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Daredevil, Saison 1 – Contre Critique De La Série

Ce n’est pas aujourd’hui que le diable sortira de sa boite.

Voici donc la fameuse série Marvel diffusée sur Netflix sensée mettre tout le monde d’accord et redonner au justicier de Hell’s Kitchen toute son ambivalence. Oui, cette série est sombre et violente et oui c’est plus regardable que le film de Mark Steven Johnson, certes…Mais cela suffit-il pour passer sous silence tout ses défauts ? Non, car la fameuse bouse avec Ben Affleck date tout de même de 2003, une époque où le genre super-héroique n’était pas véritablement pris au sérieux par les producteurs, il était donc le produit d’une époque où les X-Men de Singer et Spiderman de Sam Raimi faisait partie des anomalies surprenantes. Depuis, le genre a fait son chemin dans l’esprit des spectateurs, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui, le super héros se doit d’être sombre et torturé, sans cesse pris dans un conflit moral face à des forces qui le dépasse. C’est la mode, la tendance du moment, la norme sur laquelle s’aligne la majorité des productions estampillés « comics ». Daredevil ne devrait donc pas être jugée par rapport à son prédécesseur (faire pire aurait été en soit un exploit) mais bien à l’aune des ses contemporains.

En retournant cette échelle de valeur, il devient alors plus facile de trouver des défauts, et ce qui frappe en premier lieu, c’est le manque d’originalité de l’ensemble. Du générique « crépusculaire » style Black Sails ou The Leftovers représentatif de la génération HBO aux développement des personnages, tout sonne préfabriqué, monté en kit pour convaincre rapidement que Daredevil est un projet viable capable d’attirer un public mature. C’est donc parti pour une succession d’effusions de sang, d’os brisés et d’intrigues sordides à base de trafic de drogues et d’êtres humains. Sauf qu’il ne faut pas tout confondre, malgré ce qu’essayent de nous faire croire les séries d’aujourd’hui, violence et sexe ne sont pas des signes de maturités, c’est même complètement l’inverse. La maturité est justement la capacité de réfléchir, de dépasser ses pulsions primaires par la raison et la logique, deux prérequis qui brillent par leur absence dans le caractère des protagonistes. De la violence d’accord, mais avec du fond s’il vous plaît !

En l’état, la série ne présente que des archétypes grossiers qu’elle tente de nous faire passer pour des êtres humains en multipliant le pathos. Matt Murdock est aveugle, élevé par son père, abandonnée par sa mère. Papa est gentil, donc le petit Matt devenu grand aura une morale infaillible. De l’autre coté du spectre caractériel, nous avons Wilson Fisk, caïd de la pègre qui règne d’une main de fer sur la ville, élevé par un père violent et surprotégé par sa mère. Papa est méchant donc Wilson sera brutal et égocentrique (et en plus petit il était gros). Rien que là on touche déjà au cliché le plus répandu dans l’histoire des super-héros : le rôle déterminant des parents et sa dichotomie nauséabonde : Si ton père s’occupe de toi, tu sera un héros, si ta mère te couve trop, tu sera un méchant. Citons comme exemple au hasard, Batman et le Pingouin, l’un adulant son père (on ne sait jamais rien de sa mère) et l’autre sur-protégé par sa mère. Pareil pour Thor et Loki, le premier élevé par papa, droit et vertueux, le second apprécié par maman, donc fourbe et sournois… Rien de nouveau sous les étoiles, et c’est un peu embêtant vu que les 13 épisodes de la série ne fonctionnent que sur cette opposition Fisk/Murdock, mais quand les pommes sont déjà pourrie dans le panier…

Dans ce duel d’ego, Dardevil est celui qui s’en sort le mieux, grâce à une interprétation plutôt mesurée de Charlie Cox (Stardust) qui n’en fait jamais trop, bien qu’il semble calquer son jeu sur celui de Ben Affleck, y apportant quelques modifications subtiles et bienvenues. En revanche de l’autre coté du ring c’est une catastrophe. L’excellent Vincent d’Onofrio (Full Métal Jacket, Men in Black) offre une performance pitoyable. Rarement observer un acteur de ce standing cabotiner n’aura été aussi gênant. Fini le règne de Wilson Fisk le génie du crime, le manipulateur et tacticien brillant… Admirons Fisk l’animal, Fisk l’abrutit, Fisk le gamin égoïste….L’acteur semble toujours en décalage avec son personnage. Il trimbale son physique de nourrisson géant avec la grâce d’un hippopotame et y applique une voix qui ne colle jamais. Il hurle quand il est content, chuchote quand il s’énerve, respire à contre-temps, semble près à exploser dès que quelque chose l’emmerde. Le personnage n’a plus aucune complexité et sa stratégie se résume à ça : Quelqu’un pose problème, il le tue. Simple, efficace mais pas vraiment mature. Tout suspens est donc désamorcé puisque que l’on finit par le saisir le malabar, et on comprend rapidement qu’il finira par tuer tout ses partenaires. Encore une façon pour Marvel de nous faire miroiter une intrigue complexe avant de la réduire dans sa dernière ligne droite à un seul antagoniste. Il faut admettre l’évidence, en ce moment, Marvel et les méchants, ce n’est pas vraiment l’amour fou. Surtout lorsque les acolytes Wesley et Leland (alias le Hiboux) se révèlent infiniment plus charismatiques, bien que sous employés. En comparaison Malcolm Merlyn dans Arrow, dont le projet d’urbanisme novateur était tout aussi explosif, passait pour un antagoniste formidable.

C’est tout le problème de Dardevil, elle ne surprend jamais et souffre trop de la comparaison avec ses aînées. Les scènes d’actions sont molles et cèdent à l’esbroufe facile (un plan séquence sympathique mais bien en dessous de celui de Old Boy), tandis que les personnages n’évoluent jamais. Marvel maintient sont statu quo, avec opposition caricatural entre le bien et le mal, sans jamais tenter quelques zones de gris. Hell’s Kitchen* n’est plus la cuisine de l’enfer mais un pot pourri de clichés ronflants : Le mafieux d’origine italienne qui écoute de la musique classique, l’avocat intègre qui vient réparer la plomberie chez ses clients, le vieux maître aveugle qui sort de la philosophie de comptoir à tour de bras… Marvel devrait se rappeler que ce n’est pas toujours dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupe.

Ici, notre critique pour Daredevil.

* Hell’s Kitchen est d’ailleurs aujourd’hui l’un des quartier les plus huppé de New York.

Synopsis: Matt Murdock est avocat. Aveugle depuis l’enfance suite un accident, il a su développer ses autres sens de manière spectaculaire au point d’en faire des pouvoirs. Aujourd’hui, ces pouvoirs vont l’amener à combattre Wilson Fisk, parrain de la mafia locale.

Fiche Technique – Daredevil

Création : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Producteurs éxécutifs : Dan Buckley, Jim Chory, Steven S. DeKnight, Alan Fine, Peter Friedlander, Drew Goddard, Allie Goss, Kris Hennigman, Cindy Holland, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe Quesada
Réalisation : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Scénario : Drew Goddard (épisode pilote)
Direction artistique : Toni Barton
Décors : Loren Weeks
Costumes : Kevin Draves
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage: Jonathan Chibnall, Monty DeGraff, Michael N. Knue
Musique : John Paesano
Casting : Laray Mayfield et Julie Schubert
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution : Netflix
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 1,78:1 – son Dolby Digital – HDTV
Genre : super-héros, action, science-fiction
Format : 50 min

 

Deadwood – Saison 1-3 : Critique De La Série

Cocksucker!

Le western est un genre tombé en désuétude, après avoir été une mine d’or pour le cinéma hollywoodien des années 30 à 60. A travers de nombreux classiques : le train sifflera trois fois, La chevauchée fantastique ou Règlements à OK Corral. Il vantait l’héroïsme de l’homme, en créant le mythe du cow-boy. Une image bien loin d’une triste réalité, la conquête de l’Ouest se faisant sur les cadavres des indiens. Deadwood brise cette version édulcorée, en étant plus proche du cinéma des années 70, celui de Sam Peckinpah ou Clint Eastwood, inspiré du western spaghetti de Sergio Leone. Ils vont insuffler un réalisme et une cruauté, en démystifiant la belle Amérique.

