Calomnies, un film de Jean-Pierre Mocky: Critique

Il y a une polémique à propos de Calomnies, polémique liée à une sortie confidentielle dans seulement trois salles française, polémique soi-disant liée au sujet supposé « brûlant » du film, polémique liée au retrait des financements promis par France 2, juste avant la dernière présidentielle. Qu’affirme Jean-Pierre Mocky ?

Synopsis : Fraichement élu député, Xavier Durmont débarque à Paris la tête pleine d’idéaux. Il est rapidement contacté pour espionner un ministre, soupçonné de tremper dans une affaire de délit d’initiés. Rapidement sa vie bascule, lorsque son image commence à être salie publiquement.

Le Naufrage De Jean-Pierre Mocky

La polémique

Que France 2 s’était engagée à produire ce film en 2012 et s’est retirée juste avant l’élection présidentielle car le sujet du film, la corruption des élus, aurait percuté de manière trop brutale l’actualité politique. Il affirme être aujourd’hui une victime de la censure médiatique, du fait d’un film supposé trop pertinent sur le thème des liens entre élus et milieux criminels. Du coup, on veut prendre la défense de Mocky, crier comme lui au complot, à la censure et à l’injustice.

Un film sans le sou

Pour ça, il faudrait que son film tienne les promesses annoncées par la polémique : un film qu’on attend grinçant, cynique et pertinent sinon impertinent. Sauf que le film de Mocky est mauvais, exécrable même, ou alors il s’agit d’un film pour initiés à l’univers du réalisateur mais alors, très initiés ! C’est vrai qu’on sent le manque de moyens d’un film autoproduit, monté avec des bouts de ficelles et l’absence de fonds se ressent dès le générique : court et sobre, comme à l’ancienne. Si le côté fauché de Calomnies peut expliquer l’aspect « cheap » de certains décors ou la récupération d’images recyclées et même le fait que des acteurs y jouent gratuitement, il n’explique quand même pas tout.

De « mauvais » bons acteurs

Il n’explique pas la médiocrité abyssale des dialogues, sans aucun naturel. Bien sûr on y voit des politiques, êtres « à part » qui ne s’expriment pas comme le commun des mortels mais tout de même, ça sonne aussi faux qu’une Céline Dion aphone. Du coup, le jeu d’acteurs suit le même chemin et on n’est pas loin de penser que faire jouer des acteurs sans cachet, ça les pousse à mal jouer. Il y a peu d’exceptions : ils sont dans le sur-jeu, dans l’excès, les grimaces, les mouvements et positionnements du corps pas artificiels. C’est bien simple, ils semblent poser devant la caméra au lieu d’évoluer devant elle. Pourtant la distribution est belle, Mocky rassemblant autour de lui les derniers fidèles parmi les fidèles et, même Marius Colucci (fils de Coluche, sans le talent) qui ressemble de manière frappante à son défunt père, ne parvient pas à emporter le spectateur. Le seul bon moment sera proposé par Jonathan Lambert, hilarant en footballeur professionnel.

Mocky tape, mais à côté

Tout étant lié, les mêmes causes ayant les mêmes effets, le fond du film sombre avec le reste. Tout ce que semblait promettre Mocky, avec son acharnement à monter son film, avec son affiche façon « vous allez voir ce que vous allez voir » bref, cette idée que les puissants allaient tomber de leur piédestal et que ce film serait mordant, tout ça disparait dès les dix premières minutes. Tout de suite le ton est donné : c’est gras, grossier et absolument sans finesse. Mocky ne sait pas taper là où ça aurait fait mal et ne sachant pas viser, il manque systématiquement sa cible. Il ne fait que caricaturer les hommes politiques, il le fait avec tant d’excès que c’est trop : on ne peut pas être d’accord avec lui, avec son côté « tous pourris ». C’est à un point tel qu’on se dit qu’il ne caricature pas les politiques, mais qu’il caricature la caricature des politiques.

Il faut sauver le soldat Cosma

Il n’y aurait finalement que l’indétrônable Vladimir Cosma à sauver de cette catastrophe, éternel compositeur du cinéma français, dont le talent ne s’est jamais démenti et qui signe, encore une fois, une bande-originale inspirée. Il sait, comme à chaque fois, trouver un thème facilement indentifiable, qu’on retient avec plaisir et facilité. On se dit que pour être là, il doit également faire partie des proches de Mocky et qu’il a cru fait une œuvre militante en apportant son soutien à un ami. Morale de l’histoire, il n’y a finalement que pour la musique qu’il est inspiré.

L’orgueil d’un homme

La leçon est donc amère pour ce nouveau film de Jean-Pierre Mocky, on aurait aimé que cette polémique soit finalement justifiée, on aurait aimé une authentique censure, qui aurait signifié que ce film était un vrai pavé dans la mare aux canards politiques. Mais finalement, Mocky est peut-être un brin parano, de croire qu’on veut faire taire les idées qu’il défend. Il est plus sûrement orgueilleux, trop orgueilleux en tout cas pour reconnaître que, si son film n’a eu le soutien ni des producteurs, n i des médias, c’est simplement parce qu’il n’est pas bon. Alors c’est vrai qu’il y a un grand nombre de films, sûrement plus mauvais encore, qui ont le soutien des médias, des producteurs et sortent dans un nombre de salles stratosphérique. Mais pour une fois que les distributeurs épargnent un mauvais film aux spectateurs, on ne va pas cracher dans la soupe, pas comme Mocky en tout cas…

Fiche Technique : Calomnies

Réalisation : Jean-Pierre Mocky
Scénario : André Ruellan & Jean-Pierre Mocky
Chef Décorateur : Arnaud Chaffard
Régisseur : Jean-Paul Sergent
Musique : Vladimir Cosma
Production : Jean-Pierre Mocky et Jean-Maurice Belayche
Sociétés de production : Mocky Delicious products, Nompareille productions
Distribution : Zodiak Rights
Durée : 80’
Sortie : 19 novembre 2014

Auteur : Freddy M.

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.

L’Inconnue : le trouble de Jésus et de Marie

"L'Inconnue" est un film qui ne ressemble à aucun autre. Arthur Harari y filme l'indicible : l'égarement de l'âme dans un corps qui n'est plus le sien. Porté par Léa Seydoux en madone hagarde et Niels Schneider en Christ sacrifié, ce thriller de l'inconscient nous happe et nous largue, laissant planer un doute vertigineux : savons-nous vraiment qui nous sommes ? Un film opaque, charnel, parfois insaisissable, mais dont la grâce primitive nous hante longtemps après le générique

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !