Michael Bay. Les Tortues Ninja et Maître Splinter sont très réalistes. Filmés en motion capture, elles participent à la réussite de l’ensemble. On peut bien sur reprocher aux créateurs, de faire de Shredder, un Decepticon, dont on peut aussi entendre les mêmes effets sonores que dans la franchise Transformers, durant les combats. Un détail parmi tant d’autres, mais qui risque d’irriter les fans des débuts, moins ceux qui découvrent cet univers.
Megan Fox s’en sort bien, comme dans le premier Transformers, elle sait exister par son charisme et pour une fois, sans avoir besoin d’exhiber sa plastique. Son duo avec Will Arnett fonctionne bien, lui faisant office de ressort comique, en concurrence avec les Tortues Ninja. William Fichtner a bien sur le rôle du méchant, rien de bien surprenant, mais il le fait si bien, comment lui en vouloir. Whoopi Goldberg nous honore de sa présence, elle ne fait que passer, mais participe au plaisir de voir les héros des 80/90’s revenir sur grand écran.

C’est un divertissement, il n’a pas la prétention d’être autre chose. Un cocktail action et humour réussi. On n’a pas le temps de s’ennuyer et on en sort, avec l’esprit léger et le sourire aux lèvres, car c’était vraiment fun!

Fiche Technique : Ninja Turtles

Teenage Mutant Ninja Turtles
USA – 2014
Réalisation : Jonathan Liebesman
Scénario : Josh Appelbaum, André Nemec et Evan Daugherty
Distribution : Megan Fox, Will Arnett, William Fichtner, Alan Ritchson, Noel Fisher, Pete Ploszek, Jeremy Howard, Danny Woodburn, Tony Shalhoub, Tohoro Masamune, Whoopi Goldberg, Minae Noji, Abby Elliot.
Photographie : Lula Carvalho
Montage : Joel Negron et Glen Scantlebury
Musique : Brian Tyler
Production : Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, Scott Mednick et Galen Walker
Sociétés de production : Nickelodeon Movies et Platinum Dunes
Société de distribution : Paramount Pictures
Budget : 120 millions de dollars
Genre : Action et Science-fiction
Durée : 101 minutes
Date de sortie France : 15 Octobre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Le secret derrière la porte, un film de Fritz Lang – Critique

Le petit musée des horreurs

Avec une carrière s’étalant sur quatre décennies, Fritz Lang fait partie des auteurs les plus marquants et les plus importants du 7ème art. Ayant commencé à réaliser à l’époque du muet, il a connu presque tous les bouleversements du cinéma, et a contribué à forger le vocabulaire cinématographique encore d’usage de nos jours. Son œuvre se divise en deux parties, une première en Allemagne et une seconde alors qu’il se trouvait en exil aux États-Unis. Si ses films durant cette dernière période sont généralement considérés, probablement à raison, comme moins personnels, ils n’en demeurent pas moins des monuments, que tout cinéphile se doit de voir, ne serait-ce que pour l’expérience.

Psychose au balcon

C’est le cas de ce Secret derrière la porte, réalisé en 1948, soit près de quinze ans après que Lang ait choisi de refuser l’offre de Goebbels de travailler pour le régime nazi. Les années 40 voient la diffusion et la popularisation des idées de Freud, et la psychanalyse est à l’époque très en vogue. Le cinéma est le reflet de cette mode, à laquelle des auteurs comme Hitchcock ou Walsh ont cédé dans des films comme La Maison du Docteur Edwards ou La Vallée de la peur. Fritz Lang ne fait pas autrement, et tartine généreusement sa pellicule de références plus ou moins subtiles à l’exploration de l’inconscient.

Plutôt moins que plus, d’ailleurs, tant les explications fournies sont parfois laborieuses et mal amenées. Le scénario en lui même est plutôt basique, puisant ses inspirations dans le conte de Barbe Bleue et y ajoutant une histoire un peu abracadabrantesque d’amour maudit et de revanche filiale. Le tout est un peu mou du genou et sombre parfois dans le grotesque, tant certaines réactions sont surprenantes et pas forcément bien amenées. Lang n’y est pour rien, bien sûr, et fait de son mieux avec le matériau qu’on lui impose. Il reniera d’ailleurs plus ou moins le film, qui fera un four au box-office.

Chambres obscures

Néanmoins, la patte du réalisateur et sa mise en scène inventive et étouffante sauvent le film. Puisant ses inspirations dans l’expressionnisme Allemand dont il est l’un des pères fondateurs avec Friedrich Murnau, il insuffle un souffle gothique dans ses décors, et parvient sans peine à insuffler un sentiment d’étouffement au spectateur. La maison et ses secrets deviennent progressivement le personnage principal, et on sent que Lang prend plus de plaisir à filmer son décor que son héroïne. Grâce à des cadres travaillés et improbables, il suscite angoisse et malaise à travers un simple plan de porte fermée.

Une mise en scène minimaliste, mais efficace, loin des diktats de l’horreur actuelle, et dont certains réalisateurs feraient bien de s’inspirer. Fritz Lang parvient ainsi à faire de ce scénario à priori insignifiant un film intéressant à voir, à défaut d’être aussi marquant que ses premières productions. Le Secret derrière la porte reste emblématique de son époque, à défaut d’avoir marqué l’histoire du cinéma. À voir pour les passionnés du genre, un parfait exemple de comment un bon réalisateur peut tirer le meilleur d’une histoire faiblarde.

Synopsis : Celia Barrett, riche héritière, rencontre pendant des vacances à Mexico Mark Lamphere, qu’elle épouse aussitôt. Mais le soir des noces, son mari la quitte brusquement, sans aucune raison apparente. La jeune femme va peu à peu réaliser que celui qu’elle a épousé est un homme bien étrange…

Le Secret derrière la porte : Extrait du film

Le Secret derrière la porte – Fiche Technique

USA – 1948
Thriller, Drame
Réalisateur : Fritz Lang
Scénariste : Silvia Richards
Distribution : Joan Bennett (Celia Lamphere), Michael Redgrave (Mark Lamphere), Anne Revere (Caroline Lamphere), Barbara O’Neil (Miss Robery)
Producteur : Fritz Lang
Directeur de la photographie : Stanley Cortez
Compositeur : Miklos Rozsa
Monteur : Arthur Hilton
Distributeur : Universal International Pictures

Auteur : Mikael Yung

Doctor Who Saison 8 Épisode 8 : Mummy on the Orient Express – Critique

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Doctor Who saison 8 « Mummy on the Orient Express »

Synopsis : Le Docteur se retrouve à bord de l’Orient-Express de l’espace. Mais quand vous y avez vu la Momie, il vous reste soixante-six secondes à vivre. Clara, quant à elle, a décidé qu’il est temps pour elle de faire ses adieux au Docteur.

The final countdown

Nous retrouvons le Docteur quelques semaines après qu’il ait marché sur la lune, pour ce qui semble être un voyage d’adieu pour Clara qui, on nous l’a bien fait sentir depuis le début de la saison, en a un peu gros sur la patate de courir après son ami. Quoi de mieux pour finir en beauté, que de s’embarquer dans un train mythique convoquant aussi bien Agatha Christie que le cinéma classique dans nos petites cellules grises : L’Orient-Express…dans l’espace.

Si l’idée semble chouette aux premiers abords, rappelant la reconstruction du Titanic de Voyage of the damned (avec David Tennant et Kylie Minogue), on déchante assez vite devant l’utilité de la chose en matière de scénario. Pourquoi un Orient-Express spatial? Déjà il paraît difficile de situer un orient (ou même un occident) dans le vide de l’espace, de plus tous les personnages à bord ne semblent pas s’amuser d’une reconstitution des mœurs de l’époque (comme sur le Titanic), mais sont clairement des archétypes de la fameuse « Belle-époque ». De ce fait, pourquoi avoir fait filer le train dans l’espace, pourquoi ne pas avoir tout simplement placé l’intrigue dans le vrai Orient -Express ? Enfin bon, tout cela donne un coté steampunk et cool paraît-il. Pour ajouter au coté désuet, nous avons le droit à une reprise charmante (mais oubliable) de « Don’t stop me now » de Queen par Foxes. Idée sympathique qui aurait pu surprendre si American Horror Story n’avait pas déjà joué la carte de l’anachronisme musical quelques jours avant avec une reprise contestée de « Life on Mars » de Bowie, sans compter la métaphore assez peu subtile du questionnement intérieur de Clara. Rendons tout même au docteur ce qui lui appartient, cette petite reprise musicale donne un peu de swing à un épisode qui manque énormément de patate. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, une momie se ballade entre les Wagons. L’argument d’originalité sera qu’elle ne salue que ceux qui vont mourir, exactement 66 secondes avant leur décès, ce qui permet de faire apparaître un joli chronomètre en bas de l’écran pour nous le rappeler à chaque fois, et surtout tenter de rendre la situations un peu tendue (pour l’immersion on repassera). Il n’en faudra alors pas plus pour que le Scooby-gang le docteur et ses amis enquêtent pour découvrir se qu’il se trame vraiment derrière tout ce pataquès.