Deadwood a réellement existé. La série s’inspire de faits réels, en faisant intervenir des figures légendaires, comme Wild Bill Hicock (Keith Carradine) ou Calamity Jane (Robin Weigert). On va découvrir cette ville en construction, ou règne l’anarchie, sous la coupe du tenancier d’un bar et bordel, Al Swearengen (Ian McShane). Un homme avide de pouvoir, ne reculant devant rien, pour rester maître des lieux.
Divers hommes viennent s’installer dans cette ville, la plupart espérant faire fortune en trouvant de l’or, d’autres en fuyant leur passé. C’est un monde d’homme, ou les femmes sont principalement des prostituées. Elles sont les objets de ces mâles sales et vulgaires. Elles évoluent dans un univers ou règne la violence. Sauf une femme, Alma Garret (Molly Parker), propriétaire d’une mine d’or prospère et devenant le centre de divers complots, pour prendre possession de son bien. Une femme de bonne famille, qui détonne en ce lieu sordide.

L’action se déroule presque uniquement dans la ville de Deadwood. On oublie les grands espaces et les longues chevauchées, sauf à de rares occasions, comme dans le pilote réalisé par Walter Hill. Il en va de même pour les indiens, qui sont plus évoqués, que présents. Cela donne l’impression de se retrouver devant une immense pièce de théâtre, ou les mots se font plus entendre que les coups de feu. On croise divers personnages, ou chacun à son importance, selon les multiples intrigues.
Cette quasi-absence d’actions, ne pénalise pas le rythme de la série. Au contraire, elle est ambitieuse dans sa construction, dans le développement des personnages et dans l’évolution de cette ville. L’anarchie ne peut perdurer, on ne peut vivre continuellement dans la boue et sans infrastructures économiques. La société va se mettre en place doucement, avec un maire factice, mais surtout avec un shérif, un centre postal ou un journal, entre autres. Même si l’alcool, le sexe et le jeu, restent la principale sources de revenus, avec surtout la présence d’hommes seuls vivant au sein de cette ville. Rome ne s’est pas fait un jour, il en va de même pour Deadwood.

Dans cette ville, ou la violence règne dans la crasse et la sueur. Les manigances sont légions, avec toujours le même but : l’argent et donc le pouvoir. Al Swearengen va devoir affronter divers hommes, Cy Tolliver (Powers Boothe) et George Hearst (Gerald McRaney), pour rester au sommet. Comme dans une partie d’échecs, chacun avance ses pions, faisant preuve d’un esprit machiavélique. Mais Al Swearengen reste le plus fascinant de tous, grâce à l’interprétation de Ian McShane, récompensé par un golden globe en 2005. C’est un anti-héros, mais au sens le plus infect du terme. Il ferait presque passer Tony Soprano pour un enfant de chœur. Il inspire la crainte, en faisant rarement preuve d’une once d’humanité.
C’est sombre et la lumière se fait rare. La moindre faiblesse est aussitôt exploitée, la pitié n’a pas lieu dans cette ville décadente. On est vraiment loin de l’image d’épinal des westerns d’antan. Les Etats-unis est une terre d’immigrés et les différentes nationalités, sont représentées dans cette ville. Les irlandais, les juifs, les polonais, les chinois et autres ethnies, se côtoient en participant à l’histoire de ce pays, pour le meilleur et surtout le pire. Comme les cochons de Mr Wu (Keone Young), particulièrement prisés par leurs propensions à manger tout et n’importe quoi.

Dans Deadwood, ce sont les fondations des USA, qui se mettent en place sous nos yeux. Le capitalisme sauvage, les jeux de pouvoir, le racisme ou la place de la femme, dans une société machiste. Le rêve américain est une chimère, de la poudre aux yeux, ou peu d’élus vont faire fortune, mais ou les désillusions sont nombreuses. La religion a aussi une grande place, mais elle en prend aussi pour son grade, avec ses représentants, tombant souvent dans la folie. L’alcool et l’opium n’aidant pas à garder l’esprit sain, mais permettent d’oublier leurs conditions de vie. Les habitants sont exposés à toutes les maladies, en l’absence d’hygiène et ou seul un médecin (Brad Dourif) tente de garder ceux-ci, en bonne santé. Décidément cette ville est aussi bien un repaire pour brigands, que de microbes. La vie de famille est difficile, les enfants sont rares, comme la culture et l’éducation, c’est l’argent avant tout.

L’univers de Deadwood est sombre. Elle fait partie des séries prestigieuses de la chaîne HBO, avec ses exigences scénaristiques et une distribution, à la hauteur de la qualité des dialogues. Elle n’a que trois saisons, la faute à un casting prestigieux, ne permettant pas de réunir tout le monde à la même période. On va retrouver la plupart d’entre-eux dans d’autres séries, comme Timothy Olyphant (Justified), Molly Parker (House of Cards), Dayton Callie (Sons of Anarchy), Anna Gunn (Breaking Bad), Paula Malcomson (Ray Donovan), entre autres. Ian McShane continuant sa carrière cinématographique, après cette parenthèse cathodique, dans Pirate des caraïbes 4, Hercule ou John Wick. Le créateur David Milch n’a depuis, pas renoué avec le succès, en manquant de chance avec Luck, en collaboration avec Michael Mann, avec le décès de trois chevaux, qui causèrent l’arrêt de la série, avec pourtant Dustin Hoffman, Dennis Farina et Nick Nolte au casting.

Synopsis : À la fin des années 1870, la petite ville de Deadwood, située dans le Dakota du Sud, est devenue un endroit sans foi ni loi où se retrouvent tous ceux que la fièvre de l’or a attirés dans les Black Hills. On y croise plusieurs personnalités historiques, telles que Wild Bill Hickok (Keith Carradine), Calamity Jane (Robin Weigert), Seth Bullock (Timothy Olyphant), Al Swearengen (Ian McShane) et George Hearst (Gerald McRaney).

Deadwood : bande-annonce

Fiche technique : Deadwood

Deadwood – USA
Années : 2004-2006 (3 saisons – 36 épisodes)
Créateur : David Milch
Réalisateurs : Walter Hill, Ed Bianchi, Daniel Minahan, Davis Guggenheim, Gregg Fienberg, Mark Tinker, Steve Shill, Alan Taylor, Michael Engler, Michael Almereyda, Timothy Van Patten, Daniel Attias, Adam Davidson et Tim Hunter
Distribution : Timothy Olyphant, Ian McShane, Molly Parker, Brad Dourif, W. Earl Brown, John Hawkes, Paula Malcomson, Dayton Callie, Leon Rippy, William Sanderson, Robin Weigert, Sean Bridgers, Bree Seanna Wall, Jim Beaver, Jeffrey Jones, Kim Dickens, Powers Boothe, Titus Welliver, Anna Gunn, Garret Dillahunt, Keone Young, Gerald McRaney, Brian Cox, Sarah Paulson, Stephen Tobolowsky et Keith Carradine
Genre : Western
Producteurs : David Milch, Gregg Fienberg, Kathryn Lekan et Scott Stephens
Musique : Reinhold Heil et Johnny Klimek
Productions : HBO, CBS Paramount Network Television, Red Board Productions et Roscoe Productions

Daredevil, Saison 1 – Critique De La Série

La série Daredevil produite par Netflix vient allègrement écrabouiller le pathétique film qui avait fait de Ben Affleck un galérien du cinéma. Autant le dire tout se suite, certains fans genre « fondamentalistes » vont crier au scandale et peut-être auront-ils raison.

Mais si on prend cette série pour elle-même, sans faire de comparaison hasardeuse, il faut l’admettre : la réussite est totale et livre une œuvre aux qualités proches des séries les plus exigeantes du moment, avec en prime un côté défouloir primitif, excellent pour évacuer les trop-pleins hormonaux.Daredevil.

L’A.D.N. Marvel

Sans aller jusqu’à dire que Daredevil a toutes les qualités des séries les plus en vue, on peut tout de même la rapprocher des plus cérébrales d’entre elles. Que les fans de Marvel qui espèrent retrouver de l’humour, du héros sans peur et sans reproche, toujours prompt à sauver la veuve et l’orphelin et qui vole aux riches pour donner aux pauvres, que ceux-là passent leur chemin. Le Daredevil de Netflix n’est pas un énième pantin manichéen, auquel on attribue quelques soucis existentiels pour lui donner de la profondeur façon : «Mais que faire de mon slip rouge ? Dois-je le mettre sur ou sous mon collant bleu ? ». Ce Daredevil-là messieurs dames, se rapproche beaucoup de Batman et en particulier de la version Nolan de l’homme chauve-souris. Comme lui, sa voix devient grognement quand il revêt son costume de nuit, comme lui il a appris à se battre…et encaisser. Comme lui, l’homme normal devient une bête une fois costumé.

Lâchez la bête !

