PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival Jour 1 : bienvenue au royaume de l’étrange

Ouverture du PIFFF 2014, bienvenue au royaume de l’étrange

Mardi 18 novembre, boulevard des Capucines. Face au Gaumont Opéra, une petite foule se presse, battant du pied pour lutter contre la fraîcheur ambiante. Rien ne permet de les distinguer des habituels spectateurs venus admirer le dernier Woody Allen ou le nouveau David Fincher. Non, si tous ces amoureux du cinéma bravent le froid sur le trottoir, c’est pour se permettre quelques nouveaux frissons une fois à l’intérieur. Car ce soir marque le coup d’envoi du Festival International du Film Fantastique de Paris, un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de cinéma barré, différent, de films ne ressemblant à aucun autre. Et, pendant une semaine, du film bizarre on va en bouffer.

Vive la différence, vive l’amour

À l’entrée, une immense bannière tease l’événement tant attendu, qui entre mine de rien, dans sa quatrième année. Signe des temps, alors que nous venons justement de dresser le top de ces films qui n’auraient jamais dû atteindre le quatrième volet. Mais le PIFFF n’a pas ce problème. En terme d’histoire, il est encore jeune, ne manifeste pas de signes d’essoufflement, et a encore de belles années devant lui. Pour accéder à la salle 1, mieux vaut être accrédité, afin d’être sûr d’avoir une place assise. Mais les « profanes » peuvent aussi assister aux projections, et les abonnés au Pass Gaumont-Pathé bénéficient même d’une réduction.

L’événement a lieu dans la salle 1, la plus grande. Je suis parmi les premiers arrivés, et j’ai donc la satisfaction de choisir une place dans les premiers rangs, histoire de bien profiter du spectacle. Sur l’écran, le visuel de ce PIFFF 2014 s’étend. Au menu, chaos, destructions et zombies. À moins qu’il ne s’agisse d’infectés, j’ai un doute… Niveau sonore, c’est la musique de Suspiria qui rythme les entrées. Ambiance.

Suspiria Musique

Petit à petit, les fauteuils se remplissent, et la salle bourdonne vite du murmure excité des conversations. Les haut-parleurs crachent des classiques des films de genre. Devant moi, un petit groupe débat sur l’origine de ce morceau. C’est du Carpenter, assure l’un d’entre eux. Quelques secondes d’hésitation avant de reconnaître le film en question. C’est L’Antre de la folie. Ambiance, toujours.

Enfin, entre le maître de cérémonie, le président du PIFFF Gérard Cohen. Après quelques remerciements bredouillés d’une voix mal assurée, il se lance dans un discours sur les bienfaits du genre fantastique, et sur cette quatrième édition du festival, son festival. Il termine par un hymne à la tolérance et au respect de la différence, qui se veut un reflet de cet événement, où la différence est non seulement recherchée, mais mise en avant. Un peu inattendu, mais pourquoi pas.

Suit ensuite le directeur artistique de l’événement, Fausto Fasulo, qui plus un look de technicien avec sa barbe fournie et sa dégaine un peu métal. Lui aussi est content d’être ici, et présente les grandes lignes du festival aux habitués comme aux novices. Difficile, conclura-t-il, de dresser un thème à chaque édition, mais s’il fallait en retenir un cette année, ce serait l’amour. Voilà qui promet le meilleur. Les lumières s’éteignent à nouveau, et c’est parti pour la projection.

Tempêtes de vaches et papillons de lumière

On ouvre le bal avec un court-métrage animé, parfaite illustration de l’ambiance « What The Fuck » qui peut régner parfois en ces lieux. Une entité mystérieuse cherche à retrouver une invention qui ne l’est pas moins. Deux étudiants un peu fêlés cherchent à atteindre le futur. Ils sont pris dans une tempête géante, et se retrouvent en panne en pleine campagne.

L’un d’entre eux tombe sur une charmante jeune femme en scooter, l’autre sur une étrange vieille dame qui déclenche une invasion de vaches. Pour le reste, je vous invite à le découvrir vous-mêmes. C’est écrit, réalisé, animé et doublé par Paul Cabon, ça s’appelle Tempête sur Anorak, et c’est un peu l’enfant illégitime de South Park et des Lascars.

Le film de cette ouverture, c’est The Mole Song : Undercover Agent Reiji, et c’est signé Takashi Miike. Pour ceux qui ne connaissent pas, Miike est un réalisateur Japonais extrêmement prolifique, plus de 90 films au compteur tout de même, et possédant une capacité à brasser les genres comme on en fait peu. Il s’est fait connaître en occident au début des années 2000, en pleine vague de ce que l’on appelait alors la J-Horror, l’horreur venu du soleil levant.

Une mode lancée par Ringu, qui avait vu pléthore de films adaptés par les Américains. Parmi eux, on peut citer les trois plus connus : The Ring, Dark Water et The Grudge. Miike, lui, avait réalisé Audition, un chef d’oeuvre de tension et de glauque, qui n’a jamais trouvé le chemin des salles. C’est bien dommage, d’ailleurs, je vous le recommande chaudement. Il a aussi réalisé la trilogie Dead or Alive (rien à voir avec le jeu de baston aux combattantes fortement poumonnées), des films d’action policier bien barrés, mais déjà cultes.

The Mole Song, à la base, c’est un manga, Mogura No Uta, de Noboru Takahashi. On y suit les aventures de Reiji, jeune agent infiltré dans un groupe de yakuzas. D’après, Fausto Fasulo, ça commence comme un film d’infiltration classique, et ça part en vrille à mi-parcours. Je ne sais pas quels films d’infiltration monsieur Fasulo a l’habitude de voir, mais « classique » n’est pas le mot que j’emploierai pour celui-ci. Pour vous donner une idée, l’un des premiers plans nous montre Reiji, notre futur héros, entièrement nu et attaché à l’avant d’une voiture lancée à fond.

Difficile de décrire ce Mole Song avec notre vision occidentale. On sent l’esprit manga transpirer de la pellicule, tandis que les scènes les plus délirantes s’enchaînent sans temps mort. Les personnages sont outranciers, les situations complètement frappadingues, la mise en scène de Miike et la photographie de Kita se font tour à tour tape-à-l’oeil ou plus discrètes. C’est un véritable grand huit émotionnel loufoque et truculent, qui ressemble un peu à une parodie de ce que le Japon compte de plus surprenant. À voir la réaction de la salle, ça a l’air de plaire. Personnellement, je suis conquis. Malheureusement, comme le souligne Gérard Cohen, le film n’a pas encore trouvé de distributeur. Espérons que des professionnels présents dans la salle ont flairé le potentiel.

Retour sur le trottoir après ces quelques heures suspendues à un écran. Demain, mercredi, commence la compétition officielle. L’occasion, une nouvelle fois, de découvrir des pépites venues d’ailleurs, dont certaines trouveront difficilement le chemin du public. C’est, finalement, ce qui rend le PIFFF si intéressant et si magique. Vive la différence, et vive le cinéma fantastique.

Auteur : Mikael Yung

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