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Jack, un film de Edward Berger : Critique

Jack est un titre particulièrement bien choisi pour ce film, car il s’agit en effet de Jack seul pendant la majeure partie du film, et de Jack en interaction avec d’autres le reste du temps, le tout étant étudié depuis sa propre perspective.

Synopsis: Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement….

Brothers 

Même pas une minute de film, et le rythme effréné de la vie de Jack, 10 ans, nous happe déjà. Réveil en fanfare, petit déjeuner sur le pouce pour lui et surtout pour son petit frère Manuel, tâches ménagères comme le linge et la vaisselle, ablutions hâtives et Jack saute dans son jean, prêt à foncer pour l’école. Edward Berger filme le tout en steadicam, et on a déjà compris que la vie de Jack n’est pas le long fleuve tranquille qui est le lot de beaucoup de petits garçons de son âge.

Jack a la chance d’avoir une mère très jeune, Sanna, avec l’amant duquel il peut s’amuser à s’arroser d’eau fraîche dans les parcs publics de Berlin en cette fin d’été. Jack a le malheur d’avoir une mère très jeune, presque une enfant encore, aimante sans aucun doute, à sa manière, mais inconsciente de sa responsabilité d’être la mère de deux garçons en bas âge. Alors Jack est responsable de tout et de tous. De son petit frère Manuel surtout, la prunelle de ses yeux, qu’il emmène aussi bien à la baignade qu’à la baignoire. Mais les absences répétées de Sanna ont conduit fatalement au drame, et Jack va être placé en foyer, une sorte de maison de correction, tandis que Manuel reste inexplicablement sous la garde de sa mère, en réalité sous la garde d’une amie de sa mère. Car Sanna a disparu des radars, et une grande partie du film va consister à suivre pendant plus de trois jours l’errance toujours aussi saccadée de Jack et de son petit frère, à la porte de leur appartement et sans personne vers qui se tourner.

Edward Berger n’évite pas toujours les chemins faciles de l’accumulation pour nous rallier à la cause de Jack : brimades et drame au foyer, mère qui ne vient pas le rechercher pour les vacances, musique un peu asphyxiante, et surtout, tous ces adultes, connus et étrangers qui regardent les deux enfants sans les voir. Mais c’est le jeune Ivo Pietzcker, qui joue le rôle de Jack, et dans une moindre mesure Georg Arms, qui interprète le non moins formidable Manuel, qui sauvent véritablement ce film du pathos dans lequel il aurait pu allègrement se noyer. Les enfants jouent de manière idéale, avec beaucoup de sérieux et de pragmatisme pour créer la distance nécessaire, mais avec suffisamment d’émotion pour susciter l’empathie.

Le scénario d’Edward Berger et de sa femme Nele Müller-Stöfen (également actrice du film dans le rôle de la gentille Becki, la référente de Jack dans son nouveau foyer)  n’est pas aussi étoffé que par exemple celui du film de la française Ursula Meier, L’enfant d’en haut, un film qui présente des analogies avec Jack, et qui traite également de l’enfance difficile  dans le milieu de la montagne des sports d’hiver. Ursula Meier traite son sujet sur fond de travail clandestin, ce qui étoffe considérablement le récit. Ce scénario est en revanche aussi ténu que celui de Hirokazu Kore-Eda pour son chef d’œuvre Nobody knows. Mais Kore-Eda est un maître dans l’art de raconter des histoires avec les enfants, et surtout de filmer à leur hauteur. Plutôt que le stress permanent qui est palpable dans Jack, le réalisateur japonais montre au contraire ces quatre enfants abandonnés par leur mère dans un très long métrage  (le récit se déroule sur plusieurs années) qui leur laisse le temps de respirer et de vivre. Pas toujours de manière heureuse, loin de là, même, mais de vivre. Un film qui brise le cœur sans aucun effet de style. Ce parallèle avec le film de Kore-Eda est inévitable, et  n’est donc malheureusement pas toujours à l’avantage d’Edward Berger.

Dans l’ensemble, Jack est un film intéressant qui met en exergue la belle relation fraternelle entre Jack et Manuel, un film qui nous promène joliment dans les méandres de Berlin, un film qui nous apporte aussi quelques matières à réflexion sur cette Allemagne (trop) libérale qui conduit à ce que deux enfants de cet âge se retrouvent a dormir dehors pendant plusieurs jours et presque sans manger, sans que personne ne s’en inquiète. Enfin, un film empreint de tendresse malgré tout comme par exemple les séquences de jeu avec la mère, ou celles avec Jonas, un des ex de leur mère, une brève trouée de joies enfantines dans leur malheur, où encore quand les deux frères, en guise de repas, se goinfrent de sucre et de lait  en sachets volés dans un café avoisinant, montrant enfin que malgré leur opiniâtreté, ils ne sont que des enfants, avec des fantasmes d’enfants comme celui de ne se nourrir que de sachets de sucre et de lait…

Jack – Bande-annonce VOST

Jack : Fiche Technique

Titre original : Jack
Réalisateur : Edward Berger
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 8 avril 2015
Durée : 103 min.
Casting : Ivo Pietzcker (Jack), Georg Arms (Manuel), Luise Heyer (Sanna), Nele Müller-Stöfen (Becki), Vincent Redetzki (Jonas)
Scénario : Edward Berger, Nele Müller-Stöfen
Musique : Christophe M Kaiser, Julian Maas
Chef Op : Jens Harant
Nationalité : Allemagne
Producteur : Jan Krüger, René Römmert
Maisons de production : Focus Features , StudioCanal , Relativity Media , Mike Zoss Productions, Working Title Films
Distribution (France) : Studio Canal

Turn, saison 1: Critique de la série

Synopsis : La Guerre d’Indépendance fait rage aux Amériques en cette fin de XVIIIème siècle. Abe Woodhull, un simple paysan, va se retrouver à cause de ses convictions, comme le tout premier espion d’un réseau, créé par George Washington, alors commandant de l’armée d’indépendance.

Indépendance

Guerre civile, guerre familiale

Qu’on lui voue une haine sans limites où qu’on lui porte un amour sans fin, les U.S.A. est un pays qui fascine. Fascination due à des contradictions innombrables, héritées d’une Histoire certes récente, mais d’une incroyable complexité. C’est le passage le plus important de cette Histoire, que Craig Silverstein nous invite à parcourir : la Guerre d’Indépendance. Elle fut à la fois une guerre classique entre deux états, mais aussi une guerre civile entre loyalistes (fidèles à la couronne d’Angleterre) et patriotes (partisans de l’indépendance des colonies), parfois au sein d’une même famille. Ce qu’il y a de très particulier dans cette affaire, c’est que les patriotes qui sont à la base des colons, se sont comportés vis-à-vis des britanniques, comme des colonisés en train de chasser l’envahisseur.

Commander in chief

Sans aborder les qualités purement techniques de la série, Turn a un réel intérêt pédagogique. Car, même si l’on peut regarder les U.S.A. avec mépris, on ne peut nier que comprendre les fondements historiques de la plus grande puissance mondiale, aide à comprendre le monde d’aujourd’hui et notamment, l’idéologie de tout un peuple. On assimile mieux, les causes de la création du premier réseau d’espions à grande échelle, avec l’approbation de George Washington. On comprend mieux ce statut de « commander in chief » qu’a chaque président des U.S.A. Bref, on appréhende mieux l’importance de cette guerre, entre les tuniques bleues et les tuniques rouges et pourquoi, le peuple américain, se sent aujourd’hui tellement à part.

Récréer une époque

Ce travail historique passe par un travail étonnant sur les décors, les costumes et la recréation d’un contexte. On sent la volonté de la production d’être la plus authentique possible, d’être irréprochable de ce côté-là. Il faut reconnaître qu’à part quelques fonds verts parfois douteux (mais économiques c’est vrai), le sentiment d’immersion est bien réel. On sent un pays au développement économique encore incertain, des colons qui triment alors que les représentants de la couronne semblent bien vivre, d’où cette volonté d’autonomie qui grandit peu à peu.

Spy game

L’idée de traiter cette Histoire par le biais de la création du premier réseau d’espions, appelé le Culper Ring, a pour but de mettre du suspense et de l’action dans la série. Dans les premiers épisodes, cette idée fonctionne peu, voir pas du tout. Car la série peine vraiment à trouver un rythme et prend peut-être trop de temps à se mettre en place. Puis ça vient peu à peu, et les derniers épisodes sont enfin dignes de ce qui peut se faire de mieux avec de telles contraintes historiques. Ce rythme enfin trouvé doit être conservé pour les saisons suivantes, sous peine de signer à brève échéance la fin d’une histoire captivante.

Casting so british

Ce qui serait dommage, avec un tel casting qui, des stars aux moins stars, parvient à donner corps à des personnages entrés dans l’histoire mondiale. Même si Seth Numrich (The Good Wife) manque cruellement d’épaisseur, il est « compensé » par d’autres acteurs tels que Kevin McNally (Pirates Des Caraïbes) en charismatique homme de loi. Au générique également le toujours excellent Angus Macfayden (Equilibrium, Braveheart), sorte de gros ours aussi dangereux qu’un reptile (drôle de mélange). Sans oublier Jamie Bell, révélé à l’âge de 12 ans dans Billy Elliot et qui se trace depuis, une carrière tranquille et de qualité, avec des films comme Snowpiercer et Nymphomaniac.

