Pour son quatrième long-métrage, Saverio Costanzo retrouve Alba Rohrwacher, présente dans son précédent film « La solitude des nombres premiers », en adaptant le roman de Marco Franzoso « Il Bambino Indaco« . Une comédie romantique en apparence, devenant un huis-clos étouffant et puissant, face à la folie d’une femme.
Synopsis : Jude est Américain, Mina Italienne. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.
Au cœur de la folie
Le film, Hungry Hearts s’ouvre sur une première scène drôle et tendre. Elle se déroule dans les toilettes d’un restaurant asiatique, Jude (Adam Driver) va y faire la rencontre de Mina (Alba Rohrwacher). Par un concours de circonstances, ils vont se retrouver enfermer dans cet espace restreint. Ils vont tomber sous le charme de l’un et de l’autre, une belle passion naît sous nos yeux.
Cette passion a pour cadre New-York, mais elle est italienne et va bientôt être muter dans son pays. Cela aurait dû être une relation éphémère, tel un amour de vacances d’été. Mais elle va tomber enceinte, ils se marient et leur foyer va devenir un havre de paix et d’amour….
La comédie romantique, bascule rapidement en un drame psychologique glaçant pour le spectateur, face à l’impuissance d’un Adam Driver amoureux, ne sachant plus comment faire face à la folie grandissante d’Alba Rohrwacher. Ils ne se connaissent pas vraiment, leur relation est toute récente et la phobie de cette femme face à la modernité de ce monde, va devenir de plus en plus présente. La grossesse accentue ses peurs, elle rejette tout médicaments, tout contacts avec des appareils technologiques et ne se nourrit que de produits naturels. Elle se met physiquement en danger, tout comme l’enfant qu’elle porte.
Le malaise s’est installé sournoisement, comme la folie de cette femme. L’atmosphère devient pesante, la paranoïa s’installe. On se sent mal à l’aise, la réalisation accentuant cet état, en collant aux visages, scrutant les regards, ou ne brille plus la tendresse du début. Saverio Costanzo filme sous tout les angles, cette famille. Il donne l’impression de se retrouver l’œil coller à un microscope, observant à la loupe, un drame se déroulant dans un huis-clos angoissant. L’image devient distordue au fil du récit, à l’image de la dégradation mentale et physique d’Alba Rohrwacher. Saverio Costanzo use et abuse d’effets avec sa caméra, c’est parfois agaçant, mais souvent envoûtant. Il n’y a pas de distanciation, il fait corps avec ses acteurs, avec l’histoire et ne nous laisse pas de répit, en nous rendant aussi paranoïaque, ou chaque mot, ou geste, peut faire basculer le film dans l’horreur.
Cette plongée dans les méandres du cerveau humain, est en permanence sur la corde raide. A tout moment, on a l’impression que le film, va devenir pesant et finir par s’effondrer, en ne sachant pas maintenir l’état d’angoisse, dans lequel, il nous a plongé. Mais il parvient à nous tenir en haleine, avec l’irruption de la grand-mère paternelle, interprétée par Roberta Maxwell. Avec son apparition, Hungry Hearts flirte avec le fantastique et fait irrémédiablement penser au « Rosemary’s Baby » de Roman Polanski. Alba Rohrwacher, marche dans les pas de Mia Farrow, en se victimisant face à cette famille de carnivores. Les rapports deviennent agressifs, les échanges verbaux sont violents. C’est parfois excessif, le trait étant accentué, arrachant des rires nerveux, mais sans que l’angoisse disparaisse.
Le couple Adam Driver et Alban Rohrwacher est impressionnant. Le premier révélait pas la série « Girls », ne cesse de surprendre et de démontrer son talent, que ce soit dans la comédie ou le drame. La seconde confirme son talent dans les rôles extrêmes, malgré une tendance à l’exagération, pouvant devenir un brin agaçant. Il n’est pas étonnant que chacun ait reçu la coupe Volpi du meilleur acteur et actrice, à la Mostra de Venise.
Cette mise en abyme de l’être humain, ou la mère semble la coupable idéale, est plus subtile en profondeur. On se retrouve en immersion, dans un New-York bruyant, dans cette famille au bord du gouffre. Saverio Costanzo a su faire d’une comédie dramatique, un drame psychologique, dont on ne sort pas indemne.
Hungry Hearts : Bande-annonce
Fiche technique : Hungry Hearts
Italie – 2014
Réalisation : Saverio Costanzo
Scénario : Saverio Costanzo, d’après le roman de Marco Franzoso
Distribution : Adam Driver, Alba Rohrwacher, Roberta Maxwell, Jake Weber, David Aaron Baker, Natalie Gold, Al Roffe, Geisha Otero, Jason Selvig et Victoria Cartegina
Photographie : Fabio Cianchetti
Montage : Francesca Calvelli
Musique : Nicola Piovani
Production : Wild Side et RAI Cinéma
Distribution : BAC Films
Genre : Drame
Durée : 109 minutes
Date de sortie : 25 Février 2015
Si certains se questionnaient encore sur l’empreinte que laisserait le fantasque Wes Anderson dans le petit monde des réalisateurs qui participent à l’évolution du cinéma, l’année 2014 a sans doute effacé bien des doutes. En effet, l’un des films à retenir de l’année passée est évidemment The Grand Budapest Hotel, qui marque une césure dans la carrière du réalisateur, non pas sur la qualité, toujours présente depuis une bonne décennie, mais sur sa résonance sur le grand public et sa réception auprès de ses pairs. Il est vrai qu’en Europe, et plus particulièrement en France, il n’est pas rare que l’on soit surpris du manque d’intérêt que les américains portent, parfois, aux plus brillants de leurs réalisateurs, comme Woody Allen par exemple. Il serait injuste, et surtout mensonger de crier haut et fort que la vague colorée de Wes Anderson ne trouve son public que sur le vieux continent. Mais l’œuvre déjà importante du réalisateur, qui n’est ni jeune ni vieux (intemporalité que l’on retrouve dans beaucoup de ses films par ailleurs), n’a jamais suscité l’intérêt qu’elle mérite outre atlantique, même si l’influence qu’elle exerce est déjà visible sur la nouvelle génération.
Cela dit, on remarque que son huitième long métrage, est construit sur les mêmes bases que ses précédents films. Un casting constitué d’acteurs dont on ne comprend pas que la simple réunion ne déplace pas les foules (Murray, Fiennes, Swinton, Dafoe, Norton…). Une patte scénaristique qui ne finit pas de nous surprendre, jonglant avec les codes de la comédie et du drame, et surtout une signature visuelle reconnaissable d’entre mille, qui le range dans la très petite famille des réalisateurs identifiable en cinq seconde chrono. Et même si le film peut paraître moins intimiste que Moonrise Kingdom, moins « cute » que Fantastic Mr. Fox, moins novateur que Rushmore, le film n’en reste pas moins excellent. Et cette fois ça marche ! Ça marche en salle : en France, un succès triple du Darjeeling Limited, le film qui jusqu’alors avait rempli le plus les salles de cinémas en 2007; aux States, un box office avoisinant les 60 millions de dollars ! (30% de plus que son dernier film, Moonrise Kingdom en 2012). Et surtout des revenus mondiaux qui font de lui le 39ème film le plus lucratif de l’année (du même ordre que Fury en guise de comparaison). Wes Anderson s’est donc ouvert au grand public, une éclosion qui se traduit par une pluie de récompense en fin d’année (Meilleur Comédie aux Golden Globes, Meilleur scénario original aux BAFTA), et se concrétise, par le triomphe que l’on connait aux Oscars : Pas vraiment surprenant, mais un peu grisant on l’imagine, pour le réalisateur boudé depuis ses débuts par l’académie.
Si jamais vous avez loupé The Grand Budapest Hotel, si jamais vous ne vous êtes jamais laissez tenter par les extravagances du fabuleux fabuliste Wes Anderson, les lignes qui suivent vous inviteront peut-être, à découvrir son univers à travers un court métrage qui est venu ponctuer sa filmographie. Cela s’adresse évidemment aussi aux fans de la première heure, ou encore, plus intéressant, à ses plus féroces détracteurs. Bref, que vous connaissiez ou non, que vous aimiez ou pas, Wes Anderson ne vous laissera pas insensible.
Hôtel Chevalier: l’échantillon de génie
Son second court métrage, Hôtel Chevalier, sort en 2007. Il s’agit de l’épilogue du long métrage A bord du Darjeling Limited, sorti la même année. A l’affiche : le charmant Jason Schwartzman et la sublime Natalie Portman. On apprendra que les deux acteurs n’ont pas facturé leur prestation ; élégant. D’une durée de 13 minutes, le film condense tout le génie du réalisateur, et le résultat, très digeste, est une belle vitrine du « style Anderson ». Nous sommes à Paris, dans le très chic hôtel Chevalier, théâtre des retrouvailles entre les deux protagonistes.
Il s’agit en effet d’une scène de réconciliation entre les deux amants, mais le récit n’a absolument aucune vocation explicative, et les dialogues encore moins. Distillées avec parcimonie, les phrases « érotico-comiques » disent autant que les longs silences qui s’attardent. Et Wes Anderson utilise tout autant l’environnement pour faire parler ses personnages: le décor minutieusement travaillé interagit avec ses occupants, une embrasure de porte en guise de cadre, un regard caméra dans le miroir, une musique déclenchée par Jason Schwartzman, une série de bibelots avec laquelle s’amuse Natalie Portman… Bref tout ce qui se voit doit être vu, et c’est ce qui fascine sur le rendu visuel de Wes Anderson, ici très chaudement habillé par la photographie de Robert Yeoman (habilleur officiel des films de Wes depuis ses débuts). Et on pourrait croire que ce culte de l’image, de l’esthétique aurait tendance à « manger » le personnage, car la symétrie hypnotise et les couleurs bercent ; mais Mr Schwartzman et Mme Portman livrent une performance très « physique », au delà de la consommation de leur amour retrouvé évidemment.
