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Blind, Un Rêve Éveillé, un film d’Eskil Vogt: Critique

Eyes wide shut

Le film d’Eksil Vogt est un premier film, et pour lui donner de la visibilité,  les gens du marketing ont cru bon d’adjoindre à l’accroche le texte « le nouveau chef d’œuvre du scénariste de « Oslo, 31 août » , accroche dont on a immédiatement envie de se méfier.

On ne peut pas nier une certaine couleur commune entre ces deux films norvégiens, d’autant plus que le réalisateur d’Oslo, Joachim Trier, est le producteur associé de Blind; une couleur commune également avec le récent 1001 grammes de cet autre norvégien, Bent Hamer. Les personnages de tous ces films sont habités par une forme de solitude, de mélancolie diffuse. À tel point qu’on se surprend à souscrire à cette thèse selon laquelle l’esprit très luthérien de ce peuple scandinave est peut-être tourmenté par toute cette richesse qui lui tombe du ciel… ou plus exactement de la Mer du Nord et de son pétrole, pour le mettre dans une situation d’inconfort moral…

Dans tous les cas, le mal-être est d’autant plus vif que les problèmes matériels inexistants.

Mais revenons-en à Blind. La source des tourments est ici la cécité, quand c’était la toxicomanie dans Oslo. Ingrid est une femme comblée, mariée à Morten (Henrik Rafaelsen, un bon choix de casting pour un personnage pâle et rassurant à la fois), un architecte prospère. Son métier à elle reste flou, car au début du film, Ingrid est déjà aveugle, ayant perdu très soudainement et récemment la vue.

Après un prologue qui n’est pas sans rappeler l’univers malickien avec un « tree of life » planté au milieu d’un décor très organique (et très flou, il va de soi), Eksil Vogt suit le quotidien d’Ingrid qui vit en recluse. Un quotidien constitué de très peu de choses finalement, quelques échanges avec un mari trop discret à son goût, quelques tâches ménagères qu’elle accomplit plus ou moins adroitement, mais pour la majeure partie de son temps, une station assise, petite radio à portée d’oreille, devant une des nombreuses baies vitrées de son bel appartement aussi lumineux, clair et blanc que l’on imagine que  son univers d’aveugle est sombre. Ingrid se force à se rappeler les détails de ce qui faisait son entourage d’avant, les immeubles, les rues, etc… pendant que leur souvenir est encore frais. Le réalisateur arrive à nous embarquer dans le monde d’Ingrid, dont on ressent les frustrations, la peur, la colère, l’insécurité en un mot. Ellen Dorrit Petersen, l’actrice qui joue le rôle s’est totalement coulée, à force de préparation, dans la bonne gestuelle, sans exagération, mais avec suffisamment de nuances pour que le registre apparaisse à la fois naturel et crédible.

Pour tromper son ennui et nourrir son imagination, Ingrid se met à écrire sur son mac, évoquant Le Scaphandre Et Le Papillon de Jean-Dominique Bauby. Mais elle, elle écrit essentiellement sur des sujets d’ordre érotico-sexuel, imaginant des voisins dans des histoires de séduction, de coucherie; des voisins mais aussi son mari Morten, voir elle-même au travers d’une sorte d’avatar, Elin (Vera Vitali).

La construction scénaristique est assez foutraque, ce qui est un comble pour celui qui a écrit le scénario du bel Oslo, 31 août. Les allers-retours entre la vie réelle d’Ingrid et celle fantasmée au travers de ses écrits (le « rêve éveillé »  du sous-titre du film) sont difficiles à suivre, et n’apportent aucun éclairage nouveau sur son état d’esprit. Les inserts pornographiques sont vraiment gratuits, car ne sont pas nécessaires pour expliquer qu’aveugles ou pas, on est tous finalement très seuls. Tout au plus, à l’instar de ce morceau de musique du rappeur 50 Cent, repris par Milow, Ayo technology, qui dit en substance « j’en ai marre de la technologie, je te veux en vrai en face de moi », cette séquence montre-t-elle l’importance de la vision, mais plus encore du toucher dans les relations physiques ? Ce qui est un message quelque peu paradoxal pour qui veut montrer le handicap que représente la cécité.

La seule vraie valeur ajoutée de  ces récits décousus est peut-être de montrer à quel point l’enfermement qu’elle a choisi emmène Ingrid tout doucement vers une folie symbolisée par un changement brutal de décor.

En revanche, quand Ingrid est elle-même, se plaquant toute nue contre la baie vitrée pour être vue, désirée, à défaut de voir elle-même, quand elle demande à son mari s’il est en train de la regarder, s’il est en train de lui sourire, quand on la voit terrifiée par quelques pas en-dehors de l’appartement, ou peut-être seulement l’idée de quelques pas en dehors de son appartement, on ne le distingue pas toujours, on est ému par son désarroi, sa souffrance , son apprentissage de la condition d’aveugle, et là, Eksil Vogt marque des points.

Pataugeant dans un scénario étrange et un tantinet sordide par endroits, Eksil Vogt imagine pour son film une sortie qui s’apparente plus à une façon de se raccrocher aux branches qu’à une vraie conviction, tant elle semble en décalage avec le reste du propos.

Eskil Vogt est un ancien de la Fémis, et Blind par moments fait penser à un travail de fin d’études, tant les idées conceptuelles foisonnent dans son film. Une mise en scène qui vaut donc malgré tout le détour, un jeu d’actrice bluffant, et un score mené par le hollandais Henk Hofstede, leader de l’excellent groupe The Nits des années 90.

Synopsis : Ingrid vient de perdre la vue. Elle quitte rarement son appartement mais se rappelle encore à quoi ressemble l’extérieur. Les images qui étaient autrefois si claires se remplacent lentement par des visions plus obscures. Elle soupçonne son mari Morten de mentir quand il dit aller travailler. Est-il dans l’appartement avec elle à se cacher et l’observer en silence ? Ecrit-il à son amante quand il prétend envoyer des emails à ses collègues ?….

Bande-annonce – Blind, Un Rêve Éveillé

Fiche Technique – Blind, Un Rêve Éveillé:

Titre original : Blind
Réalisateur : Eskil Vogt
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 29 avril 2015
Durée : 96 min.
Casting : Ellen Dorrit Petersen (Ingrid), Henrik Rafaelsen (Morten), Vera Vitali (Elin), Marius Kolbenstvedt (Einar)
Scénario : Eskil Vogt
Musique : Henk Hofstede
Chef Op : Thimios Bakatakis
Nationalité : Norvège
Producteur : Sigve Endresen, Hans-Jørgen Osnes, Joachim Trier
Maisons de production : Motlys, Lemming Film
Distribution (France) : KMBO distribution

Le Miroir, un film d’Andreï Tarkovski: Critique

Le cinéma d’Andréi Tarkovski constitue une œuvre très personnelle, alimentée par les croyances, les doutes, les questions de l’artiste. Le Miroir est le quatrième des sept longs métrages du cinéaste soviétique, autant dire qu’il est au centre de sa filmographie. Et pas seulement au centre chronologique, mais aussi au point de rencontre de toute son œuvre, de sa quête.

