PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 3 : feu et glace

PIFFF 2014, deuxième jour de compétition : le feu et la glace

Jeudi 20 novembre, boulevard des Capucines. Deuxième journée de compétition officielle, et programme chargé en vue avec pas moins de quatre films à enchaîner. J’ai hésité à amener la tente Quechua pour camper directement dans la salle 2 dans laquelle je vais, mine de rien, passer l’essentiel de ma journée. Un joli marathon en perspective, avec deux films en compétition, une Séance Culte qui a exhumé un long-métrage quasiment inédit en France et un petit documentaire sur l’horreur dans la culture actuelle pour clore les festivités.

Mise en boîte

Début des hostilités avec Bag Boy, Lover Boy, d’Andres Torres, un réalisateur pour le moins atypique, comme le montre son message laissé à l’attention du public. « Jugez-moi sur la quantité, pas sur la qualité, car je suis quantité, pas qualité ». Ok. Grosse ambiance en vue. Le film est précédé d’un court-métrage bien gore sur un amateur de tatouage qui arrache la peau de ses victimes pour se la recoudre sur lui-même. Avec gros plans sur les dépeçages et final façon illumination religieuse. Je ne suis pas vraiment emballé et, à entendre les réactions du public, je ne suis pas le seul.

Heureusement, la séance officielle débute bien vite. L’histoire se passe à New York et suit Albert, un jeune homme au physique atypique, qui attire l’attention d’un photographe érotique. S’ensuit une plongée dans la perversion narcissique d’un homme dont la douceur et la naïveté dissimulent une âme de psychopathe. C’est court (à peine plus d’une heure), brutal et très visuel. Il y a une vraie ambiance qui se dégage du film, un univers halluciné et hallucinant mêlant séquences urbaines un peu glauques et fantasmes sur pellicule.

Torres n’hésite pas à tomber dans le trash tout en conservant un second degré parfaitement calculé. Il a également su trouver un acteur de grand talent en la personne de Jon Wachter, qui porte le film sur ses épaules. Son Albert est incroyable de fragilité et de perversité, portant ses fêlures sur son visage tout en gardant une part d’innocence presque enfantine. Il s’agit là de son premier long-métrage, mais il pourrait bien exploser dans un cinéma de genre friand de ce genre de physique.

Un week-end en enfer

Séance Culte à présent. Après Les Griffes de la Nuit, l’équipe du PIFFF nous propose Réveil dans la terreur (Wake in fright en VO), un film Australien signé Ted Kotchneff, le réalisateur de Rambo premier du nom, datant de 1971, et quasiment inédit en France, selon Fausto Fasulo. Il était bien sorti en VHS sous le titre Savane ( ! ), mais le négatif avait été égaré et n’a été retrouvé qu’en 2007. C’est donc une version remastérisée qui nous est projetée, et qui devrait bientôt retrouver le chemin des salles françaises.

Et là, c’est la claque. Le coup de cœur absolu. Réveil dans la terreur est juste hallucinant, une œuvre d’une brutalité totale, jusqu’au-boutiste, proche d’un Délivrance version Australienne. Un jeune professeur (superbe Donald Pleasence) se retrouve coincé dans une petite ville perdue dans l’Outback. C’est le début d‘un week-end en enfer, entre parties de chasse surréaliste, beuveries interminables et paris incontrôlables.

Beau, intense, d’une brutalité parfois poussée à l’excès, Réveil dans la terreur ne plaira pas à tout le monde, et notamment aux défenseurs de la cause animale. Il y a quelque chose de presque hypnotisant dans les tribulations de ce jeune homme bien sous tous rapports se retrouvant soudain dans un milieu qui n’est pas le sien, et obligé d’en adopter les codes. On reste presque sans voix face à cet exercice de style qui n’est pas sans rappeler la filmographie de Peckinpah, par sa violence décomplexée mais réaliste et ses personnages hors du commun. C’est pour ça, aussi, qu’on vient au PIFFF, pour découvrir ainsi des chefs d’oeuvre oubliés. À voir absolument lorsque le film sortira enfin dans toutes les salles.

Le silence des papillons

Je sors de cette séance un peu hébété, presque KO debout face à l’intensité du film. Ça va être difficile d’enchaîner après ça, pensais-je alors. Ce qui ne m’empêche pas de me rasseoir une demie-heure plus tard dans le même fauteuil, entouré des mêmes visages avides de nouvelles images. Cette fois, la salle est aux trois-quarts pleine. Surprenant, la bande-annonce n’était pas celle qui m’avait le plus attiré. Pourtant, Fausto déclare que The Duke of Burgundy est son favori de ce festival. On va bien voir. Extinction des lumières, série habituelle de messages publicitaires pour le PIFFF, début du film. Re-claque.

D’un point de vue formel, on ne pourrait pas être plus à l’opposé du spectre par rapport à Réveil dans la terreur. Les terres arides de l’Australie profonde ont laissé place au froid d’un manoir Hongrois, la mise en scène sauvage et vivante de Kotcheff à une réalisation millimétrée d’une implacable précision, et la lumière aveuglante du soleil à une obscurité menaçante. Pourtant, la même fascination émane de la pellicule, la même sensation d’être face à du grand cinéma.

Fausto a raison de le préciser, le film de Peter Strickland n’est pas le plus accessible de la sélection. Plusieurs personnes quittent d’ailleurs la salle avant l’heure. Pour un peu, on pourrait le comparer avec du Lynch, en plus réaliste. Il y a quelque chose de Mulholland Drive dans cette histoire d’amour et de domination, aux accents baroques et à l’érotisme vénéneux. Le directeur de la photographie a accompli un travail d’orfèvre qui mérite d’être salué, et chaque plan est un petit bijou sombre et magnifique. The Duke of Burgundy sortira aussi en salles dans quelques semaines et je ne saurais trop vous le recommander, tant le voyage vaut le détour. Mais pas pour tout le monde. À la sortie, le spectateur devant moi glisse tout de même son bulletin dans le trou 1, la plus faible note. Du coup, je lui mets 5, pour rattraper.

 Pourquoi l’horreur ?

La soirée se termine sur le documentaire Why Horror ?, une tentative pour un jeune Canadien d’expliquer sa fascination pour le genre, malgré le rejet qu’en fait la société et les réactions de dépit de son entourage. Nous suivons donc Tal Zimmerman, journaliste spécialisé, alors qu’il remonte aux sources de l’horreur dans la peinture, la littérature, et le cinéma, et en explore les moyens d’expression à travers le monde. Un travail titanesque dans lequel interviennent des références d’hier et d’aujourd’hui comme John Carpenter, George Roméro ou Alexandre Aja.

Intéressant quoique tournant parfois un peu en rond, ce documentaire vaut le coup d’oeil pour les amateurs du genre, mais aussi pour ceux qui souhaitent découvrir un panorama plutôt complet du cinéma fantastique, de Méliès à Paranormal Activity. En guise de hors d’oeuvre, nous avons même droit à quelques minutes de Creature Designers, The Frankenstein Complex, qui suit les créateurs des monstres les plus célèbres du 7ème art, et devrait être présenté au PIFFF l’année prochaine. Plus technique, à priori, mais non moins intéressant.

Minuit sonne presque lorsque je sors enfin de la salle 2, un peu groggy mais pleinement satisfait de cette troisième journée. Demain, programme plus léger avec « seulement » trois films à enchaîner. Si le programme est du niveau d’aujourd’hui, je ne suis pas au bout de mes émotions.

Auteur : Mikael Yung

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