Leurs corps, présents, contrastent et se fondent étrangement dans cette chambre, et ils se jouent de l’image du couple : Natalie Portman, le cheveux court se présente bouquet de fleur à la main, bâtonnet de bois à la bouche qu’elle grignote négligemment. Jason Schwartzman, lui, s’est finement âpreté. Ce coup de téléphone reçu l’a apparemment réveillé d’une léthargie qui s’installait. Ils se retrouvent, ils s’enlacent. Leurs silhouettes sensiblement de la même taille se répondent, et tous deux de gris vêtus, ils finissent par se dévêtir. Et, suite à l’acte consommé, dans un ralenti d’une rare élégance, Jason rhabille Natalie d’un éclatant peignoir jaune, tandis que lui demeure dans son costume gris, et ils sortent sur le balcon dans l’air froid de Paris, sur un fond Haussmannien. Et tout est frais, on respire en quittant cette chambre dans laquelle on commençait à suffoquer. Et il y a une seconde l’homme ressortait de l’écran, assombrissant l’éclat jaunâtre de la chambre à coucher, maintenant c’est la femme qui dévore l’image, irradiant devant la ville qui grisonne. C’est 13 minutes parmi tant d’autres, un soupir, un instant de vie capturé , dans lequel s’amusent et se retrouvent deux personnes qui s’aimantent et se repoussent.
Petit aparté: Vous tomberez certainement aussi, sous le charme de la musique. Sachez qu’elle s’intitule « Where do you go to, my Lovely », interprétée par Peter Sarstedt en 1969. Et, pour les plus curieux, Wes Anderson a également réalisé un second court métrage en 2009, Castello Cavalcanti pour le compte de Prada, avec encore le même: l’excellent Jason Schwartzman.
Ce petit quart d’heure en couleur fait étal de l’essence du cinéma de W. Anderson, car le réalisateur fait encore utilisation de cette même recette qui lui réussit tant (s’en lassera t-on un jour ? La question peut être posée.).
C’est à dire, dans un premier temps l’utilisation d’acteurs, soit dans des rôles peu orthodoxes, soit en tant que figures récurrentes. En effet, les personnages endossés détonnent parfois avec leur filmographie passée (comme Natalie Portman) ou en assurent la continuité (comme Jason Scwhartzman). Par exemple, Edward Norton, à contre emploi dans Moonrise Kingdom, en chef scout désabusé. L’actrice, à la fois oscarisée et égérie, sait parfaitement alterner entre production hollywoodienne et cinéma indépendant, (catégorie prisée par le cinéaste puisque que l’on peut également citer Gwyneth Paltrow dans La famille Tenenbaum ou Tilda Swinton dans The Grand Budapest Hotel) fait don de sa personne, et fait figure de muse pour l’artiste texan. Offrant par la même occasion, ce que l’on pourrait pompeusement appeler » la quintessence de l’inspiration artistique » à savoir: le nu féminin. Et oui, on se dénude pour Wes Anderson !
Pour lui donner la réplique, le dandy moustachu: Jason Schwartzman. Acteur qu’on ne dissocie plus de l’œuvre de celui qui lui a donné son premier rôle à l’âge de 18 ans. (Rushmore, 1998). Jason compte aujourd’hui 5 apparitions (sur 8 longs métrages) autant dire que nous l’avons vu grandir à travers ces films. Il fait partie de ceux qui vous indiquent que vous regardez peut être un Wes Anderson (avec Bill Murray et Owen Wilson, respectivement 7 et 6 apparitions). Tout cela pour dire, que le cinéaste sait s’entourer, et s’est même constitué une petite équipe qui ne le lâche plus. Cela vaut également pour son entourage technique, avec, Robert Yeoman à la photo, Alexandre Desplat à la musique depuis 2009, et, aux costumes à 3 reprises Milena Canonero, ancienne collaboratrice de S. Kubrick (Barry Lyndon, Shining)
Après avoir dressé ce catalogue de ceux qui font le style Anderson, nous nous pencherons dans un second temps sur ce qui fait ce même style. Et ce, à travers le court métrage présenté ci dessus, car tout ne peut pas être détaillé. Tout d’abord, on observe qu’il y règne une certaine frontalité, lui conférant des traits assez théâtraux (où l’on joue face au public). Cette frontalité se traduit notamment dans des cadrages serrés sur les personnages et des regards caméras, mais aussi par une symétrie axiale prononcée du décor. Parfois cet affrontement dans le cadre se substitue à un plan « latéral » qui vient profiler la scène. Pour animer ces plans statiques, le cinéaste est friand des travellings, qui viennent approfondir l’environnement ou simplement suivre assez mécaniquement le personnage dans son mouvement. Cette animation est parfois atténuée par un ralenti, qui souligne la volupté des déplacements et la précision du détail. Au sein de ce ballet, les acteurs viennent et se retirent de façon très chorégraphiée pour rompre avec cette manière automate de filmer. Enfin, pour « assaisonner » le tout, la photographie et le décors confèrent toujours une atmosphère confortable mais qui questionnent le spectateur sur le lieu et la date de l’action. Et résulte alors de ces tableaux, un esthétisme aux couleurs onirique et aux odeurs poétiques.
Fiche technique – Hotel Chevalier
Titre original : Hotel Chevalier Titre français : Hôtel Chevalier Réalisation : Wes Anderson Scénario : Wes Anderson Photographie : Robert Yeoman Direction artistique : Kris Moran Son : Emmanuel Desmadryl Montage : Vincent Marchand Production : Wes Anderson Coproduction : Alice Bamford Exécutive : Thierry Bettas-Bégalin, Jérôme Rucki, Nicolas Saada Associée : Pierre Cléaud Sociétés de production : Fox Searchlight Pictures, American Empirical Pictures, en association avec Première Heure Sociétés de distribution : Twentieth Century Fox Film Corporation Pays d’origine : États-Unis, France Format : couleurs – 35 mm – 2,35:1 – Son Dolby Digital Genre : drame Durée : 13 minutes Dates de sortie France : 19 mars 2008
Il y a cette neige assassine, qui recouvre le monde et efface toute trace de civilisation, ce désert, comme un enfer blanc synonyme de froid intense et de mort rapide, angoissante et qui rend toute l’existence plus difficile. Une neige immaculée, que les traînées du sang des morts marquent au fer rouge. Née d’un monde en sommeil, cette neige est peut-être le personnage principal de Fargo, omniprésente, étouffante, elle fragilise la condition humaine et sans hésiter : tue les faibles. Ne l’affrontent que les plus retors, le reste de l’humanité sera contraint de se terrer en espérant de meilleurs auspices. C’est d’ailleurs elle, cette neige, qui commet le tout premier meurtre dans Fargo, quant aux autres…
Synopsis : À Bemidji, Minnesota, l’arrivée du tueur Lorne Malvo va semer la mort et révéler la nature profonde et parfois sombre, des habitants de cette ville perdue dans la neige et le froid.
Snow White
Il y a « casting »…
Fargo n’usurpe pas le qualificatif de série absolue, tant ses producteurs (les frères Coen) ont compris il y a longtemps que la réussite passe par le souci du détail. Qu’il s’agisse du scénario, du montage, de la mise en scène ou des acteurs, le hasard n’a pas été convié à la fête. Le casting tutoie les sommets du jeu d’acteur, les choix faits sont formidables, connus ou moins connus ont su faire de leur rôle un costume sur mesure. D’Allison Tolman (Prison Break) à Colin Hanks (Band Of Brothers, Mad Men, N.C.I.S.), tous surfent sur un petit nuage, état de grâce aux connaissances d’alchimistes des deux frères.
…et « casting » !
Malgré tout, deux d’entre eux arrivent à se hisser un cran au-dessus, à toucher du doigt le jeu des dieux. Martin Freeman (Petits Meurtres À l’Anglaise, Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde) est exceptionnel, probablement taxé d’agaçant par certains par un jeu tout en mouvement, en mimiques très appuyées, mais reflet d’un personnage aux nerfs à vif et sans cesse sur la corde. Son évolution, partant du petit employé de bureau insignifiant, passant par le tueur extraverti pour finir sur l’ignoble qu’il devient, donne toute sa mesure au talent de Martin Freeman. Et Dieu : Billy Bob Thornton (The Djudge, Intolérable Cruauté, U-Turn), vieux routard du cinéma et ami des Coen (et de Lemmy Kilmister, c’est dire…), acteur roublard confirmé et admirable, étale à l’écran un talent au-delà de l’imaginable. Les deux frères, s’ils ne font ici que produire, ont toujours su fabriquer du méchant. Aidés ici par Noah Hawley (Bones) et inversement, ils ont fait de Lorne Malvo une de leurs plus belles réussites. Tueur malingre, mais au charisme et à l’intelligence terrifiantes, Billy Bob Thornton fait sien ce rôle et marque la série d’un sang criminel.
Le sens du rythme…
La maîtrise ne s’arrête pas au jeu des acteurs, elle est dans le rythme, dans un montage qui sait quand le spectateur pourrait s’ennuyer, lui offrant alors au choix un peu d’amour, une tension intenable, des crimes montés tels casse-têtes, des duels de tueurs sous la tempête de neige du siècle (séquence mémorable), des ploucs pas si ploucs et des pourris vraiment pourris. Ce rythme presque scientifique fusionne littéralement en un incroyable coït cinématographique avec une mise en scène digne d’un grand film, digne des Coen, digne de cette neige, ce blanc uniforme symbole de l’union de toutes les couleurs en un vide angoissant, un vide qui mènera à la mort pleine d’ironie de Lester.
…et le souci du détail
Jusque dans les détails la série force le respect, d’une musique pleine de mélancolie mortelle (ce violon !), instillant une atmosphère quasi mystique, faisant de Lorne Malvo le bras armé de la Mort et de Lester, l’agneau finalement sacrifié sur l’autel du Mal humain. Jusque dans les détails se trouve l’équilibre entre l’humour, la violence débridée, le suspense des plus crispants et surtout, l’arme maîtresse qui fit, fait et fera la marque des frères : l’ironie.