Film thérapie

Le Miroir, c’est l’histoire d’un homme mourant plongeant dans ses souvenirs. Cet homme mourant s’appelle Alexei, mais personne n’est dupe : il s’agit bel et bien d’Andréi Tarkovski lui-même. S’il fallait une preuve, l’affiche d’Andréi Roublev, qui trône comme unique décoration de son appartement, devrait nous suffire. Et les poèmes d’Arseni Tarkovski, père du réalisateur, ponctuent le film, lus par l’auteur lui-même.

Alexei est mourant, donc. Mais ce qui le consume à petit feu, ce n’est pas tant son « angine », ou une quelconque autre maladie physique, que sa culpabilité. Coupable d’avoir incité sa mère à sacrifier sa vie pour lui. Et voilà notre malade qui va plonger dans ses souvenirs, à la recherche d’une sérénité, du calme à travers la souffrance.

Ce parcours est celui du réalisateur lui-même, concevant ce film comme une sorte de thérapie : «En terminant Le Miroir, mes souvenirs d’enfance qui m’avaient poursuivi et hanté pendant des années disparurent d’un coup, comme s’ils s’étaient évaporés. Et je cessai enfin de rêver à la maison où j’avais vécu tant d’années auparavant. » (Tarkovski, Le temps Scellé)

Le caractère thérapeutique du film se trouve dès la scène d’ouverture : on y voit un jeune bègue se faire soigner par une alliance de magnétisme et d’hypnose. Une fois le mal extirpé, il parvient à s’exprimer correctement. Et c’est bien le propos de Tarkovski ici, se libérer des souvenirs qui l’emprisonnent.

Organisation des pensées

D’emblée, Le Miroir nous paraît être hermétique. Une succession de scènes sans lien narratif évident. Un mélange d’images d’archives et de reconstitution de souvenirs personnels. De la couleur, du noir et blanc, du sépia. Un rythme toujours lent. Et une voix off qui intervient de temps en temps. Aucune marque de temporalité pour nous guider.

Et pourtant, ce film est d’une simplicité presque évidente. Sa structure est celle de nos pensées. Comme la réflexion interne passe sans prévenir d’un sujet à un autre, d’une image à une autre, comme la mention d’un nom éveille immédiatement des images mentales, de la même façon le film trouve sa cohérence interne par tout un système de renvois. Ainsi, la mère d’Alexei, Maroussa, lui parle d’une certaine Lisa, qui vient de mourir, et la séquence suivante nous montre cette femme travaillant dans une imprimerie.

De même, les images d’archives ne sont pas placées dans le désordre le plus absolu, bien au contraire. Constamment liées aux souvenirs (Alexei se souvient de réfugiés espagnols, et voit des images de corrida et de la guerre civile), ces actualités sont placées dans l’ordre chronologique, de la Guerre d’Espagne jusqu’à la victoire de Mao. Elles viennent baliser le film et lui offrent une dimension plus universelle.

Au-delà de l’autobiographie

Car Le Miroir n’est pas seulement une quête d’apaisement autobiographique. Tarkovski cherche aussi à donner au film une dimension supérieure. La dimension de la Russie dans son ensemble (avec le texte de Pouchkine, qui s’interroge sur la place de la Russie, entre Orient et Occident). La dimension historique. Et même la dimension d’une humanité face à la divinité.

Car, ce n’est pas une nouveauté, mais le cinéma de Tarkovski est très empreint de mysticisme (un mysticisme encore renforcé par la présence de la musique de Bach). Voir Ignate devant un feu et faire référence au Buisson Ardent n’est que la plus évidente des références religieuses du film. Pour Tarkovski, le mysticisme englobe toute la Création. La divinité est présente partout, depuis le moindre brin d’herbe jusqu’aux complexités humaines. « Vous ne vous êtes jamais dit que les plantes doivent sentir, qu’elles sont conscientes, qu’elles comprennent même… ? » demande le docteur au début du film.

Quelques minutes plus tard, Alexei enfant croit retrouver son père à travers le vent qui fait bouger les arbres. Le vent donne vie à la plaine, comme si l’âme se répandait dans la nature, la faisait vivre.

S’enfoncer en soi-même, c’est partir aussi à la recherche de cette trace de Dieu qui est en nous. C’est le mouvement principal des films du cinéaste : l’évasion à l’intérieur, comme dans Stalker. Seule cette communion avec notre part de divinité nous permettra d’atteindre cette paix que cherche le malade. Un malade dans lequel chaque spectateur se reconnaît alors aisément : « Que celui qui le désire se regarde dans mes films comme dans un miroir, et il s’y verra. »

Re-création

Le Miroir, c’est aussi le portrait d’une femme. D’une femme multiple, d’ailleurs, mais qui est quasi omniprésente à l’écran. Margarita Terekhova incarne à la fois la mère et la femme d’Alexei. Simple illustration d’un vulgaire complexe d’Œdipe ? Non, mais re-création des souvenirs mais une âme tourmentée.

« Quand je revois mon enfance et ma mère, elle a toujours ton visage », dit Alexei à sa femme.

Les souvenirs présentés à l’écran ne sont pas fidèles. Ce sont des créations de l’esprit d’un malade chez lequel tout se mélange.

Au-delà, c’est tout l’univers de l’enfance qui est une création d’Alexei. Le film est constitué en très grande partie de scènes d’intérieur en clair-obscur. L’intérieur des maisons ou appartements nous rappelle aisément que nous sommes à l’intérieur d’un esprit, dans un paysage mental peuplé du souffle des souvenirs, de l’obscurité de l’oubli, de la lumière offerte par la présence d’êtres aimés.

Poème cinématographique

Pour ce film, Andréi Tarkovski convoque toutes les possibilités offertes par le langage cinématographique, le montage, les décors (il a reconstruit pour le film le décor de son enfance), la lumière. Le tout est au service d’une œuvre qui peut paraître exigeante au premier abord mais qui est beaucoup plus simple que cela.

Tarkovski, en digne fils d’un poète, affirme que le but de son cinéma est de faire partager des émotions. La meilleure façon de savourer ses pépites cinématographiques, c’est de se laisser aller aux sentiments qui s’en dégagent. Le cinéaste s’adresse directement à notre âme, pas à notre raison.

Avec les moyens habituels du cinéma, il crée une œuvre unique, extraordinaire par sa qualité poétique et la résonance qu’elle a tout au fond de nous.