Apprendre et comprendre

Il faut prendre votre temps avec Turn, autant qu’elle prendra son temps avec vous. Se dire qu’à défaut d’attendre ses qualités techniques (qui finissent par arriver), il faut apprécier ce qu’elle a à vous raconter. Il faut prendre le temps d’écouter cette Histoire, avant de découvrir comment elle va nous être racontée. Le seul vrai défaut de Turn, reste finalement son retard à l’allumage, qui fera peut-être décrocher certains spectateurs. Pour les autres, ils comprendront combien on peut se tromper sur la supposée pauvreté de l’histoire de cette jeune nation, et combien il y a à apprendre sur les motivations d’un peuple, dont on ne sait jamais s’il nous attire ou nous révulse.

Turn : Bande annonce

Turn – Fiche Technique 

Scénario : Craig Silverstein, d’après Washington’s Pies d’Alexander Rose
Diffuseurs : AMC & OCS Max (pour la France)
Pays : U.S.A.
Format : 10 épisodes de 42’
Statut: en production
Première diffusion : 6 avril 2014
Sortie DVD : 22 avril 2015
Distribution : Jamie Bell, Seth Numrich, Daniel Henshall, Heather Lind, Meegan Warner, Kevin R. McNally, Burn Gorman et Angus Mcfayden.

 

 

Expo : « Lumière ! Le Cinéma inventé » au Grand Palais

Exposition : Coup de projecteur sur les Frères Lumière

L’Institut Lumière de Lyon et le Centre National de la Cinématographie (CNC) organisent une exposition, « Lumière! Le Cinéma inventé », consacrée aux frères Lumière et à la naissance magique et technique du cinéma, jusqu’au 14 juin 2015 dans le salon d’honneur du Grand Palais à Paris. CineSeries-Mag s’y est rendu, récit. 

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Comme le musée Lumière le fait toute l’année, le Grand Palais a réuni de nombreuses images en mouvement et autres prototypes du Cinématographe pour présenter l’invention du cinéma par Louis Lumière en 1895. À l’occasion des 120 ans de cette innovation majeure, la collection inestimable s’exporte à Paris et célèbre les premières images vivantes, témoins d’une époque, mais aussi de la naissance d’un art qui ne cesse de célébrer la vie et l’émotion, captant le temps dans son commencement et sa fin et ce, à l’infini. Mis en parallèle avec trois contemporains, Charles Pathé, Léon Gaumont et George Méliès, d’autres inventeurs aussi, les frères Lumière sont montrés comme des industriels passionnés, portés par un fort goût pour l’image, la couleur et bientôt, grâce à leur père, le mouvement. Mais la force de l’exposition est aussi de s’éloigner des portraits officiels et parfois arides des premiers frères du cinéma pour les montrer en famille, à travers des photographies ou films. Insuffler du mouvement aux images fixes, capter le réel et le voir bouger, voilà de quelle volonté est né le cinéma.

Des images, du mouvement, de la vie et un peu de couleur

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« Sortie d’usine » – premier film du cinéma

Dans l’exposition, une large place est consacrée à la diffusion, sous différentes formes souvent ludiques, parfois étonnantes, des 1 422 films Lumière. On entre ainsi dans l’exposition par la diffusion sur un écran géant du tout premier film : Sortie d’usine. Décanté, le film passe en boucle et on se prend à rester quelques instants devant ces images à l’apparence réaliste, mais déjà fabriquées car mises en scène et répétées. C’est tout naturellement que nous pénétrons ensuite dans la « rue du premier-film » où l’industrie des frères Lumière est détaillée. Comme leur invention ne vient pas de nulle part, c’est d’abord la photographie, son développement, les plaques que fabriquaient les usines Lumière qui nous sont présentées. L’image animée évolue très vite, comme ses supports. On peut ainsi découvrir les films à travers les premières « boîtes de films Lumière », animer l’image à l’aide de dispositifs artisanaux ou la faire défiler sur un écran tactile, sur un mur, choisir, la voir multipliée. Pour faire renaître cet héritage dans nos vies saturées d’images, l’exposition propose même de revivre la première séance de cinéma, dans le Salon Indien où 33 personnes, dont George Méliès, se sont assises pour la première fois pour observer un film au cinéma. Le salon a été recréé en partie pour cette occasion, le dispositif aussi. L’émotion est là, l’impression de redonner de la valeur aux images est passionnante. On redécouvre cette magie intacte de l’image qui s’anime pour la toute première fois, que de nombreuses citations de grands noms viennent étayer et faire ressentir. Ces belles images du passé ont encore une influence majeure dans notre cinéma d’aujourd’hui, dont quelques cinéastes actuels se font les héritiers. Louis Lumière avait un autre but cependant : la photographie couleur qu’il expérimentera dans un Autochrome. La beauté des couleurs, ce sont les plaques originelles qui sont présentées, fait ressentir quelque chose d’inouïe à l’oeil qui voit le passé et le ressent avec une émotion bien présente. Autre « nouveauté » expérimentée dès 1895 et que l’on découvre ici sans lunettes : la 3D !

« Offrir le monde au monde » [Bertrand Tavernier]

Né d’une toute petite volonté de mise en mouvement, le cinéma des frères Lumière devient très vite une industrie et s’invite dans le monde entier. C’est au début du XXe siècle que de nombreux opérateurs parcourent le monde et ramènent des images qui sont diffusées dans les ancêtres de nos salles de cinéma actuelles. Des images qui témoignent de leur époque, mais pas seulement. Il y a aussi cette volonté de voir le monde, de filmer le réel, de le comprendre. Un pan de l’exposition est consacré à cette gigantesque entreprise de découverte, celle aussi d’analyser le mouvement, le cinéma s’écrit donc dès le début hors frontière, même s’il est né en France. L’exposition parisienne offre également le cinéma au monde, dans une salle immense, sans véritable murs, le visiteur circule, voit, ressent, expérimente et découvre. Termes techniques toujours illustrés par la pratique, réévaluation du statut de l’image qui devient magique, l’espace du salon d’honneur du Grand Palais a été revisité pour devenir un spectacle permanent. Plongés dans une lumière bleutée, les explorateurs de la naissance du cinéma ressemblent à de grands enfants devant les premiers jouets optiques. Un espace jeunesse est d’ailleurs installé au cœur de l’exposition pour rendre accessible le cinéma et ses débuts à tous.

Persistance rétinienne

Le cinéma des frères Lumière rééxiste et persiste grâce à cette exposition qui présente sur un même panneau, intitulé 1895-1905, les 1 422 films Lumière en petit format, seul le premier s’agrandit, toujours cette fameuse Sortie d’usine. Sur le côté du panneau, deux salles consacrées à des documentaires sur les Lumière d’un côté et sur l’évolution de l’image de l’argentique au numérique de l’autre, permettent d’explorer plus avant le cinéma et ses techniques. C’est déjà presque la fin de l’exposition, après un bref passage par les photographies couleur de Louis Lumière. On redécouvre la pellicule papier avant de filer vers ces « traces et héritage » des Lumière au 20e siècle, mais aussi encore aujourd’hui. Le cinéma s’interroge en permanence sur sa propre existence, son évolution. Le cinéma qui « ouvrai(t) une fenêtre sur l’infini » selon les mots d’Henri Langlois, cet infini qu’on découvre immobiles dans une salle obscure. Le cinéma, dès ses débuts, a capté la vie dans ce qu’elle a d’immuable, d’éternel, mais toujours aussi de terriblement évident et contemporain. Il y avait déjà quelque chose de l’ordre du fantastique chez ces frères Lumière qui ont capté les premières images en mouvement et ont donc saisi une émotion nouvelle, éternelle et impossible à saisir de nouveau. Pourtant, de nombreux cinéastes continueront l’oeuvre des Lumière : Renoir, Bresson, Pialat, Rosselini, Tavernier avec Un dimanche à la campagne et ses couleurs proches des autochromes de Louis et Abbas Kiarostami. Mais ce cinéma des débuts, de pionniers, inspirera plus d’un cinéma, celui qui saisit un premier geste, une fulgurance, une permanence, qui rit de lui, qui se met en scène, qui s’engage dans un processus animé et donne à voir au-délà du réel, un regard devenu essentiel.

Les techniques ont pourtant évolué, c’est vers la fin que l’exposition le dit avec force, et ont donné lieu à « l’élaboration de nouvelles théories esthétiques », même si des cinéaste comme Philippe Garrel, dont le dernier film ouvrira la Quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année, se battent pour faire vivre encore la pellicule 35 mm. Si aujourd’hui l’image projetée semble moins extraordinaire qu’auparavant, qu’il y a moins à découvrir du réel capté qui soudain s’anime comme si un geste aussi innocent qu’un repas d’enfant pouvait ne jamais vieillir, le cinéma demeure tout de même un émerveillement permanent, une découverte grâce à des cinéastes inventifs. C’est comme ça que s’achève l’exposition, sur ce message de transmission et de persistance du geste originel. On y voit Jerry Schtatzberg, Xavier Dolan, Michael Crimino, Pedro Almodovar, Paolo Sorrentino et Quentin Tarantino revisitter le premier film, Sortie d’usine, en tournant à nouveau sur le site originel du Hangar du Premier-Film à Lyon. Dans ces nouvelles images chacun a mis sa touche personnelle, cet élan qui les fait créer, certains ont interrogé nos nouveaux modes de consommation de l’image, sur portable, quand d’autres ont célébré le burlesque, la fantaisie des premiers essais Lumière. Une voltige vieille de 120 ans et pourtant permanente, si bien résumée dans ces mots qui seront donc ceux de la fin : « Je ne demande rien d’autre pour le cinéma, serait-il appelé un jour à disparaître sous la forme que nous avons connue : seulement la reconnaissance que cette forme aura été et demeure unique, à travers l’expérience vécue dans la communauté d’une séance, de la perception du temps, de la mémoire et de l’oubli mêlés que seul son dispositif induit, grâce à l’immobilité forcée du corps dans le silence et l’obscurité. Rien de plus, rien de moins » [Raymond Bellour].