La faim dès la fin
Dès que s’achève le dernier épisode, la faim se fait sentir, l’envie d’un « encore » survient, car quand on a goûté au meilleur, le reste peut paraître bien fade. Fargo est digne du long-métrage dont elle s’inspire, digne de ses créateurs, telle une fille prodigue qui aurait été au-delà des espoirs de ses géniteurs. Si la perfection n’est pas de ce monde, elle est peut-être de celui de l’audio-visuel et il faut bien l’admettre Noah Hawley n’en est pas loin cette fois. Le mérite est partagé entre le créateur et les producteurs car comme chacun sait, aux U.S.A., la place de celui qui produit est bien plus importante que par chez nous, les Oscars en témoignent. Mais ensuite, ne demeure que le sentiment d’avoir vécu le surnaturel, d’avoir vu plus qu’une simple série télévisée, plus que de prosaïques caméras, projecteurs, ou claps qui seraient à l’origine d’un tel moment de grâce. Fargo est bien plus que ça, Fargo est une parenthèse indéfinie, qu’on ressent sans savoir comment.
Fargo – FX – Season 1 – Trailer – Philosophy
Fiche Technique – Fargo
Créateur : Noah Hawley
Année : 2014
Origine : U.S.A.
Producteurs : Joel et Ethan Coen
Diffuseur : FX, FXX Canada et Netflix
Réalisateurs : Adam Bernstein, Randall Einhorn, Colin Bucksey, Scott Winant et Matt Shakman
Format : 10 épisodes de 52’
Récompenses :
Critics Choice Television Award 2014 :
Meilleure mini-série
Meilleur acteur : Billy Bob Thornton
Meilleur actrice dans un second rôle : Allison Tolman
Jupiter le destin de l’univers : une histoire à la fois trop et pas assez ambitieuse
Synopsis : des extraterrestres tentent d’assassiner Jupiter Jones (Mila Kunis), femme de ménage d’origine russe. La raison : elle est la réincarnation de la matriarche du millénaire clan Abrasax, qui possède de nombreuses planètes, dont la terre qui lui revient en héritage, ce qui pourrait modifier les équilibres de pouvoir entre les trois frères et sœurs. Son chemin pour réclamer son titre sera dangereux : elle pourra heureusement compter sur la protection de Cain Wise (Channing Tatum), un chasseur de prime aux talents légendaires.
Le cinéma d’auteur des Wachowski
Les Wachowski sont un cas à part dans l’industrie cinématographique. Après le succès du premier Matrix, tout le monde pensait assister à l’arrivée de nouveaux Steven Spielberg, capables de produire des films intelligents, spectaculaires et grand public. La cassure s’est pourtant opérée dès Matrix Reloaded et Revolutions : malgré des scènes épatantes comme celle de l’autoroute où de l’attaque des machines, le public n’a pas compris ou tout simplement pas aimé la direction prise par le scénario. La confiance n’a jamais été redonnée à Andy et Lana : Speed Racer a été un terrible échec, Cloud Atlas aussi (mais sur un sujet plus difficile). Jupiter : le destin de l’univers (un titre français assez étrange puisqu’il n’est question que de celui de la Terre) est peut-être leur dernière chance de réaliser un énorme blockbuster.
Ce projet a été lancé à une époque où chaque studio voulait un gros projet de science-fiction, ce qui en terme de box-office a donné des drames (John Carter, la stratégie Ender) des petites réussites (Edge of Tomorrow ou Pacific Rim, rentables grâce à l’international) et peu de gros cartons (les Gardiens de la galaxie, Interstellar). Malgré une bande annonce présentée fin 2013, le film n’est sorti qu’en ce début d’année dans un climat de scepticisme global.
Pourquoi ? Peut-être est-ce parce que malgré leur caractère grand public, les films des Wachowski sont des films très personnels, avec des thématiques fortes et récurrentes : volonté de mettre en avant des figures féminines fortes, intérêt pour l’idée de réincarnation et de destinée, lutte contre le capitalisme mangeur d’hommes, ou même cette étrange fascination pour les scènes qui se déroulent dans des toilettes. Même quand ils adaptent un matériel déjà existant, leur double casquette de réalisateur et de scénariste fait que l’on reconnaît immédiatement leur style, qui, on l’a vu fascine autant les uns qu’il ne repousse les autres.
Depuis Matrix Reloaded, les Wachowski ont la fâcheuse tendance à en vouloir trop oubliant le dicton : « le mieux est l’ennemi du bien ». En multipliant les épisodes sans les développer, ils créent un sentiment de trop et de trop peu chez le spectateur. On se souvient de l’épisode complètement bâclé de la synchronisation des trois capitaines dans Matrix Reloaded, de la dernière course de Speed Racer, ou des six segments qui composaient Cloud Atlas, chacun ayant assez de substance pour être un long métrage.
Une fois encore, il y a deux histoires dans les deux heures de Jupiter. La première est tout simplement un remake de Matrix : comme Néo, Jupiter l’élue exerce un travail qui l’abrutit et ne la laisse même pas rêver d’un avenir meilleur. Alors que des puissances supérieures veulent la tuer, elle est sauvée par un personnage mystérieux qui l’a cherchée toute sa vie et qui va lui révéler non seulement que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, mais qu’elle se trouve au centre de tous les conflits.
Lorsque Cain et Jupiter arrivent à quitter la terre, le film bascule dans une deuxième histoire, celle de l’ascension promise par le titre américain. Mila Kunis va y rencontrer les trois membres de la famille Abrasax. Si les Wachowski disent s’être inspirés du magicien d’Oz, dans cette structure où Jupiter / Dorothy va d’un endroit étrange à l’autre alors qu’elle n’aspire qu’à rentrer chez elle, il est clair que nous sommes plus dans une structure d’album jeunesse que dans un scénario classique de film d’action. En effet chaque rencontre de Jupiter avec un Abrasax se déroule suivant le même schéma : elle se fait capturer, subit un moyen de pression différent, hésite, semble prête à accepter d’abdiquer son pouvoir quand arrive Channing Tatum pour la délivrer. Si Mila Kunis s’affirme un peu plus à chaque étape, elle reste malgré tout une demoiselle en détresse, ce qui est un peu surprenant voire décevant de la part des Wachowski.
Coïncidence intéressante, les trois Abrasax rappellent les trois Satan qui rendent visite à Baudelaire dans le poème : les tentations ou Eros, Plutus et la gloire : Kalique qui insiste sur le prestige de la famille pourrait être la gloire, Titus qui tente de la séduire serait Eros, et Balem serait Plutus, lui qui domine les peuples et les considère comme des matières premières à exploiter. Si cette comparaison n’était pas forcément à l’esprit des Wachowski (encore qu’il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’ils aient lu Baudelaire), elle marque le fait que l’ascension de Jupiter n’est pas à prendre au sens de la puissance mais de la morale : Jupiter résistera-t-elle à la tentation de devenir maître du monde où restera-t-elle la même ?
Ce mélange d’enjeux moraux et de space opéra aurait pu créer une trame passionnante : il représente pourtant le grand échec du film. Les Wachowski sont passés maîtres dans l’art de créer des situations intéressantes qu’ils vont exploiter d’une manière surprenante voire décevante. A l’image d’une trilogie Matrix qui nous laissait croire à un hymne à la rébellion pour aboutir à un traité sur la liberté et la nécessité, Jupiter pose tous les éléments d’une lutte de pouvoir façon Trône de ferentre les Abrasax avec une héroïne qui servirait d’arbitre, reprenant peu à peu sa place de matriarche, et décide de ne rien en faire, chaque personnage secondaire disparaissant dès lors qu’il a accompli sa tâche.
Un choix qui a le malheur de donner l’impression d’un film à la trop rempli (deux intrigues), trop répétitif (situations qui se répètent) et trop vide (impression finale de tout ça pour ça).
Un film d’un mauvais goût somptueux
Cette idée de trop et de trop peu transparaît aussi dans la réalisation. Si Jupiter est le plus conventionnel des films des Wachowski, il contient malgré tout plus d’idées visuelles que la plupart des blockbusters de l’année dernière mis bout-à-bout. Les deux réalisateurs ne se donnent pas de limite, et surtout pas celle du bon goût, multipliant les ambiances toutes plus grandiloquentes les unes que les autres. On y voit des chasseurs de prime tout droit sortis d’un clip de Rob Zombie, des palais galactiques de style renaissance ornés de statues dépassant la dizaines de mètre, un dédale administratif digne de la maison des fous d’Astérix, des méchants dinosaures, des abeilles et un méchant qui se fait transporter tel un phararon égyptien. On se trouve constamment dans un univers qui évoque aussi bien les bande dessinée publiées dans Métal Hurlant qu’un défilé de mode galactique.
Si Jupiter, le personnage principal, est malheureusement fade dans sa caractérisation et son interprétation, les deux personnages les plus intéressants, Balem et Caine, se caractérisent par ce mélange de mauvais goût absurde et de démesure.
Eddie Redmayne vient de gagner l’oscar du meilleur acteur, mais ce n’est pas pour son interprétation de Balem. Plus cruel que les cruels, et en même temps fils fragile aux pulsions oedipiennes, il est incarné d’une manière ultra-cabotine, son visage passant par toutes les expressions dans son décor de gaz et d’or. On ne pourra pas reprocher cet excès d’expressivité à Channing Tatum dont le principal jeu d’acteur dans ce film est lié à son beau torse musclé. Le génie de son personnage d’homme chien aux oreilles d’elfe tient à un accessoire aussi fantastique que navrant : des patins anti-gravité. Ces chaussures lui permettent de voler, d’avancer plus vite, et de marcher sur les murs, permettant des chorégraphies intéressantes et surtout une verticalité et une utilisation de l’effet de profondeur de la 3D qui sont au cœur de la meilleure scène d’action du film. Affrontant des chasseurs de prime dans le ciel de Chicago, sauvant une Jupiter en chute libre constante, volant d’un vaisseau à l’autre, Caine virevolte à l’écran dans une séquence complètement folle qui nous rappelle que, quand ils le veulent, les Wachowski n’ont que peu de rivaux d’un point de vue visuel.