Le grand cinéaste suédois Ingmar Bergman ne s’y est pas trompé, lui qui a affirmé :

« Quand je découvris les films d’Andrei Tarkovski, ce fut pour moi un miracle. Je me trouvais, soudain, devant la porte dont jusqu’alors la clé me manquait. Une chambre où j’avais toujours voulu pénétrer et où lui-même se sentait parfaitement à l’aise. »

Synopsis: Aliocha, mourant, revoit sa vie passée et, dans un désordre apparent, revit ses souvenirs.

Bande Annonce – Le Miroir

Fiche technique – Le Miroir

Titre original : Zerkalo
Réalisateur : Andréi Arsenevitch Tarkovski
Scénaristes : A. Tarkovski, Alexandre Micharine
Avec les poèmes d’Arseni Tarkovski, lus par l’auteur
Directeur de la photographie : Georgi Rerberg
Musique : Edouard Artemiev, J-S Bach, Pergolese, Purcell
Production : Eric Waisberg, Mosfilm.
Montage : Lyudmila Feiginova
Distribution : Margarita Terekhova (Maroussia la mère et Natalia la femme), Alla Demidova (Lisa), Philip Yankovski (Alexei à 5 ans), Ignate Daniltsev (Alexei et Ignate à 12 ans), Anatoli Solinitsine (le docteur)
Date de sortie originale en URSS : 7 avril 1975
Date de sortie originale en France : 18 janvier 1978
Date de sortie de la copie restaurée : 27 mai 2015
Durée : 108′

 

Le Pull Over Rouge, un film de Michel Drach: Critique

En ce 13 mai 2015, jour de l’examen du dernier recours du français Serge Atlaoui, condamné à mort en Indonésie, LeMagduCinéma aborde la question de la peine capitale au travers du long-métrage Le Pull-Over Rouge de Michel Drach. Ce film traite du procès de Christian Ranucci, antépénultième prisonnier exécuté en France.

Du Pull-Over Rouge à Serge Atlaoui

Synopsis : À Marseille, le 3 juin 1974, une fillette de 8 ans disparaît. Une heure plus tard vers 12h00, deux voitures ont un accident à un carrefour non loin de là, l’une d’elles prend la fuite. Le véhicule immatriculé 1369 SG 06 est retrouvé. Le conducteur s’appelle Christian Ranucci, il a 22 ans. Lorsque la police découvre le corps mutilé de la jeune victime, la population locale est en émoi. Ranucci doit être sévèrement puni.

Le scénario de Michel Drach, est une adaptation du roman éponyme de Gilles Perrault, contre-enquête du procès de Christian Ranucci, qui le conduisit à la guillotine le 28 juillet 1976. Le livre publié en 1978, fait naître le doute sur la culpabilité du condamné et ouvre aussi la question sur la peine de mort. C’est sur cette base que Michel Drach a travaillé.

La réalisation est simple mais efficace. Elle se passe d’artifices stylistiques et met l’accent sur l’aspect informatif, prépondérant vis-à-vis de « l’art cinématographique » en tant que tel. Les faits sont détaillés avec minutie, c’est un point manifestement important pour le réalisateur.

Michel Drach se sert en premier lieu d’un montage ciselé pour reconstituer toute l’histoire. Des sauts dans le temps ou des commentaires, parfois dirigés, poussent l’adhésion du spectateur à la thèse soutenue par son film.

Le drame démarre sans autre prologue que l’enlèvement de la « minotte ».

La caméra omnisciente lèche les personnages et dépeint toutes les forces en présence. L’angoisse de la famille, l’intimité du coupable, le sort terrible de l’enfant, sans oublier la pression populaire sur l’enquête et le système judiciaire. Toujours elle reste pudique, ne dévoile ni le corps, ni comment en France on peut encore « couper un homme en deux ». Michel Drach évite ainsi de verser inutilement dans le film polémiste. Avec des journalistes intrusifs et des protestations passionnées dans les rues, il critique au contraire la polémique médiatique qui eut lieu quelques années auparavant autour de l’affaire, mais reconnait dans le même temps la légitimité de l’indignation générale.

Il parle des contradictions multiples dans l’accusation, des vices de forme  incroyables, et dévoile une procédure à charge uniquement. La juge d’instruction paraît outrageusement caricaturée. Sa virulence déplacée marque au vif une justice pressée par les observateurs, privée d’indépendance, totalement dépassée par la quête de la vérité.

Alors quel crédit donner au film ?

Certains affirmeront que les rôles sont surjoués, étiquetés à l’extrême, d’autres penseront qu’ils restent d’un bout à l’autre en parfait accord avec la gravité du sujet. Certains seront persuadés de la culpabilité de Christian Ranucci, d’autres diront qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment. Il n’en reste pas moins que le film met parfaitement en évidence la question préliminaire essentielle au débat; la certitude sur la culpabilité de l’accusé premièrement, l’impartialité des juges secondement.

Comme le soutenait le journaliste Yves Mourousi, l’exécution de Christian Ranucci relance la discussion sur la peine capitale, et par ailleurs, fournit à ses détracteurs les premières armes pour la combattre.

La peine capitale

La peine de mort existe depuis la nuit des temps. Elle punissait et punit encore toutes sortes de crimes, du simple vol au régicide. Les civilisations Mésopotamiennes sont les premières à graver dans le basalte le cadre du châtiment suprême, avec le code de Hammurabi. Sous la Grèce Antique, Platon y voit la purification de l’âme malade; Aristote croît qu’elle compense le crime. Puis le Moyen Âge, où à chaque faute correspond un supplice. La pendaison pour les voleurs, le bûcher pour les incendiaires ou encore le bouillage pour les faux-monnayeurs.

En France, les premiers débats officiels sur l’abandon de cette « survivance barbare » datent de 1791. Elle disparaît sous l’impulsion de Robert Badinter alors Garde des Sceaux du premier septennat Mitterrand, qui expose ses doutes sur l’affaire Ranucci dans sa plaidoirie en faveur de l’abolition. La loi est largement adoptée le 18 septembre 1981, avec 369 voix pour, 113 contre et 5 abstentions. Bien que ce dossier fût largement commenté, le dernier homme exécuté en France reste à ce jour Hamida Djandoubi, guillotiné le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes de Marseille.

Aujourd’hui encore, partout dans le monde, les avis sont partagés. 140 pays sont abolitionnistes sur les 197 reconnus par l’ONU.

En 2014, 22 pays ont procédé à au moins 607 exécutions selon Amnesty International, sans tenir compte de la Chine où le secret d’Etat reste de rigueur. On trouve à la tête du peloton de l’intransigeance la Chine, mais aussi l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak et les Etats-Unis. Certains procèdent à des exécutions en public. Toujours selon Amnesty International, 2466 condamnations à mort ont été prononcées dans 55 pays, soit une augmentation de 28% par rapport à 2013.