Qu’est ce qui plombe cette épisode ? Un manque de second degré principalement. Ce qui aurait pu donner une intrigue assez fun par son sujet délirant (comme l’avait fait avec brio Dinosaures on a spaceship) reste traité beaucoup trop sérieusement de bout en bout. Surtout avec l’histoire secondaire autour des questionnement de Clara. S’ils ont leur intérêt dans la continuité de la série, il aurait été bien vu de faire une petite pose dans cette relation de couple qui bat de l’aile, afin de renouer enfin avec un vrai sens de l’aventure. Quelques easter eggs placés ici et là pour les fan (« are you my mummy ?») ne suffisent pas à renforcer l’intérêt d’une enquête au développement convenu qui nous laisse sur notre faim. Pareil pour le cheminement personnel de Clara qui, dans les dernières minutes, nous fera dire « tout ça pour ça ! ».
Il y a finalement peu de chose à dire sur cet épisode. Toujours pas plus d’information sur la terre promise, un nouvel antagoniste à peine développé, toujours Capaldi qui fait son cirque au détriment des autres personnages… nous somme à plus de la moitié de la saison, autant en profiter pour définir ce qui semble faire défaut à la série depuis quelques temps.

Depuis l’arrivée de Moffat aux commande du Tardis, la série a subi nombres de changements brutaux, à commencer par l’effacement d’un revers de manche de tout ce qu’avait construit son prédécesseur Russel T. Davis : l’humanité n’est plus au courant de l’existence des aliens, Torchwood a disparue, peu de personnages gravitent vraiment autour du docteur… Bref, tout ce qui faisait un univers construit et riche a laissé place à une simple succession d’aventures étranges, parfois de qualité, parfois moins bonnes, qui ne semble jamais avoir vraiment d’influence sur la continuité de la série. Même si certains arcs s’étirent dans le temps, comme celui de River Song, ces derniers ne semblent jamais avoir véritablement d’impact sur l’humanité ou le docteur. Le statu reste quo, il y a toujours un prétexte pour remettre tout cela en ordre (paradoxe temporel, déphasage dimensionnel…). Moffat fait des effets de manches et cela devient agaçant. Quand Davis était un auteur du présent, lui ne cesse de nous parler du futur. Le premier dissimulait des indices discrets au cours des saisons, des petits détails absurdes qui prenaient d’un coup tout leur sens dans les derniers épisodes (Big Bad Wolf, Le retour du maître…), son successeur se contente de dire grossièrement « il va y avoir un truc trop chouette après, continuez de regarder ». Exemple : la quête de Gallifrey annoncé dans l’épisode des 50 ans… on en est où ? On s’en fout ? Bon d’accord. Et les questions que le docteur se posait sur l’origine de son visage ? Rien non plus de ce coté là. Sinon on peut aussi parler des références grossières à la terre promise depuis quelques épisodes. C’est un peu comme faire une blague en prévenant d’abord « hey les gars, j’en ai une bien bonne ! »; on provoque un effet d’attente dans l’auditoire fébrile, et une fois le récit terminé, on se prend un vent…, pas parce que la blague était mauvaise, mais ils espéraient tellement mieux… Comme la révélation sur Clara la « fille impossible », tellement décevante, ou l’origine des silences, cette dernière destination ne semble finalement pas si prometteuse.
Sans dire que Moffat est un piètre auteur, il a offert à la série quelques uns de ses meilleurs épisodes et la série Sherlock est une franche réussite, seulement il serait sympa pour tout le monde qu’il cesse de nous mettre l’eau à la bouche et nous offre enfin quelque chose de copieux à dévorer.

Il lui reste quatre épisodes pour nous prouver le contraire…

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Juillet De Sang (Cold In July), un film de Jim Mickle – Critique

Le 31 décembre prochain, le froid hivernal vous saisira et Juillet De Sang vous giflera. Ce film sera votre étrange manière de finir l’année. Cette Saint-Sylvestre, nuit de toutes les remises à zéro, de tous les projets et de tous les espoirs.

Douce ironie, que de terminer l’année sur un film si sombre et négatif, à l’opposé de tout espoir et qui ôte presque l’envie de se réveiller le lendemain. Juillet De Sangs’affiche d’emblée comme un des meilleurs films de début 2015, tant il assume sans complexe ses qualités de film dur et désespéré.

Âmes damnées

En quelques minutes, Juillet De Sang pose une chape de plomb, l’atmosphère est épaisse, collante et poisseuse comme cette mélasse noire, dans laquelle va s’empêtrer le héros. Une sensation d’étouffement prend à la gorge le spectateur, qui chute alors dans une noirceur et un pessimisme, plus sombres que l’âme de n’importe laquelle de ces ordures de personnages. On tombe dans les tréfonds de l’inhumanité dès la moitié du film, pour n’en sortir qu’au dénouement, dont on ne saurait dire s’il est heureux. Comme les personnages on émerge de cette histoire comme de l’Enfer : soulagé mais avec à l’esprit, l’idée d’être un peu plus lucide sur ce dont l’Homme est capable.

Implacable

Si Jim Mickle semble courir plusieurs lièvres, il a l’intelligence de les courir les uns après les autres et de tous les attraper. Son film se découpe en quatre parties distinctes, une première sur l’auto-défense et la légitimité de posséder une arme, une deuxième sur le programme de protection des témoins, une troisième qui doit tout à Don Johnson et une dernière, sanglante, traite du tournage clandestin de vidéos pornographiques d’une violence inimaginable. L’habileté du scénario fait que les séquences s’enchaînent avec une logique implacable, comme une lente digression qui nous éloigne d’un point, pour nous amener lentement, sans frémir, vers un final en forme de carnage jouissif, baigné de sang.

L’œil de Jim Mickle

Jim Mickle n’a jamais fait dans la comédie, pas même douce amère. Il va explorer ce qu’il reste de la Bête en nous, cette sauvagerie primitive qui caractérisait l’origine de l’humanité et survit encore aujourd’hui, même si nos civilisations ont entrepris de le cacher. Ce cinéaste grandit en talent, quatre films lui auront suffit à savoir conter une histoire et surtout, à parler autant avec la caméra qu’avec les dialogues des acteurs. Les plans, les éclairages et les choix de mise en scène accouchent d’images d’une beauté qui dérange, tant elle contraste parfois avec la laideur de l’âme de ceux qu’elle montre. Des ralentis qui chez d’autres seraient ridicules, prennent ici une force inouïe jusqu’à cette scène, insoutenable, durant laquelle Mickle fait monter l’horreur avec un vice incroyable, pour finir par suggérer la violence sans la monter et nous laisser sur le carreau, la douleur nous vrillant les méninges. La musique de Jeff Grace est à retenir, elle ajoute du noir au noir et se marie parfaitement aux images, faisant du film une juste lune de miel entre son et photographie.

Les trois cavaliers de l’Apocalypse

Ils sont trois dans Juillet De Sang, trois acteurs prodigieux pris dans les griffes de Jim Mickle, trois rôles opposés mais indispensables les uns aux autres. Michael C. Hall (Dexter), est parfait dans le rôle de ce père de famille contraint de protéger les siens, mal à l’aise avec une arme et pris dans une histoire sans issue, qui le dépasse mais qu’il ne peut quitter. Son jeu et son regard laissent penser à un animal pris dans les phares d’une voiture : il se sait en danger mais est incapable de s’enfuir. Sam Shepard (Mud, Un Été À Osage County) est un acteur difficile à critiquer: il est là, présent, professionnel et souffre peu la comparaison avec d’autres, tant il est haut-dessus du lot. L’arrivée de Don Johnson (From Dusk till Dawn) à mi-parcours est salutaire, le dynamitage qu’est sa prestation offre une respiration, un instant d’espoir dans un océan de désespoir. Don Johnson a la vieillesse rayonnante, il rajeunit en vieillissant, et prend un plaisir contagieux à jouer la comédie.

Clap de début

Vous voilà prévenus, Juillet De Sang marquera au choix, votre fin ou votre début d’année. Vous irez, il le faut. Vous n’en sortirez pas grandis, ni même heureux, mais avec cette simple conviction du cinéphile contenté, qui sait que 2015 s’annonce sous les meilleurs auspices. Les larmes sont possibles, probables même, qu’elles soient de tristesse, de résignation mais plus surement, de colère et de rage devant une telle débauche de bêtise humaine, devant la monstruosité faite Homme. Si vous ne croyiez pas en Dieu au début du film, vous n’y croirez pas plus à la fin mais, peut-être, vous serez-vous mis à croire au Diable.