Oui ce Dardevil-là (traduisez par exemple par: « trompe-la-mort ») est une bête, un fauve noir qui rôde la nuit pour traquer plus bestial que lui, et lâcher dessus des déluges de coups de pied, de poings et de tête. En cela d’ailleurs, les scènes de combats sont ahurissantes de violence, de fluidité, de rapidité et de beauté chorégraphique. D’autant que ce Daredevil n’est pas encore tout à fait lui, puisqu’il se balade toujours en pull à col roulé et bonnet noir trop grands pour lui. C’est appréciable que, pour une fois, le costume de notre super-héros ne tombe pas comme une vérité divine, mais est l’aboutissement logique du fait que, comme il est un homme normal, il en a un peu marre des points de suture à chaque fois qu’il va tataner du bandit.

Grosse baleine

Parlons-en du bandit : une grosse baleine ! Car pour les plus fins connaisseurs, ils ne pourront  s’empêcher de se dire qu’ils ont déjà vu ce Wilson Fisk quelque part. Puis l’étincelle jaillira, ils iront faire un tour sur internet et se verront confirmer que ce Wilson Fisk n’est autre que ce pauvre « Grosse Baleine » de Full Metal Jacket, qui fait un usage si particulier des toilettes lorsqu’il ne peut plus supporter son instructeur. Vincent D’Onofrio, puisque c’est de lui qu’on parle, prometteur à l’époque est ici incroyable, terrifiant même. Il passe comme une lettre à la poste du dangereux parrain de la drogue à l’amoureux transi face à une Vanessa (délicieuse Ayelet Zurer) magnétique. Mais n’oublions pas Matt Murdock himself, interprété avec force biceps mais pas que, par un excellent Charlie Cox, mi-gendre idéal mi-démon de minuit.

Uppercut

Netflix frappe encore, cette fois avec toute la conviction d’un Daredevil qui mériterait de passer au contrôle anti-dopage tant l’E.P.O. ne semble pas bien loin. C’est du Marvel sans être tout à fait du Marvel, les codes sont bien présents, mais on y retrouve ce qui marque le monde des séries américaines depuis plus d’une dizaine d’années maintenant : l’exigence. On ne se moque plus du téléspectateur messieurs dames ! Il veut du pain et des jeux, il veut du sang bref, il en veut pour son argent et, il faut croire qu’avec Daredevil, il a payé une sacrée belle somme !

Ici, notre critique contre Daredevil

Synopsis: Matt Murdock est avocat. Aveugle depuis l’enfance suite un accident, il a su développer ses autres sens de manière spectaculaire au point d’en faire des pouvoirs. Aujourd’hui, ces pouvoirs vont l’amener à combattre Wilson Fisk, parrain de la mafia locale.

Fiche Technique – Daredevil:

Création : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Producteurs éxécutifs : Dan Buckley, Jim Chory, Steven S. DeKnight, Alan Fine, Peter Friedlander, Drew Goddard, Allie Goss, Kris Hennigman, Cindy Holland, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe Quesada
Réalisation : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Scénario : Drew Goddard (épisode pilote)
Direction artistique : Toni Barton
Décors : Loren Weeks
Costumes : Kevin Draves
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage: Jonathan Chibnall, Monty DeGraff, Michael N. Knue
Musique : John Paesano
Casting : Laray Mayfield et Julie Schubert
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution : Netflix
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 1,78:1 – son Dolby Digital – HDTV
Genre : super-héros, action, science-fiction
Format : 50 min

 

 

Desert Dancer: Musique, Bande Originale

 Desert Dancer – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack

Le chant des dunes

Desert Dancer, premier film de Richard Raymond est un film précédé de très loin par sa bande-originale, de vraiment très loin puisque sa sortie n’est prévue que pour septembre prochain. Peu importe au fond puisque qu’elle est réussie, qu’elle s’écoute même sans appétit et qu’elle incarne au mieux l’histoire qu’elle raconte. Car Benjamin Walfish (Summer In February) a su capter tout ce qu’inspire le désert à l’occidental et peut-être au moyen-oriental. Cette immensité à l’uniformité troublante, cette sauvagerie latente pourtant imprégnée de la sérénité propre au lieu dénué de civilisation.

C’est à de l’épure que Walfish nous invite, à une partition presque aussi dénudée que le désert lui-même. D’inspiration orientale, sa partition privilégie des arrangements sobres à l’extrême, aux influences mixtes, car sonnant parfois comme le travail de John Barry sur Danse Avec Les Loups, à croire que les grands espaces, propres aux deux films, sont des inspirations communes. On médite sur cette bande-originale, on s’y endort aussi sans arrière-pensée. C’est beau, c’est simple et donne peut-être à Benjamin Walfish un billet pour de plus grands films.

Sortie : 7 avril 2015

Distributeur : Varese Sarabande

Durée : 44’

Tracklist :

1. Afshin’s Theme 5’32

2. Beat Him 2’16

3. You Danced Inside My Heart 1’41

4. Somewhere To Rehearse 1’01

5. Elaheh’s Audition 2’48

6. Hand Dance 2’17

7. We Can Breathe 5’13

8. Desert Dancer 9’25

9. Withdrawal 4’03

10. Silent Protest 0’57

11. Dance Is My Weapon 5’40

12. Where No One Else Can See You 3’48

 

Un Voisin Trop Parfait, un film de Rob Cohen: Critique

L’histoire sans fin

Interminable comme : « c’est bientôt fini ? », « c’est pas terminé ? », « y en a encore long ? », Un Voisin Trop Parfait est une suite de questions loin d’être existentielles, un déchaînement de poncifs et de ressorts dramatiques, rebattus autant que les cartes d’un tournoi de poker. Rob Cohen (xXx, Alex Cross), dont on ne s’attend pas à ce qu’il devienne le nouveau Kubrick, pille sans remords les archives du cinéma érotico-pyschopato-dramatique. Parmi les références avouées ou non mais évidentes, citons pêle-mêle : Basic Instinct (même si Jennifer Lopez avec une main dans la culotte, ça ravira les fans), Un Eté 42 pour la différence d’âge et Liaison Fatale, et bien…pour la liaison fatale.

Génie or not génie

Quand on s’attaque à ce type de film, deux options s’offrent à un metteur en scène. Il n’est pas un génie et dans ce cas il doit faire du neuf, avoir l’imagination qui lui permette de proposer un peu de nouveauté. Il est bien un génie de la mise en scène et peut se permettre de reproduire ce qui a déjà été fait, car on sait que sa science se glissera entre les lignes et qu’il saura captiver avec du déjà-vu. Rob Cohen  en choisissant la seconde option, se trompe sur lui-même et nous lance le défi de trouver quelque chose à sauver.

Le non-sens du rythme

Un Voisin Trop Parfait souffre cruellement d’un rythme à contretemps. Trop long à démarrer, il devient vite frustrant, quand on comprend que la situation va mettre un moment à se décanter. Quand ça se produit, on enchaine les situations prévisibles. Le suspens, élément essentiel à ce genre d’œuvre, en prend donc un coup puisque Rob Cohen donne les réponses avant qu’on se pose les questions. En y réfléchissant bien la première réponse, importante, se trouve dans le « trop » du titre français.  Il faut dire aussi qu’il peine à mettre en place une ambiance vraiment glaçante, comme c’est de rigueur dans les thrillers. Si on se surprend parfois un peu tendu, on ne tremble pas, pourtant quoi de mieux qu’un thriller qui se rapproche peu à peu de la frontière avec le film d’horreur ? Finalement patatra, l’happy end « made in USA » de rigueur, à la limite du grotesque, vient enterrer définitivement toute tentative de faire peur aux petites filles.

Le ridicule ne tue pas, mais il y contribue…

Si Un Voisin Trop Parfait ne brille pas par son originalité en matière de suspens, la première partie qui voit naître une histoire d’amour tombe dans le pathétique. Non seulement elle est éculée, mais en plus elle aligne des scènes objectivement ridicules. Passe encore le trouble d’une Jennifer Lopez (pauvre Jilo, qui ne méritait pas ça) en « cougar » délaissée face à un beau jeune homme, passe encore les plans stupidement insistants sur ses formes à peine dissimulées sous de la lingerie sexy. Mais tout de même, la montrer avec insistance à sa fenêtre, en train de détailler la musculature du jeune homme en train de faire la mécanique, bras luisants de graisse de moteur, donnera au choix des larmes de rire ou de tristesse. On pense immanquablement à une certaine pub pour une certaine boisson au cola… On ne reviendra pas sur les scènes de sexe car, tout ça cumulé, fait de ce film un des plus racoleurs.