Planes 2, un film de Roberts Gannaway : Critique

Le film Planes 2, : un envol commercial bien plus maîtrisé que le précédent

Synopsis : Alors qu’il est devenu une star des rallyes aériens, Dusty Crophopper casse lors d’un entraînement sa boîte de vitesse, endommageant son moteur et compromettant ainsi ses prochaines courses, son avenir. En attendant que ses amis trouvent une solution, il se lance le défi de devenir pompier de l’air, afin de sauver la carrière de son ami Mayday. Pour cela, il se rend dans le parc national de Piston Peak pour y effectuer un stage auprès d’une équipe d’élite menée par Blade Ranger. Mais la notoriété et le courage de Dusty ne suffiront pas, car entre gagner des courses et sauver des vies, le fossé est large…

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que Disney daigne continuer à surfer sur le petit succès de Planes, livrant pour l’occasion au public une suite neuf mois à peine après la sortie du premier opus. Qui initialement devait, comme son prédécesseur, sortir directement en vidéo et non dans les salles de cinéma. Histoire de ne pas faire patienter les jeunes spectateurs charmés par les aventures de Dusty Crophopper ? Ou bien de profiter de ces derniers pour amasser quelques dollars par-ci par-là en continuant d’user de la notoriété universelle de Cars ? Si c’est plutôt vers la seconde question que s’oriente la majorité des réponses, vous allez voir que malgré son statut de « pompe à fric pour enfants », Planes 2 s’en sort bien mieux que le tout premier, et ce sur bien des points.

Pourtant, le fait d’avoir une suite qui relève le niveau n’était vraiment pas gagner d’avance, surtout avec un aspect aussi commercial que celui de Planes. Et pour cause, le premier film agaçait par son manque flagrant d’ambition, allant jusqu’à reprendre la trame et les personnages de Cars, changeant juste l’aspect et le nom de ces derniers, et de resservir au jeune public une énième histoire de courses et de dépassement de soi, sans arriver à casser la baraque. La faute principalement à un visuel qui ne se contente que du minimum syndical et de séquences spectaculaire aux abonnés absents. Sur le papier, c’est exactement la même chose pour Planes 2 qui, malgré une animation légèrement améliorée, ne parvient toujours pas à procurer ne serait-ce qu’un soupçon d’adrénaline et ce même pour les enfants, qui doivent du coup se contenter d’un humour qui ne vole pas bien haut et de quelques séquences manquant de peps. Plus commercial encore, l’utilisation des personnages dans le long-métrage même : le film fait comme Cars 2, à savoir mettre de côté les anciens protagonistes (voire en oublier) pour mettre en avant une ribambelle de nouveaux véhicules, permettant ainsi au studio de se faire un bon petit chiffre du côté des produits dérivés (jouets, jeux vidéo…). Oui, au premier abord, Planes 2 n’avait pas grand-chose de bien croustillant à proposer !

Mais contre toute attente, cette suite jouit d’un atout que ne possédait pas le premier volet : un scénario, un vrai ! D’accord, Planes 2 ne transpire par l’originalité et propose un amas de clichés (dont le personnage bougon qui cache un douloureux passé) au service d’une intrigue mille fois vue qui, pour le coup, ne surprendra personne. Mais il est à des années lumières du vide scénaristique qu’était son prédécesseur et cela grâce à une idée toute bête : faire de Dusty, star des rallyes aériens, un avion incapable de faire une course sous peine de finir à la casse. À partir de cette base d’écriture, Planes 2 enchaîne aussitôt sur une histoire de pompiers des airs qui fournit à l’ensemble de véritables enjeux (l’aide, le sauvetage, la mort, le sacrifice…), des moments de bravoure bienvenus et de l’ambition au niveau des leçons moralisatrices destinées au jeune public (la reconversion, les priorités dans la vie, les réflexes en cas de danger, l’handicap…). Bref, contrairement à l’opus précédent, cette suite se présente au public avec quelque chose à raconter, et le résultat final n’en est que meilleur.

Et pour cause, malgré son classicisme et ses accrocs techniques, Planes 2 arrive à capter l’attention des spectateurs de tout âge et cela grâce à son script, justement. Un travail d’écriture qui permet au long-métrage de proposer des personnages, dont Dusty en tête, bien plus charismatiques et attachants que dans le premier film, offrant ainsi de l’intérêt à l’ensemble, une maturité insoupçonnée et même des moments touchants qui font mouche. À défaut de proposer des séquences qui pètent le feu et ce malgré des chansons du groupe AC/DC, Planes 2 suscitent l’attention à tel point que ses défauts passent inaperçus et que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Les enfants s’amuseront sans aucune difficulté avec cette suite qui  ne les prend nullement pour des pigeons (bien loin de l’arnaque qu’était Planes premier du nom), les adultes auront de quoi passer le temps et de faire plaisir à leur progéniture sans aucun regret.

Alors oui, cela n’arrive pas à la cheville d’une Reine des Neiges ou d’un Pixar. Oui, le film aurait bien plus sa place à la télévision que sur un écran de cinéma. Mais vu le progrès effectué depuis le premier opus, Planes 2 mérite amplement que l’on s’y attarde ne serait-ce que pour passer un agréable moment en famille. Simple et attachant. Pour une suite purement commerciale, le résultat est plutôt convaincant, vous ne trouvez pas ?

Fiche technique – Planes 2

Titre original : Planes : Fire & Rescue
États-Unis – 2014
Réalisation : Roberts Gannaway
Scénario : Jeffrey M. Howard et Roberts Gannaway
Doublage : Dane Cook / Fred Testot (Dusty Crophopper), Ed Harris / Philippe Catoire (Blade Ranger), Julie Bowen / Audrey Lamy (Lil’ Dipper), Curtis Armstrong / Gérard Darier (Maru), John Michael Higgins / David Kruger (Cad Spinner), Hal Holbrook / Jean-François Garreaud (Mayday), Wes Studi / Saïd Amadis (Windlifter), Brad Garrett / Frantz Confiac (Chug)…
Date de sortie : 23 juillet 2014
Durée : 1h23
Genre : Animation
Direction artistique : Toby Wilson
Animation : Toby Wilson
Montage : Dan Molina
Musique : Mark Mancina
Budget :  50 M$
Producteur : Ferrell Barron
Productions : Walt Disney Pictures, DisneyToon Studios, Prana Studios et Prana Animation Studios
Distributeur : The Walt Disney Company France

Lost River : Musique, Bande Originale

Lost River – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack 

Une Musique Éclectique

La voilà, la preuve qu’il n’est quand même pas si compliqué de composer une bande originale à la fois « commerciale » et artistique ! Commerciale, parce qu’elle est accessible au plus grand nombre, que ses mélodies se retiennent sans difficulté et parce-que tout simplement, le plaisir qu’on prend à l’écouter est une évidence. Artistique, parce qu’il y a un authentique travail de création, une volonté de proposer un son nouveau, un univers propre au film et à Johnny Jewel, son compositeur. Un son exclusivement synthétique, comme un héritage reçu d’illustres prédécesseurs tels qu’Eric Serra ou Vangelis. On croirait même entendre par moments la bande originale de Blade Runner. Une bande vraiment originale donc, mais qui pourrait aussi revendiquer des influences venues de Pink Floyd ou même Björk.

Longue de pas moins d’une centaine de minutes, cette bande-originale est à écouter d’urgence, pour ses qualités musicales, pour ses quelques interprètes (Chromatics, Saoirse Ronan), pour la richesse et la variété de ses compositions et arrangements. Mais surtout, parce qu’elle renoue avec l’esprit de quelques grands compositeurs de cinéma de la fin du XXème siècle, parmi lesquels on pourrait ajouter Georgio Moroder. Petit détail intéressant, Johnny Jewel remet au goût du jour cette idée d’ajouter à la partition quelques dialogues tirés du film, les utilisant comme un instrument à part entière et faisant de Lost River un tout indissociable.

Sortie : 30 mars 2015

Distributeur : Italians Do It Better

Durée : 100’

Tracklist :

1. Tell Me Par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan 2’43

2. Yes (Love Theme from Lost River) par Chromatics 3’25

3. Shell Game par Glass Candy 3’08

4. Echoes par Johnny Jewel 2’27

5. The Big Bad Wolf par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn & Rob Zabrecky 0’48

6. Cool Water par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn 3’12

7. Deep Purple par Billy Ward & His Dominoes 2’15

8. Bullytown par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

9. Bullytown (Full Version) par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

10. The Dead Zone par Johnny Jewel 6’47

11. Blue Moon par Chromatics 3’37

12. A Bloody Good Time par Johnny Jewel feat. Eva Mendes & Landyn Stewart 2’59

13. Behind The Mask par Desire 2’27

14. Underwater par Johnny Jewel 3’53

15. Barnum’s Steam Calliope par Sunset Four feat. Matt Smith 0’48

16. Carousel, pt. I par Johnny Jewel 2’23

17. Hope par Johnny Jewel 1’13

18. Yes (Symmetry Remix) par Chromatics 4’31

19. Deep Purple par Larry Clinton feat. Mary Dugan 2’22

20. The Goddess Of Gore par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 1’10

21. Moliendo Café par Lucho Gatica 2’01

22. Echoes (Reprise) par Johnny Jewel 1’29

23. Ascension par Johnny Jewel 3’13

24. Spellbound par Johnny Jewel 4’17

25. Burning Houses par Johnny Jewel feat. Reda Kateb 1’59

26. Tell Me (Jukebox Version) par Johnny Jewel & Ruth Radalet 3’01

27. Slow Motion par Johnny Jewel 3’19

28. Communion par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 2’27

29. Carousel, pt. II par Johnny Jewel 2’09

30. Wandering par Johnny Jewel 1’02

31. Deep Purple (Reprise) par Larry Clinton 1’03

32. Reunion par Johnny Jewel 1’43

33. Death par Johnny Jewel 1’59

34. Rat, Face, & Bully par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan & Matt Smith

35. Candlelight Burns par Johnny Jewel 2’48

36. Fossil Fuels par Johnny Jewel 4’32

37. Franky’s Theme par Johnny Jewel 1’49

38. Yes (Lullaby from Lost River) par Chromatics 2’37

Auteur : Freddy M.