Synopsis : Richard Dane est un paisible père de famille qui abat une nuit un cambrioleur. Par effet domino, ce geste va l’entrainer dans une histoire infernale où se croisent le programme de protection des témoins, des manipulations policières et des tournages pornographiques clandestins. Autant d’histoires qui lui feront découvrir la face cachée de l’âme humaine…

Fiche Technique : Juillet De Sang

Titre original : Cold In July – Origine : U.S.A.

Réalisation : Jim Mickle
Scénario : Nick Damici & Jim Mickle
Interprètes : Michael C. Hall, Don Johnson, Sam Shepard, Vinessa Shaw, Wyatt Russell, Nick Damici
Musique : Jeff Grace
Photographie : Ryan Samul
Décors : Russell Barnes
Costumes : Liz Vastola
Production : Adam Folk
Sociétés de distribution : IFC Films, Wild Side Films/Le Pacte
Genre : Thriller/Drame
Sélections : Sundance 2014 (U.S. Dramatic Competition), Cannes 2014 (Quinzaine Des Réalisateurs), Sydney 2014 & Deauville 2014 (en compétition)
Durée : 109’
Sortie française : 31 décembre 2014

Auteur : Freddy M.

 

On a marché sur Bangkok, un film d’Olivier Barroux – Critique

Synopsis : Serge Renart, un journaliste TV devenu has-been et Natacha Bison, une reporter de guerre écartée du métier parce que trop dangereuse pour ses collègues, se retrouvent obligés d’enquêter ensemble sur une affaire qui les mènera en Thaïlande à la recherche d’un des secrets les mieux gardés de l’histoire contemporaine…. Que s’est-il réellement passé pendant la retransmission télévisuelle de la mission Apollo 11, où pour la première fois, l’homme a posé le pied sur la Lune ?

La comédie française au plus bas

Kad Merad et Olivier Baroux. Deux comiques français de talent plus connus sous le pseudonyme Kad et O, dont l’humour absurde rappellera à certains celui des Nuls. Les créateurs de Kamoulox, l’une des parodies d’émission télé les plus déjantées, toujours à la mode aujourd’hui. Leur premier film, Mais qui a tué Pamela Rose, malgré tous ses défauts, reste un classique des comédies loufoques made in France (sa suite, un peu moins). Et le premier a tout de même reçu un César pour un second rôle dramatique, dans Je vais bien ne t’en fais pas, prouvant qu’il était également un comédien crédible. Alors comment, comment peut-on tomber aussi bas avec une affiche qui, en théorie du moins, s’annonce si alléchante ?

Objectif zéro scénario

Bien sûr, les dernières collaborations entre les deux trublions n’incitaient pas à l’optimisme béat. Safari, L’Italien, Mais qui a retué Pamela Rose, on ne peut pas dire que ces films resteront gravés au panthéon du cinéma français. L’humour féroce et sans aucune logique qui caractérisait le duo à ses débuts et dans leurs carrières d’humoristes a complètement disparu pour laisser place à une succession de gags lourdingues et attendus.

Envolée aussi, l’inventivité dont ils faisaient preuve dans leur écriture. Les dialogues sont d’une platitude à faire pâlir d’envie la queue d’un castor, et on attend vaguement la moindre punch-line, la petite réplique qui fera mouche et servira d’extrait dans la bande-annonce, le fameux dernier plan qui est censé convaincre le spectateur qu’il va assister à un nouveau monument érigé à la gloire de la comédie. Mais là, rien, pas une pépite dans ce désert dialogual.

Et le pire, c’est que cet empilement de clichés, de gags pas drôles et de répliques vaseuses n’est que ça : un empilement sans rimes ni raison. Le postulat de départ n’est pas mauvais, mais il est terriblement mal exploité, et on sent qu’Olivier a eu du mal pour relancer l’intérêt et imprimer du suspens au film. Résultat, on se retrouve avec une accumulation de Deus ex machina venus résoudre des problèmes qui n’ont pas lieu d’être. Toutes ces péripéties poussives et mal amenées débouchent sur un final ultra attendu et complètement grotesque, achevant l’impression de perte de temps, ressentie pendant près de quatre-vingt dix minutes.

Quand l’idiot montre la lune…

Tout ceci aurait presque pu déboucher malgré tout sur un bon moment au cinéma, si seulement le casting s’avérait à la hauteur. On l’a vu, Kad Merad a tout de même été récompensé pour son travail, ce qui prouve qu’il a été, à un moment donné, un espoir du cinéma français. Cela dit, l’accumulation de films le mettant en tête d’affiche suffirait à lasser le cinéphile le plus assidu. Si bien que l’on en arrive à ce terrible constat : pour la Xième fois, Kad fait du Kad. En gros, jouer l’ahuri de service au grand cœur qui enchaîne les catastrophes malgré toute la bonne volonté du monde.

À ses côtés, Alice Taglioni est présente, et c’est déjà un bon point. Pas facile d’exister dans un rôle aussi stéréotypé. À défaut d’une grande prestation, elle a le mérite de ne pas enfoncer un peu plus le film. Peter Coyote est la surprise du film, et on est en droit de se demander ce qu’il est venu faire dans un tel bourbier. D’autant que son personnage est tout à fait dispensable, et n’est qu’une excuse pour ajouter un peu de tension à un film qui n’en a pas. Le seul rayon de soleil de ce film est la jeune Chawanrut Janjittranon, qui pourrait aller loin, si elle choisit un peu mieux ses rôles.

Nouvelle goutte d’eau dans l’océan de médiocrité qu’est la comédie française à l’heure actuelle, On a marché sur Bangkok ne représente même pas un nouveau mètre-étalon en la matière, et c’est bien là le drame. Mais il représente tous les défauts possible d’un genre en perdition ces derniers temps, malgré quelques bonnes surprises de temps à autre : scénario inexistant, accumulations de gags vus et revus, casting venu cachetonner et réalisation oscillant entre le fade et le mauvais. Restent les paysages de Thaïlande, qui promettent le dépaysement aux quelques courageux ayant subi cet affront au 7ème art.

Fiche Technique : On a marché sur Bangkok

France, 2014 – Comédie
Réalisateur : Olivier Barroux
Scénariste : Olivier Barroux
Distribution : Kad Merad (Serge Renart), Alice Taglioni (Natacha Bison), Chawanrut Janjittranon (Jintana), Peter Coyote (Burt Lowell)
Producteurs : Richard Grandpierre, Romain Le Grand
Directeur de la photographie : Régis Blondeau
Compositeur : Martin Rappeneau
Monteur : Christophe Plinel
Production : Eskwad, Pathé, TF1 Films Production
Distributeur : Pathé Distribution

Auteur : Mikael Yung

Critique: Papa Was Not A Rolling Stone, un film de Sylvie Ohayon

Adapté du livre « Papa Was Not A Rolling Stone » en partie autobiographique de Sylvie Ohayon, celle-ci se lance elle-même dans la réalisation de son premier film.

L’univers authentique des années 80

Elle réussit à nous dépeindre la vie à la cité des 4000 de manière à la fois authentique et délirante, et tout aussi joyeuse et colorée. Malgré la vérité d’un quotidien pas toujours facile, le film parvient à nous faire rire. Sans aucune note de dramatisation mais grâce à de la pure franchise, on est épris par ses répliques piquantes et ses situations causasses.
Premier film et premier rôle principale pour Doria Achour, qui illumine l’écran et est promue à une belle carrière. Belle et subtile, sa manière de jouer nous plonge au fond du personnage de Stéphanie. Dans ses yeux pétillants, on ressent ses rêves, ses peurs et par-dessus tout sa force de s’en sortir. A ces côtés, Soumaye Bocoum, issue d’un « casting sauvage », est pinçante, attachante et parfaite dans le rôle de Fatima, la meilleure pote surprotectrice. Pas moins réussis, on admire le duo d’Aure Atika, la mère dépressive, et Marc Lavoine, en beau-père bœuf détestable et méconnaissable.

Envole-moi, envole-moi

Sous les aires mélodieux de Jean Jacques Goldman, on voit Stéphanie s’envoler et rêver de de devenir danseuse professionnel. Avec le quotidien d’une mère irresponsable et d’un beau-père tyrannique, son seul moyen de s’en sortir c’est la danse. On reconnait un peu de l’héroïne de Fish Tank en elle, un des films qui aurait inspiré Sylvie Ohayon. Sa seconde option pour s’en sortir : les études, dans lesquelles elle excelle et va tout donner.
Le film est avant tout ce parcours tortueux vers l’âge adulte pour cette adolescente de 17 ans, face aux choix qui détermineront son avenir : réaliser ses rêves trop ambitieux ou renoncer et adopter la vie qu’on attend d’elle ? Le même trouble persiste pour chaque génération : au milieu du stress du bac, des premiers amours et des querelles entre amis on reconnais une version eighties et très banlieusarde de LOL, de Liza Azuelos.