Un voisin de trop

Mais la grosse tare d’Un Voisin Trop Parfait, c’est le fameux voisin. Comment le dire sans être méchant ? Ce genre de film repose au moins à 50% sur le charisme de son « méchant » et la qualité de son interprète. Si on imagine parfaitement Ryan Guzman (Sexy Dance 4, Sexy Dance 5), pectoraux proéminents, en train de sauver le monde au service de Marvel, en psychopathe pas du tout. C’est allègrement confirmé ici : il sait parfaitement jouer les beaux gosses, hausser le sourcil comme il faut, quand il faut. Mais ce haussement de sourcil, lorsqu’on est un « vilain garçon », déclenche plus le rire qu’autre chose. Puis tout le monde sait ça : un bon psychopathe de cinéma a de la finesse, de l’humour et sait approcher sa proie en douceur. Le psychopathe de cinéma est un chasseur embusqué. Pas question de sortir les gros sabots comme le fait Ryan Guzman.

C’est triste

En fait, c’est assez triste pour Jennifer Lopez (surnommée un temps « la guitare », allez comprendre…), triste de voir que U-Turn est de plus en plus éloigné et symbolise de moins en moins sa carrière. Triste de voir qu’une femme et actrice autrefois égérie, se retrouve à cachetonner pour des films qui devraient bientôt être confidentiels. Triste de voir que des réalisateurs n’ont toujours pas compris que, même sans atteindre leur niveau, il faut toujours pousser ses acteurs/psychopathes à atteindre les performances de Kevin Spacey ou Anthony Hopkins. Finalement ce qui rassure avec Un Voisin Trop Parfait, c’est que même après l’avoir vus des dizaines de fois (vous êtes fous !), vous n’aurez toujours pas peur de vos voisins.

Synopsis : Claire, femme trompée et délaissée depuis des mois par un mari volage, vit dans une banlieue aisée. Troublée par son jeune et nouveau voisin, Noah, elle cède à ses avances sans s’imaginer l’enfer que cette passade lui prépare.

Fiche Technique – Un Voisin Trop Parfait 

Titre original : The Boy Next Door
Réalisation : Rob Cohen
Scénario : Barbara Curry
Costumes : Courtney Hoffman
Photographie: David McFarland
Son: Kelly Cabral
Montage: Michel Aller
Musique: Nathan Barr et Randy Edelman
Production : Jason Blum
Sociétés de production : Blumhouse Productions et Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Pays : U.S.A.
Durée : 91’
Sortie : 20 mai 2015
Distribution : Jennifer Lopez, Ryan Guzman, Ian Nelson, John Corbett, Kristin Chenoweth, Lexi Atkins et Hill Harper

 

Hannibal, Saison 1 à 2 – Critique De La Série

Tirée du roman de Thomas Harris et du film Dragon Rouge, troisième volet de la saga du Silence des Agneaux, la série Hannibal brode la genèse du monstre.

La genèse : Pour les besoins d’une enquête sur un tueur en série, le Docteur Hannibal Lecter, éminent psychiatre fait équipe avec Will Graham, profileur du FBI solitaire et doué d’une empathie hors du commun qui lui permet de se glisser dans la peau des criminels. De meurtres sanglants en crimes odieux, les deux cerveaux vont se rapprocher, se jauger, se trouver et finalement s’affronter.

Au début du film, Hannibal Lecter était encore ce médecin louable et tueur cannibale insoupçonné que le profileur Will Graham (Edward Norton) venait consulter pour les besoins du FBI. La série Hannibal quant à elle nous ramène encore quelques temps en arrière, dans les années de gloire du docteur Lecter.

Symbolique et esthétique

Si la série manque un peu d’originalité en terme de péripéties, car il s’agit ni plus ni moins de crimes et d’enquêtes, la psychologie des personnages est pointue et l’approche symbolique digne d’intérêt.

Les titres des épisodes de la saison 1 sont très suggestifs et nous mettent l’eau à la bouche en s’inspirant de plats d’un menu gastronomique occidental (épisode 2 : Amuse-Bouche). Et la saison 2 ne se dépare pas du sujet en nous proposant des plats à la sauce japonaise.

Le créateur de la série, Bryan Fuller a le goût des images et des clins d’œil. Dans sa série Pushing Daisies, Mise en bouche est un titre de la saison 2 dans laquelle on découvre l’un des personnages d’ Hannibal, Gretchen Speck. Il en est de même pour la musique du final de l’épisode 13 qui n’est autre que celle de la célèbre scène culinaire du film Hannibal : le Vide Cor Meum de Patrick Cassidy.

Les acteurs aussi sont de premier choix et les rôles très étudiés. Le docteur Lecter est repris par Mads Mikkelsen (Pusher, La Chasse) dont on pourrait presque dire qu’il a la tête de l’emploi tandis que le charmant Hugh Dancy (Oh my god !, The Big C) tient le rôle de Will Graham. Et Gillian Anderson (X files) revient pour incarner la psychiatre d’Hannibal lui-même.

Dès les premiers épisodes, Hannibal est très justement interprété par Mikkelsen qui campe à la perfection cet érudit distingué, pervers narcissique et tueur sociopathe méprisant le genre humain comme du bétail qu’il convient d’abattre pour se nourrir. En fin gourmet, il plume son gibier et le cuisine selon ses propres recettes. Le personnage est bien cerné et l’image reste esthétique jusque dans l’horreur. Guillermo Navarro, chef opérateur de Guillermo del Toro, n’est sans doute pas étranger à la qualité des images et à l’ambiance dans la saison 1.

L’homme à tête de cerf

Malgré le charisme d’Hannibal Lecter, Hugh Dancy prend rapidement les devants de la scène avec le rôle très complexe de Graham, personnalité trouble et ambiguë qui parvient à gagner le respect du tueur.

Pour la série Hannibal, Fuller a creusé le personnage de Will Graham, le dotant non seulement d’une grande intelligence et d’un don d’extrême empathie mais altérant aussi sa stabilité mentale à l’extrême. Consultant pour le FBI, Will a échoué aux tests psychologiques et, après une enquête qui a mal tourné, il a passé un mois en hôpital psychiatrique. Solitaire et asocial, le jeune homme, pas encore marié, vit seul avec ses chiens, à l’écart du monde.

De par ces caractéristiques sociopsychologiques, les deux protagonistes pourtant si différents s’attirent alors inévitablement.

D’abord collaborateur puis thérapeute et enfin manipulateur, le docteur Lecter devine les pulsions criminelles instinctives derrière les visions du profiler. Il perçoit en Will Graham ce double maléfique qui lui apparaît sous la forme d’un homme à tête de cerf. On pense immédiatement au cerf mort au début de la série et au traumatisme de Will, puis on comprend que l’apparition symbolise la présence démoniaque d’Hannibal – en référence à Cenunnos, dieu païen des Enfers et des morts, personnifié en homme portant des bois de cerf.

Love Story

À trop côtoyer la Mort, Will Graham flirte avec la folie, la tentation et le mal.

À la fin de la saison 1, on assiste à un déplacement dans les personnages, une inversion traduite par l’emprisonnement de Will. Dans la saison 2, Will apparaît attaché et muselé avec le même masque de cannibale que Lecter et les deux hommes se disputent la compagnie de la séduisante docteure Alana Bloom (Caroline Dhavernas vue dans Wonderfall, autre création de Bryan Fuller).

Les rôles s’inversent, l’un veut prendre le dessus sur l’autre. Will se perd en Hannibal et Hannibal craint son adversaire. Comme l’explique si bien Bryan Fuller : « c’est vraiment une histoire d’amour (…) entre ces deux personnages ».

Hannibal – Saison 3 – Trailer (Sneak Peek)

Fiche Technique : Hannibal

D’après les romans de Thomas Harris
Créateur(s): Bryan Fuller
Showrunner(s): Bryan Fuller
Acteurs: Hugh Dancy, Mads Mikkelsen, Caroline Dhavernas, Laurence Fishburne, Hettienne Park
Acteurs récurrents: Raúl Esparza, Gillian Anderson, Cynthia Nixon
Pays: États-Unis
Genre:Drame, Mystère, Policier, Thriller
Chaîne: NBC, Format: 42mn

Rétro J. Audiard: Regarde Les Hommes Tomber – Critique

Passage de témoin

Le scénariste Jacques Audiard, fils de Michel, imprime une marque indélébile dans le cinéma français dès sa première réalisation. Film noir, très noir, Regarde Les Hommes Tomber détourne les codes du genre pour mieux asseoir sa personnalité. S’inspirant directement des grands noms du cinéma noir de la fin des années 40, d’Otto Preminger à Billy Wilder, Audiard sait qu’il ne faut pas sacrifier la psychologie des personnages pour un scénario à tiroirs. La force de ce premier film ne réside pas dans son intrigue policière mais dans l’intérêt porté à ses personnages.