Le combat acharné mené par les associations, à grands coups de campagnes de communication et de débats autour du sujet porte malgré tout leurs fruits. Pour preuve, lorsque Amnesty International lance son action en 1977, seuls 16 états avaient complètement aboli ce châtiment. En 2014, les procès au Bangladesh, au Nigéria ou en Indonésie n’ont conduit à aucune peine capitale.

Pour ou contre la peine de mort ?

Dans son allocution, Robert Badinter souligne : « rien n’indique que la peine de mort soit plus dissuasive contre la criminalité que l’emprisonnement ». Pourtant, un sondage récent (Ipsos pour le Monde) montre que 52% des français y seraient favorables. Cette même enquête ne rapporte aucune abstention. Devant cette question cruciale « Pour ou contre la peine de mort ? », chacun s’interroge car personne ne peut y être indifférent, tout comme rester absolument impartial.

La mort pour l’assassin ou le pédophile n’est-elle pas sa juste rétribution ?

Mais le coupable, quel qu’il soit, est-il coupable à 100% ?

L’assassiner en retour, même pour les actes les plus ignobles, n’est-il pas rendre compte de la même cruauté ? Et par conséquent, porter atteinte à cette « même vie » que l’on défend ?

Aux Etats-Unis, selon la Coalition Nationale pour l’Abolition de la Peine de Mort, 138 condamnés à mort ont été innocentés, dont 17 par les tests ADN. Quatre, au moins, ont été exécutés. Comme le suggérait déjà le code de Hammurabi, la valeur de la vie du condamné semble dépendre en premier lieu de son groupe social. Toujours de l’autre côté de l’Atlantique, les statistiques montrent que la provenance ethnique reste un facteur déterminant dans l’application de la peine de mort, notamment celle de la victime. « Le risque d’être condamné à mort est quatre fois plus grand lorsque la victime est blanche que lorsqu’elle est noire, et jusqu’à 11 fois plus grand quand l’auteur du crime est un noir et la victime blanche », rapporte Amnesty International sur son site internet.

En Indonésie, pour le même chef d’accusation, un français a donc potentiellement moins de chance d’être épargné qu’un habitant de Jakarta.

Finalement, l’application de la peine capitale n’est pas plus une position étatique que le prolongement d’un souhait populaire.

Dans son interview au Figaro, l’avocate pénaliste Corinne Dreyfus-Schmidt résume très justement la question. La peine de mort, pour laquelle l’homme semble avoir une imagination sans borne, reste le choix entre deux directions opposées. « Un choix moral » et rien de plus.

Bande Annonce – Le Pull Over Rouge:

https://www.youtube.com/watch?v=lw-iPSsepSk

Fiche technique du film – Le Pull-Over Rouge:

Réalisation : Michel Drach
Scénario : Michel Drach
Photographie : Jean Boffety
Son : Bernard Ortion
Montage : André Gaultier ; Pierre Levy ; Soazig Chappedelaine
Musique : Jean Louis d’Onorio
Production : Michel Drach
Société(s) de production : Gaumont, Port-Royal Films

Société(s) de distribution : Gaumont
Distribution : Serge Avédikian; Gérard Chaillou; Roger Ibanez; Michelle Marquais; Claire Deluca.

Document connexe :

Extrait du discours de Robert Badinter :

 

 

 

Rétro Coen: Inside Llewyn Davis – Critique du film

Le repos du chat

Le dernier film en date des frères Coen, futurs présidents du jury cannois, se présente comme un vrai-faux biopic à la non-gloire d’un paumé magnifique: Llewyn Davis qui n’exista jamais, mais est inspiré de personnages bien réels, des « figures historiques de Greenwich Village » sur lesquelles s’est interrogé Slate lors de la sortie du film. Mais Llewyn Davis c’est avant tout son interprète : Oscar Isaac, plein de douceur, derrière une figure qui ne dégage pas beaucoup de recul humoristique sur sa situation, alors que les Coen, si, justement. Oui, situation il y a puisque ce sont quelques jours et nuits (courtes) de lose qu’ont décidé de filmer les Coen. Des jours où Llewyn quitte Greenwich où il ne fait que, je cite, « faire tourner le chapeau » pour aller à Chicago, avant de revenir à New York, pas plus avancé sur la terre, décidé à s’embarquer (se ré-embarquer serait plus juste) sur la mer. On rit de Llewyn, mais on s’attache aussi à lui, comme souvent avec les Coen, les perdants sont des figures cinématographiques très fortes, ces anti-héros un peu décalés qu’on se plaît à suivre, même si le délire est ici moins fort que dans un Barton Fink ou encore Burn after reading.

Durant son périple, Llewyn s’en prend plein la figure, mais la douceur domine et c’est ça qui est magnifique car, avec sa petite tête fatiguée et mal rasée, il encaisse, il ne dit rien, ou presque (la fin du début, le début de la fin: scène de tabassage derrière le bar où il se produit faute de mieux pour, dit-il, « payer un loyer » d’un chez-lui qu’il ne possède pas). Il est pétri de douleur dans ce qu’il n’accepte même pas de discuter: la perte de son partenaire de musique folk. Et ce n’est pas même sous les traits de deux chats légèrement fugueurs qu’il trouvera du réconfort, même s’il s’y accroche comme un prétexte pour ne pas avoir les mains vides, s’inquiéter de quelque chose de vivant, s’embarrasser…  Le parcours filmé par les Coen est donc celui d’un musicien qui fredonne et chante des chansons belles à écouter, qui réchauffent un peu le cœur, des chansons pour emmener avec soi sur les routes, mais qui ne peuvent susciter un succès. Et, même ça, il l’encaisse sans rien dire. Llewyn est un tendre loser, mais un mauvais boxeur, il rend à peine les coups qu’il reçoit, vivotant de canapés en canapés, croisant des personnages plus ou moins recommandables, drôles souvent, paumés aussi.

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage … »

C’est un chemin hivernal, boueux, nocturne mais aussi musical, chaque chanson est interprétée dans son intégralité, parfois même A capella et c’est une satisfaction. Si Llewyn est frustré de ne pas y arriver, nous ne ressentons jamais cette frustration de l’à peu près car tout est entier chez Llewyn: on le suit du début, à la fin avec délectation, même quand la route s’éternise et que, les pieds glacés, il retourne au point de départ. C’est que, tel un chat, il sait toujours rentrer dans son foyer. Sans en avoir un, il en a mille où toujours, même détesté, pour des raisons plus ou moins argumentées, il trouve toujours un petit coin, même frugal, pour enfin se reposer de tous ses échecs … Certainement pas le meilleur des frères Coen, mais un film apaisant. Le film marque tout de même encore une fois le goût des frères Coen pour les perdants, ces paumés qu’ils rendent magnifiques, intenses. Inside Llewyn Davis a tout de même reçu le Grand Prix au festival de Cannes en 2013, l’aventure des Coen au festival poursuivra du 13 au 24 mai prochain.

