Turn, saison 1: Critique de la série

Synopsis : La Guerre d’Indépendance fait rage aux Amériques en cette fin de XVIIIème siècle. Abe Woodhull, un simple paysan, va se retrouver à cause de ses convictions, comme le tout premier espion d’un réseau, créé par George Washington, alors commandant de l’armée d’indépendance.

Indépendance

Guerre civile, guerre familiale

Qu’on lui voue une haine sans limites où qu’on lui porte un amour sans fin, les U.S.A. est un pays qui fascine. Fascination due à des contradictions innombrables, héritées d’une Histoire certes récente, mais d’une incroyable complexité. C’est le passage le plus important de cette Histoire, que Craig Silverstein nous invite à parcourir : la Guerre d’Indépendance. Elle fut à la fois une guerre classique entre deux états, mais aussi une guerre civile entre loyalistes (fidèles à la couronne d’Angleterre) et patriotes (partisans de l’indépendance des colonies), parfois au sein d’une même famille. Ce qu’il y a de très particulier dans cette affaire, c’est que les patriotes qui sont à la base des colons, se sont comportés vis-à-vis des britanniques, comme des colonisés en train de chasser l’envahisseur.

Commander in chief

Sans aborder les qualités purement techniques de la série, Turn a un réel intérêt pédagogique. Car, même si l’on peut regarder les U.S.A. avec mépris, on ne peut nier que comprendre les fondements historiques de la plus grande puissance mondiale, aide à comprendre le monde d’aujourd’hui et notamment, l’idéologie de tout un peuple. On assimile mieux, les causes de la création du premier réseau d’espions à grande échelle, avec l’approbation de George Washington. On comprend mieux ce statut de « commander in chief » qu’a chaque président des U.S.A. Bref, on appréhende mieux l’importance de cette guerre, entre les tuniques bleues et les tuniques rouges et pourquoi, le peuple américain, se sent aujourd’hui tellement à part.

Récréer une époque

Ce travail historique passe par un travail étonnant sur les décors, les costumes et la recréation d’un contexte. On sent la volonté de la production d’être la plus authentique possible, d’être irréprochable de ce côté-là. Il faut reconnaître qu’à part quelques fonds verts parfois douteux (mais économiques c’est vrai), le sentiment d’immersion est bien réel. On sent un pays au développement économique encore incertain, des colons qui triment alors que les représentants de la couronne semblent bien vivre, d’où cette volonté d’autonomie qui grandit peu à peu.

Spy game

L’idée de traiter cette Histoire par le biais de la création du premier réseau d’espions, appelé le Culper Ring, a pour but de mettre du suspense et de l’action dans la série. Dans les premiers épisodes, cette idée fonctionne peu, voir pas du tout. Car la série peine vraiment à trouver un rythme et prend peut-être trop de temps à se mettre en place. Puis ça vient peu à peu, et les derniers épisodes sont enfin dignes de ce qui peut se faire de mieux avec de telles contraintes historiques. Ce rythme enfin trouvé doit être conservé pour les saisons suivantes, sous peine de signer à brève échéance la fin d’une histoire captivante.

Casting so british

Ce qui serait dommage, avec un tel casting qui, des stars aux moins stars, parvient à donner corps à des personnages entrés dans l’histoire mondiale. Même si Seth Numrich (The Good Wife) manque cruellement d’épaisseur, il est « compensé » par d’autres acteurs tels que Kevin McNally (Pirates Des Caraïbes) en charismatique homme de loi. Au générique également le toujours excellent Angus Macfayden (Equilibrium, Braveheart), sorte de gros ours aussi dangereux qu’un reptile (drôle de mélange). Sans oublier Jamie Bell, révélé à l’âge de 12 ans dans Billy Elliot et qui se trace depuis, une carrière tranquille et de qualité, avec des films comme Snowpiercer et Nymphomaniac.

Apprendre et comprendre

Il faut prendre votre temps avec Turn, autant qu’elle prendra son temps avec vous. Se dire qu’à défaut d’attendre ses qualités techniques (qui finissent par arriver), il faut apprécier ce qu’elle a à vous raconter. Il faut prendre le temps d’écouter cette Histoire, avant de découvrir comment elle va nous être racontée. Le seul vrai défaut de Turn, reste finalement son retard à l’allumage, qui fera peut-être décrocher certains spectateurs. Pour les autres, ils comprendront combien on peut se tromper sur la supposée pauvreté de l’histoire de cette jeune nation, et combien il y a à apprendre sur les motivations d’un peuple, dont on ne sait jamais s’il nous attire ou nous révulse.

Turn : Bande annonce

Turn – Fiche Technique 

Scénario : Craig Silverstein, d’après Washington’s Pies d’Alexander Rose
Diffuseurs : AMC & OCS Max (pour la France)
Pays : U.S.A.
Format : 10 épisodes de 42’
Statut: en production
Première diffusion : 6 avril 2014
Sortie DVD : 22 avril 2015
Distribution : Jamie Bell, Seth Numrich, Daniel Henshall, Heather Lind, Meegan Warner, Kevin R. McNally, Burn Gorman et Angus Mcfayden.

 

 

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Toutes mes sœurs : projection privée

Massoud Bakhshi a filmé ses deux nièces depuis l'enfance. Il nous en restitue le montage, avec l'ambition de parler, à travers ce cas particulier, de la société iranienne dans son ensemble. Le pari n'est que très partiellement tenu.

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : l’appel du nanar

"La Bataille de Gaulle : L'âge de fer" d'Antonin Baudry s'annonçait comme le film historique événement de l'année. Pourtant, sous ses airs de fresque ambitieuse sur les débuts de la France libre, le premier volet de ce diptyque consacré au général Charles De Gaulle peine à convaincre. Le récit, très dense, s'essouffle en voulant tout montrer sans rien approfondir. Pire encore, un second degré forcé et une caricature appuyée de certains personnages font glisser l'œuvre vers un registre involontairement burlesque. Un nanar en costume, certes soigné, mais qui trahit le sujet qu'il prétendait honorer.

The Plague : dans la peau des autres

La peste n'a pas besoin d'exister pour faire des dégâts, il suffit qu'un groupe décide d'y croire. Révélé à Un Certain Regard en 2025, "The Plague" est un thriller tendu sur la mécanique du harcèlement chez des garçons de douze ans : comment la violence s'organise, se légitime, se transmet et ce qu'il en coûte de la regarder sans bouger.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.