Johnny rencontre Marx, Simon perd Mickey, tué par Johnny. Le vide laissé par l’absence de Mickey pousse Simon à retrouver les responsables de la mort de son ami. L’apaisement trouvé grâce à Johnny, pousse Marx à le protéger. Face à ces vieux bougons qui battent en retraite, il y l’innocence de la jeunesse, celle de la danse de Mickey en pleine rue ou la naïveté enfantine de Johnny. Marx (comme Simon avec Mickey) a besoin de Johnny. En effet, ce gosse, s’il regarde les hommes tomber, c’est pour mieux les aider à se relever, allant jusqu’à risquer sa vie pour protéger son protecteur.

Avec son montage zigzaguant sans cesse entre passé et présent, sa musique envoûtante, Regarde Les Hommes Tomber ressemble à un puzzle lynchéen rendant compte de la course hypnotique de Simon à la poursuite de sa relation perdue. Jacques Audiard délaisse son intrigue policière pour s’intéresser à ce qui s’apparente de plus en plus à un triangle amoureux. Finalement, ce n’était pas la vengeance de son ami que Simon était venu chercher, mais le bonheur que lui procurait l’insouciance de Mickey.

Il est étonnant que ce soit un premier film qui s’intéresse à ces hommes proches de la retraite, désespérés par une vieillesse toujours plus grandissante, trouvant dans la jeunesse la seule possibilité d’inscrire leur héritage. Jacques Audiard pensait sans doute à son père, scénariste et réalisateur comme lui, mort quelques années plus tôt. Regarde Les Hommes Tomber est également un grand hommage rendu à deux monstres sacrés du cinéma français en fin de carrière, Jean Yanne et Jean-Louis Trintignant pour la première fois réunis à l’écran. Deux monuments mains dans la main avec le futur enfant terrible du cinéma français qui allait un an plus tard électriser le paysage cinématographique hexagonale avec La Haine.

Regarde Les Hommes Tomber symbolise le passage de témoin de Michel à Audiard. Loin de se contenter de regarder le grand homme tomber, le fils reprend le flambeau et impose à son tour une marque qui fera date dans le cinéma français.

Synopsis: Deux histoires complètement opposées vont, par la force des choses, être amenées à se croiser. D’un côté, il y a Simon Hirsch, représentant de commerce taciturne, qui cherche à tout prix à venger son seul ami, un inspecteur de police qui s’est fait tirer dessus au cours d’une enquête. De l’autre, Marx, escroc minable et vieillissant, constamment suivi par Johnny, un jeune paumé qui s’est pris d’affection pour lui et qu’il entraîne dans ses petites combines…

Extrait: Regarde Les Hommes Tomber

Fiche Technique – Regarde Les Hommes Tomber

Réalisation: Jacques Audiard
Scénario: Jacques Audiard et Alain Le Henry d’après Teri White
Production: Didier Haudepin
Montage: Juliette Welfing
Musique: Alexandre Desplat
Production: France 3 Cinéma, Bloody Mary Productions et Canal+
Durée: 95′
Distribution: Mathieu Kassovitz, Jean Yanne, Jean-Louis Trintignant, Bulle Ogier, Christine Pascal et Yvon Back.

 

L’Armée Des Ombres, un film de Jean-Pierre Melville: Critique

Pourquoi revoir L’Armée des ombres, sur grand écran, en copie restaurée, de nos jours, plus de 45 ans après sa sortie ? Que peut encore nous apporter ce classique, alors que nous sommes abreuvés de films, de documentaires, de séries sur le même sujet ?

Les héros du quotidien

D’abord, il s’agit de LA référence en la matière. Et pour cause ! Le roman a été écrit par Joseph Kessel (l’auteur du Lion, mais aussi des paroles françaises du Chant des Partisans) en se basant sur sa propre expérience personnelle dans la Résistance. À cela, le réalisateur Jean-Pierre Melville a ajouté ses souvenirs de résistant, qui ont marqué une part non négligeable de sa vie et de sa carrière de cinéaste. Rappelons que son premier long métrage était une adaptation d’un livre de résistant, Le Silence de la mer, de Vercors.

L’Armée des ombres, c’est à la fois un témoignage sur la Résistance, et un hommage à celle-ci. En insistant sur les sacrifices consentis par des hommes et des femmes qui ont risqué leur vie, leur sécurité, leur santé, leur famille, leur métier, au nom d’un idéal supérieur, Melville dresse le portrait de héros du quotidien, de gens modestes qui, se trouvant dans des situations extraordinaires, agissent du mieux qu’ils peuvent. Fidèle à la vision gaullienne, Melville nous montre une France qui était majoritairement résistante, depuis le noble flamboyant jusqu’au petit coiffeur (interprété par Serge Reggiani, toujours impeccable).

La sobriété de la réalisation de Melville fait merveille. En effet, loin de faire de grands effets qui auraient nui au propos en transformant les résistants en de super-héros, loin de faire comme certains films où le héros semble gagner la guerre à lui tout seul, il nous montre vraiment le quotidien d’hommes et de femmes ordinaires, avec leurs qualités et leurs défauts, et qui sont littéralement transcendés par les choix qu’ils doivent faire. C’est en évitant les grands débordements qu’il en fait des héros, de véritables héros.

Questions de morale

Des héros d’autant plus impressionnants que d’innombrables questions se posent à eux sans cesse, à commencer par le problème de la morale. Y-a-t-il des situations où le meurtre est justifié ? Les circonstances actuelles justifient-elles qu’on se place au-dessus de lois humaines que l’on croit injustes, au nom d’une loi supérieure ?

Le film est constamment hanté par le rapport à la mort. La mort des autres (qu’ils soient des ennemis ou des alliés), mais aussi et surtout sa propre mort. La scène dramatique dans laquelle Gerbier (Lino Ventura) est conduit par un peloton d’exécution vers une mort certaine est un grand exemple de cette réflexion, montrant une perception particulière que l’on a de sa propre mort au moment où elle approche.

Une leçon de cinéma

Une autre raison qui justifie de revoir ce film, c’est qu’il s’agit d’un grand moment de cinéma. Derrière une apparente simplicité, se cache une grande maîtrise du langage cinématographique, de la caméra, du jeu d’acteurs, de la bande son, etc…

Un cadrage au cordeau, un jeu d’ombres et de lumière, cette photographie grisâtre qui est une des marques de fabrique du réalisateur, Melville nous donne une véritable leçon de cinéma dans ce film. L’insistance sur les silences permet au cinéaste d’imposer une ambiance lourde, pesante, qui rend les moindres bruits encore plus frappants, les moindres musiques encore plus marquantes.

Faut-il à nouveau préciser à quel point l’interprétation du film est exemplaire ? Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Meurisse sont exceptionnels, là aussi dans une sobriété digne qui en fait des personnages de tragédie.

Car ne nous y trompons pas, L’Armée des Ombres est une tragédie. Au-delà de la lenteur du récit, on sent qu’il coule inexorablement vers une fin marquée par la fatalité (ce qui est, là aussi, une des grandes thématiques de l’œuvre de Melville).

Synopsis: Arrêté pour « pensées gaullistes », Philippe Gerbier, qui dirige un réseau de résistants, s’échappe lors d’un transfert vers la Gestapo parisienne. Mais les arrestations des membres de son réseau se suivent et les tentatives de libération ne sont pas toutes fructueuses.

Bande-annonce: L’Armée Des Ombres

Fiche technique – L’Armée Des Ombres

Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville, d’après le roman de Joseph Kessel
Photographie : Pierre Lhomme
Musique : Eric Demarsan
Montage : Françoise Bonnot
Distribution : Lino Ventura (Philippe Gerbier), Simone Signoret (Mathilde), Paul Meurisse (Luc Jardie), Jean-Pierre Cassel (Jean-François Jardie), Christian Barbier (Le Bison), Claude Mann (Le Masque)
Production : Jacques Dorfmann
Durée : 140 minutes.
Date de première sortie : 12 septembre 1969
Date de sortie de la copie restaurée : 06 mai 2015

 

Rétro Coen : Fargo – Critique du film

Noir comme neige

Qui peut se vanter d’avoir une filmographie aussi riche et hétéroclite que les frères Coen ? Ce travail en fratrie, récompensé à de très nombreuses reprises à Cannes ou aux Oscars, se démarque par une maîtrise absolue des récits et des personnages. Des protagonistes souvent simples, aux conduites aléatoires dans des univers sociaux corrompus par l’argent, la violence ou la solitude. Après avoir réalisé trois très bons films, oscillant entre la tragi-comédie et le thriller (« Sang pour sang », « Arizona Junior » et « Miller’s crossing »), ils obtiennent la consécration avec « Barton Fink » en 1991. Primé au festival de Cannes en 1996 de la Palme d’or, du prix de la mise en scène et du prix d’interprétation masculine, ce chef d’œuvre ancre l’univers des frères Coen et garantie le début de leur renommé au cinéma, les prémices du succès critique que sera Fargo.