Des communautés différentes pour une appartenance sociale

Une nouvelle manière de montrer sous son meilleur jour la vie de cité : au milieu des voitures vandalisés et des canapés abandonnées, ces jeunes s’aiment, se battent, délirent ensemble. Toutes les communautés : juifs, arabes, noirs et blancs s’entraident et vivent la même galère. En toile de fond, ce sont les différences culturelles et le respect mutuelle qui nous est exposé. Des valeurs, qui en vingt ans semblent s’être dégradés.

« La plus belle revanche c’est de réussir sa vie »

Mais le message du film,  (et du livre en amont) veut remettre en jeu cette appartenance sociale. Si le titre «Papa Was Not A Rolling Stone  » reste ironique, il n’en ai pas moins vrai. Stéphanie grandit sans père, juive et kabyle, et dans un milieu culturel loin d’être idéal. On est ce qu’on devient, et ça ne dépend pas seulement d’où l’on vient. Et ça Stéphane l’a comprise. Grâce à ses lecture et son travail acharné, elle parvient à prouver qu’elle n’est pas juste une fille de cité analphabète et sans avenir.

La vie en banlieue et la recherche identitaire

A travers des contextes différents et des histoires différentes, le sujet de la vie en cité et la volonté de s’en sortir reste un sujet d’actualité et dans le cœur des jeunes réalisateurs. Encore exploité récemment avec Tout ce qui Brille, ou ces filles rêvent d’une vie plus près des paillettes Parisiennes. Et à venir, le 15 Octobre au cinéma, Bandes de Filles, le dernier film de Céline Sciamma, nous apportera également une nouvelle perspective de la recherche identitaire et le quotidien des filles de cité à travers le personnage de Vic.

Synopsis : Cité de la Courneuve des années 80, Stéphanie rêve d’écrire les slogans des publicités. Avec une mère-enfant assez fragile et sous la coupe d’un beau père violent, elle s’évade dans la danse, les chansons de Jean Jacques Goldman et la littérature française. Prête à tout pour quitter sa cité, son combat et sa détermination va devenir ce film drôle et plein d’espoirs.

Fiche Technique: Papa Was Not A Rolling Stone

Réalisateur : Sylvie Ohayon
Scénaristes : Sylvie Ohayon, Sylvie Verheyde
Compositeur : Nousdeuxtheband
Casting : Doria Achour (Stephanie), Aure Atika (Micheline), Marc Lavoine (Christian), Soumayé Bocoum (Fatima), Sylvie Testud
Producteur :Michael Gentile
Durée 1 heure 39 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 8 Octobre 2014

Mommy, un film de Xavier Dolan : Critique

Mommy, un chef d’œuvre bouleversant, un tabernacle de film ! 

Synopsis: Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Xavier Dolan ! Doit-on vraiment en dire plus tant la médiatisation de son dernier film, Mommy a été forte. Tous les magazines cinéma se sont arrachés son image et ont quasi unanimement glorifié son film, une palme d’or de cœur en soit. Ce réalisateur nous avait précédemment montré la quintessence de son talent grâce au film Laurence Anyways. On ne pouvait croire à un meilleur film que celui-là, et pourtant…

Mommy débute sur un texte nous expliquant brièvement que nous sommes dans un futur très proche, dans un Canada fictif, et qu’une loi très controversée vient d’être promulguée. Elle permet aux familles de confier à des centres étatiques les enfants qui représenteraient un danger physique, psychologique ou même financier, et ce sans même passer par un juge. Puis, Diane « Die » Després, quadragénaire loufoque, a un accident de voiture, à peine a-t-elle le temps de s’en remettre qu’un coup de téléphone la prévient que son fils Steve, atteint du syndrome TDAH (trouble du déficit de l’attention et Hyperactivité), placé en centre d’accueil, vient de provoquer un incendie ayant gravement brûlé un autre enfant du centre.

Ne sachant que faire de son fils et n’acceptant en aucun cas cette loi, Diane décide de le prendre chez lui, malgré le danger qu’il représente pour elle. Cependant, une rencontre avec Kyla, leur voisine, va totalement changer la donne. Cette femme, ayant perdu son fils (comme par hasard du même physique que Steve), ne parle quasiment plus, a beaucoup de mal à exprimer ce qu’elle ressent. Tout part d’une histoire simple ; malgré tout, après 2h20 de film, on ne veut plus les quitter.

Il y a donc bien une magie Xavier Dolan, cette force nous emporte et nous empêche de bouger ne serait-ce qu’un millimètre de notre siège, tant la beauté visuelle nous happe. Nous pouvions craindre qu’une trop forte médiatisation nuise au long métrage, mais que nenni, Mommy est un chef d’œuvre. Dolan réussit même à faire son meilleur film, mieux encore que la claque, Laurence Anyways. Nous ne pouvons que constater que ce film aurait dû avoir la palme d’or comparé au presque ennuyeuxWinter Sleep

Impossible de parler de Mommy sans évoquer la performance hallucinante des acteurs, celle de la comédienne Anne Dorval, déjà habituée au réalisateur/acteur, ayant joué dans tous ces films exceptés Tom à la Ferme, : son jeu est tout bonnement sublime. Son interprétation de mère loufoque est extraordinaire, d’une grâce à toutes épreuves, tout comme Suzanne Clément, qui brille par sa justesse et l’émotion qu’elle nous fait passer. La performance de Antoine-Olivier Pilon est tout aussi juste, quoi qu’au début un peu en dessous, mais on lui pardonne volontiers. Le trio d’acteurs donne corps et âmes à cette relation entre une mère exubérante mais aimante, un fils fauve épris de liberté, traumatisé par la mort de son père, rejoint par une mystérieuse voisine…

Un tableau à trois personnages mis en scène de manière intelligente ; le tout est juste sublime, un ballet de choix, tous plus justes les uns que les autres. Le cadre en 1:1 peut surprendre et paraître abstrait au début, mais irrévocablement nécessaire au final, surtout lorsque le héros l’agrandira lui-même, dans ses moments de bonheur et d’insouciance. Le cadre est comparable à une fenêtre intime dans laquelle on se plonge, tel des voyeurs passionnés par une histoire qui nous dépasse, ressentant toute l’intensité de l’émotion qui nous traverse.

Ce qui est marquant, c’est à quel point le film est différent de la filmographie de Dolan par son humour ; on suit parfois des personnages dans des situations tantôt dramatiques tantôt candides, nous attachant directement à eux. Le plus fort étant qu’on ne veut jamais les quitter, on ne voudrait que leur bonheur…

Les ruptures de tons fascinent également par leurs violences. Ainsi, quand un paysage à l’atmosphère léger est présenté, nous pouvons croire à une scène heureuse ou bienveillante. Mais dans la seconde qui suit, Dolan ruine cet aspect et nous balance en pleine face sa patte de génie, montrant la violence dans ces moindres détails, gros mots québécois en prime, et ne tombant jamais dans le cliché.

On retrouve là, une œuvre fascinante d’un auteur, bercé par les critiques. Se pose alors la question : est-ce une œuvre autobiographique, comme l’était implicitement J’ai tué ma mère? Evidemment, en tant que film sans lien obligatoire avec l’ensemble de la filmographie de Dolan, Mommy est virtuose. Le film prend alors véritablement son sens et entraîne le spectateur dans un véritable kaléidoscope de chocs émotionnels et visuels.

Ce chef d’oeuvre carbure à l’amour, refusant le cynisme. Dolan montre le beau dans une société trop conformiste, dirigée par la marchandisation, c’est un poète qui à la manière d’un Rimbaud, nous ouvre les portes d’un univers magique. Ce film est l’oeuvre d’un orfèvre, le scénario est incroyablement bien écrit, les personnages bien développés, avec des scènes surprenantes, comme le final. Mommy est un film puissant, un feu d’artifices ou la violence du verbe côtoie des instants de grâce, et cela fonctionne tellement bien qu’il corrige de lui-même ses propres « micro » défauts.

Un film finement drôle, envoûtant, qui vous prend aux tripes, avec une telle force animale, qu’il nous explose à la figure. Mommy est un tourbillon de sensations sur une musique qui peut sembler pour certaines personnes discutable. En effet, si Oasis et Lana del ray proposent de somptueux thèmes musicaux et des textes profonds, le choix de mettre du Céline Dion peut paraître étrange et limite insupportable, au vu du pathos entraîné par la musique. Pour autant, les enjeux de ces scènes sont tellement profonds, l’image tellement belle, et les acteurs tellement transcendés ,que la musique et la scène passent merveilleusement bien.