Rétro Coen : Ladykillers – Critique du film

Remake de la comédie anglaise du même nom d’Alexander MacKendrick (1955), Ladykillers version Coen reprend le pitch original, un mystérieux professeur abuse de la crédulité d’une vielle veuve en prétextant répéter un concert avec son ensemble baroque, mais déplace l’intrigue de l’Angleterre d’après guerre au sud des États-Unis.

La vielle Mrs Munson n’est plus une catholique, mais une protestante afro-américaine, qui passe son temps entre les offices de l’église et le bureau du shérif, pour se plaindre de tout et n’importe quoi. Récompensé par un prix d’interprétation à Cannes pour la prestation inspirée de Irma P. Hall, le film est pris en grippe par une bonne partie de la critique, qui ne semble pas avoir goûté la plaisanterie. Qualifié de film mineur, d’idiot voir même de raciste (parmi les plus enflammés), tout le monde semble s’acharner à dire que Ladykillers fait tâche dans la filmographie quasi irréprochable des deux frères. Sauf que, s’il est vrai que le film n’a pas la profondeur psychologique d’un Barton Fink, ou le cynisme d’un Fargo, il n’en reste pas moins l’une des comédies les plus intelligentes et maîtrisées des années 2000.

La Mélodie Du Braqueur

Le film est déjà séduisant au premier abord avec sa photographie léchée et sa troupe d’acteurs particulièrement hétéroclite. Prenant à contre-pied la logique des films de braquage, les Coen embauchent les gueules les moins assorties du cinéma contemporain. J.K Simmons (Spiderman) en artificier redneck au colon irrité, Marlon Wayans (Scary Movie) en agent infiltré porté sur le rap et le sexe, Ryan Hurst (Sons of Anarchy) dans le rôle d’un quarterback benêt et Tzi Ma (24h Chrono), un vétéran de la guerre d’Indochine légèrement taciturne. Une équipe de bras cassés parfaite, à laquelle vient s’ajouter Tom Hanks, pour sa seule collaboration avec les réalisateurs (ils ne voulaient que lui dans le rôle), reprenant la partition du Dr. Goldthwait Higginson Dorr III. Derrière ce nom sympathiquement désuet, se cache le cerveau de l’opération : un homme élégant, plein de manières, passionné de belles lettres et dont le drame personnel semble d’être né à la mauvaise époque. Une interprétation inspirée, à contre emploi de ses rôles habituels de quadra sympathique. Face à lui la rigide Mrs Munson, d’abord séduite par ce gentleman d’un autre temps, ne tardera pas à découvrir ses motivations criminelles. Aidés par une écriture minutieuse et des dialogues au tempo parfait, les acteurs déploient un large spectre de comédie, allant de la blague potache la plus triviale, à la référence littéraire la plus savante. Les Coen rassemblent ainsi, dans une maison de banlieue, tout un microcosme multiculturel, et les tensions entre les univers antithétiques des personnages, deviennent rapidement le principal moteur de l’intrigue, reléguant le braquage au second plan. Tous les ingrédients pour faire une bonne comédie sont là, et pourtant Ladykillers est plus que cela.

Il y a un aspect qui semble avoir échappé aux critiques lors de la sortie du film : la musique. L’accompagnement musical chez les frères Coen est central, dans leur filmographie (il suffit de revoir O’brother ou The big Lebowski). Ici, l’intrigue est rythmée par les chansons gospel de la chorale paroissiale, appréciées de Mrs Munson, mais aussi par le flow agressif du rap de Gawain (Damon Wayans), ainsi que les airs baroques qui servent de couverture à l’entreprise du professeur Dorr. Les deux réalisateurs eux-mêmes ont confirmé que ce qui les intéressait en premier lieu, c’était de confronter ces trois genres que l’on associe rarement. Avec l’aide de leurs collaborateurs habituels, Carter Bunwell et T.Bone Burnett, l’équipe compose une partition remarquable, où le bottleneck de Blind Willie Johnson rencontre les accords baroques des menuets Boccherini. Les voix de différentes époques se confrontent (Gospel protestant contre Baroque de la contre-réforme) et s’alimentent les unes les autres, offrant deux séquences de braquages (forage du tunnel et perçage du coffre) particulièrement jouissives. La musique fonctionne d’abord comme marqueur social, assimilant le hip-hop gangsta à la rue, le baroque à l’intellectualisme et le gospel à la religion. Mais très vite, on comprend qu’elle devient un personnage à part entière, influant sur le comportement de tous les protagonistes. C’est par l’évocation de la musique, que le professeur convainc Mrs Munson de lui louer sa cave, et c’est elle qui provoquera le retour imprévu de celle-ci de l’office, et la découverte de la supercherie. Cette musique, c’est Dieu lui même qui veille sur la vieille logeuse et observe attentivement le déroulement des événements (nombre de symboles témoignent d’une présence mystique dans le film) et tant qu’à faire, essaye de récupérer sa part du gâteau. De la même manière que Stanley Kubrick dans 2001, L’Odyssée De l’Espace, créait le personnage d’Hall 9000 par la seule force du montage, les Coen composent leur divinité à l’aide d’une partition particulièrement subtile. Il s’agit probablement de leur travail musical le plus intelligent et le plus complexe depuis le début de leur riche filmographie.

Ladykillers serait un film mineur ? Même cette affirmation critique donne envie de sourire, preuve finale de la virtuosité totale de cette comédie noire.

Synopsis: État du Mississippi. Le professeur Goldthwaite H. Dorr emménage dans la maison d’une dame d’un certain âge, Mme Munson, en tant que locataire. D’apparence brillant et distingué, il souhaite en réalité réaliser le casse du siècle : creuser un tunnel à partir de la cave de la maison jusqu’à un bateau accosté sur les berges du fleuve, qui abrite un important casino. Entouré de complices qu’il présente comme « ses musiciens » (en prétextant des répétitions de musique renaissance), le professeur découvre bientôt que sa logeuse s’avère être bien plus curieuse qu’il ne l’avait cru…

Ladykillers : Bande annonce

Fiche Technique : Ladykillers

Titre original : The Ladykillers
Titre québécois : Les Tueurs de dames
Réalisation : Joel et Ethan Coen1
Scénario : Joel et Ethan Coen, d’après le scénario original de William Rose
Production : Joel et Ethan Coen, Tom Jacobson, Barry Josephson, Barry Sonnenfeld
Décors : Dennis Gassner
Costumes : Mary Zophres
Directeur de la photographie : Roger Deakins
Montage : Joel et Ethan Coen
Musique : Carter Burwell
Sociétés de distribution : Buena Vista International ;Gaumont Buena Vista International
Budget : 35 millions $
Langues originales : anglais, vietnamien
Format : Couleur • 1.85:1 • 35 mm – DTS • Dolby Digital • SDDS
Durée : 104 minutes
Dates de sortie : 2004

Les Opportunistes de Paolo Virzi: critique DVD

Synopsis : Près du lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de noël va brutalement changer leurs destins.

Le Capital humain

Le cinéma italien nous a toujours offert de succulentes perles cinématographiques. Paolo Virzi (« La prima cosa bella »), réalise ainsi fin 2014, « Les Opportunistes », adaptation du roman « The Human Capital » de Stephen Amidon, titre français qui aurait été préférable. A travers son histoire, il façonne une critique malheureusement trop légère pour interpeller, malgré une interprétation de qualité de la part des têtes d’affiches.

Le film dépeint la société italienne contemporaine des années 2010, en crise économique. Un soir, un cycliste est renversé par un 4×4, à partir de là, le récit se construit sur quatre chapitres qui permettent d’éclairer les circonstances de l’accident. L’atmosphère filmique est ici clairement donnée par le réalisateur pour nous confronter à la dure fatalité. Le film traitera de luttes de classes dans une société inégalitaire.

Pour faire simple, l’aspect mosaïque du film est caractérisé par une poignée de personnages, tous constitué d’antihéros. Un homme de classe moyenne souhaite s’élever socialement auprès d’un homme d’affaire véreux tandis que sa fille tombe amoureuse d’un garçon élevé à la dure par un père criminel, dans les quartiers pauvres. Un véritable film chorale où les destinées se croisent et influent sur les autres, jouant sur la fatalité et l’espoir.

Paolo Virzi paraît trop sûr de son puzzle pour réellement s’y impliquer. A trop vouloir faire confiance à son procédé et le laisser se développer sans réel contrôle, le système fonctionne moins bien. La technique oscille entre le maladroit, notamment à travers ses clichés et le poussif avec ses lourdeurs scénaristiques. L’équilibre effectué entre le drame mondain et la comédie populaire est trop instable pour permettre l’analyse pertinente et frappante d’une Italie déliquescente. Si le cadre scénaristique divisé n’est pas inintéressant, il reste un peu vain sur ses principes narratifs et encore une fois, sur son équilibre.