Passé la légère déception qu’est « Le Grand Saut », Joël et Ethan se rachètent et subliment leur art en réalisant « Fargo », qui les propulse, avec leur 6ème réalisation, au rang des grands réalisateurs. Une véritable comédie noire subversive, primée à Cannes pour sa mise en scène et récompensée aux Oscars pour son scénario original et pour la prestation de Frances McDormand.

Le film démarre sur de longues étendues de neige, symbolisant la froideur de cet univers, empêchant les personnages de communiquer entre eux. Chaque protagoniste, par ses actes, se retrouve piégé dans un engrenage d’horreur tragi-comique, où chaque nouvelle action le mène vers sa perte. Le Minnesota est la terre natal des Coen, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le retour au pays est flamboyant.

Un homme, non satisfait de sa vie monotone auprès d’une femme naturellement stressée et d’un fils agaçant, se retrouve ruiné par son entreprise automobile. Il tente une opération aussi vaine qu’incroyablement naïve, faire enlever sa femme par des criminels pour soutirer une rançon auprès de son beau-père riche et méprisant. Cet homme, Jerry Lundegaard, interprété avec justesse par William H. Macy, incarne la quintessence d’un personnage « Coennien ». Crédule et faible, il se laisse manipuler par l’envie de l’argent, symbole d’une société corrompue et individualiste. On croirait voir par moment un véritable enfant, tant ses mimiques et son comportement puéril ressortent. Le plan, aussi absurde soit-il, entraînera une spirale tragique, aux conséquences des plus néfastes.

Comme nous indique l’affiche, on se surprend à rire de cette histoire aux finalités plus que dramatiques, notamment par des situations assez loufoques, en suivant les deux gangsters. Personnifiés par les brillants Steve Buscemi (Carl) et Peter Stormare (Gaear), les deux antagonistes sont étrangement hilarants dans leur rôle. Tandis qu’on rira des blagues aux goûts douteux de Carl, on se délectera, à notre grande surprise, du manque incroyable d’humanité de Gaear, personnage mi-animal, mi-humain. Leurs physiques s’harmonisent avec leurs mentalités, le phrasé hystérique de Buscemi s’allie parfaitement avec son humour noir, de même que le mutisme perturbant de Stormare s’unit avec sa désincarnation humaine.

De la même manière, pour le personnage de Marge Gunderson ainsi que son mari. Norm, interprétés, pour l’une par l’épatante Frances McDormand, récompensée d’un Oscar et pour l’autre par le très bon John Carroll Lynch. On ressent pour eux comme une tendresse amusée. Leur relation est une représentation d’une vie de couple réussie et heureuse mais distante, tout ce dont Jerry n’a pu se contenter. Nous sommes ici confrontés à des sentiments contradictoires, où la répulsion, la pitié et l’empathie peuvent s’éprouver pour chacun des personnages. Le regard désabusé et halluciné du spectateur passe avant tout par celui de Marge, qui semble atterrée par de tels comportements, par une telle stupidité, brillamment exprimée par sa réplique finale. Il s’en suit une interrogation sur la grossesse de Marge. Symbolisme de l’innocence dans un monde abruti par la corruption et la criminalité, la question se pose de procréer dans une société aussi pourrie, hallucinante de bêtises et d’une violence anthropique inouïe. Ainsi, les femmes comme Marge, aussi gentilles, compétentes et naïves soient-elles, se retrouvent happées dans un univers de délinquance.

Mais au-delà de cette franche réussite, dans la construction des personnages, qu’est-ce que les frères Coen souhaitent nous conter réellement ? En dehors de la froideur communicative entre les différents personnages, le duo de réalisateur nous montre à quel point l’être humain est prêt à tout pour de l’argent, allant jusqu’à mettre sa propre famille en danger. Les metteurs en scène choisissent de cadrer de longues étendues neigeuses, démontrant la vacuité des motivations des protagonistes. Et tout cela dans un film orienté plus thriller que d’habitude chez les Coen, en ajoutant une touche humoristique, une véritable comédie noire. Le film est néanmoins aussi drôle que révulsant, notamment par des pratiques criminels intolérables et par des comportements d’une stupidité sévère.

La froideur de l’univers réaliste est soulignée par la lancinante bande originale de Carter Burwell, ayant collaboré dans tous les premiers films des frères Coen. Elle se compose de discrètes notes de piano et de violons appuyant le tragique. Les orgues complètent les situations désespérées des personnages, piégés dans leurs engrenages tragiques.

À l’exception de pinaillage superficiel, essentiellement sur un rythme manquant parfois de rebondissements, peu de défauts transparaissent de cette œuvre, qu’on pourrait qualifier de parfaite si le terme de perfection était possible. Autant de louanges qu’il paraît nécessaire de souligner, tant les réalisateurs atteignent la quintessence de leur style, ce qui leur permettra de s’inscrire à l’international, dans le haut gratin des metteurs en scène de talent.

Ainsi, Fargo s’impose dans notre esprit comme l’une des œuvres majeurs des frères Coen. Par une mise en scène d’exception, primée à Cannes, des acteurs brillants, récompensés aux Oscars et un scénario d’une originalité et d’une fourberie rarement égalées, le film reste une des œuvres majeurs des années 90 et constitue un chef d’œuvre aussi drôle que révulsant.

Synopsis: En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d’occasion à Minneapolis, a besoin d’un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu’au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu’ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

Fargo: Bande annonce

Fargo : Fiche Technique

Année : 1996.
Réalisation Et Scénario : Joel Coen.
Co-Scénariste : Ethan Coen.
Casting : Jerry Lundegaard (William H Macy), Marge Gunderson (Frances Mcdormand),Carl Showalter (Steve Buscemi), Gaear Grimsrud (Peter Stormare),Wade Gustafson (Harve Presnell), Jean Lundegaard (Kristin Rudrud), Norm Gunderson  (John Carroll Lynch), Shep Proudfoot (Steven Reevis), Mike Yanagita (Steve Park).
Directeur De La Photographie : Roger A Deakins.
Musique : Carter Burwell.
Production : Ethan Coen / Polygram / Working Title.
Distribution : Polygram Film Distribution.
Durée : 97 Minutes.

Le Labyrinthe Du Silence, de Giulio Ricciarelli : Critique

La traque d’un mort vivant: le nazisme face à ses actes.

Officiellement le nazisme n’a pas survécu à la seconde guerre mondiale, les nazis, eux, l’ont fait. Fort de leur nombre et de leur position certains se sont fondus dans la population, d’autres ont quitté le pays.  Mais les croix gammées gravées à l’encre invisible mais indélébile, demeurent comme une ombre. Des têtes sont tombées à Nuremberg (1945/46), 12 pour être exact, une poignée d’autres furent emprisonnées, parfois même acquittées ; des millions ne furent tout simplement pas jugés. Pendant des années ils furent des pères, des professeurs, des assassins à la retraite.

Un mot résume à lui seul la situation à la fin des années 50 en Allemagne : Auschwitz. 9 lettres pour plus de 100 000 fois plus de mort. 9 lettres qui portent à elles seules le fardeau de toute une nation, qui font frissonner notre âme. Et alors que fleurissent les années 60, les esprits se frictionnent au sein d’une guerre froide pour l’hégémonie d’un monde qui a déjà tourné la page. Une page provisoirement arrachée dira-t-on même. L’Allemagne, qui n’en fini plus d’être l’arène où s’empilent les conflits, détourne les yeux vers les robes pastels de l’après guerre. L’Allemagne noie les cris du passé dans le jazz des années 50. Auschwitz n’existe pas, Auschwitz n’existe plus.

En signant le très nécessaire Labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli retrace le combat d’un jeune procureur allemand, Johann Radmann (Alexander Fehling), pour confronter son pays aux criminels qu’elle porte en son sein, qu’elle protège plus ou moins consciemment. Face aux résistances internes et aux précautions prises par les nazis, l’issue juste s’annonce bloquée. Ce premier film de la part du réalisateur germano-italien symbolise cette volonté de la nouvelle génération de faire face à son passé pour mieux construire son futur. En parallèle on pense évidemment à Florian Henckel von Donnersmarck, qui lui aussi dès son premier film La vie des autres (2006) avait de manière brillante reconstitué la vie à Berlin Est de partisans de l’Ouest. En termes de style les deux films sont comparables à plus d’un égard, adoptant une mise en scène sobre, très classique, la forme ne vient pas dénaturer le fond. Le réalisme du récit n’ayant pas besoin d’artifices pour rendre compte de la force de l’histoire. La reconstitution met l’accent sur cette époque qui semble basculer dans une nouvelle ère ; dans les douceurs des années 60, où les jeunes dansent, fument, et boivent pour s’amuser et où les vieux dansent, fument, et boivent pour oublier.