Si l’idée de ces chaussures est remarquable, pourquoi avoir absolument tenu à ce que Channing Tatum mime des mouvements de patins à roulette, le torse nu sous son imperméable, ce qui lui donne l’aspect et la démarche d’un héros de série B des années 80 ?
Dernier reproche enfin que l’on pourra faire : le film manque d’une certaine gradation dans l’action : aucune scène de la seconde partie ne sera à la hauteur de ce que l’on a vu dans la première. On verra pourtant bien Channing Tatum affronter des milliers de drones ou provoquer la destruction d’une ville entière suite à un enchaînement assez hasardeux, mais toutes ces scènes semblent un peu précipitées, comme si toutes les idées avaient été épuisées dans la conception des décors.
Jupiter : le déclin des Wachowski
Si les Wachowski comptaient sur Jupiter : le destin de l’univers pour se relancer, son échec critique et publique pourrait signifier la fin de leurs ambitions. Pourtant, malgré ses énormes défauts, il s’agit d’un film attachant, car ses auteurs ont des idées et du talent.
Il est d’ailleurs intéressant de le comparer aux Gardiens de la galaxie : là où Marvel a trouvé la stratégie adéquate pour vendre un film classique mais parfaitement écrit et exécuté, la Warner n’a pas su intéresser le public pour un film qui oscille constamment entre le sublime et le ridicule, tiraillé entre sa volonté d’écriture Hollywoodienne classique et une ambition démesurée.
Il s’agit donc d’un film auquel on ne peut objectivement pas donner une très bonne note mais que l’on a malgré tout envie de vous conseiller, parce que les Wachowski sont ces créateurs de prototype qui ne fonctionnent pas toujours vraiment mais qui préfigurent du futur.
Espérons donc qu’en passant au format série avec Sens8 pour Netflix, prévu pour mai – juin de cette année, ils nous donnent quelque chose que nous puissions aimer sans réserve, comme si l’on était de nouveau en 1999.
Jupiter : Bande annonce
Fiche Technique : Jupiter : le destin de l’univers
Etats-Unis – 2015
Titre original : Jupiter ascending
Réalisation: Andy et Lana Wachowski
Scénario: Andy et Lana Wachowski
Interprétation: Mila Kunis (Jupiter), Channing Tatum (Caine Wise), Eddie Redmayne (Balem Abrasax), Douglas Booth (Titus Abrasax), Tuppence Middleton (Kalique Abrasax)
Date de sortie: 4 février 2015
Durée: 02h07
Genre : Science fiction, space opera
Chef-opérateur: John Toll
Compositeur : Michael Giacchino
Monteur : Alexander Berner
Producteur: Grant Hill, Andy et Lana Wachowski
Production: Village Roadshow Pictures, Warner Bros
50 nuances de Grey réalisé par Sam Taylor-Johnson est l’adaptation d’un livre du même nom, écrit par E.L James. Ce film romantique sortit à l’occasion de la saint-Valentin pour le plus grand bonheur des amoureux. Notamment grâce à de nombreuses scènes érotiques qui donneront à certains, des idées afin de pimenter une vie sexuelle en recherche d’imagination.
Le sexe est l’accomplissement d’une romance ; sans cet acte, il ne peut y avoir de lien concret entre deux individus. Le film modernise la romance par le biais d’une étudiante prénommée Anastasia (Ana) ; elle est belle, timide ; mais semble recroquevillée dernière sa frange et ses nombreux livres d’étude. Sa rencontre avec le riche et séduisant homme d’affaire Christian Grey va engendrer une métamorphose à la fois mentale et physique. Ses tenues que l’on peut traduire de « sac à patate » seront très vite remplacées par des tailleurs et robes qui mettront en avant la courbure de ses formes. Grey est celui qui façonnera son apparence physique, pour son plus grand plaisir, et le notre. Cet homme d’affaire parvient d’emblée à intimider et séduire la jeune femme ; sans surprises, il réussit à la mettre dans son lit. Cette jeune fille devenue femme, croit en cet amour naissant. Grey est prêt à se servir de cet amour, afin d’assouvir ses moindres désirs sexuels.
Elle accepte d’être attachée, ligotée, bâillonnée ; mais tout cela ne va pas être suffisant pour Christian Grey. Il est enclin à certaines pratiques sexuelles qui viennent mettre le corps de sa soumise à rude épreuve. Le personnage d’Ana détermine par écrit les limites à ne pas franchir ; l’actrice Dakota Johnson consent à dévoiler son corps devant le grand écran. Lors du premier acte sexuel, le corps de cette femme nous est crûment montré. Est-ce un film tout public ou exclusivement pour adultes ?
La caméra inspecte au plus près le corps frissonnant de la jeune femme. Des cuisses frémissent à l’instant où elles sont dévoilées, un pied se crispe au moment où l’acte sexuel se fait. S.T Johnson parvient à réaliser un film érotique sans que la romance soit mise de côté ; notamment grâce à la musique qui joue le rôle de pont entre l’amour et la démesure. Le titre Earned It (The Weeknd) parvient à créer un juste milieu entre les deux pôles ; une instrumentation que l’on retrouve dans de nombreuses musiques de cabaret se glisse sous une voix masculine harmonieuse et languissante. Le seul bémol quant aux choix de musiques préexistantes est la voix d’Ellie Goulding (titre : « Love me like you do »), qui n’apporte que de la niaiserie à cette romance pervertie.
La perversion de Christian est assouvie par le biais d’Ana dans une pièce spécifique, une salle de jeu qui présente divers ustensiles sadomasochistes. Des crochets, des sangles et cravaches ornent les murs ; un lit, un canapé et le plafond sont représentés comme des parcs à thèmes. Un univers entre une salle de jeu pour enfant et la chambre froide d’une boucherie. C’est fascinant et dérangeant à la fois ; Ana semble toutefois emportée par cette fantaisie. Elle va par la suite accepter de se prendre au jeu en se laissant menotter, puis suspendre en l’air. Le film parvient à traduire les sentiments des personnages ; notamment grâce à leurs gestes apparents, soulignés par de nombreux gros plans sur les mains de l’homme, ainsi que sur les lèvres de la femme. L’un convoite un corps désirable tandis que l’autre tend à briser une carapace forgée depuis l’enfance. Son enfance se traduit à la fois par les morceaux joués derrière son triste piano noir, mais également par l’absence de vie dans son appartement sobre, vide et spacieux. Un espace qui matérialise la vie d’un homme seul et sans attaches.
Sam Taylor-Johnson choisit Jamie Dorman pour interpréter le rôle complexe de Grey et Dakota Johnson pour le rôle d’Anastasia. Un choix fortement contesté par de nombreux fans du livre d’E.L James ; en cause, le jeu jugé absent de l’actrice Dakota Johnson. Il faut toutefois noter que l’interprétation du rôle féminin est objet à de nombreuses contraintes ; notamment dans les scènes érotiques où le corps de l’actrice est exposé entièrement nu devant les caméras. Le jeu des acteurs doit avant tout, être perçu comme une performance au sein de la narration. Beaucoup de points sont éludés par Christian Grey ; concernant ses blessures passées et ce qui a fait de lui un homme riche et puissant. On peut noter jusqu’à lors, une mise en intrigue qui tient en haleine son spectateur. Le film défie les codes récurrents de la romance classique, car l’amour est uniquement présent dans l’esprit d’Ana. Christian et Ana parviennent-ils à stabiliser leur relation tumultueuse ? C’est à vous de le découvrir.
Synopsis : L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.
Cinquante nuances de Grey – Fiche Technique
Titre originale : Fifty Shades of Grey
États-Unis – 2015
Réalisation: Sam Taylor-Wood
Scénario: Kelly Marcel d’après: Fifty Shades of Grey de: E.L. James
Interprétation: Dakota Johnson (Anastasia Steele), Jamie Dornan (Christian Grey), Marcia Gay Harden (Grace Grey), Eloise Mumford (Kate), Max Martini (Taylor)…
Genre : Romance, Drame, Erotique
Image: Seamus McGarvey
Décor: David Wasco
Costume: Mark Bridges
Son: Mark Noda
Montage: Debra Neil-Fisher, Anne V. Coates, Lisa Gunning
Musique: Danny Elfman
Producteur: Michael De Luca, E.L. James, Dana Brunetti
Distributeur: Universal PIctures International France
Récompenses : Razzies 2016 du pire film, du pire acteur, de la pire actrice et du pire couple
Date de sortie: 11 février 2015
Durée: 2h05
Synopsis: Au Pays Imaginaire, la légende dit qu’avec le passage d’une comète vient une créature qui dévastera le royaume des fées. Clochette et ses amies vont tenter de trouver cette créature et empêcher le désastre.
You Can Ring My Bell
Clochette, ni plus ni moins…
Prendre ce film pour ce qu’il est sans tenter de le comparer au cinéma d’auteur, qui n’a absolument pas les mêmes prétentions : mission difficile mais pas impossible. Depuis quelques années, par le rachat de franchises et la création de filiales, l’empire Disney ne se contente plus d’envahir les salles de cinéma lors des seules fêtes de fin d’année, aujourd’hui Disney Company est une holding dotée d’une collection printemps-été à laquelle succède la collection automne-hiver.
Un nouveau filon
Parmi ces franchises et autres sagas surnage la fée Clochette (Tinkerbell pour les puristes), exfiltrée de l’univers Peter Pan depuis l’année 2008, qui vit la sortie DVD de La Fée Clochette et la mise en images de synthèse de la naissance de celle qui deviendra l’égérie de Peter, l’enfant qui ne voulait pas grandir. Clochette Et la Créature Légendaire est le septième film à lui être consacré, le troisième à sortir en salles.
