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Critique Série: Masters of Sex, Saison 1-2

La série s’inspire en grande partie du livre Masters of sex: The Life and times of William Masters and Virginia Johnson, the couple who taught America how to love de Thomas Maier, biographie déjà en grande partie romancée. La véritable histoire de ce couple n’est apparemment pas si détachée de la série, ce qui la rend d’autant plus attrayante.

Synopsis : 1950, les Etats Unis d’après-guerre, Dr Williams Masters (Michael Sheen) et sa secrétaire, Virginia Johnson (Lizzy Caplan), deviennent les pionniers de la recherche médicale sur la sexualité.

Masters of Sex est certainement une série pionnière en soi abordant sérieusement le sexe comme une science. HBO déjà connue pour nous montrer explicitement le sexe et la nudité, avec des séries comme GirlsTrue Blood ou Game of Thrones, innove avec Masters of Sex. Désormais, le média ne fait pas que montrer le sexe, mais il en parle de manière anthologique. Alors la série n’est pas vicieuse ou perverse, tout est d’un érotisme subtil. C’est avant tout un point de vue critique de l’Amérique puritaine des années 50. Notre contexte du XXIème ne permet que d’ajouter au discours plus de distance et de modernisme, sur les changements de visions par rapport à la sexualité. Particulièrement celle de la femme, qui était jusqu’alors très méconnu.

Par cette distanciation, on se rend compte que la position de la femme n’était pas enviable à cette époque, mais également nous fait réfléchir sur l’évolution (très stagnante) vers l’égalité des sexes à notre époque.

Master of Sex – Saison 1

La série dévoile les interdits, nous plongeant dans un contexte où la sexualité est tabou. Elle ose aborder frontalement l’orgasme, la masturbation et l’homosexualité.
Avec des dialogues très modernes, la série aborde avant tout les prémisses de leurs recherches. Au début tenu au secret, la difficulté première pour ce couple de chercheurs est de se faire prendre au sérieux par le corps médical, sans passer pour de simples pervers. On aborde en second lieu, les problèmes de tabou au sein même du couple. A l’époque où les valeurs familiales sont des plus importantes, les problèmes sexuels restent alors cachés. Une vision très cynique et critique, mettant en avant les différences contextuelles de l’égalité homme/femme, surtout sur le plan sexuel.

Des personnages touchants et clivés

Très étonnant alors de voir que le personnage du Dr Masters, Bill, est lui d’un caractère froid et mystérieux. Il incarne le refoulement sexuel dans sa posture carrée et ses yeux d’inquisiteur. A coté, le personnage de Virginia dénote par sa franchise naturelle et sa volonté d’être reconnue. Elle incarne elle, la force de caractère d’une combattante, et on comprend très vite qu’elle veut briser tous les préjugés entourant l’image de secrétaire.

Sa frivolité déconcertante aux yeux de Bill, ravive en réalité sa passion cachée, permettant de mettre en exergue les problèmes de couple de Bill et sa femme, Libby. Ce qu’il leur manque alors, c’est un bébé pour compléter le tableau de cette parfaite famille. Le sujet de l’enfant est lui-même tabou aux yeux de Bill, la peur d’un enfant qu’il n’arriverait pas à aimer. Le problème alors des non-dits entre lui et sa femme, l’empêche d’avouer sa peur. Alors que celle-ci tente tout, telle une enfant capricieuse pour concevoir l’enfant qui sauverait leur mariage.

Au centre, la relation de Virginia et Bill, qui dans le dernier épisode, laisse le spectateur sur un fin bien frustrante…

Master of Sex – Saison 2

Dans la saison 2, la liaison de Virginia et Bill prend un détour inattendu. Le combat pour faire reconnaître leurs études devient secondaire. Avec la naissance de l’enfant tant attendue, les problèmes de couple entre Bill et Libby n’ont fait que s’accentuer, mais restent toujours enfouies dans un jeu de faux-semblants.

La série devient plus sérieuse, rentre dans un drame plus sombre. Les problèmes de cancer du Dr Cecilia redonne à la série sa perspective médicale. Une nouvelle dynamique demeure par rapport à l’avancée des recherches sur la sexualité. D’autres problèmes sociaux s’installent, notamment le racisme et les combats pour les droits civiques. Ainsi, Master of Sex parvient sérieusement et avec brio à dépeindre de réels problèmes d’époque, tout en gardant ce parallèle voilé à notre propre société.

De nouveau, les personnages principaux sont approfondis et leur relation reste aussi ambiguë. Avec l’impuissance de Bill, le besoin de Virginia se fait d’autant plus ressentir. Un saut dans le temps important perturbe alors le spectateur. Sans doute un besoin scénaristique pour éviter à la série de s’engluer dans un rythme trop lent. Alors, l’arrivé d’Ethan, le frère de Bill, fait resurgir en ce dernier les problèmes refoulés de son enfance, mais surtout sa relation traumatisante avec son père. Son personnage se montre alors très clivé, nous dévoilant de manière inattendue le pire et le meilleur de ses sentiments.

Lizzy Caplan, le corps de la série

Jusque-là cantonnée à des rôles secondaires dans des comédies ou dévoilée dans True Blood, Lizzy Caplan s’affirme en tant qu’actrice sérieuse, dans un rôle de femme nuancée. Un personnage alliant la femme fatale et la femme de pouvoir. Mère divorcée, indépendante et battante, elle s’affirme par sa force de caractère dans un monde dominé par les hommes. Elle représente cette figure de la femme moderne de notre époque, vilipendée pourtant dans les années 50-60.

« En apparence, nous n’en sommes plus aux années 1950 et 1960, mais il ne faut pas creuser bien profond pour réaliser que le chemin vers l’égalité des sexes est encore long. Les femmes de notre époque se battent autant que Virginia en son temps pour conjuguer vie professionnelle et vie de famille. » ajoute Lizzy Caplan lors d’un interview pour Télérama .

Le point G de la série

La série sert ainsi de prisme au travers duquel on observe notre propre comportement face à la sexualité exposée, avec des personnages principaux très touchants dans leur erreurs ou leur tentative de s’en sortir malgré les diktats sociétaux. Même les personnages secondaires, comme l’ancienne prostituée Betty, et le Dr Lingham, coureur de jupons intarissable, sont , sont intéressants dans leur manière si radicale d’exposr leur perception de la sexualité.  Grâce à ce nouveau genre de personnages ambivalents et des dialogues critiques et modernes, la série parvient à être addictive et profonde.

Fiche Technique : Master of Sex

Réalisateur : Michelle Ashford
Chaîne d’origine Showtime – USA
Acteurs : Michael Sheen (Bill), Lizzy Caplan (Virginia), Caitlin Fitzgerald (Libby), Teddy Sears (Dr Langham), Annaleigh Ashford (Betty), Julianne Nicholson (Lillian)
Saison : 2 (renouvelé pour une saison 3)
Episode : 24
Durée : 45 min
Genre : Drame
Date de Diffusion (FR) : Décembre 2014 sur OCS City

N.C.I.S. New-Orleans, saison 1 – Critique de la série

 Critique : N.C.I.S. New-Orleans, saison 1 – Une série qui cartonne…mais pourquoi donc ?!

Synopsis : Responsable de l’antenne du N.C.I.S. à la Nouvelle-Orleans, Dwayne Cassius Pride, surnommé King, est aidé dans ces enquêtes dont des membres de la Navy sont victimes, par Cristopher LaSalle et Meredith « Merri » Brody.

Fille indigne !

Non décidément ça ne va être possible, N.C.I.S. New-Orleans sera le deuxième spin-off de N.C.I.S. Enquête Spéciales (après N.C.I.S. Los Angeles); cette série hérite des défauts de son aînée sans en avoir pris les qualités. On espérait mieux c’est évident, mais la piètre qualité de N.C.I.S. Los Angeles pouvait aussi faire craindre le pire. Finalement on n’assiste pas au « pire », même si le « mauvais » n’est jamais loin. Cette déception mérite donc d’être analysée comme un échec, ce qui ne peut se faire qu’en comparant la série originelle à son rejeton tout juste vieux de deux mois.

La machine à dollars

N.C.I.S. est aujourd’hui une franchise très lucrative, la série « mère » et ses rejetons sont d’absolus cartons d’audience partout où ils passent, et Mark Harmon est devenu le second acteur de série le mieux payé des U.S.A. (après avoir été premier l’an passé). Ces cartons d’audience s’expliquent probablement par l’accessibilité des séries N.C.I.S. qui passe par des intrigues policières au format devenu très classique : un meurtre ouvre chaque épisode, l’enquête débute, passage par la morgue et le labo, quelques suspects défilent puis, le vrai coupable déboule tel un deus ex machina. À ce titre, N.C.I.S. New-Orleans ne fait pas exception le format, classique jusqu’à la nausée, est en plus calqué jusqu’au plagiat sur N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. Les ressorts narratifs sont absolument les mêmes, le téléspectateur n’est pas dérangé dans ses petites habitudes, l’échec de ce point de vue vient donc d’une absence totale de nouveauté avec ce spin-off.

Des personnages ? Quels personnages ?!

Passé ce trop fort parfum de déjà-vu, on s’intéresse aux acteurs et là se situe peut-être le plus gros crash de N.C.I.S. New-Orleans. Après deux semaines de diffusion aux U.S.A., cette série se promène déjà avec deux grosses casseroles en la matière : les personnages et les acteurs qui les incarnent. Les personnages sont en effet beaucoup moins écrits et caractérisés que dans N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. On y reconnaît bien sûr la médecin légiste, le geek, le beau gosse de service, etc… Mais tous ces personnages, en dehors de leur « spécialité », manquent cruellement d’une personnalité, d’une histoire personnelle, d’un vécu et on sent qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour l’instant. Cet aspect est survolé avec l’apparition d’un enfant, d’une épouse mais ça s’arrête là et c’est très insuffisant.