Le capital humain, qui constitue la base pamphlétaire du scénario, est une statistique calculée par les assurances selon l’espérance de vie, du revenu potentiel, du nombre et de la qualité des relations affectives du défunt. Une donnée aussi inhumaine qu’incohérente, qui caractérise la décadence sociétale Italienne, où les grands hommes d’affaires misent leurs fortunes sur la chute économique de leur propre pays. Le parallèle est évident avec la corruption mafieuse dont est victime la population Italienne, où les inégalités socio-économique ne cessent de s’élargir.

Dans cette animosité socio-économique, le personnage de Carla représente toutes les qualités et toutes les défaillances du film. La protagoniste, jouée par Valeria Bruni Tedeschi symbolise toute l’impuissance d’un pouvoir politique intègre à s’imposer au pouvoir. Le chapitre qui lui est consacré est le mieux interprété mais également le moins bien mis en scène, notamment par le progressif abandon du réalisateur, à travailler son cadre. Un contraste fort regrettable d’autant que certains passages sont brillants scénaristiquement parlant, réussissant enfin à capter le spectateur sur la réalité sociale.

Le microcosme que construisent les personnages entre eux, caractérisation d’un pouvoir politique aux ambitions purement individualiste, s’oppose à une vision crédule d’une entraide sociale. Tout est fait pour que les castes s’affrontent et ne s’assistent pas. Le seul filon d’espoir, incarné par les personnages de Séréna et Luca, se retrouvent happé par des puissances qui les dépassent et la tragédie sociale est symboliquement parfaite tant la rupture est violente entre leur incrédulité et la monstruosité des puissances.

Par la mollesse visuelle que nous offre le réalisateur, on croirait par moment plus assister à une « Scripted Reality » improvisé, c’est à dire la reconstitution pseudo-documentaire de fait divers adaptés aux exigences de la fiction, aux thèmes sociales récurrentes (arnaque, mensonge) qu’à un véritable long métrage. Quel dommage que ces accrocs de réalisation, néanmoins pas si désagréables, gâchent le potentiel d’un film qui avait tout pour réussir, de brillante manière, sa courageuse critique. Fort heureusement, les performances d’acteurs sont immenses.

Outre le jeu candide proposé par Valeria Bruni Tedeschi ; Fabrizio Bentivoglio interprète avec justesse un homme opportuniste, prêt à tout pour s’élever socialement, jusqu’à y laisser sa fortune et sa famille. Mais le film ne serait pas grand-chose sans les révélations qu’ils nous proposent. Que ce soit Matilde Gioli (Séréna), Fabrizio Gifuni (Massimiliano) ou Giovanni Anzaldo (Luca), les trois comédiens brillent par leur présence. Ils nous offrent des performances dignes, portent le long métrage et arrivent presque à faire oublier certains défauts.

La mise en scène de Paolo Virzi est assez étrange, dans le mauvais sens du terme. Trop appuyée pour paraître réaliste et trop maladroite pour paraître travaillée. Le fait d’avoir laissé son casse-tête se dérouler sans que le spectateur ait l’impression qu’il interfère rend la chose souvent vaine. Malgré l’intérêt que l’on y porte, l’évidente paresse de son auteur ne permet pas une implication du spectateur suffisante, rendant la tragédie pathétique.

Les Opportunistes est un film aléatoire, tantôt brillant, tantôt maladroit, il livre une critique trop dilué d’une Italie déliquescente. Si le puzzle scénaristique est plutôt bien fait, le pamphlet, lui, tombe à l’eau. Heureusement que les performances sont époustouflantes permettant au spectateur de passer un bon moment dans ce qui semble être un honnête film à mi-chemin entre le drame mondain et la comédie sociale.

Les opportunistes : Bande annonce

critique-dvd-les-opportunistesLes Opportunistes

De Paolo Virzì Avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino

SORTIE EN DVD ET EN BLU-RAY LE 7 AVRIL 2015

Fiche technique Les Opportunistes (Il Capitale Umano)

Réalisé par Paolo Virzi en salles le 19 Novembre 2014.
Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Gigio Alberti, Bebo Storti, Vincent Nemeth
Scénario : Francesco Bruni, Francesco Piccolo, Paolo Virzì d’après Capital Humain de Stephen Amidon
Production : Fabrizio Donvito, Benedetto Habib, Marco Cohen
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Cecilia Zanuso
Costumes : Bettina Pontiggia
Décors : Mauro Radaelli
Musique : Carlo Virzì
Distribution : BAC Films
Durée : 1h49

Divergente 2 : L’insurrection, un film de Robert Schwentke : Critique

Convergence

Êtes-vous un vrai cinéphile ? Si c’est le cas vous n’êtes pas seulement quelqu’un qui aime le cinéma, non, ce serait trop facile. Vous aimez voir des films, mais surtout vous savez faire la différence entre un navet et un chef d’œuvre. Vous êtes capable reconnaître le talent d’un réalisateur à la manière dont celui-ci met en relation les images et les sons afin de faire naître chez le spectateur l’émotion ou la réflexion adéquate. Vous aimez être surpris, découvrir de nouvelles choses, mais aussi de temps en temps vous appréciez un blockbuster, un film à grand spectacle, avec de l’action et un peu de romance, car parfois ce n’est pas si désagréable. Ce n’est pas un chef d’œuvre, vous en êtes conscient et vous saurez trouver les arguments adéquats pour vous le prouver. Vos amis vous demande régulièrement des conseils, ou ce que vous avez pensé des dernières sorties en salle, et vous vous faites une joie de leur répondre. L’éclectisme est votre atout principal et vous essayez toujours d’en voir plus, afin d’affiner votre sens critique. Si cette description vous correspond, vous êtes un vrai cinéphile, ouvert et cultivé…et vous êtes victime de « l’effet Barnum ». Rien de grave, ça arrive à tout le monde. Il s’agit juste de la propension que possède une personne à accepter une description vague comme s’appliquant à elle-même en particulier. Ce qui vient d’être décrit pourrait finalement s’appliquer à n’importe qui, mais on aime se rassurer en se disant que l’on est particulier, que l’on sort de la masse, et surtout on aime que l’on nous le dise. C’est sur ce principe que fonctionne la publicité, les horoscopes et bien sur une bonne partie du cinéma contemporain, avec des personnages auxquels ont peut facilement s’identifier, car ils ne sont pas si différents de nous. Le problème avec la saga Divergente, c’est que rarement ce procédé, qui demande tout de même une certaine subtilité dans la rhétorique, n’avait semblé aussi évident.

Petit rappel des faits : dans le premier épisode on découvrait le personnage de Beatrice/Triss, vivant dans un monde post-apocalyptique divisé en 5 factions remplissant chacun une fonction précise (agriculture, justice, combat, gestion et science). Mais au moment de choisir son orientation, notre héroïne découvre avec stupeur que le test psychologique la désigne comme un divergente. Diantre…mais qu’est-ce donc ? Comme on nous l’explique, c’est une personne qui ne rentre dans aucune des cases susmentionnées, possédant des atouts de chacune des castes. Elle serait donc en danger car les dirigeants n’aiment pas vraiment ça, quand on ne rentre pas dans les cases. Et tout le film ne dépassait jamais vraiment ce postulat de base, se gardant bien d’expliquer ce qu’était véritablement une « divergence ». Une description vague qui rendrait possible l’identification au personnage, non pas en la présentant comme quelqu’un de supérieur à la moyenne, mais au contraire en diminuant les capacités de tout ceux qui l’entourent. Ce n’est pas elle qui détonne, ce sont les autres qui sont nuls, car obligés de se contenter de tâches prédéfinies par un test (assez mystérieux aussi). Ce monde qui tournerait autour de sa personne que l’on aime bien fantasmer occasionnellement, Divergente l’a créé. On devrait nous présenter une société qui se désintègre car trop formatée, mais tout tourne autour de Triss et sa « particularité », cette ado qui se rebelle contre le monde et le fera plier. On s’identifie au personnage et on voit défiler 2h de film qui nous répète comme un mantra que nous, spectateurs assis au milieux d’une masse grouillante, sommes particuliers, car nous non plus nous n’entrons pas dans des cases prédéfinies par des salauds de législateurs ! Le film ne développait pas véritablement le concept, se contentant ensuite de dérouler une intrigue de teen movie classique assez prude, à laquelle on appliquait un décor post-apocalyptique, quelques scènes d’action et de violences adolescentes pour coller à la tendance du moment.

La suite est a peu près dans le même ordre d’idée, continuant d’essayer de rendre crédible un univers qui n’a aucune logique interne. Pourquoi une technologie aussi développée et toujours ces décors crasseux et ces ruines à perte de vue ? Et comment la méchante peut-elle persuader tout le monde que le système de faction doit rester en place, tandis qu’elle est elle-même en train de le détruire ? Et à quoi sert la faction des audacieux si chaque faction semble avoir sa propre force de défense ? Beaucoup de questions qui mettent à mal la crédibilité de l’ensemble, mais qui ne semblent pas intéresser les scénaristes. Non, ce qu’il faut c’est que le public s’identifie à tout prix à leur héroïne. On verra donc Shaylene Woodley dans tous les plans du film : elle court, marche, saute, pleure, fait des rêves bizarres avec Naomie Watts…bien, c’est un être humain parfaitement fonctionnel, on peu donc s’identifier à elle. Pas besoin de développer sa psychologie et la rendre véritablement exceptionnelle, les autres personnages s’en chargent, répétant à qui veut l’entendre qu’elle est une divergente, donc spéciale…vous suivez ? D’ailleurs, elle ne fait pas grand chose dans le film, ce sont toujours les autres qui la tirent d’un mauvais pas (notamment le beau et musclé « Quatre »), mais bon, on nous dit qu’elle est importante donc soit (d’ailleurs les autres personnages sont extrêmement peu développés)… Pour continuer sur cette lancée, on remarquera que les adjectifs utilisés par les personnages sont toujours assez génériques, par exemple elle est décrite comme « mortelle »…mais encore ? Serait-il possible de préciser le propos au lieu de s’arrêter à cette affirmation gratuite ? Manifestement non.