Mommy est donc une œuvre fascinante, flamboyante, un chef d’oeuvre du style dramatico-social. Empruntant les meilleurs attraits de sa propre filmographie, Xavier Dolan subjugue et fascine, grâce à sa direction des acteurs irréprochables, un sens de la rupture maîtrisé et des plans ultra travaillés. Le film bouleverse par la justesse du jeu d’acteurs sidérants, par l’adresse avec laquelle le sujet assez casse gueule, est traité et par l’émotion quasi omniprésente pour le bonheur de nos yeux et de notre esprit. Xavier Dolan vient définitivement de prouver avec ce film, qu’il est un grand cinéaste.

Mommy : Bande-annonce

Mommy : Fiche Technique

Réalisation: Xavier Dolan
Scénario: Xavier Dolan
Interprétation: Antoine-Olivier Pilon (Steve O’Connor Després), Anne Dorval (Diane “Die” Després), Suzanne Clément (Kyla), Patrick Huard (Paul Béliveau)…
Image: André Turpin
Costume: Xavier Dolan, François Barbeau
Son: Guy Francœur, Sylvain Brassard
Montage: Xavier Dolan
Musique: Noia
Production: Metafilms
Distributeur: MK2 / Diaphana Distribution
Genre: Drame
Durée: 138 minutes
Date de sortie: 8 octobre 2014
Canada – 2014

Real, un film de Kiyoshi Kurosawa : Critique

Il est heureux de constater que les auteurs japonais contemporains, qu’ils soient issus de la littérature ou du cinéma, aient su renouveler avec brio l’extraordinaire et foisonnant héritage de leurs prestigieux aînés. Cette tradition nous a apportée des artistes inoubliables tels que Ozu, Mizoguchi, Wakamatsu ou Kurusawa, cinéastes parmi les plus importants et faisant parti des mêmes légendes que Welles, Fellini, Godard, Kazan et tant d’autres.

Les écrivains ne sont pas en reste et demeurent essentiels dans la créativité et le rayonnement international de l’archipel nippon. La fureur et les brillants esprits de ces artistes ont su dénoncer et revendiquer avec une ferveur passionnante l’histoire de leur pays. De L’Empire militariste au système féodal jusqu’au mythe de L’Empereur comme figure mystique et intouchable, des Yakuzas comme solution sociale en réponse à la corruption et l’inertie de la politique jusqu’à l’occidentalisation de l’archipel prônant l’économie de marché pour retrouver son statut de super puissance mondiale. Ces prises de positions leurs ont valus moult réprimandes ,parfois violentes, mais ne les a jamais empêches de poursuivre le combat.

Kyoshi Kurosawa, descendant directe de cette prestigieuse lignée, perpétue cet état d’esprit avec son propre univers si singulier. S’inscrivant dans une lutte contre les institutions, il fait de sa filmographie un tract militantisme mais n’en fait pas pour autant preuve de prosélytisme. Son but va au delà du simple constat d’une déchéance morale de la société. Son précédent diptyque nous entraînait dans une superbe élaboration fantastique et psychologique d’un japon replié sur ses peurs. Celui-ci, moins recherché sur la forme car plus fouillis, reste très intéressant dans sa description d’une jeunesse perdue dans ses illusions.

Son remarquable travail sur l’utilisation des contrastes entre le réel et l’imaginaire reste perceptible et on retrouve avec bonheur sa marque de fabrique. Ces personnages sont englués dans une vie parallèle qui leur sert de refuge face à une réalité dérangeante. Le jeune homme, perdu dans son morne quotidien de mangaka ayant abandonné toute inspiration, réinvente sa propre histoire en sauveur de l’âme de sa petite amie disparue dans un suicide incompréhensible. La première heure est vraiment passionnante de mystères et de traumas enfouis au plus profond de cet être errant. Comment survivre dans un monde déshumanisé ou l’effort devient mortel ? Quelle protection ériger contre une sordide réalité ? Le pouvoir de l’imagination, aussi fantastique soit il est-il à même de nous préserver ? Le blanc, couleur de l’éternel, revient sans cesse comme motif visuel scénaristique. Il tapisse les murs des habitations, longues et hautes demeures perdues au sein d’une ville fantôme. Il habille les blouses des infirmiers, troublantes métaphores d’humains dévitalisés guidant ces amoureux vers une renaissance plus qu’incertaine, spécialement cette infirmière au regard empathique mais terrifiant. Les morts, s’échappant de cet univers parallèle comme pour prévenir de son danger, sont un premier indice d’un retournement de situation inattendue. Nous bifurquons alors dans une deuxième partie plus confuse ou de nouvelles découvertes sont en partie responsables d’une attention décroissante.

En effet, ce mélange d’allers retours permanents entre leurs deux esprits s’avère quelque peu source d’incompréhension. Ce flou nous oblige à renouer le fil de l’histoire entière et peut laisser perplexe quand à la pertinence de ces sous intrigues. Ce qui était au début une belle réflexion sur la perte d’identité et sur le rôle essentiel du psychisme dans notre construction mentale se transforme alors en un vain jeu de piste aux ramifications pour le moins perturbantes. Ce n’est qu’au fur et à mesure de la progression de cette narration alambiquée que nous comprenons la nécessité de cette digression. La mémoire est sélective mais la mauvaise conscience nous rattrape toujours, nous ne pouvons l’éradiquer. La plongée dans le subconscient, le souvenir de cette rivalité entre deux gamins aux conséquences tragiques, le refoulement des sentiments éprouvants ne peuvent pas s’effacer de notre cerveau, ce puissant organisme cérébral constitutif de notre humanité. Quand ils auront enfin compris la signification de ce dessin enfantin, l’épreuve traversée n’en sera que plus forte. L’amour les sauvera d’un funeste destin mais la mort ne sera jamais loin, signe que les actes malsains doivent absolument se payer.

Si Real, ce conte fantasmagorique n’est pas aussi abouti qu’espéré, on en retient surtout une incroyable démonstration de force du talent de ce metteur en scène décidément habile à nous faire voyager dans des contrées souvent explorées mais sans cette subtilité qui lui est propre. L’habillage onirique du gothique se marie parfaitement à un ancrage de vérité, lui conférant cette touche si spéciale. Et les acteurs servent au mieux cet aspect, en faisant une vraie réussite.

Synopsis: Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Fiche Technique : Real (Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi)

Japon – 2013
Réalisation: Kiyoshi Kurosawa
Scénario: Kiyoshi Kurosawa, Sachiko Tanaka d’après le roman, «Un Jour Parfait pour le Plésiosaure» de Rokuro Inui
Interprétation: Takeru Satô (Kôichi Fujita), Haruka Ayase (Atsumi), Jô Odagiri (l’éditeur), Shôta Sometani (l’assistant), Yutaka Matsushige (le père d’Atsumi), Kyôko Koizumi (la mère de Kôichi)…
Distributeur: Version Originale/Condor
Date de sortie: 26 mars 2014
Durée: 2h07
Genre: Romance, Fantastique
Image: Hidenori Nagata
Décor: Mami Ishida
Son: Shinji Watanabe
Montage: Takashi Sato
Musique: Akiko Ashizawa
Producteur: Takashi Hirano, Atsuyuki Shimoda
Production: Tokyo Broadcasting System Television, Inc.

 

God’s Pocket, un film de John Slattery – Critique

Synopsis: Mickey Scarpato habite à God’s Pocket, quartier défavorisé et mal famé de Philadelphie, il y vit de vols et de menus larcins. Cette existence malgré tout tranquille, va dégénérer le jour où son beau-fils est assassiné.

Comme Une Odeur De Coen

Le trou à rats

God’s Pocket est un trou à rats, un quartier de Philadelphie pourri jusqu’à l’os de Philadelphie, sorte de Cours des Miracles où grouille tout ce que cette ville connait de crapules et d’escrocs de caniveau. Ça pullule de voleurs, ça fait de la politique de comptoir, c’est raciste et homophobe, c’est sale et a les chicots comme les poumons jaunis par le tabac. Ça n’oublie pas non plus à l’occasion, de picoler un bon coup, sans discrimination cette fois : hommes, femmes, enfants, tous y passent et se conservent dans l’alcool. Mais c’est fier de tout ça, de cette fierté qu’on balance comme un défit à la face de ceux qui les méprisent. À la façon des frères Coen, John Slattery (excellent acteur de seconds rôles, dont c’est la première réalisation) filme des personnages touchants de bêtise et de médiocrité.