Sans surprise
Une nouvelle fois, le produit est parfaitement calibré pour enchanter les plus jeunes et surtout les fillettes. Contrairement à d’autres productions Disney, il n’est pas certain cette fois que les parents et accompagnateurs y trouvent leur compte et ce, principalement pour deux raisons qui laisseront les têtes blondes parfaitement indifférentes.
Sous-animé
La première raison frappe à la première image: l’animation (DisneyToon Studios ne s’occupait il y a peu que des suites de classiques, destinées exclusivement aux sorties DVD) sans être rébarbative, reste très en–dessous des possibilités actuelles de Disney, studios réputés très performants en la matière, du moins pour certaines filiales. On sent qu’une part de leurs films sortant en cours d’année est sans réels enjeux financiers et sert surtout à garder la marque à l’affiche le plus longtemps possible. Toujours est-il qu’on aurait apprécié plus d’ambition artistique de ce côté-là.
Clochette devenue fade
La deuxième raison est le personnage de Clochette lui-même : son traitement depuis qu’elle évolue seule ne peut que laisser sceptique. Peter Pan nous la présentait jalouse jusqu’à la tentative de meurtre, peste à en être malade, colérique et bien évidemment icône sexuelle, aspect très bien exploité par Régis Loisel dans sa série de bandes dessinées. Tout ce qui faisait le sel de Clochette a depuis disparu, il ne reste qu’une petite blonde naïve, maladroite et qui veut le bien général. Exit tout ce qui pourrait paraître négatif ou subversif aux plus jeunes et avec, le côté familial du personnage. Ajoutez-y le fait que dans ce film, elle est réduite à un rôle secondaire et il ne restera que les enfants pour en dire du bien.
À consommer avec modération
Au final, Clochette Et La Créature Légendaire n’est pas réellement une catastrophe, mais ne va pas au-delà du produit de consommation courante et à la morale bien balisée. Bien sûr, il ravira les petites filles (n’oublions pas le casting de voix françaises, véritable usine à sarcasmes…) qui voudront à tout prix se déguiser, qu’elles voient ce film ne sera d’ailleurs pas une catastrophe absolue, mais il risque d’entamer sérieusement leur esprit critique naissant par rapport au Septième Art. Donc Clochette oui, mais point trop n’en faut.
Clochette & La Créature Légendaire | Bande-Annonce Officielle
Clochette Et La Créature Légendaire : Fiche Technique
Réalisation : Steve Loter
Production : DisneyToon Studios
Nationalité : U.S.A.
Distribution : The Walt Disney Company France
Voix françaises : Lorie, Alyzée, Anna Ramade, Elisabeth Ventura, Edwige Lemoine
Durée : 76’
Sortie : 8 avril 2015
Synopsis: Après une ascension fulgurante, la sénatrice Selina Meyer perd les primaires de son parti pour les élections présidentielles américaines. On lui demande finalement à la dernière minute de servir son pays en tant que vice-présidente (VP ou « Veep ») des États-Unis. Elle accepte donc, pensant mener ses projets. Malheureusement, elle semble oublier que c’est son rival qui est désormais son supérieur. Un parcours semé d’embûches politiques l’attend mais elle va continuer à jouer son rôle quelles que soient les circonstances.
Une satire habile de la politique américaine
Sortie l’année de la réélection de Barack Obama, cette série estampillée HBO ne prend pas de gants pour moquer ouvertement la grande messe de la politique américaine. Le fait de choisir comme personnage principal un vice-président, rouage essentiel du système présidentiel en même temps que subalterne ingrat de la plus haute fonction, qui plus est une femme, permet à Armando Iannuci d’observer de près les rouages d’un environnement propice à la satire. C’est qu’entre négociations avec l’opposition pour ratifier tel ou tel amendement, réunions d’urgence entre sénateurs au Congrès ou au Sénat pour voter des lois de politique intérieure et autre campagne d’adoubement interminable pour élire le représentant qui conduira le parti au rôle suprême, la liste est longue des absurdités et des compromis de chacun pour trouver sa place sur l’échiquier. L’équilibre s’en trouve d’autant plus fragile quand à la séparation vie privée/vie publique. Il n’est alors pas rare de manipuler l’appareil médiatique pour ridiculiser l’adversaire et ainsi parvenir à ses fins. L’incompétence le dispute alors souvent à l’égocentricité de ces parvenus pour lesquels faire carrière leur importe bien plus que servir la patrie.
L’envers du décor est peu reluisant et le scénario, bien que volontairement extravagant dans quelques situations, reste assez proche d’une certaine réalité. Cette première saison (une quatrième vient de voir le jour) questionne finalement plutôt habilement le rapport entre les représentants de la vie démocratique d’un État fort et ses administrés, qui n’ont d’autre choix que de confier les pleins pouvoirs à des hommes et des femmes faillibles, et donc pas toujours prompts à prendre les bonnes décisions qui régissent leurs vies. En cela, la comédie maline qui caricature ce petit monde n’en rajoute jamais dans le vaudeville abrutissant et sait prendre son temps pour construire autre chose que de simples archétypes sans aucune consistance. Mention spéciale à Selina Meyer, la Vice-Présidente qu’incarne avec charme et enthousiasme Julia Louis-Dreyfus. Derrière son apparente tyrannie et son assurance à toute épreuve se révèle une femme plus sensible et en manque d’amour qui doit se cacher pour vivre sa relation intime et qui ne peut élever sa fille comme elle le voudrait.
Derrière elle gravite un tas de personnage plus ou moins sympathiques qui ne servent que de miroirs à peine déformants à un système intrinsèquement inabouti. La machinerie américaine suppose des infrastructures et des partenaires parfaitement adaptés à son fonctionnement mais cette belle mécanique se retrouve vite grippée lorsqu’on ne lui donne pas les moyens, humains et financiers, de ses hautes ambitions. Voila pourquoi, plus qu’une énième moquerie sur les institutions US, cet habile mélange de charge et de politique fiction mérite le détour.
Fiche technique – Série Veep:
Titre original : Veep
Genre: Série humoristique
Créée par Armando Iannucci (2012)
Acteurs principaux : Julia Louis-Dreyfus, Anna Chlumsky, Gary Cole, Reid Scott, Matt Walsh, Tony Hale, Sufe Bradshaw, Timothy Simons, Randall Park
Durée : 26mn
4 saisons / 28 épisodes (en production)
Critique du film, Projet Almanac, un divertissement sans prétention ni ambition
Synopsis : Alors qu’il cherchait un moyen de payer ses études et aider sa mère financièrement, David Reskin tombe un jour sur les mystérieux plans d’une inventions de son défunt père qui s’avère être un prototype de machine à voyager dans le temps. Avec ses amis, l’adolescent va réussir à la construire et à la faire marcher, s’amusant ainsi à changer certains événements à leur avantage. Mais modifier le temps n’est pas quelque chose qu’il faut prendre à la légère…
Un temps considéré comme un genre en pleine expansion dans le cinéma, le found footage s’est peu à peu effacé de l’inconscient collectif, ne laissant que les films d’horreur (Paranormal Activity et consorts) exploiter ce format à leur guise. Et si certains projets sont passés inaperçus comme le récent Écho, Michael Bay relance aujourd’hui la machine en tant que producteur avec ce long-métrage dont la sortie en salles n’a cessé d’être repoussée à ce 25 février 2015, tout en changeant de titre. Un tel projet valait-il vraiment autant d’attention ?
Amis des scripts bien écrits et respirant l’originalité à plein nez, autant vous le conseiller tout de suite : passez votre chemin, Projet Almanac n’est vraiment pas un film qui saura combler vos attentes. Surtout que la thématique du voyage dans le temps a déjà été traitée maintes et maintes fois au cinéma, allant de La machine à explorer le temps à X-Men : Days of Future Past, en passant par la saga Terminator, la trilogie Retour vers le Futur et Men in Black 3. Un sujet qui a été vus dans tous les angles possibles et inimaginables, autant dire que Projet Almanacpartait avec un sérieux handicap, celui de n’avoir pas grand-chose à dire. Et c’est malheureusement le cas pour ce film, qui en prenant des adolescents comme personnages principaux, va reprendre toutes les ficelles du genre pour mettre en place son histoire : gagner au loto, se venger d’une personne ne pouvant pas vous saquer, réussir une interro loupée, participer à une fête alors que vous ne pouviez pas avant… sans oublier l’éternel danger du « modifier ne serait-ce qu’un minime détail du temps entraîne de lourdes conséquences » et un soupçon de « quoique l’on fasse, l’histoire est écrite d’avance ». Projet Almanac n’est donc pas le film qui saura réinventer quoi que ce soit, se contentant juste du minimum scénaristique syndical pour justifier sa mise en chantier.
Mais à défaut d’avoir une once d’ambition, il faut bien reconnaître que le long-métrage de Dean Israelite se présente au public comme un petit film n’ayant que la prétention de divertir. Et sur ce point, Projet Almanac remplit son cahier des charges sans véritablement chercher à impressionner l’assistance. Le but ici est juste de raconter l’aventure de cette bande d’adolescents, de la fabrication de la machine jusqu’aux problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils doivent corriger, ni plus ni moins. Une simplicité des plus enfantines qui porte néanmoins ses fruits, étant donné que l’ensemble se révèle être assez plaisant à suivre. En effet, les personnages en question ne sont pas des abrutis comme les productions MichaelBay avaient jusque-là l’habitude de mettre en avant (les remakes de films d’horreur comme Vendredi 13, le récent Ninja Turtles), ringardisés par un humour balourd et des répliques lamentables. Non, dans Projet Almanac, les protagonistes sont des adolescents comme les autres, ayant leurs problèmes et leurs envies, vivant des situations que tout le monde a au moins déjà subi… Des personnages tout bonnement proches du spectateur, facilement identifiables auxquels il n’est donc pas difficile de s’attacher et de les suivre dans leur mésaventure temporelle rythmée, l’interprétation honorable des jeunes comédiens, méconnus du grand public, faisant le reste.