Casting : mieux faire

Il n’y a guère que les personnages secondaires qui évitent le naufrage total, aidés par une écriture humoristique et des acteurs qui semblent s’amuser autour des trois principaux. En tête de gondole CCH Pounder (Urgences, Sons Of Anarchy, X-Files), parfaite de flegme et de dérision dans son interprétation de médecin légiste un brin décalé. On lui a collé aux basques Rob Kerkovich (Cloverfield, Les Experts – Miami), geek complètement allumé qui prend l’antenne locale du N.C.I.S. pour un terrain de jeu. Voilà donc deux bons rôles pour deux acteurs investis. D’un autre côté, il y a les mauvais personnages incarnés par des acteurs en petite forme. On passe rapidement sur Zoe McLellan (Mentalist, Dr House), qui s’en tire le mieux des trois personnages principaux, c’est elle qui y croit le plus. Scott Bakula par contre, dont le recrutement avait fait frémir les fans d’impatience, ne retrouve pas son niveau de Code Quantum ou Star Trek – Enterprise. Son rôle est trop souvent sérieux et semble provoquer l’ennui de l’acteur qui a du mal à entrer dans son rôle. Mais le bonnet d’âne ira sur la tête de Lucas Black, acteur probablement recruté pour son seul physique puisqu’en dehors de ça il n’a rien d’autre à proposer qu’un corps dont il ne semble pas savoir quoi faire, un jeu tellement faux qu’il finit une fois sur deux en grimace. Un mot le définit dans ce rôle : insupportable !

Sentiment d’insécurité

Mais alors pourquoi N.C.I.S. New-Orleans, qui passe en deuxième partie de soirée aux U.S.A. est un tel carton ?! Peut-être un petit peu grâce à un générique sur le légendaire Boom Boom de John Lee Hooker, qui correspond bien à l’atmosphère de la série qui restera au moins comme une belle vitrine touristique de la Nouvelle-Orléans. Puis il faut bien le reconnaitre, si la franchise N.C.I.S. fonctionne aussi bien c’est parce qu’elle est dans l’air du temps, parce qu’elle surfe souvent sur la peur née des attentats du 11 septembre 2001 et sur le sentiment généralisé d’insécurité qui en a découlé.

Le médiocre ça rapporte

N.C.I.S. New-Orleans cartonne ? Tant mieux pour eux ! Scott Bakula parvient encore à trouver des rôles ? Tant mieux pour lui ! N.C.I.S. fonctionne sur un modèle obsolète, a pillé tout ce qui faisait N.I.C.S. Enquêtes Spéciales mais en moins bien, a recruté des acteurs « en dedans », a oublié d’écrire des personnages en plus d’écrire des scénarios ? Tant pis pour le téléspectateur ! Il y fort à parier que, d’ici deux ou trois saisons, si le carton d’audience continue, on nous servira un nouveau spin-off qui viendra remplir un peu plus les poches de Mark Harmon, producteur sur N.C.I.S. New-Orleans, peut-être deviendra-t-il également le producteur de télévision le mieux payé…

Fiche Technique – N.C.I.S. New-Orleans 

Origine : U.S.A.
Format : 22 épisodes de 43’
Première diffusion U.S.A. : 23 septembre 2014
Diffuseurs : C.B.S. (U.S.A.), M6 (France)
Production : Mark Harmon
Statut : en cours
Casting : Scott Bakula, Lucas Black, Zoe McLellan, CCH Pounder, Rob Kerkovich, Paige Turco, Rocky Carroll, Joe Spano.

Auteur : Freddy M.

 

Hunger Games : la Révolte – Partie 1, un film de Francis Lawrence : Critique

Après Harry Potter et Twilight, c’est au tour de la saga Hunger Games de voir son dernier opus scindé en deux. De quoi faire durer le plaisir des fans ou bien s’agit-il d’un concept purement lucratif pour les producteurs ? Bien que la réponse soit évidente pour la plupart des cinéphiles, le fait de couper un film en deux parties n’a jamais vraiment eu de succès auprès de l’assistance, surtout en ce qui concerne la première, souvent jugée trop lente (Harry Potter et les Reliques de la Mort), voire même sans intérêt (Twilight : Révélation). Qu’en est-il alors de ce nouvel Hunger Games ? À en croire la majorité des critiques de la presse, il semblerait que la « malédiction de la première partie » ait encore frappé, le long-métrage étant considéré comme ennuyeux à mourir. Injustement ? Il faut croire !

Synopsis : Katniss Everdeen s’est réfugiée dans le District 13 après avoir détruit à jamais l’arène et les Jeux. Sous le commandement de la Présidente Coin, chef du district, et suivant les conseils de ses amis en qui elle a toute confiance, Katniss déploie ses ailes pour devenir le symbole de la rébellion. Elle va se battre pour sauver Peeta et libérer le pays tout entier, à qui son courage a redonné espoir…

Dispensable mais emballé avec savoir-faire

Qu’adapte donc cette partie d’Hunger Games : la Révolte ? La première moitié du livre, durant laquelle il ne se passe pas grand-chose : la présentation du fameux District 13, la préparation de Katniss aux spots de propagande anti-Capitole, le tournage de ces derniers, des séquences intimes qui approfondissent le personnage principal, trois moments un peu plus orientés action… rien de plus, si ce n’est une intrigue qui met en avant l’héroïne, le symbole de rébellion qu’elle représente et le portrait d’une société fataliste via le Capitole et son concept des propagandes ! Il est donc normal que le film puisse décevoir les férus d’adrénaline et de sensations fortes, le modèle d’origine n’ayant rien à proposer de ce genre. Qui faut-il accuser, dans ce cas ? Les producteurs, sans l’ombre d’un doute. Eux qui ont décidé que le troisième et dernier livre soit divisé en deux parties pour profiter pleinement du succès incontestable de la saga au cinéma, et qui ont voulu attirer bien plus de spectateurs avec une bande-annonce mensongère qui fait l’éloge d’une action quasi inexistante dans ce film. Le réalisateur n’est donc pas en cause, devant du coup faire de son mieux avec ce qu’il a en mains.

Et en y regardant bien, Francis Lawrence s’en sort justement avec les honneurs. Il est vrai que pour l’action, le bonhomme devra s’améliorer pour la seconde partie, ayant attrapé le tic de Michael Bay en filmant avec une caméra qui tremble dans tous les sens lors des séquences d’action (ici, le passage au District 8). Mais une chose est sûre : le cinéaste a du savoir-faire. D’une part, il sait diriger ses acteurs, en particulier Jennifer Lawrence (malgré le nom de famille, il n’y a aucun lien de parenté), dont le jeu a gagné en puissance émotionnelle depuis le tout premier film. De l’autre, il manie avec respect l’univers de l’auteur Suzanne Collins  en ne trahissant jamais les idées et émotions délivrées par les livres : un second degré bienvenu via les personnages d’Effie et Haymitch, des décors correspondant de près à ce qui était décrit dans les romans, des plans violents qui n’ont pas peur de la censure hollywoodienne (le District 12 en ruines, jonché de cadavres encore fumant), des scènes en plus par rapport au livre (la mission d’infiltration au Capitole pour délivrer Peeta), un soin tout particulier apporté sur les spots de propagandes… tout ce qu’il faut pour que cette première partie mérite amplement d’intégrer la saga cinématographique Hunger Games.

Après, le film n’est pas non plus sans réels défauts, à commencer par le scénario. Adapter un livre au cinéma nécessite toujours quelques coupures dans le récit, des moments considérés comme inutiles sur grand écran. Hunger Games : la Révolte – Partie 1 n’échappe pas à la règle, sans pour autant trahir l’œuvre originelle, en ne reprenant que le principal. Néanmoins, à trop se concentrer sur le personnage de Katniss et son statut de symbole de la rébellion, le film oublie d’approfondir tout ce qui l’entoure. Les protagonistes secondaires sont les premières victimes : jamais ils ne sont mis suffisamment en avant pour que le spectateur s’intéresse un temps soit peu à eux. Les nouveaux (Alma Coin, Cressida, Boggs…) font office de figurants, les anciens (Gale, Effie, Haymitch, Primrose, Finnick…) ne répondent présents que pour être aux côtés de Katniss, sans apporter quoique ce soit à l’histoire. De plus, le script survole bon nombre de détails évoqués dans le livre, qui ont pourtant leur importance dans le dénouement de cette saga : le fait que le District 13 soit aussi strict et fataliste que le Capitole n’est jamais montré, la révélation de Finnick sur sa prostitution passe inaperçue pour ne servir que de fond à une séquence d’infiltration, le travail de Primrose à l’infirmerie du District 13 est balancée en une seule réplique… de quoi rester un peu sur sa faim, il faut bien se l’avouer, surtout après avoir lu le livre.

Quoiqu’il en soit, la première partie d’Hunger Games : la Révolte est loin d’être la déception sans nom annoncée par la presse. Oui, le film détruit littéralement le rythme plutôt mouvementé, engendré par les opus précédents. Oui, ce n’est pas le meilleur épisode de la saga cinématographique Mais encore une fois, ce sont les producteurs qu’il faut critiquer et non le réalisateur Francis Lawrence, qui a franchement fait de son mieux pour que ce film ne soit pas d’un ennui mortel (il suffit de discuter avec des personnes n’ayant pas lu le livre pour s’en rendre compte) ou sans âme. Même si cette partie peut se montrer dispensable en ayant en tête qu’un film de 3 heures aurait amplement suffi au lieu de s’éterniser autant, cet Hunger Games reste bien au-dessus de la moyenne des teen movies qui ne cessent de pulluler sur les écrans depuis ces dernières années.