Post mortem

God’s Pocket reste l’un des derniers films tournés par le très regretté Philip Seymour Hoffman, ici en père de famille à la recherche de son taré de beau-fils. Du moins le recherche-t-il parce-que sa chère et tendre, génitrice attitrée du rejeton à moitié psychopathe, l’exige. Parce-qu’avec toutes les emmerdes que ça lui rapporte, il s’en passerait bien de jouer les parrains mafieux, qui règle leurs comptes pour un débile mort. Il se fait aider tant bien que mal par toute une série de bras cassés, qui se la jouent sans jamais arriver à la hauteur des durs de durs.

Hommage, ô désespoir…

Et là paf ! La référence au cinéma des frères Coen crève les yeux, mais sans jamais tomber dans le plagiat. C’est plutôt une sorte d’hommage qui leur est rendu, à tous ces personnages à la marge qui s’inventent des histoires pour sortir de la médiocrité du quotidien. La présence du gigantesque John Turturro (mais aussi de Richard Jenkins) au générique, vient renforcer cette impression, qui malgré toutes les qualités du film ne restera finalement qu’une impression plus ou moins vague.

Sage, très sage, trop sage !

Parce-que même si les références sont plutôt honorables, John Slattery aurait pu et dû sortir plus d’une fois la démultipliée humoristique. Son film est trop sage, beaucoup trop sage (qu’il s’agisse de la mise en scène, des acteurs ou même du scénario) et finalement, il souffre presque de cette référence au cinéma des Coen Brothers. On n’y retrouve pas (assez) cette folie flamboyante qui transforme leurs personnages en héros mythologiques. Même s’il subsiste quelques moments vraiment barrés, on reste sur sa faim avec l’idée qu’il vaut mieux ne pas faire de fatale comparaison.

Bons acteurs, mauvais rôles

Pourtant les acteurs sont les bons, le casting impeccable. John Turturro (O’ Brother, Miller’s Crossing) donc, en boucher receleur de viande volée mais voilà, on rêve de revoir le phénoménal Jesus Quintana du Big Lebowski, sans jamais le retrouver. Philip Seymour Hoffman (Truman Capote, Mission Impossible 3) pareil, bien sûr on voit le talent d’un type mort trop tôt, mais comme on aurait aimé qu’il finisse sur un chef-d’œuvre tellement mérité. Sinon, il y a aussi Christina Hendricks (Drive, Lost River), parfaite en bimbo idiote, dont on espère qu’elle a été prise pour autre chose que pour son 100 E 100% naturel. Bizarrement, c’est l’éternel second couteau Richard Jenkins (Intolérable Cruauté, Burn After Reading) qui tire son épingle du jeu en écrivain alcolo et coureur de jupons plus ou moins jeunes. Cet acteur trimballe une tête de chien battu fascinante bref, la bonne note du film.

Prisonnier de ses maîtres

Donc on résume, un film bourrées d’idées et de références, à la limite du pillage, mais qui veut peut-être justement trop coller à ces références et en oublie de se libérer du modèle qu’il s’impose. Il fallait du punch, de l’audace bref, oser au maximum quitte à faire de la casse au passage. On aurait eu encore plus de plaisir, si on avait senti cette volonté d’aller encore et toujours plus loin, pour aboutir à une œuvre qui se serait affranchi de ses références, pour gagner en sincérité.

Fiche Technique: God’s Pocket

Réalisation : John Slattery
Origine : U.S.A.
Genre : dramatique
Scénario : John Slattery & Alex Metcalf
Casting: Philip Seymour Hoffman, John Turturro, Richard Jenkins, Eddie Marsan, Caleb Landry Jones, Christina Hendricks, Lenny Venito, Molly Price
Montage: Tom McArdle
Photographie: Lance Acord
Son: Eric Offin
Durée: 88’

Auteur : Freddy M.

Critique : Chef de Jon Favreau

Chef, un feel-good movie culinaire reconverti en une grinçante critique d’Hollywood !

Synopsis: Carl Casper, Chef cuisinier, préfère démissionner soudainement de son poste plutôt que d’accepter de compromettre son intégrité créative par les décisions du propriétaire de l’établissement. Il doit alors décider de son avenir. Se retrouvant ainsi à Miami, il s’associe à son ex-femme, son ami et son fils pour lancer un food truck. En prenant la route, le Chef Carl retourne à ses racines et retrouve la passion pour la cuisine et un zeste de vie et d’amour.

La question de l’aspect mercantiliste du cinéma américain n’est plus à prouver.

Devenu en moins de 40 ans un véritable parangon de réussite économique et vecteur de diffusion de l’American Way of Life, le cinéma américain, sacro-sainte profession de l’entertainement mondial s’est rapidement mué, au grand dam de beaucoup, en une vulgaire industrie, dont André Malraux dans son Esquisse d’une psychologie du cinéma a su affiner les contours, rendant compte d’un système, froid, juvénile et plus attiré par l’appât du gain et le retour sur investissement que la splendeur d’antan des classiques et de leurs empreintes laissées.

Une industrie ayant instauré un visage dichotomique du cinéma américain contemporain, tiraillé entre sa veine artistique, auteurisante et flamboyante et son désir sous-jacent de marquer l’hégémonie américaine sur le plan culturel à bon gros coups de patriotisme discount et d’explosions pétaradantes. Une dichotomie, malheureusement à la source d’un sempiternel conflit aux airs de David et Goliath entre la veine indépendante, nourrissant sa liberté par des films osés, inattendus et confinant souvent au génie et la veine industrielle, absorbant plus que de raison les ambitions de réalisateurs soucieux de contribuer à de grosses productions et se retrouvant à accepter les ordres de producteurs frileux, peu enclins aux changement et s’appuyant sur un système vieux de 40 ans, prônant le gigantisme de l’action et des effets insérés par rapport à l’humain, vecteur essentiel dans la quête d’indentification du spectateur au héros.

Un affrontement, âpre si ce n’est rude longtemps insoupçonné, mais qui par le biais de personnalités courageuses et soucieuses de conserver leur indépendance créatrice commence lentement à se dévoiler. Des propos ayant eu pour finalité de mieux cerner l’usine à rêve hollywoodienne et surtout de voir à quel point ces faiseurs de plaisirs artificiels évoluent dans un monde superficiel ou le formatage est devenu légion.

Car sous leurs airs de distillateurs de produits tendance et funs, les firmes d’entertainement US sont impitoyables. Suivant à la lettre un cahier des charges aux airs de saintes paroles, les grands pontes de ces firmes n’hésitent pas à mettre à la porte la première personne ne respectant pas leurs consignes, qui, héritées de logiques marketing formatées, dictent jusqu’au moindre mouvement de caméra ou choix d’acteur, la dynamique certaine dans laquelle doivent évoluer leurs productions, quitte à devoir renvoyer les âmes courageuses (coucou Edgar Wright !) étant tombé dans les travers de ce cinéma pop-corn aseptisé.

Le Dernier des Mohicans

Beaucoup se demanderont alors pourquoi dépeindre l’atmosphère belliqueuse du tout Hollywood quand le film en question ne vise, de par sa nature et de son contenu, clairement pas les mêmes prétentions ou aspirations qu’un Marvel tentant d’ériger en hit planétaire son récent Les Gardiens de la Galaxie.

Ce à quoi il faut répondre le statut. Un statut qui change tout, car entre un jeune réalisateur devant faire ses preuves ou un réalisateur dans le creux de la vague, un tas de variables entrent en jeu tels que le succès, les échecs, le style, l’appartenance à un courant de pensée, etc.

Et dans ce sens, il demeure peu commode de reprendre le titre d‘un film de Michael Mann me direz-vous, mais ce titre, ce statut est à la vue de Chef, primordial quant à son auteur, en l’espèce Jon Favreau.

Réalisateur aux airs de bon gros nounours sympathique, jouant aisément les seconds couteaux dans diverses productions américaines (Le Loup de Wall Street, Iron Man, John Carter, Daredevil) et ayant officié d’ailleurs dans ce microcosme délirant ou la créativité est bridée et les ordres assignés pleuvent en réalisant Iron Man et sa suite, il faut dire que la perspective de le voir réaliser une comédie culinaire vantant le mérite de la bonne bouffe et de l’indépendance créative au pays du junkfood était quelque peu hypocrite si ce n’est dérisoire. Tant pour son dernier film, reconverti en attrape geek patenté en résultant d’une incursion maladroite dans le genre matriciel du cinéma américain, le western, couplée aux petits hommes verts (Cowboy et Envahisseurs) que pour sa bonhomie super-size, on craignait ainsi de voir un réalisateur coincé dans un système et tentant de faire croire au reste du monde que sa verve créatrice est restée intacte, quand bien même son rôle de valet d’Hollywood nous persuade du contraire.