Synopsis : « Inside Llewyn Davis » raconte une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk dans l’univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu’un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu’il se créer lui-même.

Fiche technique – Inside Llewyn Davis

Date de sortie française : 6 novembre 2013
Réalisation et scénario : Joel et Ethan Coen
Interprètes : Oscar Isaac (Llewyn Davis), Carey Mullingan (Jean Berkey), Justin Timberlake (Jim Berkey)…
Compositeur : Marcus Mumford
Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel
Monteurs : Ethan et Joel Coen – Chef monteur : Roderick Jaynes
Producteurs : Joel et Ethan Coen, Scott Rudin
Production : Mike Zoss Productions, Scott Rudin Productions, Studio Canal
Distribution : Studio Canal

Un nouveau film d’action pour Liam Neeson

A Willing Patriot : Liam Neeson encore et toujours dans des films d’action

L’acteur Liam Neeson tournerait dans le prochain film très controversé de Martin Zandvliet sur l’organisation terroriste Hezbollah dans la « Triple Frontière ».

L’acteur Liam Neeson (Taken, Non-Stop) est en négociations pour tourner prochainement dans un thriller d’action : A Willing Patriot de Martin Pieter Zandvliet (Teddy Bear, Land of Mine prévu pour octobre 2015).

Le scénariste, Jason Keller, est l’auteur des films Machine Gun avec Michelle Monaghan (True Detective) et Gerard Butler (Chasing Mavericks) et Evasion avec Sylvester Stallone et Arnold Shwartzeneger.

Si, avec Jason Keller, nous pouvons nous attendre à un film d’action assez simpliste, Zandvliet a montré avec Teddy Bear, récompensé à Sundance en 2012 et par le Prix de la Découverte Européenne, qu’il était capable d’originalité et de finesse.

A Willing Patriot sera entièrement financé par MadRiver Pictures la production de Marc Butan qui finance deux autres films de Keller : 360 et Hollywood Gang.

« Liam Neeson est l’un des acteurs qui définit notre génération et le public l’aime dans ses rôles. Après avoir vu le nouveau film de Martin (Zandvliet), Land of Mine, nous étions sûr que c’était un scénariste incroyable et l’équivalent parfait pour collaborer avec Liam Neeson » a expliqué le producteur.

Dans ce film, Liam Neeson jouera un agent de la CIA au passé plutôt sombre, prêt à tout risquer jusqu’à sa propre femme, pour gagner sa rédemption. Il devra combattre une cellule terroriste qui prépare une violente attaque en s’infiltrant dans une zone particulièrement dangereuse appelée « Triple Frontière » et située en Amérique du Sud.

Le sujet du film est évidemment très controversé car cette zone à hauts risques d’Amérique Latine représente une préoccupation pour le gouvernement des Etats-Unis. Cette région passerelle où se rejoignent les frontières du Brézil, du Paraguay et de l’Argentine est soupçonnée d’abriter l’organisation islamo-terroriste Hezbollah.

Liam Neeson est actuellement en tournage à Taïwan sur le film de Martin Scorsese : Silence.

Rétro Coen : True Grit – Critique du film

Deuxième adaptation du roman de Charles Portis (après celle de 1969, sous le titre français 100 Dollars Pour Un Sheriff), True Grit, adapté par les frères Coen, balance entre l’ouest mythique et l’ouest réel. Un ouest sauvage, où les frontières du bien et du mal se brouillent, où la notion de justice collective reste à construire, puisqu’elle se confronte souvent à la justice individuelle.

U.S. Marshals

Autant qu’ à un genre cinématographique, les frères Coen rendent hommage aux U.S. Marshals, ces policiers fédéraux, aux missions différentes de celles du F.B.I. et travaillant au service exclusif des cours fédérales de justice. C’est finalement cette institution, qui est ici le centre d’intérêt d’un des meilleurs films des frangins, d’un de leurs rares films de genre et d’un des meilleurs westerns contemporains.

Aux frontières du réel

True Grit est une fiction aux frontières du réel, puisque si le seul vrai personnage de ce film est le juge Isaac Parker, de nombreux autres sont inspirés de réelles légendes de l’ouest. À commencer par le marshal Cogburn, tiré tout à la fois du marshal borgne Cal Whitson, du marshal Bass Reeves réputé meilleur tireur de son époque et du marshal Heck Thomas réputé pour son instinct de tueur. Le personnage de Mattie Ross, semble lui, s’inspirer à la fois de Calamity Jane et d’Annie Oakley, réputée excellente tireuse et qui passa du temps avec le Wild West Show (qu’on voit à la fin du film). Quant à la bande de Ned Pepper, elle s’inspire des fameuses bandes de frères (ce qui garantissait quelques liens de confiance au sein d’un gang) telles que celles des frères James ou Dalton (dont trois des quatre avaient d’ailleurs été marshal).

Le goût de l’authentique

La volonté des frères Coen dans True Grit est de rendre l’ouest le plus authentique possible face caméra, d’où toutes ces références à son histoire. Même s’il est par moments édulcoré, leur film montre toute la dureté d’un temps où le féminisme n’était dans l’esprit de personne, où la frontière entre les hommes de loi et les hors-la-loi était parfois très mince. Tout est fait pour que ce film soit crédible et la maturité de la mise en scène, fait que cela fonctionne à merveille. Ils nous livrent un western classique dans sa construction, mais moderne dans la façon dont il met en scène un personnage vieillissant, perdu dans un monde qui semble ne plus vouloir de lui et voudrait faire passer la justice légale avant la justice du colt.

La bonne direction

Les frères Coen sont réputés, entre autres, pour leurs formidables qualités de direction d’acteurs et, si Jeff Bridges a troqué le Russe Blanc pour le six coups, il semble tout aussi à l’aise en manteau poussiéreux qu’en caleçon et tongs, les quelques années supplémentaires ne faisant qu’ajouter à son charisme. Matt Damon, qui ne vendait pas encore de café, disparaît un peu trop sous sa moustache, certes d’époque, mais qui tire vers le balai brosse. Il lui manque par ailleurs cette rudesse, indispensable à tout acteur de western, il semble à l’aise mais manque de crédibilité. Le meilleur pour la fin avec Hailee Steinfeld, 14 ans au moment des faits (comme son personnage, assez rare pour être souligné) n’avait pas beaucoup de choix. Elle devait incarner une jeune fille trop mature pour son âge ce qui, pour une actrice, est autant un défi qui se vit qu’un défi qui se joue.