Hunger Games : la Révolte – Partie 1 : Bande-annonce

Hunger Games : la Révolte – Partie 1  : Fiche technique –

Titre original: The Hunger Games : Mokingjay – Part 1
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong et Peter Craig, d’après le roman de Suzanne Collins
Interprétation : Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Julianne Moore (la Présidente Alma Coin), Philip Seymour Hoffman (Plutarch Heavensbee), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Jeffrey Wright (Beetee Latier), Donald Sutherland (le Président Coriolanus Snow), Josh Hutcherson (Peeta Mellark)…
Image : Jo Willems
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt Swanson et Bart Mueller
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Budget : 125 M$
Producteurs : Nina Jacobson et Jon Kilik
Productions : Lionsgate et Color Force
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Durée : 123 minutes
Genre : Science-fiction, dystopie
Date de sortie : 19 novembre 2014
États-Unis – 2014

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival : bilan et palmarès

PIFFF 2014, palmarès et bilan

Le PIFFF 2014, c’est fini. Après six jours de festival, dont quatre de compétitions, le Gaumont Opéra retrouve une activité normale. Envolée la horde de spectateurs errant dans ses couloirs, un badge sur la poitrine, l’oeil un peu rougi à force d’enchaîner les films, un sourire béat imprimé sur la figure et envahissant le comptoir confiserie. Le jury et le public ont rendu leur verdict, voici un rapide aperçu de leurs choix.

Les choix du public

Professionnels et simples curieux se sont pressés dans les salles tout au long de la semaine. Si les séances programmées en soirée avaient forcément plus de succès, le public était indéniablement au rendez-vous pour cette quatrième édition du PIFFF. Chaque spectateur se voyait ainsi remettre un bulletin de vote à la fin de chaque projection de films en compétition, et devait attribuer une note de 1 à 5. Il faut croire que les organisateurs avaient gardé le meilleur pour la fin puisque c’est Spring, du duo Justin Benson et Aaron Moorhead, diffusé samedi à 20h, qui a remporté l’Oeil d’or du long-métrage.

Le film raconte l’histoire d’une jeune tête brûlée, qui quitte les Etats-Unis suite à des problèmes avec la justice, et part s’installer en Italie où il y fait la rencontre d’une « créature » de rêve. Les deux réalisateurs étaient présents pour recevoir leur prix. Leur film n’ayant pas encore trouvé de distributeurs en France, aucune date de sortie n’a été annoncée, mais souhaitons que ce prix leur offre une plus grande visibilité auprès des professionnels.

Seconde compétition, les courts-métrages Français et Internationaux. Dans la première catégorie c’est Puzzle, de Rémy Rondeau, qui a été honoré. Cette histoire d’un vieil homme solitaire trompant l’ennui en faisant des puzzles depuis la mort de sa femme a visiblement séduit le public. Côté International, c’est le loufoque The Boy with a Camera for a Face qui a été distingué. Comme son titre l’indique bien, ce court-métrage a pour héros un garçon dont le visage est un appareil photo.

Les choix des professionnels

Mais le PIFFF, c’est aussi un jury composé de divers acteurs du milieu. Cette année, il se composait de la réalisatrice, scénariste et comédienne Céline Tran, plus connue sous son ancien pseudo Katsuni ; le réalisateur et scénariste d’À Toute épreuve (le film avec La Fouine) Antoine Blossier ; le créateur de générique Kook Ewo ; le compositeur Rob ; et le dessinateur Bastien Vivès. Tout le spectre de la technique est donc plus ou moins représenté, ce qui permet de garantir une certaine objectivité. Et c’est un doublé pour Puzzle, qui rafle donc deux des trois prix, et devrait permettre à Rémy Rondeau de se faire un nom dans le milieu.

Dernière catégorie de prix, les récompenses attribuées par la chaîne Ciné + Frisson, partenaire du PIFFF et représentée par sa directrice, Myriam Hacène, et son adjoint Christophe Commères. Sans grande surprise, c’est le seul film Français (Franco-Belge, pour être précis) de la sélection qui se voit distingué, Alleluia de Fabrice Du Welz, qui sortira mercredi en salles, et sera donc diffusé de façon privilégiée sur Ciné +. Le prix spécial court-métrage a lui été remis à Shadow, du Français Lorenzo Recio, qui avait déjà reçu une mention spéciale de la part du jury court-métrage.

La soirée s’est ensuite clôturée avec la projection en avant-première du film Tusk, de Kevin Smith, grand ayatollah de la geek culture et réalisateur farouchement indépendant. Il sortira directement en DVD et Blu-Ray en mars prochain. Un joli résumé de ce qu’est l’esprit du PIFFF : offrir aux spectateurs la possibilité de voir en salles des films qu’ils ne pourraient pas forcément voir ailleurs. Cette année encore, la sélection opérée par Fausto Fastulo a été de très bonne facture, mention spéciale pour le violent et magnifique Wake in fright, retrouvé plus de quarante ans après sa sortie, et qui a été un véritable coup de poing pour les spectateurs. Une seule idée pour conclure : vivement l’année prochaine.

Auteur : Mikael Yung

La prochaine fois je viserai le cœur, un film de Cédric Anger : critique

Voilà que le cinéma français adapte à nouveau un fait divers après Vie sauvage de Cédric Kahn. Dans La prochaine fois je viserai le cœur, Cédric Anger s’intéresse non pas à un père qui fuit la société et sa frénésie consommatrice, mais à un homme solitaire dont le talon d’Achille principal est les femmes.

Synopsis : Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. Après avoir tenté d’en renverser plusieurs au volant de sa voiture, il finit par blesser et tuer des auto-stoppeuses choisies au hasard. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages. Il en réchappe d’autant plus facilement qu’il est en réalité un jeune et timide gendarme qui mène une vie banale et sans histoires au sein de sa brigade. Gendarme modèle, il est chargé d’enquêter sur ses propres crimes jusqu’à ce que les cartes de son périple meurtrier lui échappent.

Dans la brume électrique

Sa famille le voit beau mais maladroit. La seule femme qu’il croise sans tenter de la tuer le trouve « gentil ». Mais ça n’est pas ce que veut entendre cet homme. Un homme n’est pas gentil, ou alors « autant lui couper les couilles » directement rétorque-t-il à Sophie qui s’éprend de lui. De la vie de Franck, ce tueur (et gendarme) apeuré, on ne voit que des brides, des moments d’autoflagellation à la minutie avec laquelle il enfile toutes les nuits son costume de gendarme pour se traquer lui-même, l’air de rien. Tout en jouant au chat et à la souris avec ceux qui le cherchent et avec lesquels il travaille, il tente aussi de se trahir pour être arrêté. C’est que, pas plus que lui, nous ne comprenons pourquoi il agit ainsi. « Je suis un tueur fait pour tuer et je tuerais avant qu’on ne me tue… », écrit Franck à la gendarmerie, à ses collègues. Il cherche donc à être arrêté tout en cherchant à échapper à la police – paradoxe puisqu’il y travaille. Même s’il promet, dans une lettre, de traquer sans relâche celle qui lui échappe (et le trahira). Ce personnage qui vit seul, reclus, qui va dans la forêt s’éprendre de liberté et la donne en héritage à son frère, a des vertus cinématographiques indéniables. Or, le film nous est d’emblée présenté comme « l’affaire criminelle la plus exceptionnelle » de ces dernières années mais on ne ressentira jamais la frayeur vantée par le synopsis même quand Franck fait semblant de nous tirer en plein cœur, face caméra.

Le film commence sur une vraie-fausse note : une traque avortée. Le film n’est que ça : une course poursuite (presque) sans excès de vitesse dans la brume, dans la nuit. Cédric Anger n’a pas choisi de faire un polar à la française, il va dans la brume électrique, s’enivrer du brouillard. Ses intentions sont louables : abattre la psychologie, ne pas verser dans la mièvrerie, ni le drame réaliste mais ça ne marche pas toujours : parce que le spectateur n’a rien à quoi se raccrocher, la froideur est trop brutale. Entrer dans la tête de ce tueur aurait pu être passionnant mais on ne va jamais jusqu’au bout. On assiste impuissant à une autopsie, une succession de visages. On s’ennuie. La mise en scène implacable, jusqu’au visage impassible de Canet – assez surprenant – ne font pas totalement effet.