Et le found footage dans tout cela ? Pourquoi avoir choisi ce format pour réaliser Projet Almanac ? Depuis sa popularisation avec le succès du Projet Blair Witch, ce type de mise en scène avait pour but d’immerger le public dans une réalité créée de toute pièce mais au combien crédible tout en lui faisant ressentir ce qu’éprouvaient les protagonistes, sans oublier quelques enjeux scénaristiques. Ici, comme pour la plupart des récents films de ce genre, il ne s’agit que d’un simple artifice non justifiée. Dans le cas du long-métrage de Dean Israelite, le fait qu’un personnage filme constamment caméra à la main est expliqué par le fait que chaque expérience vécue avec la machine à explorer le temps soit un moment à immortaliser. Quid donc des passages intimistes ou de la dernière demi-heure de l’ensemble ? Comme la plupart de ses congénères, Projet Almanac use assez mal du found footage, étant spécialement composé de séquences qui, d’un point de vue réaliste, non pas lieu d’être, une personne censée n’étant pas supposer filmer telle ou telle situation dans la vraie vie. Sans oublier les nombreuses coupures entre chaque plan d’une même scène, témoignant de la présence d’un montage qui rappelle que le public à affaire à un film et non une vidéo amatrice réalisée par un individu lambda.
Sans aucune prétention ni ambition, Projet Almanac n’est rien d’autre qu’un sympathique divertissement, agréable à regarder mais vite oubliable, qui n’a de MichaelBay que les moyens en matière d’effets spéciaux (assez bons, au vue d’un budget de 12 millions de dollars) et des placements de produits un peu poussifs par moment (par exemple, une canette de telle marque en lévitation). Alors qu’à première vue, le film s’annonçait comme un nouveau Projet X, Projet Almanac se rapproche bien plus de Chronicle sans toutefois l’égaler. C’est déjà ça !
Projet Almanac – Bande-annonce
Fiche technique – Projet Almanac
Titre original : Project Almanac
États-Unis – 2014
Réalisation : Dean Israelite
Scénario : Andrew Stark et Jason Pagan
Interprétation : Jonny Weston (David Raskin), Sofia Black D’Elia (Jessie), Virginia Gardner (Christina Raskin), Sam Lerner (Quinn Goldberg), Allen Evangelista (Adam), Patrick Johnson (Todd), Michelle DeFraites (Sarah Nathan), Amy Landecker (Kathy)…
Date de sortie : 25 février 2015
Durée : 1h47
Genre : Science-fiction
Image : Matthew J. Lloyd
Décors : David Smith
Costumes : Mary Jane Fort
Montage : Julian Clarke et Martin Bernfeld
Budget : 12 M$
Producteurs : Michael Bay, Andrew Form et Brad Fuller
Productions : Paramount Pictures, Platinum Dunes, MTV Films et Insurge Films
Distributeur : Paramount Pictures France
Kingsman : Services secrets, Un divertissement qui aurait mérité d’être bien plus délirant
Synopsis : Eggsy est un jeune adolescent vivant de larcins depuis la mort de son père qui, après une nuit en garde à vue, croise le chemin de Harry Hart, un membre de l’agence d’espionnage KINGSMAN, venu tenir la promesse faite à son père en l’entraînant dans l’univers des services secrets. Pendant qu’Eggsy enchaîne des exercices pour le moins mortels, l’agence tente de son côté d’élucider la mystérieuse mort d’un de ses espions, liée aux activités de Richmond Valentine, un puissant et riche homme d’affaires…
Après un passage remarqué dans l’univers des super-héros (Kick-Ass, X-Men : le Commencement), le réalisateur britannique Matthew Vaughn se tourne cette fois-ci vers le monde de l’espionnage, en adaptant un nouveau comic book de Mark Millar (auteur de Kick-Ass) intitulé The Secret Service. Un projet qui semble porter ses fruits, à la vue des nombreuses critiques élogieuses accompagnant sa sortie, allant du « jouissif » au « jubilatoire » en passant par « classe et trash ». En même temps, c’est ce que le public se doit d’attendre d’un divertissement signé Matthew Vaughn ! Mais est-ce que finalement, Kingsman mérite-t-il autant d’intérêt ?
À voir la bande-annonce du film, il est indéniable que l’objectif principal du cinéaste ait été d’initier une toute nouvelle franchise pour relancer un genre cinématographique en perdition (l’espionnage), tout en essayant de faire du neuf avec du vieux. Il reprend ainsi tout ce qui a fait le succès de la saga maîtresse du genre (James Bond), à savoir le charme et la classe british représentée par ces agents habitués des beaux costumes et bonnes manières devant affronter un grand vilain au plan diabolique visant à détruire le monde, pour mélanger le tout à son côté trash et décontracté qui ont fait la réputation de ce réalisateur. Ainsi, le spectateur est en droit d’attendre de Kingsman une sorte de parodie totalement déjantée qui doit, en plus de cela, divertir un maximum avec les moyens du bord (un budget de 81 millions de dollars). Pari en quelque sorte réussi, non sans accrocs.
Dès les premières secondes du film, un mini générique explosif accompagné des guitares de Dire Staits, la couleur est annoncée : Kingsman n’est rien d’autre qu’un divertissement fun et jouissif. Et il suffit de voir les personnages, dont un antagoniste hors norme (qui ne supporte ni la violence ni la vue du sang) et de son acolyte déjanté (une femme aux prothèses tranchantes), et des situations totalement déjantées pour comprendre que la simplicité du scénario n’est pas la principale préoccupation de Matthew Vaughn. Ici, tout est justement prétexte à utiliser de très grosses ficelles du cinéma d’espionnage pour à la fois s’en moquer et s’en servir afin de livrer au public un spectacle détonnant qui balance entre humour noir et séquences d’action à la Quentin Tarantino n’ayant pas peur du gore. Allié à la mise en scène très « punchy » à la limite du jeu vidéo du réalisateur et à sa manière d’utiliser tous ces petits détails pour en faire ressortir l’essence comique, Kingsman saura en séduire plus d’un, se présentant pour le coup comme le blockbuster tant attendu de ce début d’année. Et ce n’est pas le prestigieux casting qui viendra dire le contraire, ce dernier proposant tout un lot de célébrités parfaitement à l’aise dans leur rôle respectif : un Colin Firth à la grande classe, un Samuel L. Jackson hilarant, un Mark Strong au top…
Cependant, un sentiment de frustration se fait ressentir lorsque le générique de fin pointe le bout de son nez. Celle de ne pas avoir vu un film qui, comme l’annonçait les critiques et la promotion, se lâchait totalement. En effet, pour en arriver à un final décérébré (vu la scène, c’est le cas de le dire), il a fallu au préalable passer par l’apprentissage du personnage principal, un jeune voyou qui se retrouve propulsé dans l’univers de l’espionnage malgré lui dont il doit en assimilé les techniques et les rouages. Une partie du film qui fait donc intervenir des adolescents et qui entraîne du coup le spectateur dans un enchaînement de situations dans lesquels ces protagonistes vont être mis à rude épreuve. Ce genre de trame vous dit quelque chose ? Eh bien il suffit de repenser aux récents La stratégie Ender et Divergente pour se rendre compte que même Matthew Vaughn n’a pas su éviter un passage qui sonne affreusement cliché et mille fois vu dans les films pour adolescents. Le pire dans tout cela, c’est que cette fameuse partie plutôt longue (au moins une heure sur les 129 minutes du projet) fait tâche à l’ensemble du long-métrage, se prenant bien trop au sérieux alors que Kingsman se présente pourtant comme un divertissement complètement barré. Et même si quelques situations cocasses font patienter jusqu’à un dénouement tant espéré, l’ennui se fait pourtant sentir. Ne concentrer la trame que sur l’enquête et le plan machiavélique du grand méchant aurait sans doute été plus judicieux que de perdre son temps inutilement pour donner à Kingsman une impression de film pour adolescents qui ne lui va pas, et ce même si les jeunes interprètes (Taron Egerton en tête) s’en sortent honorablement.
Un malheureux constat qui vient ternir les nombreux éloges faits à ce film, qui mérite pourtant le coup d’œil en se présentant comme un divertissement de bonne facture. Mais le résultat aurait pu se montrer bien plus détonnant que cela si la partie adolescente avait été mise de côté, au profit des situations délirantes et spectaculaires que propose Kingsman. Étant donné qu’il s’agit de l’introduction d’une nouvelle franchise hollywoodienne, il ne reste plus qu’à espérer que le second opus, s’il se fait, saura corriger cela.
Kingsman : Services secrets : Bande-annonce
Kingsman : Services secrets : Fiche technique
Titre original : Kingsman : The Secret Service
Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Matthew Vaughn et Jane Goldman, d’après le comic book de Mark Millar et Dave Gibbons
Interprétation : Colin Firth (Harry Hart/Galahad), Taron Egerton (Gary « Eggsy » Unwin), Samuel L. Jackson (Richmond Valentine), Mark Strong (Merlin), Sofia Boutella (Gazelle), Sophie Cookson (Roxy), Michael Caine (Arthur/Chester King), Geoff Bell (Dean)…
Image : Georg Richmond
Décors : Andrew Ackland-Snow
Costumes : Arianne Phillips
Montage : Conrad Buff et Eddie Hamilton
Musique : Henry Jackman et Matthew Margeson
Budget : 81 M$
Producteurs : Matthew Vaughn, Adam Bohling et David Reid
Productions : 20th Century Fox et Marv Films
Distributeur : 20th Century Fox France
Durée : 129 minutes
Genres : Espionnage, action, comédie
Date de sortie : 18 février 2015 États-Unis, Royaume-Uni – 2015
« Talking to the trees » est le titre original du film italien Retour à la vie. Un titre plus subjectif qui nous fait imaginer que la réalisatrice (et actrice) et son comparse s’intéressent tout autant au destin d’un pays qu’à celui d’enfants esclaves sexuels.