Multipass

Avec True Grit, Joel et Ethan Coen ont démontré non seulement, qu’ils maitrisent leur cinéma, mais aussi qu’ils maîtrisent « les » cinémas, jusqu’à cette mémorable et effrénée course finale contre la mort. Il y avait eu le film noir des années 50 avec Le Grand Saut, il y a maintenant le western avec True Grit. Bien sûr, ils s’éloignent des losers qui ont fait leurs belles années, mais ils s’ouvrent alors un public plus vaste. Ils ne sont pas les cinéastes d’un genre, ils sont comme beaucoup de grands autres réalisateurs (en tête desquels Stanley Kubrick), capables de s’attaquer à différentes de sortes de films avec le même talent, avec la même envie d’allier la qualité du cinéma d’auteur à la quantité du cinéma de divertissement. Bref, en quelques années, les frères Coen sont passés de touche-à-tout du cinéma à touche-au-cœur du cinéphile.

Synopsis : Mattie Ross, jeune fille de 14 ans, décide d’acheter les services de l’U.S. Marshal Cogburn et du Texas Ranger Laboeuf, pour retrouver l’assassin de son père et le traduire en justice. Elle va chevaucher aux côtés de ces derniers et découvrir ce qu’avoir du cran peut signifier pour une jeune fille, en plein ouest sauvage.

Fiche technique – True Grit: 

Réalisation : Joel et Ethan Coen
Scénario : Joel et Ethan Coen, d’après Charles Portis
Distribution : Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper, Paul rae, Domhnall Gleeson
Musique : Carter Burwell
Photographie : Roger Deakins
Décors : Jess Gonchor
Montage : Joel et Ethan Coen
Costumes : Mary Zophres
Production : Scott Rudi, Joel et Ethan Coen
Sociétés de production : Paramount Pictures et Skydance Productions
Sociétés de distribution : Paramount Productions
Budget : 38 000 000 $
Genre : Western

Auteur : Freddy M.

Cannes 2015 Un Certain Regard: The High Sun

Avec ce huitième long métrage The High Sun (Zvizdan), Dalibor Matanic revient à Un Certain Regard pour la première fois depuis 1981.

The High Sun relate trois histoires d’amour qui se déroulent en Croatie sur trois décennies et comme ils se battent pour être ensemble face à des tensions ethniques toxiques.

The High Sun – Cannes, Un Certain Regard : Bande annonce

Le réalisateur Dalibor Matanić est né en 1975, à Zagreb, en Croatie. Il obtient un diplôme de l’Academy of Drama Arts, section réalisation Cinéma et Télévision. Il a réalisé plusieurs documentaires et courts métrages. En 2000, il réalise son premier long métrage « The Cashier« qui a reçu différents prix dans de nombreux festivals internationaux. Il a également reçu de nombreux prix, dont celui du meilleur film de la part du jury, de la critique et du public au Festival de Pula pour Fine Dead Girls. En 2005, il a réalisé Hundred Minutes of Glory (écrit par Robert Perisci), suivi en 2006 par I Love You, histoire d’un jeune qui contracte le Sida.

Les rôles principaux sont joués dans ce huitièmee long métrage. par Tihana Lazović et Goran Marković  au côté de Nives Ivanković, Dado Ćosić, Stipe Radoja, Trpimir Jurkić, Mira Banjac, Slavko Sobin, Lukrecija Tudor, Tara Rosandić et Ksenija Marinkovic

 

 

 

Cannes 2015: La sélection Un Certain Regard présidée par Isabella Rossellini

Cannes 2015 : Isabella Rossellini présidera le jury Un Certain Regard

C’est la fille d’Ingrid Bergman, égérie 2015 du Festival de Cannes, qui présidera le jury d’Un Certain Regard, l’une des sections de la sélection officielle du Festival de Cannes, créée en 1978.

Lors de ce 68e Festival de Cannes, Isabella Rossellini participera à l’hommage rendu à sa mère en assistant à la projection de : Ingrid Bergman, In Her Own Words‏, un documentaire signé Stig Björkman, projeté dans le cadre de Cannes Classics. Isabella Rossellini, fille du réalisateur Roberto Rossellini et de l’actrice Ingrid Bergman, a joué dans des films comme (Les Vrais durs ne dansent pas, Sailor et Lula ). L’actrice succède, dans le rôle de président du jury Un Certain Regard, au réalisateur argentin Pablo Trapero, qui avait donné le Prix Un Certain Regard à Kornel Mundrucźo pour White God et le Prix du Jury à Ruben Östlund pour Snow Therapy.

Un certain regard présente des films atypiques ou de réalisateurs encore peu connus. Dix-neuf films sont en lice et l’ouverture aura lieu le jeudi 14 mai, avec la projection de An, de Naomi Kawase.

Les autres membres du jury sont: Haifaa Al-Mansour, réalisatrice (Arabie Saoudite),  Nadine Labaki, réalisatrice, actrice (Liban), Panos H. Koutras, cinéaste (Grèce) et Tahar Rahim, acteur (France)

Isabella Rossellini décernera le prix et le palmarès Un certain regard le samedi 23 mai, veille de la clôture du Festival. La compétition du 68e Festival de Cannes, débute ce mercredi 13 pour s’achever dimanche 24 mai. Cette année le jury du festival est présidé par les réalisateurs américains Joel et Ethan Coen et à cette occasion, la rédaction Cineseries s’est lancée dans une rétrospective de leurs films.

– « Masaan » (« Fly Away Solo »), de Neeraj Ghaywan

– « Hrutar » (« Rams »), de Grimur Hakonarson

– « Kishibe No Tabi » (« Journey To The Shore »), de Kiyoshi Kurosawa

– « Je suis un soldat », de Laurent Larivière

– « Zvizdan » (« The High Sun »), de Dalibor Matanic

– « The Other Side », de Roberto Minervini

– « Un Etaj Mai Jos » (« One Floor Below »), de Radu Muntean

– « Mu-Roe-Han » (« The Shameless »), de Oh Seung-Uk

– « Las Elegidas » (« The Chosen Ones »), de David Pablos

– « Nahid », de Ida Panahandeh

– « Comoara » (« The Treasure »), de Corneliu Porumboiu

– « Chauthi Koot » (« The Fourth Direction »), de Gurvinder Singh

– « Madonna », de Shin Suwon

– « Maryland » de Alice Winocour

Films hors compétition:

– « La tête haute« , d’Emmanuelle Bercot (film d’ouverture)

– « Mad Max: Fury Road », de George Miller

– « Irrationnal Man », de Woody Allen

– « Inside Out » (« Vice versa »), de Pete Docter et Ronaldo Del Carmen

– « The Little Prince » de Mark Osborne

Séances de minuit:

– « O Piseu » (« Office »), de Hong Won-chan

– « Amy », de Asif Kapadia

Séances spéciales:

– « Asphalte », de Samuel Benchetrit

– « Oka », de Souleymane Cissé

– « Hayored Lema’ala », d’Elad Keidan

– « A Tale Of Love And Darkness », de Nathalie Portman

– « Amnesia », de Barbet Schroeder

– « Panama », de Pavle Vuckovic

Par ailleurs, Abderrahmane Sissako (réalisateur de Timbuktu) présidera le jury de la Cinéfondation et des Courts métrages, créé en 1998. Cette année, autour du réalisateur, sont réunit la cinéaste Joana Hadjithomas (Liban), la réalisatrice Rebecca Zlotowski (France), l’actrice Cécile de France (Belgique) et l’acteur Daniel Olbrychski (Pologne). Le Jury devra décerner trois prix parmi les 18 films d’étudiants d’écoles de cinéma, présentés dans la Sélection Cinéfondation. Le Jury devra également désigner la Palme d’or du Court métrage, parmi les neuf films sélectionnés en compétition.