Autopsie d’un tueur

Le parti pris de Cédric Anger est pourtant intéressant : ne pas essayer d’expliquer l’inexplicable. Pourtant, il n’évite pas les scènes maladroites où on  voit Franck impuissant ou comme un homosexuel refoulé. Mais rien ne suffit, et c’est ça le plus important/passionnant, à expliquer ses gestes impulsifs. A part lui, tous semblent caricaturaux, vulgaires… Les flics, les jeunes femmes. C’est comme ça que lui les voit. Et les autres, ces anonymes deviennent comme des morts-vivants flous qui en marchant simplement comme des jeunes filles dans la nuit, semblent aller vers leur mort. Pour souligner  cette succession de scènes, de constats sans couleur ni saveur, Cédric Anger fait appel à une musique à suspens, qui devient à la longue agaçante tant elle vient souligner ce que l’on devrait ressentir et qui n’arrive pas : la rage qui monte, cette implacable fin vers laquelle vont toutes les jeunes filles qui croisent la route de ce tueur. Ainsi, quand une jeune fille, jouée par Alice de Lencquesaing, monte dans la voiture, comme fascinée par l’arme de ce gendarme au visage doux mais fermé, et que l’un et l’autre vont vers une fin certaine, vers ce qui doit arriver, ils sont comme effrayés de ce qui va se passer, pas nous. Là encore le constat est implacable : aucune chance d’y échapper. Franck retire les pièges de la forêt, pour sauver les animaux, et capture d’autres proies : les femmes. Le film joue avec les paradoxes. Ainsi, quand les policiers ouvrent l’appartement de Franck, ils découvrent l’insalubrité, l’amoncellement de poubelles. Une image qui contraste avec ce qu’on a alors vu de cet homme qui ne supporte pas le sang et le fait pourtant jaillir, qu’une mouche sur le dos d’une femme endormie dégoûte alors qu’il vient de lui faire l’amour… Il se lave sans cesse de ce à quoi il ne peut échapper. Le spectacle de la nature le fascine, celui des hommes l’horripile. Avec ce titre « La prochaine fois je viserai le cœur », promesse du tueur quand il rate une de ses cibles dans une des lettres qui le confondront plus tard, Cédric Anger prouve aussi qu’en voulant être en osmose avec son tueur, il a raté l’essentiel : nous faire adhérer à toute sa grisaille, à cet état permanent de frayeur qui ne prend finalement pas. On reste à côté. Ce constat s’il est beau comme ces biches qui traversent tout à coup la forêt la nuit, est trop clinique, trop distant, pour concentrer tout ce qu’il a d’ambition : viser juste. Il attend finalement trop d’un tueur qui, à l’image du jeu de Guillaume Canet, ne produit rien… On ne ressent rien. Le spectateur doit éprouver ce qu’éprouve Franck: le trou noir émotionnel, il doit se flageller pour avoir mal, se sentir vivant. C’est l’ambivalence de ce film : filmer le vide avec brio jusqu’à finir lui-même par paraître vidé de toute substance cinématographique et émotionnelle.

La prochaine fois je viserai le cœur – Bande-annonce

Fiche technique : La prochaine fois je viserai le cœur

France – 2014
Date de sortie : 12 novembre 2014
Réalisateur : Cédric Anger
Interprètes : Guillaume Canet (Franck), Ana Girardot (Sophie), Jean-Yves Berteloot (Lacombe), Arnaud Henriet (Laucret)
Scénario : Cédric Anger
Musique : Grégoire Hetzel
Directeur de la photographie : Thomas Hardmeier
Chef monteur : Julien Leloup
Chef décorateur : Thierry François
Sociétés de production : Sunrise Film, Les Productions du Trésor, Mars Films, Caneo Films

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 4 : fantasmes et réalité

PIFFF 2014, troisième jour de compétition : fantasmes et réalité

Vendredi 21 novembre, boulevard des Capucines. On commence à se rapprocher de la fin. Après la copieuse mais passionnante journée de la veille, celle-ci sera plus tranquille : « seulement » trois films à voir. Pour moi, ce sera la fin du PIFFF. Je sens comme une pointe de regret à l’idée de louper la nuit extra-terrestre, qui s’annonçait furieusement fun. C’est la vie, il faut savoir faire des choix. Après avoir passé trois journées enfermées dans les salles obscures, un peu d’air frais ne peut faire que du bien. Ouais, c’est ça…

Bienvenue dans la matrice

Pour ouvrir le bal, je passe directement à la Séance Culte. Nouveau bijou sélectionné par Fausto : Avalon, de Mamoru Oshii. J’ai de vagues souvenirs de l’avoir vu il y a presque dix ans dans la Séance Interdite sur Canal +. Oshii est visiblement un cinéphile averti, gorgé de références venues de tous les horizons, y compris d’Europe. Il a notamment été très marqué par Chris Marker. Encore un. Sérieusement, si vous ne l’avez pas encore fait, regardez La Jetée, c’est probablement le court-métrage qui a le plus marqué les deux dernières générations de réalisateurs.

La Jetée (1962) (Chris Marker)

Bref, Avalon est un film mêlant réalité et virtuel à l’image d’un Matrix ou d’un Existenz avant lui, mais dans un style qui lui est propre. Ici la froide réalité fait écho formellement à un monde issu du jeu vidéo aux accents militaires, sur fond de guerre civile. Les meilleurs joueurs d‘Avalon peuvent vivre grâce à leurs prouesses virtuelles, à une époque ou l’e-sport n’est encore qu’un lointain rêve pour les européens. Et le parcours d’Ash a des échos philosophiques qui se mêlent à sa quête existentialiste.

Loin de l’action furieuse d’un Matrix, Avalon prend le temps de dérouler son univers presque onirique dans de longs plans à la photographie travaillée, et la seconde partie du film fait plus penser à un parcours zen. Oshii privilégie une certaine lenteur, qui sublime la réalité par rapport au virtuel. C’est long, beau, et contemplatif. Petit bémol, tout de même, mais qui ne doit rien au travail du réalisateur : la traduction. Avalon déroule ses dialogues en Polonais, et les sous-titres, du moins ceux présentés au PIFFF, étaient pour le moins laborieux, et empêchaient de bien se projeter, en donnant parfois l’impression de passer à côté du sens profond de telle ou telle réplique.

Misery sauce ibère

Retour à la compétition à présent avec Shrew’s Nest, du duo Espagnol Juanfer Andrés-Esteban Roel, dont il s’agit du premier long-métrage. Comme la veille, la salle s’est bien remplie, les films projetés en début de soirée bénéficiant décidément d’une bien meilleure exposition. La bonne santé du cinéma fantastique venu de l’autre côté des Pyrénées, ainsi que la présence à la production du génial Alex de la Iglesia augurent du meilleur.

Shrew’s Nest (Musarañas en VO) est un huis-clos centré sur deux sœurs dont l’une d’entre elle, agoraphobe au dernier degré, ne peut quitter leur appartement. L’arrivée soudaine d’un jeune homme au passé mystérieux va perturber leur quotidien, tandis que la plus âgée des deux sœurs va bientôt céder à la folie qui couve en elle. L’ombre de Carlos Saura plane sur ce film, qui doit aussi beaucoup à Polanski, notamment à Répulsion, auquel les réalisateurs font un hommage plus qu’appuyé.

Shrew’s Nest démarre sur de très bonnes bases. Un huis-clos étouffant, des personnages attachants malgré leur défauts, et dont la relation est juste assez malsaine pour intriguer, le tout assorti d’une critique de la religion qui manque peut-être un peu de subtilité. La montée en puissance de la tension est parfaitement maîtrisée…jusqu’à ce qu’elle déraille complètement, alors que le scénario tente de prendre plus d’ampleur. Le dernier tiers du film bascule ainsi dans un déchaînement de violence aussi inattendu que ridicule. La preuve en est la réaction de la salle, éclatant parfois de rire à des moments supposés être plus repoussants qu’amusants. Et ce n’est pas le twist final, grossier, attendu et poussif, qui va sauver le tout. Ma première vraie déception du PIFFF. On ne peut pas gagner à tous les coups…

Symphonie en fouet majeur

Fin de journée avec la traditionnelle Séance Interdite qui, comme le dénote Fausto, n’a jamais aussi bien porté son nom. R100, du fantasque réalisateur Japonais Hitoshi Matsumoto, fait en effet référence au système de classification des films nippons, et serait donc interdit aux moins de 100 ans. Et on comprend un peu pourquoi en voyant l’affiche du film étalée sur grand écran, sur laquelle des femmes vêtues de cuir aguichent le spectateur de leur regard langoureux…et de leurs cravaches. Ambiance, une nouvelle fois.

R100 raconte comment un homme ordinaire, vivant une vie ordinaire, se retrouve soudain le jouet d’une bande de reines du SM après s’être inscrit à un programme spécial dans un club de bondage. Les choses vont rapidement prendre une tournure malsaine, au point que les producteurs hésitent à laisser le film sortir en salle. Pendant ce temps, plusieurs personnages ont l’impression de ressentir un terrible tremblement de terre. Le tout sur l’air de l’hymne à la joie de Beethoven.

Voilà, ça vous paraît un peu foutraque, complètement déjanté, totalement décousu ? C’est parce que ça l’est. Après l’incroyable délire visuel de Miike en ouverture, le PIFFF nous offre un nouvel exemple de cinéma comique à la Japonaise, un genre auquel nous ne sommes que trop peu habitués. Bien loin de l’esthétique cartoon de Mole Song, R100 s’ancre bien plus dans la réalité, tout en explosant régulièrement en des bouffées de grand n’importe quoi, aussi surprenantes que gratuites.

 

Matsumoto mixe ainsi avec délice les scènes très sérieuses et les délires les plus totaux, avant de basculer totalement à mi-parcours, délaissant le réalisme pour un joyeux bazar rythmé et sauvage. La séance se termine par une scène d’amour qui laisse la salle dans un état de jubilation sauvage. Ça crie, ça rit, ça applaudit, tout l’esprit déjanté du PIFFF est résumé dans cette seule projection.

Et c’est donc sur cette note positive que se termine pour moi le PIFFF 2014. Un excellent cru, une nouvelle fois, mêlant grands classiques du genre, films ultra-pointus et introuvables, et futurs chefs d’oeuvre. Sur les quatre films vus en compétition, mon favori est clairement The Duke of Burgundy, même si Starry Eyes, qui sera diffusé cet après-midi, arrive précédé d’une jolie réputation… Il n’y a plus qu’à dire à l’année prochaine, vive le cinéma fantastique et vive le PIFFF !!!