Au-delà de ce postulat de base (la divergence), le reste du film ne raconte pas grands chose et utilise à outrance les effets numériques pour faire du remplissage. Le réalisateur semblant se rendre compte que ce qu’il proposait comme un teen movie d’action en manquait finalement cruellement, il décide donc de faire tout péter pendant les séquences de rêve ou de simulation. C’est un peu comme si Freud se retrouvait adapté au cinéma, revu et corrigé par Michael Bay et John Woo. Une maison en flamme s’envole, le décor explose sous les pas de Triss…ce n’est pas très beau à voir, assez abrutissant et surtout inutile dans l’intrigue. Tout ces effets de manche ne sont présent que pour détourner notre attention de la vacuité du scénario avant de nous surprendre par un twist final décevant, car en plus d’en remettre une couche sur cette histoire de divergence qui rend les gens spéciaux, il reprend quasiment à la réplique près celui du Labyrinthe (sorti quelques mois avant). Une fois de plus, Divergente est le dernier arrivé, celui qui ne semble que copier ses prédécesseurs pour ramasser les derniers morceaux d’une audience déjà acquise au genre, réussissant l’exploit de se faire griller la priorité par un nouveau-né. C’est tellement gros, que ça devient pathétique.

Synopsis: Alors que le désir de révolution commence à se faire sentir dans toutes les factions Tris, Quatre, Caleb, Peter et Marcus se réfugient chez les Fraternels. Ils devront chercher des alliés pour cette prochaine mission. Après avoir trouvé « la boîte », Jeanine est persuadée qu’elle contient des informations contre les Divergents. Mais il lui faut un Divergent compatible avec toutes les factions pour l’ouvrir. Les Érudits vont alors traquer tous les Divergents pour trouver celui qui correspondra . Entre amour, amitié, choix, haine et trahison Tris devra faire face à plusieurs épreuves toutes plus dures les unes que les autres.

Divergente 2 : l’insurrection – Bande Annonce

Fiche Technique : Divergente 2 : L’Insurrection

Titre québécois : La Série Divergence : Insurgés
Titre original : Insurgent
Réalisation : Robert Schwentke
Scénario : Brian Duffield et Akiva Goldsman, d’après Divergente 2 de Veronica Roth
Direction artistique : Alec Hammond
Décors : Alan Hook
Photographie : Florian Ballhaus
Production : Lucy Fisher, Pouya Shahbazian et Douglas Wick
Musique : Joseph Trapanese
Sociétés de production : Red Wagon Entertainment
Summit Entertainment
Sociétés de distribution : Summit Entertainment, SND
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : science-Fiction
Durée : 119 minutes
Dates de sortie1 :
Belgique, France : 18 mars 2015
États-Unis, Canada : 20 mars 2015

 

Taken 3 : Musique, Bande Originale

Taken 3 – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Bande (pas) originale

La bande-originale de Taken 3 aurait pu être totalement prévisible, s’enfoncer dans les méandres du cinéma d’action en enfilant les stéréotypes des musiques musclées et presque martiales, de ce genre cinématographique. On n’en est pas très loin en fait, les partitions musicales sont exactement ce qu’on attend d’elles : pleines d’emphase, aux rythmes lents et très appuyés, comme pour marquer la détermination du « héros ». Rien de bien original à écouter de ce côté-là, on est en terrain conquis et, sans surprise, le compositeur Nathaniel Mechaly s’impose des passages obligés, accouchant d’une partition certes qui s’écoute, mais est interchangeable avec un bon wagon d’autres « œuvres » du même genre. Pour plaire à tous, on mélange instruments traditionnels et quelques belles nappes de synthé pour un résultat sans autre ambition que de ne froisser personne.

L’originalité, c’est un bien grand mot, serait plus à chercher (et qui sait, à trouver) du côté des chansons qui ne se contentent pas que de celle du générique de fin. Les plus réussies sont Let Me Weep, Toes ou encore A Stutter. Bien sûr, rien qui ira cartonner en haut des charts internationaux, mais suffisamment de qualités dans l’interprétation, la composition et les arrangements pour ne pas avoir envie de jeter (tout le) bébé avec l’eau du bain. Le plus étonnant en fait, c’est la douceur de ces interprétations dans un film « de brutes ». Une « humanité » qui semble s’être perdue face au rouleau compresseur de la franchise Taken. Il y a finalement quelques bonnes choses à prendre dans le travail de Nathaniel Mechaly, il y en a malheureusement beaucoup plus à laisser…

Sortie : 5 janvier 2015

Distributeur : EuropaCorp

Durée : 68’

Tracklist :

1. Taken 3 Opening par Nathaniel Mechaly 0’36

2. Let Me Weep par Gaelle Mechaly 2’55

3. Toes pas Glass Animals 4’17

4. Predictable par Nathaniel Mechaly 1’20

5. Leonor Is Dead par Nathaniel Mechaly 1’42

6. Bryan Runs par Nathaniel Mechaly 2’52

7. A Stutter par Olafur Arnalds 5’09

8. He’s Playing You par Nathaniel Mechaly 1’38

9. Bryan’s Escape 4’09

10. He Didn’t Do It par Nathaniel Mechaly 4’09

11. Inspector Dotzler par Nathaniel Mechaly 1’18

12. College Pursuit par Nathaniel Mechaly 2’30

13. Kim Interrogation par Nathaniel Mechaly 3’38

14. Fourth Yogurt From The Back 1’27

15. Malankov’s Penthouse par Nathaniel Mechaly 2’40

16. Up To The Russians par Nathaniel Mechaly 1’28

17. He’s A Ghost pa Nathaniel Mechaly 3’03

18. Bryan’s Grief par Nathaniel Mechaly 6’14

19. Anything Yet ? par Nathaniel Mechaly 2’38

20. Store Fight par Nathaniel Mechaly 2’36

21. Porsche Pursuit par Nathaniel Mechaly 4’21

22. Saving Kim par Nathaniel Mechaly 4’51

23. Infinity par The XX 5’15

Auteur Freddy M.

Lost River, un film de Ryan Gosling : Critique

Ryan Gosling est une personnalité qui a su jouer sur plusieurs tableaux depuis sa plus tendre enfance. Gamin adorable dans La Bande à Mickey, il est devenu un idéal masculin pour ces dames depuis N’oublie jamais. Un fardeau pour l’acteur canadien qui semble vouloir s’affranchir de cette étiquette minable. Il le dit lui-même; il ne s’est « jamais vu comme un sex-symbol« . Musicien doué, Ryan Gosling est également à la tête d’un groupe indie folk qu’il a fondé, les Dead Man’s Bones. Les Inrocks iront même jusqu’à classer leur premier album dans la liste des quinze meilleurs opus de 2009. Bourré de talents, le public ne le connaît pourtant qu’à travers ses rôles de belles gueules et d’hommes romantiques mystérieux. Le comble pour un acteur aux multiples talents, loin d’être jugé à sa juste-valeur. Mais Ryan Gosling n’est pas qu’une belle gueule sur un corps d’Apollon. C’est aussi un esprit torturé qui cherche à s’affranchir de son passé et des étiquettes qu’on lui colle. En étant à l’affiche coup sur coup de Blue Valentine et Drive, l’acteur canadien se fait le porte-étendard d’un cinéma d’auteur américain exigeant et stylisé. Une image qu’il entretient volontiers en restant dans un cinéma arty qui trouve son apogée avec les envoûtants Only God Forgives et The Place Beyond the Pines. A travers ses déclarations, on sent que le garçon souhaite être autrement reconnu pour ses performances au sein d’œuvres véritablement artistiques que pour ses « abdos photoshoppés« . Passionné par les exploits de ses illustres pairs cinéastes, Ryan Gosling tend à leur rendre hommage avec Lost River. Un vibrant cri du cœur de la part d’un vrai bon cinéphile. Certains films de Nicolas Winding Refn et Derek Cianfrance viennent d’être cités. Ce n’est pas un hasard. Ce qui semble avoir surtout aidé Ryan Gosling a franchir le pas de la réalisation, ce sont ces rencontres avec les deux cinéastes, pour lesquels il réitérera à chaque fois l’expérience.