Synopsis : Mia, photographe parisienne à succès, décide de partir au Cambodge pour rejoindre son mari. Ce qu’elle va découvrir sur place va changer à jamais sa conception de la vie. Sa rencontre avec trois jeunes filles va l’amener à traverser le pays pour les aider à retrouver leurs familles… Un voyage vers la rédemption, un chemin vers l’espoir et la liberté.
Tree of life
Or, ça n’est qu’une toile de fond car ce « retour à la vie » du titre français concerne exclusivement Mia, la parisienne auto-centrée qui va vers la rédemption donc parce qu’elle sauve deux petites filles (et par ricochet un petit garçon et tout un bordel pédophile) d’une mort certaine. A l’origine de ce long métrage, la rencontre entre les deux réalisateurs du film et des militants impliqués dans la lutte contre la maltraitance et l’exploitation des enfants en Asie du Sud-Est. Le grand message du film, c’est celui-là : les occidentaux (et les locaux, mais ça reste suggéré) viennent exploiter sexuellement des enfants au cœur d’un système ultra-corrompu (jusque dans la police). Pourtant, le film ne fonctionne absolument pas, enfilant les clichés plus vite que les perles sur un collier d’enfants et bénéficiant d’un jeu d’acteurs et d‘intrigues complètement ridicules et surtout incohérentes. Ici, les policiers corrompus relâchent leurs proies sans raison et les sauveteurs surgissent au dernier moment, comme un deus ex-machina anti-poétique/théâtrale, pour résoudre une affaire pliée d’avance. La caméra hésite tout le temps entre ses personnages et la beauté exaltante des paysages Cambodgiens. En résumé, Retour à la vie est un échec tant formel qu’idéologique et une énorme déception tant le sujet paraissait fort intéressant et nécessaire à dénoncer.
Prenez La Rafle sans le recul historique nécessaire et vous aurez Retour à la vie, sorte d’épisode de Famille d’accueil (la série bons sentiments de France 3) délocalisé au Cambodge. Quelque chose ne tourne pas rond dans le film et ce, dès le début. La caméra s’approche d’une petite fille qui parle à un arbre centenaire, son petit frère accourt et l’entraîne sur le terrain où leur grand-mère vit encore au milieu des hommes qui détruisent les arbres, elle résiste. Un occidental sans cœur explique à ses hommes qu’il a acheté cette terre qu’il en fait ce qu’il veut. Deux gros sabots donc s’invitent dans ces lieux sacrés. Une fois le méchant patron parti, un des hommes du chantier, sans raison apparente, écrase la maison de paille de la grand-mère qui meurt sur le coup. Résultat, la petite fille du début accourt vers le corps, hurle et la caméra en profite pour faire un gros plan sur son visage en larmes. Cette scène inaugurale est censée nous expliquer les raisons pour lesquelles la petite Srey et son frère ont été vendus à un bordel pédophile. Pour faire se rencontrer ces deux petits enfants innocents et Mia, la femme qui va les sauver (un peu malgré elle), la caméra s’intéresse à une femme dans un taxi, visiblement arrogante, qui cherche à rejoindre son mari. Elle marche la tête haute sans sembler se rendre compte de la crasse qui règne autour d’elle. Elle veut payer son moyen de transport plus cher qu’il ne coûte et dit au chauffeur de « garder la monnaie » (lui n’en revient pas). Bref, elle marche avec ses talons, son arrogance rentrée d’occidentale qui n’a jamais souffert (ou presque) et suit son mari. Voilà qu’elle débarque devant une maison où quelques enfants jouent paisiblement.
Elle demande si quelqu’un n’a pas vu un homme (etc)… personne ne lui répond. C’est comme ça qu’elle trouve un petit trou dans la planche de la maison, qui en fait est un bordel, où son mari termine de jouir entre les mains d’une toute jeune fille qui n’est autre que Srey. Après mille péripéties, dont une scène de « viol » symbolique assez pathétiquement filmée, Srey et deux autres petites filles se retrouvent dans une voiture volée avec Mia et à peu près tout le Cambodge (qui se résume ici à un tenancier de bordel, un homme invisible mais visiblement très puissant et deux policiers (le gros et le maigre – encore un cliché-) à leurs trousses. En voix off, celle de Mia s’adressant à son enfant imaginaire (celui qu’elle était venue concevoir au Cambodge), on comprend qu’elle se droguait (et se droguera encore) et cherche à se racheter. Avec Srey, qui était la prostituée privilégiée de son mari, une gamine de dix ans à peine, la relation est parfois tendue. Surtout quand, dans un dialogue qui frise la pathologie, Mia reproche à Srey (oui la gamine de dix ans) d’avoir mieux contenter son époux qu’elle et d’être une « voleuse de mari ». La psychologie n’est pas le fort de ce film clicheteux, vous l’aurez compris. La drogue est juste l’occasion pour la cinéaste de faire du personnage qu’elle incarne (sans talent), Mia, un être torturé en pleine rédemption. Elle ne comprend pas grand chose à ce qu’elle fait, ne cherche pas vraiment à aider ces enfants par la suite. Même si, à la fin, elle créer une pseudo association, on comprend surtout qu’elle s’est sauvée elle-même, d’ailleurs c’est ce qu’elle dit.
Côté scénario, les rebondissements sont si incohérents qu’on ne comprend plus vraiment ce que le film veut dire. C’est que les scénaristes sont persuadés que ce sont exclusivement les dialogues qui doivent faire passer les messages. Résultat, tous les personnages doivent parler de leur condition, raconter sans raison ce qui leur arrive (non, un enfant ne parlera pas aussi facilement de ce qui lui est arrivé de si traumatisant). Les deux réalisateurs se contentent de faire dire en pleine forêt, ce que des enfants leur ont dit en témoignage (certainement après avoir, eux, pris du recul avec ce qu’il leur était arrivé). Et le documentaire dans tout ça ? C’est un film à message donc, mais qu’on a compris au bout de cinq minutes. Le périple n’est qu’un prétexte. En plus, sans aucune pitié, on élimine d’un simple coup de couteau celui qui est considéré, sans nuance, comme le mal absolu, soit le mari de Mia (ou l’occidental du début qui voulait détruire les arbres). Il n’y a aucune confrontation, ni discussion entre Mia et son mari, aucune tentative de comprendre l’autre.
Côté images, pourtant, on sent qu’un amour du Cambodge, comme un certain sens du cadre, transparaît. Et c’est ça qui est encore plus dommage. Quand la caméra s’intéresse aux animaux, aux arbres, à l’apparente pauvreté du milieu au sein d’une nature luxuriante, c’est là que la dénonciation est la plus pertinente. Le cinéma parle de lui-même, car ce que la caméra capte dépasse tout discours. Et ce discours justement, c’est bien là tout le problème du film. Il n’y a aucun recul sur les événements racontés, dénoncés, aucune analyse, juste la recherche de l’émotion facile. Là où La Rafle pensait que des visages d’enfants ou des gros plans sur des peluches abandonnées suffisaient à faire un film sur la Shoah, Retour à la vie pense que charger son film de scènes attendues : rejet des familles, mort d’une des petites filles dans les bras de sa mère (etc…), ou encore retrouvailles invraisemblables, pourront expliquer la situation d’un pays complexe, vaste et gangrené par son traitement de l’enfance : travail, adoption par des étrangers sans connaissance de la situation réelle des enfants, ou encore exploitation sexuelle.
Des sujets forts, riches en émotion, voilà tout ce que semble retenir ce film. Un seul conseil donc, fuyez ce mélo révoltant tant il manque son sujet (alors que les réalisateurs ont eu le loisir de travailler ledit sujet) et revoyez, si vous voulez comprendre un peu le Cambodge, l’enfance, l’attente, et la beauté empoisonnée d’un pays qui perd le contrôle sur ses enfants, Holy Lola de Bertrand Tavernier. Le réalisateur, lui aussi, parlait d’enfance sacrifiée, de manque, de stérilité et d’impuissance (des terres comme des hommes), sans tomber dans l’émotion facile. « Aucune autre forme d’art que le cinéma n’utilise le langage de l’émotion, qui est le seul moyen d’atteindre d’autres êtres humains dans l’espoir d’un changement pérenne« , déclarait, dans le dossier de presse de Retour à la vie, sa réalisatrice, Ilaria Borrelli. Elle semble avoir oublié une chose, être ému n’est pas comprendre. Comprendre c’est avoir les clefs en main pour maîtriser une situation, connaître chacun des enjeux et protagonistes et non pas vivre un happy end nauséabond où seule retourne à la vie une femme qu’on ne parvient pas à aimer malgré son geste et en laissant complètement de côté la souffrance réelle des enfants qui sont revenus chez eux, certes, mais ne vivront plus jamais comme des enfants. Un bon sujet ne fait donc pas un bon film, loin de là. Au-delà de l’émotion, il y a l’analyse, c’est ça aussi la mission du cinéma et c’est comme ça que les changements se font vraiment.
Retour à la vie : la bande annonce
Fiche technique – Retour à la vie
Talking to the trees/Drame / Italie-Cambodge / 4 mars 2015
Réalisation : Ilaria Borrelli et Guido Freddi
Interprètes : Ilaria Borrelli (Mia), Philippe Caroit (Xavier), Setha Moniroth (Srey)
Montage : Marie Castro
Photographie : David Garcia-Vlasits
Distribution : Destiny Distribution
Production : Capetoste Pictures
Les merveilles du titre sont celles de ce village situé entre l’Ombrie et la Toscane où se déroule l’histoire du second film d’Alice Rohrwacher, couronné du Grand Prix à Cannes en 2014.