Des suspicions à moitié envolées à la vue de l’accueil étonnamment élogieux du film au Festival de Deauville en Septembre dernier ; et du casting littéralement dithyrambique comprenant le désormais rare Dustin Hoffman, le surbooké Robert Downey Jr, l’envoutante Scarlett Johansson et Sofia Vergara (Modern Family).

Toutefois, l’utilisation de réalisateurs à contre-emploi, faisant merveille de nos jours comme l’attestent les succès publics et critiques de Skyfall ou plus récemment des Gardiens de la Galaxie, suffisait à nous faire croire ou du moins espérer une surprise, loin de la comédie aux airs de démonstration de talent qu’on était en droit d’attendre.

Let’s Cook !

Affiche jaune vintage, sourire ambiant, décontraction revendiquée, l’affiche de Chef donne très vite le ton. Le film sera simple, détendu, empli de bonne humeur, sans mauvaise foi et disposant d’une sincérité à l’ouvrage désarmante. En somme un authentique feel-good movie aux intentions claires comme de l’eau de roche : détendre aussi bien les yeux de par son cadre très coloré mais aussi les papilles, zone évidemment visée de par le sujet.

Chef réputé, Favreau incarne ici un cuisinier dévoué pour son art, débordant de créativité malheureusement engoncé dans un système l’obligeant à contenir et à réprimer sa verve créatrice au profit de recettes hype commençant à dater et demeurant inamovibles, clientèle oblige. Toutefois un beau jour, et face au refus de son patron, de le laisser explorer d’autres horizons culinaires en souhaitant améliorer le menu, ce chef décide de tout plaquer et de revenir à ses racines. A la clé, la liberté artistique tant recherchée et éventuellement un nouveau départ dans sa vie personnelle.

Une histoire guillerette, sympathique, si ce n’est naïve qui dans un premier temps porte à rire tant cette incursion de Favreau derrière les fourneaux déverse tellement de bons sentiments, qu’on pourrait penser à une gigantesque fumisterie.

Pourtant derrière le cadre lambrissé et étonnamment simpliste du film, fourni par une mise en scène délaissant les effets pyrotechniques pour s’attarder sur les relations humaines et l’affirmation de soi, Chef dévoile son jeu, bien caché, tel le cœur liquide d’un fondant au chocolat. Et quel face cachée ! Là ou d’incurables sceptiques voire haters auraient pensé que Favreau se serait érigé en dénonciateur du lot d’horreur protéinées ou sucrées hérités de la cuisine américaine, ce dernier prend tout le monde de cours, puisque son message est beaucoup plus grand que ça.

Convoquant aisément au road-trip déglingué qu’à la quête filiale entre un père et son fils tous deux à la recherche d’une relation père/fils stable et convenue, Chef, à la fois humble et sans prétention se paye le luxe de revêtir l’habit d’une des plus grinçantes critiques érigée contre le tout Hollywood et ce depuis des années.

Aidé par son expérience malheureuse de Yes-Man latente lorsqu’il faisait les malins pour le compte de Marvel, Favreau tisse en effet à travers sa comédie, une véritable dénonciation de l’envers du décor hollywoodien, ou toutes les étapes sont retranscrites une à une allant de l’inflexibilité du patron refusant les nouveaux menus, assimilables aux producteurs se reposant sur le cahier des charges hollywoodiens ; la démission du chef assimilable à l’exode des jeunes talents vers la veine indépendante jusqu’à la décision d’officier dans un food-truck, assimilable à assumer la part de responsabilité et d’estime qu’on a pour soi en montrant que la qualité et le plaisir ne viennent pas forcément de mets réputés et hors de prix.

Un message, qu’il faut se dire, assez inattendu dans ce genre de production amenant le sel de cette comédie fraiche et authentique, toutefois plombée par la surreprésentation du réseau social Twitter, utilisé un temps pour rapprocher le père et son fils, ici quasiment expliqué de A à Z, et sentant soit la démarche publicitaire pure et simple, soit la volonté d’inscrire le film dans un contexte moderne et donc filmer les vieilles générations, mal à l’aise avec l’informatique. Un défaut auquel s’ajoute le casting, qui regroupant de beaux noms, donne l’impression d’user de leur célébrité pour donner un poids au film.

Fiche Technique : Chef

Date de sortie : 29 octobre 2014
Durée : 1h54min
Réalisé par : Jon Favreau
Avec : Jon Favreau, Sofia Vergara, John Leguizamo, Scarlett Johansson, Robert Downey Jr., Bobby Cannavale, Dustin Hoffman, Oliver Platt, Russell Peters, Emjay Anthony
Genre : Comédie
Nationalité : Américain
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

The Landing, un court métrage de Josh Tanner : Critique

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Sixième court métrage de ce jeune australien de vingt-six ans, The Landing est le court métrage de la consécration pour Josh Tanner qui fait énormément parler dans les tous festivals où il est déjà passé.

Depuis avril 2013, The Landing est passé dans plus de quarante festivals internationaux et a remporté pas moins de onze récompenses majeures et il continue à être présenté dans des festivals aussi reclus qu’en Pologne ou en Iran. Et il faut reconnaître que The Landing fait preuve d’une ambition, d’une maturité et d’une dramaturgie assez remarquable pour être souligné.

Le réalisateur Josh Tanner déclare avoir imaginé son intrigue après avoir fait un rêve particulier. Il s’amuse du fait que cela peut paraître particulièrement cliché. Il a imaginé sa propre personne en plein milieu d’un champs stérile où il déterrait à mains nus ce qui semblait être un vaisseau spatial. A partir de cette prémisce, il a réfléchi à une intrigue où ce ne serait pas les hommes du gouvernement qui débarquerait pour s’occuper du lieu d’atterrissage du vaisseau, mais de ces gens normaux qui doivent réagir face à ce qui semble relever du surréalisme, voire du surnaturelle. Ces gens, ce sont ceux de l’intrigue, un fermier veuf et son fils à qui il apprend le patriotisme dans un contexte très maccarthyste, donc en pleine Guerre Froide. Le jeune enfant joue avec ses soldats en plastique et son père lui apprend ce que c’est que d’être un homme et le manipule psychologiquement à devenir le soldat de demain afin de combattre ces « salauds » de communiste. On revient à ce qui fait l’essence-même du cinéma fantastique des années 60 : Cette alchimie implicite mais grossière qui donnait lieu à des films propagandistes où les américains affrontaient des monstres (de l’espace ou non) qui symbolisaient l’invasion communiste. Il y a donc un fort propos patriotique dans ce film australien mais contrebalancé par le point de vue de cet enfant, plus naturaliste et pacifique qui ne souhaite que s’amuser sans penser à tous ces conflits entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est sur le palier de leur porte que les deux personnages vont découvrir l’atterrissage en catastrophe d’un objet non identifié, l’élément perturbateur du récit.

A partir de ce moment clé du récit, toute la question est de savoir ce qui vient de s’écraser dans le champ. N’écoutant que son courage américain, le fermier se rend sur le lieu de l’accident pour y découvrir la vérité, laissant l’enfant rentrer seul dans la maison. Le fermier tardant à revenir, le fils décide de rejoindre son père. Il y découvrira un vaisseau éblouissant à la forme ronde argenté hypnotisante, une sorte de perfection géométrique dont l’homme ne semble pas capable. L’enfant suit les traces de traînées que l’on peut voir dans le champ. Cela l’amènera à une vieille grange où son père a décidé d’entreposé cet envahisseur qui n’est pas le bienvenu. Josh Tanner joue à ce moment-là sur un montage de plans très succins où il est difficile de définir qui est réellement cet envahisseur captif. L’enfant regarde cette forme avec attention, effroi, crainte jusqu’à que le fermier revienne dans la grange avec un fusil, la ferme intention d’en finir avec cet envahisseur. Il serait fort dommage de révéler ce qu’est réellement cette forme étrange qui se trouve attachée dans cette grange. Tout l’enjeu du film repose sur ce rebondissement implacable, bouleversant et terriblement révélateur des conflits de l’époque. Le film qui avait des allures de science-fiction banal dans lequel on retrouve un peu du Signes de M. Night Shyamalan se transforme subitement en un drame politique et familial émouvant. Un twist que l’on avait absolument pas vu venir.