The Place Beyond Detroit

D’autres illustres réalisateurs semblent également servir d’inspiration à Lost River. En effet, ce dernier est une oeuvre hybride qui trouve sa source à travers le travail remarqué et remarquable de génies du cinéma. On pensera volontiers à David Lynch, Dario Argento ou Terrence Malick dès l’introduction. Certains iront jusqu’à citer Alejandro Jodorowsky, Gregg Araki, Gaspar Noé ou Harmony Korine. La liste peut encore être longue. Afin d’injecter une vraie identité visuelle à son récit, Ryan Gosling s’est adjoint les services du chef opérateur Benoit Debie, ayant justement œuvré par le passé pour Korine et Noé. Le canadien n’a pas hésité à s’entourer d’une équipe de talentueux faiseurs d’image. Au montage, il est allé jusqu’à embaucher le monteur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Valdís Óskarsdóttir. Au fond, Lost River nous en indique beaucoup sur Ryan Gosling et ses films de chevet. Pour l’équipe du film, le jeune réalisateur a bâti une forte équipe grâce à son expérience des plateaux. Mais surtout grâce à sa rencontre avec gens avec qui il a déjà travaillé ou qui l’ont marqué dans certains films. C’est d’ailleurs pour cette raison que Reda Kateb figure au casting, le canadien ayant été impressionné par sa performance dans Un Prophète ou Zero Dark Thirty. A ses côtés, un casting de prestige compose la première réalisation du canadien et détonne dans cette oeuvre d’une dimension expérimentale parfois déconcertante, loin des conglomérats des grands studios hollywoodiens. Un tant-soi peu cinéphile et vous reconnaîtrez toutes les têtes qui figurent dans le casting. Si c’est bel et bien la Warner qui distribue le film (en VOD aux Etats-Unis), elle semble en revanche ne pas assumer le parti-pris de ce film, véritable conte de fée sous acides. Pas assez grand public ? Evidemment, mais si c’était ce que rechercher son réalisateur ?

Cette première incursion dans le cinéma selon Gosling pourrait effectivement sembler déroutante, si tenté que l’on ne connaît l’acteur pour ses rôles de premier plan. Mais au fond, si Lost River aborde franchement le cinéma méta et en dit long sur son réalisateur, il nous permet également d’avoir un regard arty et désillusionné sur le rêve américain et sa ville de Détroit abandonné de tous. Ce sont des monstres qui ont désormais investi la ville. Des hommes qui ont cédé aux plus viscérales des pulsions, du sang au sexe en passant par l’argent et la destruction. Il est évident que cette mère célibataire (Christina Hendricks, sublime) et ses deux fils en proie à la faillite devront franchir certaines limites. Ils devront retourner à la surface pour s’affranchir des monstres qui les attirent dans les limbes de la perversité. Mais si d’évidentes idées semblent se dégager du récit pour nous proposer une réflexion, il manque clairement une vision d’ensemble qui aurait pu éviter au film d’être un peu vain. Il se dégage de Lost River une atmosphère onirique à la Del Toro. Les nuits semblent s’y fondre dans des virées nocturnes psychotiques. Tout le parti-pris du film est de favoriser l’identité visuelle au détriment du récit et des interactions entre les personnages. Difficile de considérer cela comme un défaut puisqu’au final Lost River s’apprécie plus comme une expérience sensorielle que comme une véritable intrigue à suivre. Mais tout cela se fait malheureusement au détriment de l’absence de tension, d’alchimie entre les acteurs et d’un rythme decrescendo qui nuit à l’appréciation du film. Si les sensations sont bien présentes et que la fascination à la vue de certaines images fantasmagoriques nous gagne, il nous arrive par moment de perdre pied dans ces quatre-vingt quinze minutes confuses. A trop vouloir privilégier le cadre, Ryan Gosling en oublie les personnages qui le composent. Difficile pour eux d’exister malgré cette attraction fascinante qui -paradoxalement- nous les rapproche de nous autant qu’il nous en éloigne. Certaines sous-intrigues perdent au change comme cette romance entre deux âmes isolés pour laquelle aucune substance n’en ressort vraiment. Ce sont donc les visions d’un jeune cinéaste dopé au cinéma d’auteur qui priment donc sur l’histoire.

Malheureusement pour Ryan, le film souffre justement du poids de ses références. Lost River apparaît plus comme l’oeuvre d’un garçon qui souhaite prouver à quel point il a été influencé par une culture cinématographique singulière et sensorielle. Le spectre de David Lynch et de ses compères n’est jamais très loin. Tous les cinéastes que le jeune réalisateur souhaite saluer à travers son film ne font qu’alourdir sa portée. A vouloir apposer sa marque personnelle et cultivée, Gosling fait l’erreur de tomber dans l’énumération d’une galerie de cinéaste pour un film qui -finalement- devient impersonnel. Preuve en est avec tous ces articles -dont celui-ci- qui ne font que citer les très nombreuses références du film. On pourrait croire à un caprice de jeune premier de la classe mais il n’en est rien. Il faut voir Lost River avant tout comme un profond cri du cœur. Restons-en sur le souvenir de la première incursion naïve mais touchante d’un cinéaste en devenir. Tout comme cette ville engloutie sous les eaux,Lost River est beau, tellement beau mais se contente malheureusement de rester à la surface, nous cachant toute la profondeur de son récit dans ses entrailles. Il faut peut-être y plonger la tête à l’instar de notre héros pour y découvrir toute la réussite de ce film brillant formellement mais fondamentalement bancal. Il serait cependant dommage de ne pas croire au potentiel du canadien pour persévérer dans cette voie et nous offrir un second long-métrage dans la même veine. L’aboutissement en plus.

Synopsis: Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Fiche Technique: Lost River

Etats-Unis
Genre: Thriller, Fantastique
Durée: 95min
Sortie en salles le 08 avril 2015

Réalisation: Ryan Gosling
Scénario: Ryan Gosling
Interprétation: Christina Hendricks (Billy), Iain De Caestecker (Bones), Saoirse Ronan (Rat), Matt Smith (Bully), Ben Mendelsohn (Dave), Eva Mendes (Cat), Reda Kateb (Cab Driver), Barbara Steele (Grandma)
Image : Benoît Debie
Décor : Beth Mickle & Lisa K. Sessions
Costume: Erin Benach
Montage: Valdís Óskarsdóttir & Nico Leunen
Musique : Johnny Jewel
Producteur: Ryan Gosling, Marc Platt (II), Adam Siegel, David Lancaster, Michel Litvak, Jeffrey Stott, Gary Michael Walters et Noaz Deshe
Production: Bold Films, Marc Platt Productions et Phantasma Films
Distributeur: The Jokers / Le Pacte
Budget : /
Festival: Sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014

L’Astragale, un film de Brigitte Sy : critique

L’Astragale, film de Brigitte Sy, est adapté des mémoires d’Albertine Sarrazin, jeune femme évadée de prison et amoureuse éternelle. Deuxième film adapté de ce roman à succès, après un premier en 1969, cet Astragale là réussit le paris de dépasser la simple retranscription des faits, il dresse le portrait d’une héroïne éternelle.

La réalisatrice s’intéresse ici à un an de la vie d’Albertine, de son évasion de prison en 1957 à une première arrestation en 1958. Cette année marque pour la jeune femme le début d’un nouvel amour, empêché par la cavale. Albertine y expérimente, à 19 ans seulement, le manque, le désir et l’inaltérable besoin de marcher, voire de courir. De n’habiter nulle part et partout à la fois, d’être au monde. L’Astragale tel que Brigitte Sy l’imagine et le réalise est un film d’amour sobre, magnifique et pudique qui met en avant les visages et la lumière d’un Paris lumineux, fait de rencontres et de cachettes.

Entre les murs

L’Astragale commence par une époustouflante scène d’ouverture, éclairée avec talent et minutie. C’est la nuit, Albertine (Leïla Bekhti) est prête à sauter du mur de sa prison, à s’évader. Elle se donne du courage et saute à plat ventre. En cherchant à se relever elle découvre qu’elle est blessée, elle ne peut pas marcher. La caméra la suit rampant sur le sol boueux, jusqu’à la route où elle arrête une voiture. L’homme qui s’y trouve ne peut pas la sauver, il arrête donc une autre voiture. Dedans, Julien (Reda Kateb) s’approche de la jeune femme qui pleure couchée près de la voiture, éclairée seulement par les phares de celles qui passent à côté d’elle. Julien soulève alors Albertine de terre, il la prend dans ses bras et l’emmène sous un arbre. Il lui promet de revenir, lui demande de l’attendre. Voilà, une double fulgurance dans la vie d’Albertine : un os du pied cassé, l’astragale, et un coup de foudre. Dans cette première scène, elle doit déjà attendre Julien. C’est comme ça qu’est construit tout le film de Brigitte Sy, autour de l’attente amoureuse. Cette première scène, en noir et blanc comme tout le film, est magnifique parce que ses plans sont travaillés comme des cadres où se joue à la fois la force des corps et celle des visages, que la lumière y est extrêmement importante, lumineuse et sombre à la fois.

Après cette rencontre inattendue, Julien et Albertine rejoignent une planque à moto. C’est à Paris qu’Albertine veut s’établir, ce sera donc chez Nini, une femme aussi méchante que gentille et dans l’appartement de laquelle Albertine se sent prisonnière. Les cadres sont sobres, il n’y a pas à proprement parler de reconstitution folklorique dans le film car Brigitte Sy a joué sur l’intemporalité et la simplicité. Albertine devient Sophie et doit porter une perruque blonde. Dans les rues, elle tente de ne pas se faire reconnaître, mais tout se joue pourtant par l’image. Son visage dépasse un simple changement d’identité. Captée en photo, elle respire Albertine, même en Sophie. Si elle vend son corps aux hommes, elle reste complètement entière dans l’amour qu’elle offre à Julien, qui peine à l’aimer en retour au départ. Ce qui frappe d’emblée, dans le difficile univers qu’habite Albertine, c’est la douceur et la bonté de Julien auquel Reda Kateb offre ses traits avec force, comme toujours. Doucereux une seconde, il peut exploser l’instant d’après, mais protège son jeune amour comme un trésor, même s’il lui faudra un an pour dire je t’aime.