Rétro Coen : A serious man – Critique du film

A Serious Man est un film particulier dans l’œuvre des frères Coen. Tourné dans les environs du Minneapolis de leur enfance, il est sans doute leur film le plus personnel, le plus autobiographique, le plus juif aussi, manifestement.

Synopsis: 1967 Larry Gopnik, professeur de physique dans une petite université du Midwest, vient d’apprendre que sa femme Judith allait le quitter. Elle est tombée amoureuse d’une de ses connaissances, le pontifiant Sy Ableman. Arthur, le frère de Larry, est incapable de travailler et dort sur le canapé. Danny, son fils, a des problèmes de discipline à l’école hébraïque et sa fille Sarah, vole dans son portefeuille, car elle a l’intention de se faire refaire le nez. Pendant ce temps, Larry reçoit à la fac des lettres anonymes visant à empêcher sa titularisation et un étudiant veut le soudoyer pour obtenir son diplôme. Luttant désespérément pour trouver un équilibre, Larry cherche conseil auprès de trois rabbins. Qui l’aidera à faire face à ses malheurs et à devenir un mensch, un homme bien ..?

L’homme qui coule à pic 

Le film est tourné plus précisément dans une reconstitution de la banlieue naissante de Saint Louis Park, en bordure de Minneapolis, un des endroits du coin où les juifs vivent le plus massivement, depuis des dizaines d’années. En guise d’incipit, une citation du grand Rabbin médiéval Rachi, suivi d’une histoire de « dibbouk » dans un shtetl polonais d’un autre siècle, d’un esprit malfaisant qui porterait la poisse à ceux qui ont le malheur de croiser son chemin.

Un prologue qui a tout l’air de ces contes populaires terrifiants, mais complètement imaginé par les frères Coen eux-mêmes, sur la base des récits de leur enfance, avec ce démon porte-malheur qui a franchi le seuil des habitants, ce Léviathan qu’il ne faut en aucun cas réveiller. « Accepte le mystère » est-il donc conseillé au début de ce prologue.  Pour ne pas avoir écouté ce conseil, les lointains ancêtres putatifs de Larry Gopnik, le personnage principal, semblent lui avoir porté la poisse.

Le récit bascule vers 1967, époque de l’adolescence du plus âgé des deux frères Coen, marquée très exactement par le hit de Jefferson Airplane , « Somebody to love ». Epoque de la Bar Mitzva pour Danny Gopnik, le fils cadet de Larry, qui écoute le morceau en boucle dans son appareil portatif, entre deux joints aux toilettes de la synagogue ou même, pendant son cours d’hébreu. 1967, le début peut-être de l’embourbement viêt-namien, mais surtout aussi l’éclosion d’un souffle de liberté psychédélique dans les mœurs, que Danny célèbre à sa mesure.

Larry est un paisible professeur de physique, un homme spécialiste du « chat de Schrödinger » et de la théorie de la relativité. Les causes et les conséquences, ça le connaît. Sa passion pour les mathématiques et la physique (quantique) n’a d’égale que l’ennui qu’il inspire chez ses étudiants. Alors, quand s’abattent sur lui toutes les calamités de la terre, une femme qui veut subitement se mettre en ménage avec Sy Ableman, son collègue et ami tout en componction, une fille qui dérobe son argent pour se faire refaire le nez, que son fils Danny dérobe à son tour pour s’acheter ses fumettes, quand un étudiant en mal de résultat veut le corrompre tout en menaçant de le dénoncer pour corruption, quand son frère Arthur, un homme inadapté et sans emploi, non content de se balader dans toute la maison avec sa machine à drainer les kystes, se fait arrêter pour divers méfaits plus ou moins délictuels ; quand tout cela arrive, alors forcément Larry se pose des questions. « I didn’t do anything », tel est son leitmotiv. Il a du mal à comprendre, car dans sa tradition, ces avanies ressemblent à des punitions divines. Les rabbins consultés successivement, au mieux n’apportent pas de réponses, au pire débitent un discours consternant et frisant le ridicule, et sa foi d’homme de bien vacille.

Cet homme sérieux, cet homme qui n’a rien demandé s’enfonce dans une spirale descendante qui ne veut pas s’arrêter et sur laquelle il n’a pas la main. L’une des forces du film des frères Coen réside dans ce personnage et dans son interprète, l’acteur de théâtre Michael Stuhlbarg, qui arrive à en faire un bloc d’endurance malgré ses complaintes et son incompréhension. En dehors de ses rêves gonflés d’audace, de désirs aussi à l’endroit de son accorte voisine MS Samsky, Larry Gopnik est un homme qui endure et qui se rebelle très peu, un personnage à contre-courant des spécimens habituels de leur cinéma.

A serious man est une sorte de revisitation du Livre de Job, avec son cortège de malheur sur les épaules de Larry, et Hachem qui ne semble pas entendre ses interrogations paniquées. Son abattement est si profond qu’écouter la musique  la musique de Sidor Belarsky, notamment sa très lugubre version du chant yiddish « The Miller’s tears », passe pour de la détente. C’est  ce genre de décalage qui fait de a serious man un film drôle. Les personnages secondaires sont truculents, malgré eux le plus souvent.

En cela, les frères Coen ne dérogent pas à ce qui fait le sel de leur cinéma : des sujets graves de l’existence, comme dans No Country For Old Men,  émaillés par l’humour apporté en contrepoint, comme dans Burn after reading. Film après film, ils tissent sous nos yeux une œuvre cohérente et de plus en plus riche, fabriquée avec une équipe fidèle, même si côté acteurs, A Serious Man capitalise sur des têtes entièrement nouvelles à leur cinéma. Un film qui mérite amplement l’accueil qui lui a été fait, en rupture de rythme avec les jalons marquants de leur œuvre, et pourtant annonciateur de métrages intimistes comme Inside Llewyn Davis…Un film qui les marquera forcément dans cette présidence du festival de Cannes 2015.