Josh Tanner confesse avoir été influencé par le travail visuel de Terrence Malick pour mettre en scène ce récit. Prenant place au milieu d’un champ, The Landing nous renvoie logiquement vers le  fameux Les Moissons du Ciel, mais aussi à The Tree of Life pour ces plans fluides et de toute beauté dans cet espace naturel qui fascine tant Terrance Malick. Là où Josh Tanner nous surprend, c’est par le mélange parfaitement réussi et dosé entre le film politique, le drame domestique et la science-fiction propagandiste. Deux conceptions générationnelles s’affrontent au sein de ce film, avec ses idéologies et ses maturités qui forgent les sociétés. L’atterrissage de ce vaisseau va emmener ces deux personnages dans une aventure qui vont les amener à réfléchir au plus profond d’eux-même sur leurs attentes et leurs obsessions. Tout cela ne peut que se conclure sur une prise de décision qui bouleversera à jamais leur vie.

Si le film se perd un peu dans ces échanges incessants entre le passé et le présent, où le fils a grandi et ne souhaite que retourner sur les terres familiales afin d’y découvrir ce qu’il s’est passé ce soir-là, il faut reconnaître qu’il apporte une dramaturgie émotionnelle et pointilleuse sur les liens familiaux et la quête de la vérité. The Landing, c’est 18 minutes efficaces dont le dénouement vous scotchera littéralement. Lauréat à Sitges et récemment honoré de l’Octopus d’Or du Meilleur Court Métrage au Festival de Strasbourg, The Landing est une vraie réussite formelle et narrative au point que son auteur a récemment affirmé travailler sur une adaptation longue de son histoire. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Evoqué par certains comme le croisement entre J.J. Abrams, Joss Whedon et une pointe de Spielberg et de Malick pour le côté contemplatif, Josh Tanner est un réalisateur qui se crée une belle réputation depuis un an et que l’on a hâte de revoir très bientôt. Peut-être sur un premier long métrage.

Synopsis: Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

Fiche Technique: The Landing

Australie – 2013

Réalisation : Josh Tanner

Scénario: Josh Tanner, Jade Van Der Lei

Interprétations : Henry Nixon (Le Père), David Roberts (Edward, le fils)

Site officiel : http://thelandingfilm.com/

Critique : Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki

Princesse Mononoké, un conte poétique et politique

Synopsis: Au XVe siècle, durant l’ère Muromachi, la forêt japonaise, jadis protégée par des animaux géants, se dépeuple à cause de l’homme. Un sanglier transformé en démon dévastateur en sort et attaque le village d’Ashitaka, futur chef du clan Emishi. Touché par le sanglier qu’il a tué, celui-ci est forcé de partir à la recherche du dieu Cerf pour lever la malédiction qui lui gangrène le bras.

Ce film d’animation japonais, Princesse Mononoké est une véritable claque sensorielle et visuelle à laquelle il est très difficile, pour ne pas dire impossible, c’est une véritable expérience cinématographique. Car c’en est inévitablement une, de celle qui vous fait comprendre pourquoi notre passion cinéphilique est inébranlable et n’est pas près de s’éteindre de sitôt. Ce « Princesse Mononoké » a donné à son créateur le statut largement mérité d’auteur à part entière à un moment ou les films d’animations n’étaient pas autant installés qu’aujourd’hui et n’étaient pas reconnues comme véritables œuvres. Au-delà de ce tour de force, qui suffirait largement à le considérer comme le maître ultime du monde de l’animé, le grand mérite de Hayao Miyazaki est de rendre son univers foisonnant complètement adulte, et ainsi sortir cette catégorie de films du seul ornement enfantin auquel elle est souvent reliée. Il est difficile de dire à quel point ce tournant majeur a pu marquer un basculement pour ce genre mais il est tout à fait évident de dire que sa place dans le 7 ème art est maintenant affirmé et célébré dans le monde entier. Grâce lui en soit pleinement rendue.

Tellement de choses ont été analysées et décortiquées qu’il est ardu de trouver un nouvel angle critique sur ce long-métrage. Ode à la nature sauvage autant que manifeste contre la barbarie Humaine, il dépeint le crépuscule d’un Empire Féodal Japonais indigne de sa si grande et belle tradition. Empêtrée dans une idéologie guerrière meurtrière, il signifie le basculement identitaire d’une Nation à l’orée d’une reconstruction politique historique. Figures tutélaires hautement légendaires dans l’identification sociale du pays, les samouraïs personnifient la justice protectrice du Temple. Fiers combattants infaillibles, ils sont la garantie de l’inviolabilité du Territoire Nippon et incarnent l’esprit patriotique, tels plus tard les kamikazes au moment de La Seconde Guerre Mondiale. Mais leur image est ici largement écornée, le réalisateur les dépeignant comme agissant à la solde d’un État sectaire dépouillant les braves habitants de la foret pour mieux affirmer sa Puissance Empirique au mépris de toute considération naturelle. Pacifiste convaincu, Miyazaki fait part de son scepticisme entamée envers cette glorification de l’armée et pointe du doigt L’Histoire Belliqueuse de l’archipel. Il glorifie au contraire la résistance pacifique de ce Héros chargé de retrouver le Dieu-Cerf pour libérer L’Âme démoniaque qui ronge Dame Nature.

Usant pour cela de tous les subterfuges possibles, il renvoie dos à dos la matière organique et ses créatures. Il ne s’agit pas seulement d’incriminer L’Homme devant sa responsabilité essentielle dans son comportement crapuleux et irresponsable mais de comprendre en quoi l’un et l’autre sont indispensables à la survie de chaque espèce. La colère des premiers engendrant la haine de ses semblables, l’engrenage fatal de la revanche ne peut que nuire aux êtres vivants.Ainsi,l’immense bestiare qui compose le film est-il significatif de la dévotion que porte le créateur des studio Ghibli à la race animale. Sorte de demi-dieux à l’apparence gigantesque, les louves et les sangliers qui parcourent l’intrigue incarnent la dualité d’une même organisation sociale déchirée entre sa part instinctive vouée à décimer toute activité humaine contraire au cycle de la vie minérale et une conscience hyper développée de la nécessité de cohabiter dans le même espace pour perpétuer une entité pure digne de l’ordre naturel originel. Preuve en en est cette sauvageonne prête à exterminer ses semblables qui n’ont pas su la protéger, caractéristique d’une appropriation animale d’une existence abandonnée à sa propre souffrance et dont la force brute rappelle l’instinct bestiale de L’Humanité. Elle s’adoucira peu à peu au contact de cet étrange compagnon de route qui lui ouvrira le chemin sinueux de sa propre ascendance humaine.

S’il est aussi beaucoup question de forces supérieures et de fantômes hantant les lieux, c’est autant pour les célébrer que pour les sanctifier. La Mémoire des Anciens fait office de transition entre L’Époque révolue et le Nouveau Monde et l’oublier équivaut à une faute grave mais il s’avère indispensable de ne pas vivre dans l’ombre du Passé sous peine de ne pas évoluer. Le Maître, en bon croyant, respecte les préceptes religieux mais ne les fête pas plus que de raison. Il se garde bien de voir en un quelconque Dieu une solution miracle car il pense que seule l’intelligence supérieure peut servir la bonne cause. C’est semble t’il, le sens de la séquence finale ou le Dieu-Cerf, furieux de la bêtise, perd toute moralité et s’attaque à ces individus pour récupérer sa tête jalousement gardée par les vils gardes. La tolérance n’est plus de garde et seuls la bienveillance du valeureux chevalier et de la fameuse Princesse Mononoké seront à même de rétablir l’ordre. Il n’est ainsi pas innocent que les personnages féminins contribuent en grande partie à la sauvegarde de cette Terre Vierge. L’auteur tient en haute estime ces femmes courageuses, mères et épouses sacrificielles qui repoussent l’envahisseur et travaillent dur au maintien d’une cohésion interne. Et si la femme soldat est plus ou moins décrite comme arrogante et aveuglée par sa mission, elle n’en reste pas moins vaillante et ne cessera jamais de rester fidèle à ses principes, aussi destructeurs soient t’ils. La fierté comme rempart contre le déshonneur, voilà bien l’essence fondatrice de toute âme respectable.

Fiche Technique: Princesse Mononoké 

Titre original : »Mononoke-hime »
Réalisateurs : Hayao Miyazaki
Scénaristes : Hayao Miyazaki
Acteurs : Yoshi Matsuda, Yuriko Ishida, Yuko Tanaka
Musique : Joe Hisaishi
Genre : Animation, aventure
Pays d’origine : Japon
Première sortie : 12 juillet 1997 (Japon)
Durée : 2h15

Récompenses : Prix du Meilleur film au Japanese Academy Awards; Prix Spécial au Blue Ribbon Awards; Prix Spécial aux Hochi Film Awards; Prix du Meilleur Film aux Kinema Junpo Awards; Prix du Meilleur film d’animation et du meilleur film aux Mainichi Film Concours; Prix du meilleur réalisateur au Nikkan Sports Film Awards

Auteur Le Cinéphile Dijonnais