Amoureuse de l’amour

Albertine cabotine dans les rues de Paris, boîte, rencontre et attend. Elle revoit Marie, sa complice et son amoureuse d’autrefois, qui affirme l’aimer plus que Julien. La jeune femme a fait de la prison par amour pour Marie. Ensemble, elles sont amoureuses et libres. Pourtant, c’est par déconvenue de Julien qu’Albertine retrouve Marie au bord de la mer. Ses propres retrouvailles maritimes avec Julien sont, elles, plutôt avortée. L’amour agit sur Albertine aussi durablement que sa blessure au pied, elle dit elle même « je ne peux pas faire marche arrière ». Guidée par son sentiment, Albertine parle de l’argent, le vol est pour elle comme l’amour, une succession de gestes qui parfois mènent au miracle, comme d’un besoin de possession. Si elle ne peut posséder l’autre dans l’amour car il est toujours fuyant, elle n’appartient à personne. Alors pour mieux s’appartenir, Albertine écrit, pas comme on parle, mais dans une langue aussi travaillée que percutante. Par l’écrit et l’amour, elle expérimente la souffrance, signe d’un véritable amour. L’empêchement est toujours extrêmement bien mis en scène, tout comme l’attachement d’Albertine pour Julien qui se sent un peu perdu face à tous les mots qu’il engendre malgré lui.

L’Astragale est un film sur l’amour, sur l’absence de l’autre comme d’une terre où poser un pied bloqué. Albertine est apatride, mais partout elle envahit l’espace. Julien créer de l’amour autour de lui sans le vouloir vraiment. Il y a dans ce film, autant de tendresse que de dureté, celle pourtant magnifiée des prostituées qui font claquer leurs talons sur les trottoirs parisiens. Albertine n’a besoin d’aucune drogue, on lui propose pourtant l’opium. La sienne c’est d’être une amoureuse transie, entière et libre. Toujours de biais, même quand elle est photographiée, la vie d’Albertine aura été rythmée par la passion et la débauche, c’est elle qui le dit, mais surtout par un succès littéraire. Ce très beau film, simple et romanesque, lui rend un hommage vibrant. On vibre d’ailleurs en musique avec un thème récurrent teinté de violon qui achève d’entourer L‘Astragale d’un charme éternel. D’autant que tous les acteurs offrent une partition éclatante, Leïla Bekhti en Albertine en tête, sa voix qui lit comme son visage et son corps sont tout entier dans cette histoire de femme libre, mais attachée à l’amour. Reda Kateb, Esther Garrel, Jocelyne Desverchère, India hair impriment eux aussi leur présence, à jamais figée sur une pellicule en mouvement qui dit la force du cinéma : faire vivre des figures réelles ou imaginées et leur faire traverser le temps sans ombrage. « C’est également le portrait d’une jeune femme dont la passion de l’extrême, l’amour de la liberté et l’ivresse de la jeunesse en font une héroïne éternellement moderne. Albertine n’appartient à rien, elle s’appartient. Elle est son monde, sa terre, sa propre planète. Une planète en feu qui explosera plus tard en plein vol. »* Albertine Sarrazin, la vraie, est morte à 29 ans à la suite d’une erreur médicale.

*Brigitte Sy à propos de son héroïne, citation rapportée par Allociné.

Synopsis : Une nuit d’avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l’os du pied : l’astragale. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l’emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu’il mène sa vie de malfrat en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté et pour supporter la douloureuse absence de Julien…

EN VIDEO – Découvrez la bande annonce du film

Fiche technique – L’Astragale

Date de sortie : 8 avril 2015
Réalisation : Brigitte Sy
Scénario : Brigitte Sy et Serge Le Péron
Interprètes : Leïla Bekhti (Albertine), Reda Kateb (Julien), Esther Garrel (Marie), Jocelyne Desverchere (Nini), India Hair (Suzy)
Compositeur : Béatrice Thiriet
Producteur : Paulo BrancoDirecteur de la photographie : Frédéric Serve
Monteuse : Julie Dupré
Distributeur : Alfama Films

 

Spotless, Saison 1 : critique de la série

Dernière née des créations originales de Canal+, Spotless est une série franco-britannique qui réunit deux concepteurs anglophones, soit l’Américaine Corinne Marrinan (Les Experts) et le Britannique Ed McCardie (Shameless), et un metteur en scène français, Pascal Chaumeil (auquel on doit notamment la comédie L’Arnacoeur). Premier constat, si le rythme est plutôt lent, on ne s’ennuie pas devant Spotless puisque, si la série prend le temps de poser ses personnages, l’intrigue avance assez vite, rebondit. A l’image des personnages principaux, la série ne dort jamais.

Synopsis : Cela fait des années qu’ils ne se sont pas vus lorsque Martin, un loser qui multiplie les mauvaises fréquentations et accumule les problèmes, débarque chez son frère, Jean, un Frenchy installé à Londres où il mène une vie bien rangée. Martin n’est pas le bienvenu. Jean a tiré un trait sur son passé. Mais le métier de Jean, nettoyeur de scènes de crimes, et le don de Martin d’attirer les embrouilles vont très vite les propulser dans l’univers à la fois sordide et délirant du crime organisé.

Le crime est leur affaire

Si Jean, premier personnage qu’on aperçoit à l’écran, est nettoyeur de scènes de crimes, vidées de leurs cadavres, dans sa vie professionnelle, il a lissé sa vie de famille derrière une façade chic et parfaite : un beau pavillon, une belle femme et deux enfants qui intègrent des écoles privées. Pour passer le temps et défaire ses démons, il a une maîtresse. Rien de bien orignal jusque-là, mais c’est comme ça qu’est d’abord présenté Jean Bastière (Marc-André Grondin). On le voit jouer (et jouir par la même occasion) avec sa maîtresse, nettoyer du sang et de la cervelle puis rentrer chez lui où l’attend son frère, l’élément déclencheur. A rebours de la vie toute proprette de Jean, Martin (Denis Ménochet) déménage. Imposant physiquement, sans éducation et un peu paumé, il vient bouleverser  la vie de son frère (qui se croyait jusque-là hyper moral) auquel il révèle qu’il a dans sa camionnette un frigo avec un cadavre dedans et de la drogue dans la morte en prime. De quoi plonger les deux frères de sangs (dans tous les sens du terme) dans une macabre association avec un malfrat, poète à ses heures, Nelson Clay et ses acolytes tous plus mafieux et drôles (malgré eux) les uns que les autres. Beaucoup d’influences tournent autour de cette série tragi-comique. On pense alors à Breaking Bad, Dexter ou encore True Dedective (pour le générique). Autant de grands frères, que les frères Bastière frôlent sans les dépasser bien entendu.  Ils s’embarquent dans un engrenage déjà-vu, mais on s’attache à leur histoire, à cette inévitable descente aux enfers. Jean, le plus frêle, devient de plus en plus froid et distant (avec sa femme et ses enfants, mais aussi avec sa tâche ingrate et délicate) alors que Martin, au premier abord plus repoussant, devient plus consistant, plus touchant dans sa façon d’être à rebrousse poil, dans le mauvais sens.

Du sang et des bons mots

Côté seconds rôles, on déplore que la famille soit plutôt sous-exploitée, si la rébellion pointe chez la femme de Jean, Julie, elle n’explose jamais et c’est bien dommage. La série repose sur l’association de deux contraires qu’une sombre histoire de cadavre dans l’eau, en France, a séparé tout autant que rapproché (mais cette image mystérieuse revient trop souvent). Portée par une mise en scène intelligente, léchée et imposante, la série se laisse regarder avec plaisir, d’autant qu’on cherche toujours à savoir ce qui va bien pouvoir se passer ensuite. Pourtant, Spotless n’est pas une série si addictive, car elle réutilise des codes usés jusqu’à la corde, mais en se les réappropriant. On devine alors que la force de la série repose toute entière sur son casting, impeccable, et sur ses dialogues, qui font souvent mouches. Parfois très écrites, parfois plus spontanées, les répliques sont un régale. Les situations, un peu moins. Une fois une ou deux scènes de crimes nettoyées, l’idée paraît réchauffée, même si la BO* rend tout ça beaucoup plus accrocheur. Les concepteurs s’accrochent donc à une vision de Londres, souvent filmée en série, plus noire, moins carte postale. Les Anglais rient des Français, les Français des Anglais et ainsi de suite, le cliché se dévisse et s’expatrie. Le jeu des apparences est parfois inattendu, mais parfois seulement. Les auteurs jouent sans arrêt du décalage, musicale (du Trenet dans le premier épisode ou encore Guy Béart dans le troisième), tout autant que fraternel ou visuel. Les foyers deviennent des reflets de leurs occupants, plus que jamais, l’épaisseur psychologique des personnages vient aussi de là. Chacun a la tête de l’emploi et Spotless s’écrit comme une série avec du sang français, mais sans avoir à en rougir, au contraire. La série oscille sans cesse entre notre bonne vieille vulgarité, notre esprit de confrontation et ce petit quelque chose dans l’humour et dans la classe dont seuls les anglais ont le secret. Dans Spotless, tout est sale puis propre l’instant d’après, jusqu’à ce qu’une petite goutte (de sang ou d’eau dans le vase) fasse tout déborder. A suivre donc !

* EN VIDEO – Découvrez le générique et la bande originale de Spotless, composée par Timber Timbre

Fiche Technique – Spotless :

Titre original : Spotless
Genre : thriller, horreur
Création : Ed McCardie, Corinne Marrinan
Acteurs : Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison, Doug Allen, Liam Garrigan, Ciarán Owens, Kate Magowan, Tanya Fear, Naomi Radcliffe, Lucy Akhurst, Jemma Donovan, Niall Hayes, Brendan Coyle…
Pays d’origine : France
Drapeau : Royaume-Uni
Chaîne d’origine : Canal+
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 10
Durée : 52 minutes
Diff. originale : 16 mars 2015 – en production

France – 2015