Auteur : Mikael Yung

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 3 : feu et glace

PIFFF 2014, deuxième jour de compétition : le feu et la glace

Jeudi 20 novembre, boulevard des Capucines. Deuxième journée de compétition officielle, et programme chargé en vue avec pas moins de quatre films à enchaîner. J’ai hésité à amener la tente Quechua pour camper directement dans la salle 2 dans laquelle je vais, mine de rien, passer l’essentiel de ma journée. Un joli marathon en perspective, avec deux films en compétition, une Séance Culte qui a exhumé un long-métrage quasiment inédit en France et un petit documentaire sur l’horreur dans la culture actuelle pour clore les festivités.

Mise en boîte

Début des hostilités avec Bag Boy, Lover Boy, d’Andres Torres, un réalisateur pour le moins atypique, comme le montre son message laissé à l’attention du public. « Jugez-moi sur la quantité, pas sur la qualité, car je suis quantité, pas qualité ». Ok. Grosse ambiance en vue. Le film est précédé d’un court-métrage bien gore sur un amateur de tatouage qui arrache la peau de ses victimes pour se la recoudre sur lui-même. Avec gros plans sur les dépeçages et final façon illumination religieuse. Je ne suis pas vraiment emballé et, à entendre les réactions du public, je ne suis pas le seul.

Heureusement, la séance officielle débute bien vite. L’histoire se passe à New York et suit Albert, un jeune homme au physique atypique, qui attire l’attention d’un photographe érotique. S’ensuit une plongée dans la perversion narcissique d’un homme dont la douceur et la naïveté dissimulent une âme de psychopathe. C’est court (à peine plus d’une heure), brutal et très visuel. Il y a une vraie ambiance qui se dégage du film, un univers halluciné et hallucinant mêlant séquences urbaines un peu glauques et fantasmes sur pellicule.

Torres n’hésite pas à tomber dans le trash tout en conservant un second degré parfaitement calculé. Il a également su trouver un acteur de grand talent en la personne de Jon Wachter, qui porte le film sur ses épaules. Son Albert est incroyable de fragilité et de perversité, portant ses fêlures sur son visage tout en gardant une part d’innocence presque enfantine. Il s’agit là de son premier long-métrage, mais il pourrait bien exploser dans un cinéma de genre friand de ce genre de physique.

Un week-end en enfer

Séance Culte à présent. Après Les Griffes de la Nuit, l’équipe du PIFFF nous propose Réveil dans la terreur (Wake in fright en VO), un film Australien signé Ted Kotchneff, le réalisateur de Rambo premier du nom, datant de 1971, et quasiment inédit en France, selon Fausto Fasulo. Il était bien sorti en VHS sous le titre Savane ( ! ), mais le négatif avait été égaré et n’a été retrouvé qu’en 2007. C’est donc une version remastérisée qui nous est projetée, et qui devrait bientôt retrouver le chemin des salles françaises.

Et là, c’est la claque. Le coup de cœur absolu. Réveil dans la terreur est juste hallucinant, une œuvre d’une brutalité totale, jusqu’au-boutiste, proche d’un Délivrance version Australienne. Un jeune professeur (superbe Donald Pleasence) se retrouve coincé dans une petite ville perdue dans l’Outback. C’est le début d‘un week-end en enfer, entre parties de chasse surréaliste, beuveries interminables et paris incontrôlables.

Beau, intense, d’une brutalité parfois poussée à l’excès, Réveil dans la terreur ne plaira pas à tout le monde, et notamment aux défenseurs de la cause animale. Il y a quelque chose de presque hypnotisant dans les tribulations de ce jeune homme bien sous tous rapports se retrouvant soudain dans un milieu qui n’est pas le sien, et obligé d’en adopter les codes. On reste presque sans voix face à cet exercice de style qui n’est pas sans rappeler la filmographie de Peckinpah, par sa violence décomplexée mais réaliste et ses personnages hors du commun. C’est pour ça, aussi, qu’on vient au PIFFF, pour découvrir ainsi des chefs d’oeuvre oubliés. À voir absolument lorsque le film sortira enfin dans toutes les salles.

Le silence des papillons

Je sors de cette séance un peu hébété, presque KO debout face à l’intensité du film. Ça va être difficile d’enchaîner après ça, pensais-je alors. Ce qui ne m’empêche pas de me rasseoir une demie-heure plus tard dans le même fauteuil, entouré des mêmes visages avides de nouvelles images. Cette fois, la salle est aux trois-quarts pleine. Surprenant, la bande-annonce n’était pas celle qui m’avait le plus attiré. Pourtant, Fausto déclare que The Duke of Burgundy est son favori de ce festival. On va bien voir. Extinction des lumières, série habituelle de messages publicitaires pour le PIFFF, début du film. Re-claque.

D’un point de vue formel, on ne pourrait pas être plus à l’opposé du spectre par rapport à Réveil dans la terreur. Les terres arides de l’Australie profonde ont laissé place au froid d’un manoir Hongrois, la mise en scène sauvage et vivante de Kotcheff à une réalisation millimétrée d’une implacable précision, et la lumière aveuglante du soleil à une obscurité menaçante. Pourtant, la même fascination émane de la pellicule, la même sensation d’être face à du grand cinéma.

Fausto a raison de le préciser, le film de Peter Strickland n’est pas le plus accessible de la sélection. Plusieurs personnes quittent d’ailleurs la salle avant l’heure. Pour un peu, on pourrait le comparer avec du Lynch, en plus réaliste. Il y a quelque chose de Mulholland Drive dans cette histoire d’amour et de domination, aux accents baroques et à l’érotisme vénéneux. Le directeur de la photographie a accompli un travail d’orfèvre qui mérite d’être salué, et chaque plan est un petit bijou sombre et magnifique. The Duke of Burgundy sortira aussi en salles dans quelques semaines et je ne saurais trop vous le recommander, tant le voyage vaut le détour. Mais pas pour tout le monde. À la sortie, le spectateur devant moi glisse tout de même son bulletin dans le trou 1, la plus faible note. Du coup, je lui mets 5, pour rattraper.

 Pourquoi l’horreur ?

La soirée se termine sur le documentaire Why Horror ?, une tentative pour un jeune Canadien d’expliquer sa fascination pour le genre, malgré le rejet qu’en fait la société et les réactions de dépit de son entourage. Nous suivons donc Tal Zimmerman, journaliste spécialisé, alors qu’il remonte aux sources de l’horreur dans la peinture, la littérature, et le cinéma, et en explore les moyens d’expression à travers le monde. Un travail titanesque dans lequel interviennent des références d’hier et d’aujourd’hui comme John Carpenter, George Roméro ou Alexandre Aja.

Intéressant quoique tournant parfois un peu en rond, ce documentaire vaut le coup d’oeil pour les amateurs du genre, mais aussi pour ceux qui souhaitent découvrir un panorama plutôt complet du cinéma fantastique, de Méliès à Paranormal Activity. En guise de hors d’oeuvre, nous avons même droit à quelques minutes de Creature Designers, The Frankenstein Complex, qui suit les créateurs des monstres les plus célèbres du 7ème art, et devrait être présenté au PIFFF l’année prochaine. Plus technique, à priori, mais non moins intéressant.

Minuit sonne presque lorsque je sors enfin de la salle 2, un peu groggy mais pleinement satisfait de cette troisième journée. Demain, programme plus léger avec « seulement » trois films à enchaîner. Si le programme est du niveau d’aujourd’hui, je ne suis pas au bout de mes émotions.

Auteur : Mikael Yung

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 2 : futur et cauchemar

PIFFF 2014, premier jour de compétition

Mercredi 19 novembre, boulevard des Capucines. Il fait moins sombre que la veille, mais pas moins froid. Aujourd’hui, c’est le début de la compétition « officielle » du PIFFF. Huit films, qui vont s’affronter pour obtenir le prix Ciné +. L’occasion, pour les réalisateurs, de faire parler de leur film avant la sortie. L’occasion aussi, pour certains en tout cas, d’attirer l’oeil des distributeurs. Certains des long-métrages présentés ont déjà fait le tour des festivals, et ont été présentés à Strasbourg, il y a quelques semaines.

C’est le cas de Housebound, présenté en début de soirée, et déjà critiqué en ces lieux. Ça tombe bien, je peux pas y aller ce soir. Zut, ça avait l’air sympa. Je vais aussi rater l’avant-première de Nightcall, avec Jack Gyllenhaal. Double-zut. Tant pis, je vais me rabattre sur Time Lapse, qui a le redoutable honneur d’ouvrir la compétition. Et puis après, c’est la séance Culte, avec Les Griffes de la nuit. L’original, pas le remake. Joie.

Instantané du futur

On sent que le festival « officiel » vient de débuter. D’abord, on reçoit enfin nos petits badges accréditation, histoire de pouvoir se la péter dans quelques jours. Le PIFFF ? Ouais, j’y étais, c’était marrant. Beaucoup moins de monde, aussi. Hier, la salle 1 (la plus grande) était pleine à craquer. Aujourd’hui, elle l’est aussi sûrement, avec toutes les adolescentes venues voir le dernier Hunger Games. Du coup, le festival est relégué dans la salle 2, qui est tout de même à moitié vide. C’est encore Fausto Fasulo qui présente le film.