Synopsis : Dans un village en Ombrie, c’est la fin de l’été. Gelsomina vit avec ses parents et ses trois jeunes sœurs, dans une ferme délabrée où ils produisent du miel. Volontairement tenues à distance du monde par leur père, qui en prédit la fin proche et prône un rapport privilégié à la nature, les filles grandissent en marge. Pourtant, les règles strictes qui tiennent la famille ensemble vont être mises à mal par l’arrivée de Martin, un jeune délinquant accueilli dans le cadre d’un programme de réinsertion, et par le tournage du « Village des merveilles », un jeu télévisé qui envahit la région…
Les abeilles et le miel
Une équipe de télévision tourne une émission de téléréalité dans de magnifiques thermes, en faisant participer les villageois déguisés en étrusques à coups de perruques et de flonflons à un concours du meilleur produit régional, le tout présenté par Milly Catena à l’avenant, pseudo-étrusque en diable, un personnage dont les brèves apparitions permettent d’apprécier le travail tout en retenue de Monica Bellucci, une actrice qui bonifie décidément avec l’âge.
Le côté complètement artificiel de cette émission télévisuelle est en contraste totale avec la vie des principaux protagonistes, Wolfgang et sa famille germano-italienne, des apiculteurs atypiques qui vivent en marge de tout et de tous : A 12 et 8 ans, les aînées de la fratrie de quatre sœurs ne vont plus à l’école, mais aux champs, à apporter les abeilles de la ferme afin qu’elles y butinent. L’installation plus qu’artisanale de la ferme apicole ne respecte visiblement pas les règles d’hygiène sanitaire ; le père, allemand, parle en français avec la mère qui semble pourtant être italienne. De plus, il dort tous les soirs à la pleine lune, avec un couchage complet allant du sommier aux couvertures… Une famille très originale, en somme, qui ne veut se conformer à une télé-réalité d’aucune sorte, ni à l’épandage par ses voisins d’insecticides sponsorisés par des laboratoires, mortel pour les abeilles, et où la très jeune Gelsomina tient le rôle de chef de famille, comme le fils que Wolfgang n’a pas eu…
Les merveilles, est un film assez délicat ; délicat avec ce père un peu irresponsable, un peu fantasque qui finit toujours par se faire pardonner par tous, femme, enfants, ou encore Coco, une amie allemande qui vit avec la famille et qui fait le tampon entre ces dernières et son compatriote Wolfgang… Délicat encore avec cette fratrie qui fait tout à fait penser à celles que l’on rencontre dans le cinéma japonais récent, bien sûr chez Hirokazu Kore Eda, ou chez Kiyoshi Kurosawa dans Tokyo Sonata par exemple, mais également dans les animations du studio Ghibli (Mon voisin Totoro, Le tombeau des lucioles, etc) : joyeuse, insouciante, soudée, éminemment sympathique. Et ce malgré la rudesse de leurs conditions d’existence. Seule peut être Gelsomina, interprétée très justement par la jeune Maria Alexandra Lungu, dont c’est le premier rôle au cinéma, est dans une gravité qui n’est pas conforme à son âge, mais qui est la résultante du poids de ce que son père lui fait porter, avec l’aval complice de toute la famille, de la fin de l’innocence aussi, une sortie de l’enfance catalysée par l’arrivée de Martin au foyer de Wolfgang, un jeune délinquant allemand, mutique et mystérieux, qui éveille tout son intérêt. Délicat enfin avec la mère, un rôle confié par Alice Rohrwacher à sa propre soeur, son aînée Alba Rohrwacher, dans une sorte de mise en abyme, une femme attirée par les singularités de son mari, mais effrayée des conséquences de son comportement sur leur vie familiale et sur la pérennité de leur entreprise.
Délicat, mais pas complaisant. On sent une réelle nostalgie dans la manière qu’Alice Rohrwacher a de filmer sa Toscane natale, cette ferme délabrée et peu confortable, mais nichée dans des joyaux naturel, voire naturalistes, le bleu de l’eau, le blond des champs, le doré du soleil qui ne disparaît que la nuit venue…
Même si on n’arrive pas vraiment à savoir si elle est d’accord ou non avec la manière de vivre imposée par le patriarche, elle souffle beaucoup de vérité et d’émotion dans ce récit presque autobiographique. Même si on ne comprend pas toujours les personnages qui rentrent et qui sortent, comme cet homme rencontré par Gelsomina sur le marché, et même ce jeune Martin placé dans la famille de Wolfgang et qui gardera son mystère jusqu‘au bout, on reste captivé par l’ambiance du film.
Last but not least, la présence discrète de Monica Bellucci dans ce film vaut le coup d’être mentionnée, tant elle apporte de la sensibilité, avec pourtant un rôle assez mineur de déesse de carton-pâte. Quand elle croise Gelsomina, une fois, deux fois, il s’installe entre elles une sorte d’attirance réciproque et mélancolique de deux personnes pareillement prises au piège d’un univers, de leur univers, duquel elles semblent vouloir s’échapper.
Le jury du festival ne s’y est donc pas trompé en attribuant à ce film singulier, inclassable et très personnel le grand prix pour la session de 2014.
Les merveilles : bande annonce
Les merveilles : Fiche Technique
Titre original : Le meraviglie
Réalisateur : Alice Rohrwacher
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 11 Février 2015
Durée : 110 min.
Casting : Alba Rohrwacher (Angelica), Maria Alexandra Lungu (Gelsomina), Sam Louwyck (Wolfgang), Sabine Timoteo (Cocò), Agnese Graziani (Marinella), Monica Bellucci (Milly Catena)
Scénario : Alice Rohrwacher
Musique : Piero Crucitti
Chef Op : Hélène Louvart
Nationalité : Allemagne
Producteur : Carlo Cresto-Dina
Maisons de production : Tempesta, Amka Films Productions, Rai Cinema Distribution (France) : Ad Vitam distribution
Dans toute leur « glorieuse » histoire militaire, les États-Unis considèrent n’avoir subi que deux échecs : le Viet-Nâm et l’Irak. Et encore, pour ce dernier, certains semblent encore convaincus du bien-fondé de leur intervention, et de leur victoire sur l’axe du Mal. Dès lors, lorsqu’un réalisateur aussi engagé à droite que Clint Eastwood s’empare de la biographie de Chris Kyle, sniper à la réputation sulfureuse sur le champ de bataille, il est impossible d’échapper à la polémique. Et, de fait, American Sniper divise. Plus gros succès de son metteur en scène sur le territoire américain, devant Gran Torino, le film est taxé de propagande belliciste par les uns et de portrait patriotique par les autres. Qu’en est-il dans les faits ?
Synopsis : Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ».
Un homme ordinaire
Commençons tout d’abord par rendre hommage à Clint Eastwood et à l’efficacité de sa mise en scène. Si le réalisateur d’Impitoyable s’était un peu égaré ces derniers temps, il prouve qu’il a conservé toute sa vision. American Sniper est avant tout un film de guerre, comme il en existe des dizaines, et celui-ci se trouve dans le haut du panier. Sans atteindre l’intensité dramatique d’un La Chute du Faucon Noir ou l’onirisme cauchemardesque d’Apocalypse Now, cette plongée en terres Irakiennes réserve quelques beaux moments de tension au milieu du désert.
Comme dans Démineurs, autre monument du genre, Eastwood monte en parallèle la brutalité des combats avec la vie de tous les jours loin des batailles. Il ne parvient toutefois pas à illustrer aussi bien que Kathryn Bigelow le déracinement de son héros, tiraillé entre son cœur et son front, forçant un peu le trait pour bien faire ressentir les conséquences du conflit sur la vie de tous les jours de Kyle. Là où il nous promettait une réflexion sur le stress post-traumatique, on a en fait plus droit à quelques scènes grossières censées faire ressentir le mal-être de son héros.
Redneck story
Car c’est bien un héros que Eastwood nous présente, quand bien même il s’en défendrait. S’il ne cherche pas spécialement à le glorifier dans la première partie de son film, le montrant plutôt comme un Texan un peu bourrin mais ultra-patriotique, il le place tout de même sous un éclairage positif. Chacune de ses actions se trouve justifiée, chaque tir répond à une menace qui le place toujours dans la même situation : « c’est eux ou nous ». Comme dans la plupart de ses films, le réalisateur fait preuve d’un certain manichéisme qui, dans ce cas particulier, est parfois d’assez mauvais goût.
L’histoire de son petit frère en est le meilleur exemple, à peine esquissée et très vite abandonnée alors qu’elle aurait pu être un contre-point intéressant. Finalement, American Sniper est le portait d’un homme qui affirme ne rien regretter, et qui aurait donné sa vie pour sa patrie. Aucune réflexion particulière n’est amenée, aucune morale n’est clairement visible. Si l’absurdité de sa fin aurait pu servir de leçon, le générique sur fond d’images d’archives renforce l’impression d’hommage à celui qui est considéré chez lui comme un grand homme et un exemple.
Difficile, dès lors, de séparer l’oeuvre du message véhiculé. American Sniper est un bon film de guerre, intense et bien réalisé, et les amateurs apprécieront forcément. Chacun y trouvera ce qu’il veut bien voir en fonction de sa grille de lecture, et vivra l’histoire à sa façon. Apologie de la guerre, vision patriotique des choses ou simple portrait d’un soldat de légende, à vous de choisir.
American Sniper – Fiche Technique
USA – 2015
Guerre, Drame, Biopic
Réalisateur : Clint Eastwood
Scénariste : Jason Dean Hall, d’après l’oeuvre de Chris Kyle
Distribution : Bradley Cooper (Chris Kyle), Sienna Miller (Taya Kyle), Luke Grimes (Marc Lee), Jake McDorman (Biggles), Sammy Sheik (Mustafa)Cory Hardrict (Dandridge)
Producteurs : Bradley Cooper, Clint Eastwood, Peter Morgan, Andrew Lazar, Robert Lorenz
Directeur de la photographie : Tom Stern
Monteur : Joel Cox
Production : Warner Bros, 22 & Indiana Pictures, Mad Chance, Malpaso Productions, Village Roadshow Pictures
Distributeur : Warner Bros France