A Serious Man (Joel et Ethan Coen) – Bande Annonce

A serious man : Fiche Technique

Titre original : A serious man
Réalisateur : Ethan Coen, Joel Coen
Genre : Documentaire
Année : 2009
Date de sortie : 20 Janvier 2010
Durée : 106 min.
Casting : Michael Stuhlbarg (Larry Gopnik), Richard Kind (Oncle Arthur), Fred Melamed (Sy Ableman), Sari Lennick (Judith Gopnik), Aaron Wolff (Danny Gopnik), Jessica McManus (Sarah Gopnik), Amy Landecker (Ms Samsky)
Scénario : Ethan Coen, Joel Coen
Musique : Carter Burwell
Chef Op : Roger Deakins
Nationalité : USA
Producteur : Ethan Coen, Joel Coen
Maisons de production : Focus Features , StudioCanal , Relativity Media , Mike Zoss Productions, Working Title Films
Distribution (France) : Studio Canal

Sleppy Hollow, Musique, Bande Originale De La Série

Sleepy Hollow – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

une musique gothique

Sleepy Hollow est d’abord un film de Tim Burton, peut-être un des ses meilleurs. Baroque, gothique et sombre à souhait, il est accompagné d’une des plus belles musiques du compositeur attitré du réalisateur: Danny Elfman. Pour la série c’est un duo qui se colle à la lourde tâche de succéder au grand Danny. Tout d’abord Brian Tyler, auteur de nombreuses bandes originales et spécialiste  de l’univers Marvel avec à son actif Iron Man 3, Thor – L’Empire Des Ténèbres et Avengers – L’Ère d’Ultron. Ensuite Robert Lydecker, qui est en fait un vrai complice de Brian Tyler puisqu’il a travaillé en collaboration avec lui sur ces films de super-héros.

Pour Sleepy Hollow, ils sont en plein dans l’univers magnifique né du cerveau dérangé de Tim Burton. Musique angoissantes, esquisses de chants grégoriens qui, allez savoir pourquoi, sont toujours si prompts à coller une frousse de tous les diables. Le plus drôle en fait est de constater à quel point cet univers musical rappelle les films de monstres du temps du noir et blanc tels La Momie, Dracula ou encore Frankenstein. Le contrat est donc rempli et les spectateurs verts de peur.

Sortie: 9 décembre 2013

Distributeur: 20th Century Fox TV Records

Durée: 62’

Bande Originale – Sleepy Hollow:

Tracklist:

1. Sleepy Hollow Theme 1’27

2. The Midnight Ride 1’49

3. Birth Of Horseman 1’49

4. The Two Witnesses 4’21

5. Abbie And Crane 2’06

6. Demolishing Government Walls 2’34

7. Fire Burn And Cauldron Bubble 3’36

8. Macey’s Theme 1’27

9. The Lost Colony 3’02

10. Mysteries Of Sleepy Hollow 2’40

11. A Sardonic Smile 4’26

12. Ichabod And Katrina 2’29

13. Purgatory 3’41

14. The Greater Good 3’31

15. Pursuit 2’05

16. Small Town Police Department 1’30

17. Captured Hessian 3’55

18. Pieces Of A Puzzle 4’27

19. Family Moments 2’33

20. A Wry Eye 1’37

21. Reviving Crane 2’02

22. Voodoo Glow Skulls 4’08

23. Sleepy Hollow Main Titles 0’34

Auteur : Freddy M.

 

Cannes 2015 : An Open Secret, Trailer du documentaire

An Open Secret – Le film que Hollywood ne veut pas que vous voyez

À l’époque du « scandale Bryan Singer », il y a un an tout juste, Amy Berg, réalisatrice du documentaire West Of Memphis (un documentaire sur l’échec du système de justice dans l’affaire West Memphis Three), elle  travaille sur un film documentaire autour des abus sexuels que subissaient les jeunes garçons et filles venus tenter leur chance à Los Angeles pour travailler dans l’industrie cinématographique. Après avoir été présenté au New York Doc Fest, d’où il est reparti avec un plébiscite critique, An open secret est l’un des opus les plus attendus du marché du film attaché au Festival de Cannes et les entrées aux projections seront drastiquement sélectionnées. Autoproclamé « le film qu’Hollywood ne veut pas que vous voyiez », An Open Secret n’a pas de date de sortie en France.

An Open Secret :  Trailer du documentaire

Amy Berg est acclamée par la critique, elle a été nominé pour un Academy Award pour son documentaire Délivre-nous du mal (2006). Elle a travaillé en collaboration avec les producteurs Peter Jackson et Fran Walsh. La première du film a eu des critiques dithyrambiques au Sundance Film Festival 2012 et  a été  nominé aux BAFTA. Sony Pictures Classics a sorti le film en automne 2012.

Amy a complété son premier long métrage de fiction EVERY SECRET THING, projeté au Festival du film de Tribeca en 2014 , le film sortira  en salles  en mai 2015. Son documentaire, PROPHET’S PRE qui a été réalisé en association avec Showtime et Imagine Entertainment. Elle travaille actuellement sur plusieurs films, dont un projet sur une  légende de la musique Janis Joplin. La compagnie de Amy, Disarming Film, écrit et produit de longs documentaires axés sur la justice sociale.

Cannes 2015 : Une Palme d’honneur pour Agnès Varda

Cannes 2015: Agnès Varda, première réalisatrice à recevoir la Palme d’Honneur

Agnès Varda recevra une Palme d’honneur lors de la cérémonie de de clôture du Festival de Cannes, le 24 mai. A ce jour, seuls Woody Allen(2002), Clint Eastwood (2009) et Bernardo Bertolucci (2011) se sont vu remettre cette récompense. Le conseil d’administration du Festival souligne que cette  distinction est attribuée « à un réalisateur de renom, dont l’œuvre fait autorité dans le monde mais qui n’a pourtant jamais reçu de Palme d’or« , se se félicitant de remettre cette récompense pour la première fois à une femme. Réalisatrice, photographe, scénariste, actrice, Agnès Varda, aura 87 ans le 30 mai, « une artiste complète, géniale touche-à-tout que sa curiosité insatiable entraîne dans les projets les plus variés dont elle tire toujours le meilleur« .

Dans ce même communiqué on peut lire que «Son œuvre et sa vie sont portées par un souffle de liberté, un art de repousser les limites, une détermination farouche et une conviction qui se rit de tous les obstacles: elle semble capable d’accomplir tout ce qu’elle désire» La réalisatrice de La Pointe courte (monté par Alain Resnais) en 1954, aux Plages d’Agnès (César du meilleur documentaire) en 2008, en passant par Cléo de 5 à 7, Le bonheurSans toit ni loi (Lion d’or à Venise en 1985) ou encore Les glaneurs et la glaneuse, cette « franc-tireuse dans l’âme » a su aborder des sujets variés dans des formes diverses,  concluent les organisateurs du 68e Festival de Cannes, dont le coup d’envoi est  donné mercredi.