Le réalisateur, Bradley King, n’a pas pu venir en personne, mais il nous adresse un petit message vidéo, accompagné de BP Cooper, son co-scénariste et producteur. Sympa. D’après Fasulo, Cooper a été traumatisé dans sa jeunesse par Retour vers le Futur ( ! ) et s’est servi de cette inspiration pour écrire le scénario de Time Lapse. L’histoire de trois amis qui découvrent par hasard un appareil photo qui prend des images du lendemain. Tout cela a l’air bien prometteur, surtout quand on apprend que King a été influencé par Hitchcock et Danny Boyle, période Petits Meurtres entre amis.

On retrouve en effet l’ambiance du premier film du réalisateur de Trainspotting jusque dans la mise en scène de King. Time Lapse s’est monté sur un petit budget, et cela se sent. Une économie de moyen qui ne porte pas préjudice à l’efficacité du film, bien au contraire. C’est simple, intime, les gros plans sont favorisés et les cadres travaillés. C’est très fixe, aussi, peu de mouvements, la caméra de King reste sur son socle comme l’appareil photo au cœur de la machination. Du coup, certaines longueurs apparaissent lorsque le film rentre dans son troisième tiers, mais rien de trop pénalisant. En fait, c’est plutôt agréable, on a vraiment l’impression de faire partie du cercle d’amis.

Côté scénario, on le sait, les histoires jouant avec les voyages dans le temps sont toujours casse-gueules, et rares sont les exemples à s’en tirer sans que n’apparaissent des failles dans le récit. Time Lapse décide de plutôt jouer avec le côté métaphysique et presque philosophique de l’avenir, et des maux de crâne peuvent vite apparaître lorsqu’on se penche avec trop d’attention sur certains détails. La trame a toutefois le mérite de rester assez simple, même si on sent un peu trop venir le retournement de situation final. Sans être un chef d’oeuvre, Time Lapse est un bon premier film, et plutôt une bonne surprise. J’ai hâte de voir la suite de la compétition.

Freddy sort de la nuit

En attendant, c’est l’heure de la Séance Culte. Et aujourd’hui, les organisateurs nous ont particulièrement gâtés avec un grand classique : Les Griffes de la Nuit, version Wes Craven de 1984. La salle s’est un peu remplie, quelques fans sont venus s’ajouter aux journalistes et professionnels présents sur place. Devant moi, un admirateur particulièrement acharné a même ramené un gant de Freddy Krueger, fait maison avec un certain réalisme. La projection a lieu dans une ambiance bonne enfant et détendue, et les éclats de rires fusent avec régularité.

Il faut dire que le film a pris un petit coup de vieux. Si la personnalité grandiloquente de Freddy dénotait déjà d’un certain humour à l’époque, un détail que le remake a laissé de côté, certains passages sont tombés dans le kitsch absolu. Témoin, cette scène dans laquelle Nancy hurle à l’aide depuis sa fenêtre sous le regard impassible du collègue de son père. Ou l’obsession presque burlesque de la mère de la jeune héroïne pour l’alcool. Peut-être Wes Craven a-t-il aussi lui-même contribué à décrédibiliser son bébé avec sa saga Scream.

Malgré tout, Les Griffes de la Nuit reste un monument du slasher et, comme le fait justement remarquer Fasulo, « Freddy est rentré dans la pop-culture comme un symbole. Ce qui est assez étrange, quand on voit qu’il s’agit quand même d’un pédophile ». Mais force est de reconnaître que le réalisateur parvient à lui insuffler une personnalité qui, toute malsaine qu’elle soit, parvient à le rendre presque attachant. C’est un tueur qui ne se prend pas au sérieux, contrairement à ses grands frères Michael Myers et Jason Voorhees, et son aspect démesuré fait de lui un personnage d’autant plus marquant.

Fin de projection, les lumières se rallument, l’homme devant moi tente vainement d’applaudir sans se trancher les doigts comme l’a fait son modèle quelques minutes auparavant. La foule sort de la salle comme elle s’extirperait d’un rêve pour retrouver la fraîcheur extérieure. Dans le couloir, nous croisons une foule d’adolescentes venues remplir la salle 1. Aucune d’entre elle n’était née lorsque le film est sorti, et leurs parents se sont peut-être même rencontrés dans les salles obscures, lors de la projection originale du film. La plupart des spectateurs part faire un tour dans le lobby pour se refournir en confiseries. Les émotions ça creuse… Pour moi, c’est le moment de se retirer. On verra ce que nous réserve la séance de demain.

Auteur : Mickael Yung

 

Calomnies, un film de Jean-Pierre Mocky: Critique

Il y a une polémique à propos de Calomnies, polémique liée à une sortie confidentielle dans seulement trois salles française, polémique soi-disant liée au sujet supposé « brûlant » du film, polémique liée au retrait des financements promis par France 2, juste avant la dernière présidentielle. Qu’affirme Jean-Pierre Mocky ?

Synopsis : Fraichement élu député, Xavier Durmont débarque à Paris la tête pleine d’idéaux. Il est rapidement contacté pour espionner un ministre, soupçonné de tremper dans une affaire de délit d’initiés. Rapidement sa vie bascule, lorsque son image commence à être salie publiquement.

Le Naufrage De Jean-Pierre Mocky

La polémique

Que France 2 s’était engagée à produire ce film en 2012 et s’est retirée juste avant l’élection présidentielle car le sujet du film, la corruption des élus, aurait percuté de manière trop brutale l’actualité politique. Il affirme être aujourd’hui une victime de la censure médiatique, du fait d’un film supposé trop pertinent sur le thème des liens entre élus et milieux criminels. Du coup, on veut prendre la défense de Mocky, crier comme lui au complot, à la censure et à l’injustice.

Un film sans le sou

Pour ça, il faudrait que son film tienne les promesses annoncées par la polémique : un film qu’on attend grinçant, cynique et pertinent sinon impertinent. Sauf que le film de Mocky est mauvais, exécrable même, ou alors il s’agit d’un film pour initiés à l’univers du réalisateur mais alors, très initiés ! C’est vrai qu’on sent le manque de moyens d’un film autoproduit, monté avec des bouts de ficelles et l’absence de fonds se ressent dès le générique : court et sobre, comme à l’ancienne. Si le côté fauché de Calomnies peut expliquer l’aspect « cheap » de certains décors ou la récupération d’images recyclées et même le fait que des acteurs y jouent gratuitement, il n’explique quand même pas tout.

De « mauvais » bons acteurs

Il n’explique pas la médiocrité abyssale des dialogues, sans aucun naturel. Bien sûr on y voit des politiques, êtres « à part » qui ne s’expriment pas comme le commun des mortels mais tout de même, ça sonne aussi faux qu’une Céline Dion aphone. Du coup, le jeu d’acteurs suit le même chemin et on n’est pas loin de penser que faire jouer des acteurs sans cachet, ça les pousse à mal jouer. Il y a peu d’exceptions : ils sont dans le sur-jeu, dans l’excès, les grimaces, les mouvements et positionnements du corps pas artificiels. C’est bien simple, ils semblent poser devant la caméra au lieu d’évoluer devant elle. Pourtant la distribution est belle, Mocky rassemblant autour de lui les derniers fidèles parmi les fidèles et, même Marius Colucci (fils de Coluche, sans le talent) qui ressemble de manière frappante à son défunt père, ne parvient pas à emporter le spectateur. Le seul bon moment sera proposé par Jonathan Lambert, hilarant en footballeur professionnel.

Mocky tape, mais à côté

Tout étant lié, les mêmes causes ayant les mêmes effets, le fond du film sombre avec le reste. Tout ce que semblait promettre Mocky, avec son acharnement à monter son film, avec son affiche façon « vous allez voir ce que vous allez voir » bref, cette idée que les puissants allaient tomber de leur piédestal et que ce film serait mordant, tout ça disparait dès les dix premières minutes. Tout de suite le ton est donné : c’est gras, grossier et absolument sans finesse. Mocky ne sait pas taper là où ça aurait fait mal et ne sachant pas viser, il manque systématiquement sa cible. Il ne fait que caricaturer les hommes politiques, il le fait avec tant d’excès que c’est trop : on ne peut pas être d’accord avec lui, avec son côté « tous pourris ». C’est à un point tel qu’on se dit qu’il ne caricature pas les politiques, mais qu’il caricature la caricature des politiques.

Il faut sauver le soldat Cosma

Il n’y aurait finalement que l’indétrônable Vladimir Cosma à sauver de cette catastrophe, éternel compositeur du cinéma français, dont le talent ne s’est jamais démenti et qui signe, encore une fois, une bande-originale inspirée. Il sait, comme à chaque fois, trouver un thème facilement indentifiable, qu’on retient avec plaisir et facilité. On se dit que pour être là, il doit également faire partie des proches de Mocky et qu’il a cru fait une œuvre militante en apportant son soutien à un ami. Morale de l’histoire, il n’y a finalement que pour la musique qu’il est inspiré.