Il est fascinant de constater à quel point l’Allemagne n’a pas conscience de ce que ses frontières ont abrité, ce n’est pas du négationnisme, c’est une cécité générale qui arrange tout le monde. Personnes ne souhaitent raviver les braises des charniers, nul ne veut rouvrir les plaies qui commencent à cicatriser. En soit c’est la question de la prescription qui se pose, en effet en 1958 lorsque Radmann découvre les premières pièces d’un puzzle macabre, seul le crime n’est pas encore prescrit. Une prescription juridique mais une prescription morale aussi, « Chaque fils en Allemagne doit il se demander si son père était un meurtrier  ? » c’est une question qui revient dans le film, sa légitimité nous effraie, mais la réponse qui s’impose répond par l’affirmatif. Il ne s’agit pas de préserver le paternalisme que sacralise plus d’une société, il s’agit de regarder sans détours la mise à mort de millions d’être humains.

Durant deux heures on tire lentement sur le voile qui couvre le passé, on assiste effrayé à la récolte des documents, des témoignages qui inculpent les voisins et les amis. Mais c’est surtout la découverte de la solution finale par le jeune Radmann qui fait vibrer le film, doucement celui-ci s’assombrit vers des jours (révolus) de plus en plus noirs, de plus en plus durs, de plus en plus incompréhensibles. Chaque souvenir est un coup, chaque photo est une balle. Et nous lisons cela dans la rage du procureur et dans les larmes de sa secrétaire. Le film interpelle autant qu’il instruit, c’est une œuvre réussie pour l’histoire qu’il raconte ainsi que pour la mémoire qu’il instaure. Le réalisateur ne montre pas la mort, il la suggère, via les réminiscences poignantes des détenus, laissant notre imagination faire le reste comme elle a dû le faire à l’époque. Cette quête juridique contre le passé qui fuit, et les culpabilités qui s’effacent, aboutit à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre, des allemands jugent des allemands. Et même si le film succombe parfois à quelques twists et autres romances, cela l’empêche de tomber dans le formalisme du documentaire, qui n’en a pas vocation, et le rend plus digeste. Le résultat, maitrisé, déjoue les pièges du genre « drame historique », dans un didactisme subtil qui ne s’épanche ni trop dans le larmoyant, ni trop dans la leçon d’histoire.

Il n’est jamais aisé de parler du passé, encore moins de le comprendre ; en revanche l’oublier est facile, surtout quand on ne l’a pas connu. On peut aussi le faire mentir, le modifier, le renier, ou ne regarder que demain, mais c’est se trahir soi-même ainsi que tous les autres, morts comme vivants. Et si il nous incombe des devoirs, c’est bien de se souvenir et de transmettre, et ce film le fait formidablement.

Synopsis:  Un jeune procureur allemand découvre des documents inculpant d’anciens fonctionnaires Nazis d’Auschwitz  réinsérés dans la société, il décide de mener l’enquête qui conduira au premier procès des nazis par des allemands (procès de Francfort, 1963)

Le Labyrinthe du Silence – Bande-annonce VOST

Le labyrinthe du silence/Im Labyrinth des Schweigens: Fiche technique

Réalisation: Giulio Ricciarelli
Acteurs: Alexander Fehling/ Johannes Krisch/ Friederike Becht/ Johann von Bülow
Production: Jakob Claussen et Ulrike Putz
Distribution: Universal Pictures
Nationalité: Allemande
Scénario: Giulio Ricciarelli/ Elisabeth Bartel
Montage: Andrea Mertens
Photographie: Roman Osin
Musique: Sebastian Pille
Costume: Aenne Plaumann
Durée: 120 min
Date de sortie: 27 avril 2015

Rétro Coen: Le Grand Saut – Critique du film

Le pouvoir corrompt

« Le pouvoir corrompt, le pouvoir corrompt absolument. » déclarait Ian McKellen dans une interview sur le tournage du Seigneur Des Anneaux. C’est ce que semblent vouloir démontrer les frères Coen avec Le Grand Saut, film sur les ascensions et les chutes liées au pouvoir. Il y a le pouvoir politique, le pouvoir affectif, mais c’est bien au pouvoir de l’argent qu’ils semblent cette fois s’attaquer. Explorant jusqu’ici le pouvoir du roi Dollar sur ceux qui en manquent, ils observent cette fois son pouvoir sur ceux qui en ont trop. Comme toujours leur film ne se résume pas à cette seule dissection et comporte les habituels tics cinématographiques des frangins.

L’âge d’or

Sans perdre le charme habituel de l’humour « maison », les frères Coen profitent de ce film pour rendre un hommage très personnel au cinéma hollywoodien des années 50. Ce fameux « âge d’or » qui vit se multiplier les chefs-d’œuvre et naître des stars comme en plein baby-boom. Exercice délicat : ils prennent cette époque, la digèrent et accouchent d’un long-métrage qui respecte les codes du genre tout en les transgressant. Tout y est à sa place, manteaux longs et chapeaux ronds, femmes vaporeuses (Jennifer Jason Leigh n’a jamais été plus belle), voitures énormes et clinquantes et journalistes à brettelles travaillant dans un brouillard de fumée de cigarette. S’il n’y avait la « patte » Coen, on serait en plein film noir.

In dollar we trust

Reste que ce film traite du pouvoir de l’argent, de l’envie qu’il suscite dans les esprits, tous affaiblis face à lui. Qu’il s’agisse de l’ascension, de la transformation puis de la chute de Norville, de l’absence de scrupules de Sidney prêt à toutes les compromissions pour garder le pouvoir ou de la duplicité d’Amy, capable d’abolir toute morale pour un scoop. Tout ici tend à démontrer (et à démonter) une société où l’argent est devenu l’alpha et l’oméga de nos comportements, où le dollar est devenu le seul moyen d’être heureux, où la richesse n’est plus qu’un but dévorant la créativité, les sentiments et surtout l’humanité de chacun et où les cons ne sont pas forcément là où on les cherche.

Coen à l’écran

C’est justement un faisant preuve d’humanité que les frères Coen parviennent si bien à nous psychanalyser, à dénicher nos faiblesses et pour une fois, on ne peut leur faire le reproche d’une mise en scène sans réelle ambition. La reconstitution des années 50 est bluffante, leur caméra capte une époque, ne la libérant que dans une explosion de costumes et de décors qui remonte le temps aussi facilement qu’on boit un Russe Blanc. Sur ce scénario, ils s’offrent les services d’un Sam Raimi, (Spiderman) bien loin des thèmes qui feront sa réputation de réalisateur et qui laissent penser que ses préoccupations ne sont pas réellement celles des Coen.

Comédien mon amour

Joel et Ethan Coen aiment profondément les comédiens, ils l’ont démontré tout au long d’une carrière qui les rapproche de Woody Allen, en ce sens où comme lui, on les sait capables de transformer n’importe quelle « brelle » en jeune premier. Le Grand Saut choisit les talents immenses où en train de le devenir. Au premier rang Paul Newman (La Chatte Sur Un Toit Brûlant, la Tour Infernale), éternel monstre sacré ici sur la fin d’une phénoménale carrière et qui semble s’amuser comme un enfant. Yeux pleins d’étoiles, rire bravache assorti d’un cigare king size, il semble disposé à avaler une caméra. Tim Robbins (Les Évadés, Mystic River) ne se laisse pas impressionner pour autant et aurait gagné à laisser un peu de place au cinéma comique dans sa carrière. Jennifer Jason Leigh (Backdraft, eXistenZ)….Mémorable, belle, incendiaire, vampirisante et au charme si particulier, incarne plus que parfaitement ces actrices des années d’après-guerre durant lesquelles le sex-appeal semblait être le préalable à toute carrière dans le film noir.

C’était mieux avant ?

Tout en étant dans la continuité de leur filmographie, Le Grand Saut prend tout de même une place à part dans l’œuvre des frères Coen par cet hommage emprunt de nostalgie, à un certain cinéma aujourd’hui révolu. Un cinéma où il y avait peut-être plus de qualité, plus de respect pour le spectateur et surtout où la notion d’Art semblait plus présente. Ce film est une réussite formelle totale qui enfonce un coin supplémentaire dans les certitudes de ces sociétés nées de l’après-guerre, sociétés où la promotion de la réussite individuelle est née d’un vaste échec collectif. Plus que les U.S.A., c’est toutes nos sociétés modernes que les frères Coen invitent à s’allonger sur le divan pour affronter la plus impitoyable des thérapies : celle du miroir tendu.

Synopsis: Fraichement diplômé d’une école de commerce minable, Norville débarque à New-York avec des rêves plein la tête. Propulsé malgré lui à la tête d’une multinationale, il va prendre tout le monde au dépourvu par son imagination enfantine.