L’orgueil d’un homme

La leçon est donc amère pour ce nouveau film de Jean-Pierre Mocky, on aurait aimé que cette polémique soit finalement justifiée, on aurait aimé une authentique censure, qui aurait signifié que ce film était un vrai pavé dans la mare aux canards politiques. Mais finalement, Mocky est peut-être un brin parano, de croire qu’on veut faire taire les idées qu’il défend. Il est plus sûrement orgueilleux, trop orgueilleux en tout cas pour reconnaître que, si son film n’a eu le soutien ni des producteurs, n i des médias, c’est simplement parce qu’il n’est pas bon. Alors c’est vrai qu’il y a un grand nombre de films, sûrement plus mauvais encore, qui ont le soutien des médias, des producteurs et sortent dans un nombre de salles stratosphérique. Mais pour une fois que les distributeurs épargnent un mauvais film aux spectateurs, on ne va pas cracher dans la soupe, pas comme Mocky en tout cas…

Fiche Technique : Calomnies

Réalisation : Jean-Pierre Mocky
Scénario : André Ruellan & Jean-Pierre Mocky
Chef Décorateur : Arnaud Chaffard
Régisseur : Jean-Paul Sergent
Musique : Vladimir Cosma
Production : Jean-Pierre Mocky et Jean-Maurice Belayche
Sociétés de production : Mocky Delicious products, Nompareille productions
Distribution : Zodiak Rights
Durée : 80’
Sortie : 19 novembre 2014

Auteur : Freddy M.

 

Qui Vive, un film de Marianne Tardieu : Critique

Assistante caméra sur quelques films, et chef op sur de « tous petits films » comme elle le dit elle-même, Marianne Tardieu a fait son « big move » vers la mise en scène avec ce premier film, Qui Vive.

Synopsis : Retourné vivre chez ses parents, Chérif, la trentaine, peine à décrocher le concours d’infirmier. En attendant, il travaille comme vigile. Il réussit malgré tout les écrits de son concours et rencontre une fille qui lui plaît, Jenny… Mais au centre commercial où il travaille, il perd pied face à une bande d’adolescents désœuvrés qui le harcèlent. Pour se débarrasser d’eux, il accepte de rencarder un pote sur les livraisons du magasin. En l’espace d’une nuit, la vie de Chérif bascule…

Le sens de la vie 

Filmé au printemps 2013, le film vient seulement de sortir à l’écran. A l’époque, Adèle Exarchopoulos n’était qu’une actrice débutante qui venait de tourner dans La Vie d’Adèle, le film d’ Abdellatif Kéchiche. En revanche, ces deux dernières années, Reda Kateb a le statut de l’acteur incontournable : il a tourné dans Gare du Nord de Claire Simon, Hippocrate de Thomas Lilti, ou encore dans Guillaume et les garçons à table ! de Guillaume Gallienne.

Les voici donc réunis par Marianne Tardieu dans un film de genre, le film de banlieue, un genre qui appelle par excellence un traitement naturaliste. Mais la sincérité du propos de la réalisatrice, ainsi que son empathie envers ses personnages empêchent le film de demeurer sur ce postulat, et le fait sombrer vers la pâle imitation de la vie de banlieue, avec tous les stéréotypes que cela peut charrier.

Qui vive raconte l’histoire de Chérif, un jeune homme mal dans sa peau, mal dans sa vie, vigile pour gagner sa croûte, mais rêvant de devenir infirmier, apparemment sans grande conviction non plus, car il passe le même examen pour la 4ème année consécutive. Chérif est un homme à la croisée des chemins, laissant derrière lui un passé en compagnie de camarades plus ou moins honnêtes (dont le personnage joué par Rashid Debbouze qui confirme ses talents d’acteur après son rôle remarqué dans la Désintégration de Philippe Faucon), et avec comme perspective ce qui semble être des choix de vie, mais qui ne sont en réalité que des simulacres de choix, sous contrainte d’un certain déterminisme social. Obligé de vivre chez ses parents à 30 ans bien tassés, forcé d’accepter un travail qui ne lui plaît pas, qui l’oblige à mettre une cravate pas n’importe comment, ni n’importe laquelle, un travail dans lequel il s’étiole au lieu de s’épanouir. Comme représentant de l’ordre mercantile, il ne se sent certainement pas à sa place. Et il donne la nette impression de ne se sentir à sa place nulle part.

De fait l’inquiétude suggérée par le titre du film se lit en permanence dans ses yeux, devant des parents pour lesquels il a du respect, mais peut-être aussi du mépris, ou de la honte, devant des employeurs le plus souvent intransigeants et secs, même s’il apprend à se rapprocher de l’un d’eux dans une relation graduellement amicale, à défaut d’être pleinement humaine, face à ces jeunes de banlieue qui le harcèlent sur son lieu de travail, ces jeunes désœuvrés  qui symbolisent ce qu’il ne veut plus être, ce qu’il aurait envie de fuir.

La rencontre avec Jenny (Adèle Exarchopoulos), une jeune femme douce mais solide, allume enfin autre chose dans ses yeux, une fierté d’être à son bras, une motivation pour ses projets d’étude, un espoir d’une autre vie. Mais ici encore, Chérif s’empêtre dans ses décisions.

Malgré sa présence toujours aussi magnétique, Adèle Exarchopoulos paraît faire de la figuration de luxe en comparaison de son interprétation remarquable dans La Vie d’Adèle, tant son rôle n’a pas ici beaucoup de consistance. Elle le prend vaguement par le petit bout de la lorgnette, en étant cette fois-ci encore animatrice pédagogique pour de tous petits et amoureuse d’un de ses collègues…Son personnage, Jenny semble penser que Chérif n’est pas une personne pour laquelle il vaudrait le coup de se battre.

Le film était prometteur, mais il est hélas inabouti. La mise en place est  laborieuse, gérée à coups d’ellipses qui relient de petites saynètes de la vie de Chérif et de son entourage : Chérif au foot, Chérif au centre commercial, Chérif à la maison, Chérif avec les enfants et avec leur monitrice Jenny… Ces petites touches éclairent la complexité du personnage, ses ambivalences aussi, mais la manière est maladroite et molle, et donne l’impression que le film ne démarre jamais véritablement. A la suite d’évènements tragiques qui interviennent au milieu du film , il bascule vers une sorte de thriller sans en avoir l’énergie nécessaire, et sans l’intensité du jeu de Reda Kateb qui donne de la profondeur à un personnage très introverti dans un univers qui ne lui permet pas de s’exprimer, on pourrait assez vite sombrer dans l’ennui. Le film de Marianne Tardieu repose sur lui, sur Adèle Exarchopoulos et sur ses autres acteurs, mais il lui faudra sans doute une plus grande inspiration afin qu’elle réussisse le test d’un deuxième film éventuel…

Qui Vive – Bande-annonce

Fiche Technique : Qui vive

Titre original : –
Réalisateur : Marianne Tardieu
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 12 Novembre 2014
Durée : 83 min.
Casting : Reda Kateb (Chérif Arezki), Adèle Exarchopoulos (Jenny), Rashid Debbouze (Dedah), Moussa Mansaly (Abdou), Serge Renko (Claude Gilles), Alexis Loret (L’enquêteur)
Scénario : Nadine Lamari, Marianne Tardieu
Musique : Sayem
Chef Op : Jordane Chouzenoux
Nationalité : France
Producteur : Christophe Delsaux, Céline Maugis
Maisons de production : La vie est belle, Oriflamme films
Distribution (France) : Rézo films

Ouija, un film de Stiles White : Critique

Bourré de défauts et de très peu de qualités, Ouija est un énième film d’horreur pour adolescents qui vient s’ajouter à toutes ces histoires pour faire peur, mais qui passent complètement à côté.

Synopsis : Debbie trouve dans le grenier de sa maison, une planche Ouija qu’elle va utiliser pour communiquer avec les morts. Elle va malheureusement réveiller les esprits d’une mère et de sa fille qui ont vécu la cinquante auparavant. Ce réveil va entraîner une suite de drames pour elle et ses amies.

Même Pas Peur !

Un film industriel

Conséquences : au mieux on s’ennuie, au pire on s’agace (et on s’agace beaucoup ici). Car, non content d’être un mauvais film « d’horreur », Ouija est un mauvais film tout court. Aux commandes de ce navire en perdition, le déjà inconnu Stiles White (Possédée), réalisateur qui doit être impressionnable (pauvre garçon), puisqu’il semble penser que ses petits effets de mise en scène vont nous dresser les cheveux bien droits sur le crâne.

Déjà-vu

Seulement Ouija n’effraie pas, pas un instant, c’est à peine si on tressaille. L’histoire est trop convenue et vue un millier de fois : une maison dont les anciens propriétaires ont vécu un drame et reviennent hanter et tuer la nouvelle habitante, qui les a réveillés (quelle gourde) à travers un Ouija, ces fameuses planches couvertes de l’alphabet et utilisées dans les séances de spiritisme. On est donc en terrain connu, balisé et White n’a même pas pour lui l’effet de surprise.

L’art du faux-rythme

La faute aussi à un rythme infernal, à un film qui prend un temps infini à démarrer et qui, du coup, provoque l’impatience du spectateur qui, lui, en voudrait pour son argent. C’est bien simple, le film met pas loin d’une cinquantaine de minutes à démarrer, c’est beaucoup trop, d’autant qu’il ne dure que 89 minutes. Le pire étant sans doute que tout ce temps consacré à l’introduction ne sert pas à rien, si ce n’est à poser les personnages. En-dehors de ça, c’est malheureux, aucune montée en régime, aucun suspens ni angoisse. Les deux tiers du film ne servent qu’à tourner autour du pot.

Les acteurs anonymes

La faute encore à des acteurs que White à dû croiser au coin de la rue, à défaut de trouver des têtes d’affiches pour lui faire confiance. Au menu, on trouve dans le désordre Olivia Cooke (The Quiet Ones, The Signal), Daren Kagasoff (dont c’est le premier long), ou encore Douglas Smith (Percy Jackson, Harvey Milk). Pour faire court : les filles sont jeunes, belles et pulpeuses et les garçons sont ténébreux bref, tout ces tics cinématographiques propres au genre et dont Wes Craven s’était moqué dans Scream.

Une musique fade

La faute également à la bande-originale de bazar, composée par Anton Sanko (Possédée), qui tente tout au long du film de se hisser à la hauteur du genre (on ne parlera même pas des compositeurs de références) et qui s’écroule à la moindre note, tellement qu’on ne se rend pas compte qu’elle est bel et bien présente. On la dirait composée par un débutant sur l’orgue électronique qu’il a eu à Noël, qui aurait déjà entendu une telle musique et n’en aurait retenu que l’écume. Pourtant, l’horreur est le genre pour lequel la musique est la plus fondamentale, la louper c’est ôter la moitié de son impact au film.

Une mise en scène… sans metteur en scène

Quand à la mise en scène, à défaut d’être créative elle est au moins scolaire, d’où l’ennui. Stiles White récite ses gammes sans aucun talent, use et abuse de l’effet-bus et oublie que celui-ci ne fonctionne qu’associé à un autre effet : l’effet de surprise. Les effets spéciaux sont bons et heureusement, puisque de ce côté-là ils souffrent, comme le reste du film d’ailleurs, du manque d’ambition de leur réalisateur, à croire que d’avoir été produit par Michael Bay n’a même pas aidé à avoir des moyens.

Et au bout: le néant

Voilà donc un film d’horreur absolument passe-partout, qui ne s’encombre ni de talent, ni d’ambition, on ne peut même pas se dire qu’on va le voir pour le prendre au dixième degré, histoire de rigoler un peu, même là on s’ennuie. C’est d’un vide total, d’une vanité incroyable et ça semble surtout par moment très prétentieux. De là à dire que c’est un film pour ados, il n’y a qu’un pas. Mais encore faudrait-il que les ados puissent avoir peur d’un tel navet et il y a qu’une chose qui fait peur ici: c’est de ce dire que Michael Bay finance des réalisateurs qui ont encore moins de talent que lui.

Ouija – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=jjR3YoIkYGM

 Fiche Technique : Ouija

Réalisateur : Stiles White
Scénario : Juliet Snowden & Stiles White
Photographie: David Emmerichs
Montage: Ken Blackwell
Production: Michael Bay, Jason Blum, Andrew Form, Bradley Fuller, Brian Goldner et Bennett Schneir
Musique: Anton Sankon
Sociétés de production: Platinum Dunes, Hasbro Films, Blumhous Productions et Media Rights Capital
Distribution : Universal Pictures
Origine : U.S.A.
Format : Couleur
Genre : Horreur
Durée : 89’
Sortie française : 29 avril 2015

Auteur : Freddy M.

PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival Jour 1 : bienvenue au royaume de l’étrange

Ouverture du PIFFF 2014, bienvenue au royaume de l’étrange

Mardi 18 novembre, boulevard des Capucines. Face au Gaumont Opéra, une petite foule se presse, battant du pied pour lutter contre la fraîcheur ambiante. Rien ne permet de les distinguer des habituels spectateurs venus admirer le dernier Woody Allen ou le nouveau David Fincher. Non, si tous ces amoureux du cinéma bravent le froid sur le trottoir, c’est pour se permettre quelques nouveaux frissons une fois à l’intérieur. Car ce soir marque le coup d’envoi du Festival International du Film Fantastique de Paris, un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de cinéma barré, différent, de films ne ressemblant à aucun autre. Et, pendant une semaine, du film bizarre on va en bouffer.

Vive la différence, vive l’amour

À l’entrée, une immense bannière tease l’événement tant attendu, qui entre mine de rien, dans sa quatrième année. Signe des temps, alors que nous venons justement de dresser le top de ces films qui n’auraient jamais dû atteindre le quatrième volet. Mais le PIFFF n’a pas ce problème. En terme d’histoire, il est encore jeune, ne manifeste pas de signes d’essoufflement, et a encore de belles années devant lui. Pour accéder à la salle 1, mieux vaut être accrédité, afin d’être sûr d’avoir une place assise. Mais les « profanes » peuvent aussi assister aux projections, et les abonnés au Pass Gaumont-Pathé bénéficient même d’une réduction.

L’événement a lieu dans la salle 1, la plus grande. Je suis parmi les premiers arrivés, et j’ai donc la satisfaction de choisir une place dans les premiers rangs, histoire de bien profiter du spectacle. Sur l’écran, le visuel de ce PIFFF 2014 s’étend. Au menu, chaos, destructions et zombies. À moins qu’il ne s’agisse d’infectés, j’ai un doute… Niveau sonore, c’est la musique de Suspiria qui rythme les entrées. Ambiance.

Suspiria Musique

Petit à petit, les fauteuils se remplissent, et la salle bourdonne vite du murmure excité des conversations. Les haut-parleurs crachent des classiques des films de genre. Devant moi, un petit groupe débat sur l’origine de ce morceau. C’est du Carpenter, assure l’un d’entre eux. Quelques secondes d’hésitation avant de reconnaître le film en question. C’est L’Antre de la folie. Ambiance, toujours.

Enfin, entre le maître de cérémonie, le président du PIFFF Gérard Cohen. Après quelques remerciements bredouillés d’une voix mal assurée, il se lance dans un discours sur les bienfaits du genre fantastique, et sur cette quatrième édition du festival, son festival. Il termine par un hymne à la tolérance et au respect de la différence, qui se veut un reflet de cet événement, où la différence est non seulement recherchée, mais mise en avant. Un peu inattendu, mais pourquoi pas.

Suit ensuite le directeur artistique de l’événement, Fausto Fasulo, qui plus un look de technicien avec sa barbe fournie et sa dégaine un peu métal. Lui aussi est content d’être ici, et présente les grandes lignes du festival aux habitués comme aux novices. Difficile, conclura-t-il, de dresser un thème à chaque édition, mais s’il fallait en retenir un cette année, ce serait l’amour. Voilà qui promet le meilleur. Les lumières s’éteignent à nouveau, et c’est parti pour la projection.

Tempêtes de vaches et papillons de lumière

On ouvre le bal avec un court-métrage animé, parfaite illustration de l’ambiance « What The Fuck » qui peut régner parfois en ces lieux. Une entité mystérieuse cherche à retrouver une invention qui ne l’est pas moins. Deux étudiants un peu fêlés cherchent à atteindre le futur. Ils sont pris dans une tempête géante, et se retrouvent en panne en pleine campagne.

L’un d’entre eux tombe sur une charmante jeune femme en scooter, l’autre sur une étrange vieille dame qui déclenche une invasion de vaches. Pour le reste, je vous invite à le découvrir vous-mêmes. C’est écrit, réalisé, animé et doublé par Paul Cabon, ça s’appelle Tempête sur Anorak, et c’est un peu l’enfant illégitime de South Park et des Lascars.

Le film de cette ouverture, c’est The Mole Song : Undercover Agent Reiji, et c’est signé Takashi Miike. Pour ceux qui ne connaissent pas, Miike est un réalisateur Japonais extrêmement prolifique, plus de 90 films au compteur tout de même, et possédant une capacité à brasser les genres comme on en fait peu. Il s’est fait connaître en occident au début des années 2000, en pleine vague de ce que l’on appelait alors la J-Horror, l’horreur venu du soleil levant.

Une mode lancée par Ringu, qui avait vu pléthore de films adaptés par les Américains. Parmi eux, on peut citer les trois plus connus : The Ring, Dark Water et The Grudge. Miike, lui, avait réalisé Audition, un chef d’oeuvre de tension et de glauque, qui n’a jamais trouvé le chemin des salles. C’est bien dommage, d’ailleurs, je vous le recommande chaudement. Il a aussi réalisé la trilogie Dead or Alive (rien à voir avec le jeu de baston aux combattantes fortement poumonnées), des films d’action policier bien barrés, mais déjà cultes.

The Mole Song, à la base, c’est un manga, Mogura No Uta, de Noboru Takahashi. On y suit les aventures de Reiji, jeune agent infiltré dans un groupe de yakuzas. D’après, Fausto Fasulo, ça commence comme un film d’infiltration classique, et ça part en vrille à mi-parcours. Je ne sais pas quels films d’infiltration monsieur Fasulo a l’habitude de voir, mais « classique » n’est pas le mot que j’emploierai pour celui-ci. Pour vous donner une idée, l’un des premiers plans nous montre Reiji, notre futur héros, entièrement nu et attaché à l’avant d’une voiture lancée à fond.

Difficile de décrire ce Mole Song avec notre vision occidentale. On sent l’esprit manga transpirer de la pellicule, tandis que les scènes les plus délirantes s’enchaînent sans temps mort. Les personnages sont outranciers, les situations complètement frappadingues, la mise en scène de Miike et la photographie de Kita se font tour à tour tape-à-l’oeil ou plus discrètes. C’est un véritable grand huit émotionnel loufoque et truculent, qui ressemble un peu à une parodie de ce que le Japon compte de plus surprenant. À voir la réaction de la salle, ça a l’air de plaire. Personnellement, je suis conquis. Malheureusement, comme le souligne Gérard Cohen, le film n’a pas encore trouvé de distributeur. Espérons que des professionnels présents dans la salle ont flairé le potentiel.

Retour sur le trottoir après ces quelques heures suspendues à un écran. Demain, mercredi, commence la compétition officielle. L’occasion, une nouvelle fois, de découvrir des pépites venues d’ailleurs, dont certaines trouveront difficilement le chemin du public. C’est, finalement, ce qui rend le PIFFF si intéressant et si magique. Vive la différence, et vive le cinéma fantastique.

Auteur : Mikael Yung