Fiche Technique : Le Grand Saut 

Titre original : The Hudsucker Proxy
Réalisation : Joel Coen & Ethan Coen
Distribution : Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman, Charles Durning, Bruce Campbell, Steve Buscemi
Musique: Carter Burwell, Aram Khatchatourian
Photographie : Roger deakins
Montage : Thom Noble
Décors: Dennis Gassner
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen & Sam Raimi
Sociétés de production : PolyGram Filmed Entertainment, Polygram Filmproduktion, Working Title Films, Silver Pictures & Warner Bros.
Pays: U.S.A., Royaume-Uni & Allemagne
Budget : 40 millions de dollars
Genre : Comédie dramatique
Durée : 111’
Sortie : 12 mai 1994

Août (avant l’explosion), un film d’ Avi Mograbi : Critique

Synopsis : Avi Mograbi déteste le mois d’août. Il symbolise à ses yeux tout ce qu’il y a de plus insupportable en Israël. Au fil des trente et un jours de ce mois quelconque, il sillonne les rues avec sa caméra. Un pamphlet du plus subversif, analysant la paranoïa et la violence quotidienne en Israël.

 « La face cachée de l’état israélien »

Août (avant l’explosion), c’est découvrir l’état d’Israël sous un autre angle social. Ce documentaire est la représentation de « la face cachée » ou plutôt d’un quotidien, que nous sommes parfois loin d’imaginer. Cette découverte repose une nouvelle fois, sur Monsieur Avi Mograbi, que l’on pourrait qualifier d’investigateur, de journaliste, de réalisateur, d’inspecteur voire d’activiste ou encore tout simplement d’humaniste. En effet, toutes les positions citées évoquent une réelle polyvalence de ce réalisateur, pour le meilleur d’un point de vue de l’innovation des procédés, et pour le pire en termes d’engagement qui vont au-delà de son statut.

Dans cette œuvre, on s’attend à retrouver les codes traditionnels du cinéma Mograbi, une communication spécifique cherchant un dialogue directe avec le spectateur. Une manière de filmer qui donne l’impression constamment de vivre les échanges avec le réalisateur, ou encore un film engagé où des opinions définis sont clairement exposés. De plus, avec ce titre plus ou moins dynamique, on espère en découvrir plus sur cet état, souvent réputé pour être réactionnaire. L’explosion pourrait également se traduire par l’implosion d’un système, une forme d’autodestruction de la société qui a tendance à s’individualisée de manière excessive. Le mois d’août n’est pas choisi au hasard également, pour permettre d’attirer l’attention sur un mois qui est généralement symbolique pour plusieurs cultures. L’objectif au-delà de la découverte culturelle, et de dresser le portrait le plus juste de la société israélienne, notamment en termes de cohésion sociale.
En ouverture, s’impose Benyamin Netanyahou qui est un politicien assurément charismatique et certain de ses convictions, n’hésitant pas l’incitation à la haine « Ils ont peur ! Ils ont peur ». Une manière d’haranguer les foules, pour une entrée en matière que l’on pourrait qualifier de violente, et à la fois naturelle, lorsque l’on en apprend plus au cours de l’œuvre sur cet état indépendant. Dans, cette partie, on pourrait notamment relever le fait que la manière de filmer et d’orienter le spectateur vers certaines idées préconçues n’est pas très pertinente. En effet, la neutralité est indispensable la plupart du temps pour laisser le choix au spectateur de se forger son propre opinion. En revanche, dans ce documentaire, on a plus l’impression de suivre un courant de réflexion plutôt qu’une présentation sommaire laissant à l’audience le choix d’être son propre juge.

L’image de la femme aussi dans la société est plus ou moins évoquée, même si l’on comprend qu’actuellement les femmes se doivent encore de travailler sur leurs reconnaissances. De plus, on discerne au travers de ce documentaire un peuple animé par une passion, que l’on pourrait qualifier d’excessive et qui entraîne différents conflits sociaux. En effet, on discerne dans ce long métrage, une analyse plus détaillée des relations sociales au sein de la population. On s’aperçoit rapidement dans un premier temps que des tensions sont réellement présentes au sein de l’Etat. Mais, l’auteur ne retranscrit pas de la meilleure des manières cet aspect, car il ne laisse pas assez d’autonomie au spectateur qui peut difficilement forger son propre opinion.

Par la suite, dans ce troisième long métrage, Août (avant l’explosion) d’Avi Mograbi, l’auteur cherche à mieux nous expliquer la fracture sociale évoquée lors de ses précédents documentaires. On discerne ainsi une société atteinte d’un racisme primaire, où la méchanceté gratuite devient une forme de tradition. A l’image, du traitement des israéliens évoqué dans cet œuvre, notamment envers les « noirs » et les « chinois » qui impactent négativement selon les sondés, l’équilibre du pays. On s’aperçoit ainsi, que l’Etat d’Israël vit dans des conditions précaires, notamment d’un point de vue psychologique, où la violence verbale voire physique est omniprésente. L’éducation semble être aussi un paramètre majeur dans la situation actuelle de cette société, notamment lorsque l’on voit des enfants tenir des propos disproportionnés concernant les « arabes ». De plus, on constate que le niveau de confiance mutuel des israéliens et relativement bas, ce qui est notamment dû au fait du développement de cette mentalité individualiste.

Cependant, encore une fois on pourrait s’interroger sur le fait que le réalisateur filme ce qu’il souhaite, et perd ainsi une certaine objectivité. En effet, en se mettant à la place des israéliens, nous serions en mesure de se demander pourquoi filme-il ses images, ou sont passés nos aspects positifs ? Pourquoi se met-il à filmer les marginaux de notre société pour nous représenter ? Toutes ces questions, peuvent laisser penser que contrairement à ce que le réalisateur affirme, les moments ne sont pas sélectionnés par hasard, les places sont minutieusement choisies. A l’image du match de football, où le réalisateur tente de prendre comme exemple des supporters virulents comme si ils étaient des cas appart dans le football hexagonale. On pourrait même dire, que son cinéma tend à être un peu trop « populiste », de ce fait le juste milieu pour dresser un portrait efficace de la société israélienne est quelque peu biaisé.
Par ailleurs, après avoir visionné plusieurs de ses œuvres, on constate que son style cinématographique finit par s’user, le spectateur peut vite se lasser de ce style, prorévolutionnaire et philanthropique. En effet, on a parfois l’impression de suivre les aventures d’un justicier plutôt que d’un réalisateur, à l’image des échanges avec les militaires. Le problème majeur est que son engagement est trop important, et le réalisateur dépasse un peu trop son statut en s’engageant dans un cinéma de la violence. Il provoque même parfois ses « acteurs aléatoires » pour obtenir une certaine réaction ce qui est au contraire au point de vue omniscient qu’il souhaitait véhiculer. Par exemple, on pourrait citer son interpellation avec les agents de police, où le réalisateur agit de manière assez primaire, d’une certaine façon comme les personnes qu’ils essaient de filmer.

Autrement, on peut dire que son implication totale nous permet de découvrir la vie que peut avoir actuellement un israélien. Un moment qui retient particulièrement l’attention des spectateurs, c’est aussi le dédoublement des personnalités du réalisateur. Dans le fonds, on pourrait juger que les échanges laissent à désirer, mais d’un point de vue stylistique c’est réellement osé de la part d’Avi Mograbi. On retrouve, ainsi le réalisateur que l’on apprécie tant, celui qui innove, le très surprenant acteur/réalisateur qui prend des risques et redessine les codes du documentaire. Bien que parfois certains procédés utilisés par rapport à notre cinéma d’aujourd’hui paraissent un peu trop amateurs. En effet, on a l’impression que le réalisateur ne contrôle pas toujours l’exploitation de son potentiel, et tente des choses qui ont tendance à diminuer la qualité de l’œuvre.
Pour conclure, bien que cette œuvre, que l’on pourrait qualifier de très innovatrice et dynamique, avec une seconde lecture toujours très intéressante. Notamment avec cette conclusion ouverte, où l’on voit le réalisateur reprendre conscience des faits actuels et ne forme plus qu’un avec toutes ses personnalités. On distingue malheureusement, de nombreux points négatifs dans cette œuvre très sombre, qui parfois extrapole certaines thématiques.

Août avant l’explosion (Bande annonce)

Août (avant l’explosion) : Fiche technique

Réalisation, scénario & dialogues Avi Mograbi
Image Avi Mograbi et Eitan Harris
Son & montage Avi Mograbi
Production Avi Mograbi et Les Films d’Ici, Makor Fondation for Israeli Films, Noga Communications, The new Israeli Foundation for Cinema and Television

Auteur : Adrien Lavrat