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Une seconde mère, film d’Anna Muylaert : critique

Hier, l’Amérique latine nous a donné  « Gloria » (Paulina Garcia) un beau film du chilien Sebastián Lelio. Aujourd’hui, elle nous livre « Une seconde mère » (Régina Casé) de la brésilienne Anna Muylaert. Deux films qui racontent une histoire centrée sur des femmes d’un âge certain, dans l’ombre mais lumineuses, et qui s’ouvrent enfin à la (vraie) vie.

La confusion des sentiments

« Une seconde mère » met en scène Val, une « Empregada », une employée de maison comme il en existe dans toutes les classes moyennes et supérieures du pays. Val travaille et vit chez « Monsieur » Carlos et « Madame » Barbara, une famille bobo composée d’un mari rentier et très dépressif et d’une femme (hyper)active dont les dents rayent le parquet, ainsi que de Fabinho, le fils de la maison, le bébé de Val, un ado qu’elle affectionne et qui l’affectionne.

Val est littéralement la bonne à tout faire, à promener le chien et ramasser ses crottes, à préparer à manger comme à étendre le linge, à câliner son Fabinho, à servir de confident ou de complices aux uns et aux autres. A servir sans relâche et sans animosité, mais au contraire imprégnée de la « fausse conscience » chère à Marx qui annihile toute velléité de révolte par rapport à un ordre qu’elle suppose établi pour toujours.

La conscience de classe, ce sont ses employeurs qui l’ont, Barbara en particulier, eux aussi hermétiques face à la réalité de leur relation avec Val, se pensant en bienfaiteurs jusqu’à ce que Jessica, la fille de Val, arrive en ville comme un chien dans un jeu de quille et réveille tout ce beau monde de sa douce torpeur.

Symbolisant  le changement dans une société brésilienne figée dans des traditions séculaires, Jessica va déciller avec aplomb les yeux de tous : elle propose de dormir dans la chambre d’amis des maîtres, se laisse inviter à manger à la table des maîtres (et servie par sa mère, horrifiée, incrédule et impuissante devant ces évènements), et fait bien plus encore jusqu’à l’explosion finale.

Le thème du film d’Anna Muylaert tourne autour de ce travail domestique au Brésil, un thème épineux car à la fois il permet à des milliers de personnes notamment du Nordeste à vivre, y compris au prix de séparations douloureuses, les employées de maison vivant séparément de leur propre famille pour vivre avec cette autre famille et la servir nuit et jour ; et à la fois il a une résonance particulière, du fait de l’histoire de  l’esclavage au Brésil.

Le manichéisme peut guetter le film et sa réalisatrice à tout instant, et pourtant, Anna Muylaert les déjoue plutôt habilement. Alors même que 60% de ces employées de maison sont noires, Val ne l’est pas, la thématique de l’ancien esclavage n’est pas au centre du débat. La réalisatrice veut se focaliser sur l’histoire personnelle de Val, de ses relations avec son entourage, et surtout avec Fabinho, l’enfant qui a reçu toute son affection, et avec Jessica, celle qu’elle n’a pas vue pendant 13 ans, celle qu’elle ne reconnaît même pas à sa descente de l’autobus.

Le titre original de ce film est « à quelle heure elle rentre ». Vers le début du film, Fabinho pose cette question à Val, sa nounou ; sa « vraie » mère n’est jamais là. Jessica, elle aussi, raconte que pendant les longues absences de sa mère, elle ne cessait de poser cette question à son entourage. La réalisatrice s’applique à montrer ce chassé-croisé filial, comme lorsqu’un Fabinho chagrin préfère se blottir dans les bras de sa nounou que dans ceux de sa mère ; ou encore quand auprès d’une amie, un autre membre de la domesticité, elle critique sévèrement sa fille Jessica et ses manières qu’elle juge cavalières…La façon n’est pas toujours très subtile, les situations assez convenues et prévisibles, et Régina Casé ne fait pas toujours dans la sobriété, mais on ressent le tourment de Val dans cette confusion des sentiments.

Les personnages sont dessinés assez généreusement, et en dehors du rôle de Val, il existe un bon équilibre entre tous. On sent peut-être une tendresse particulière pour le personnage de Carlos, le père de famille, un homme qui n’a pas trouvé sa place dans la maisonnée, et que l’arrivée de Jessica va enfin éveiller. Les petits récits dans le récit permettent d’imprimer un rythme dynamique au film, et de le sortir d’une estampille film social qui pourrait vite lui être accolée.

« Une seconde mère » est un film drôle et tendre et qui recèle des surprises malgré son côté conventionnel. Ainsi, par exemple, dans cette scène en apparence anodine : pour l’anniversaire de Barbara – où Val fait le service sans que jamais aucun invité ne la remarque ni ne la remercie –  Val lui offre un  service à café noir et blanc. Barbara lui demande de ranger ce cadeau qu’elle a à peine déballé. De retour à la cuisine, Val s’amuse à présenter les tasses comme suggéré sur la boîte, en mélangeant les sous-tasses d’une couleur avec les tasses de l’autre couleur : non seulement le burlesque du snobisme sous-jacent est bien mis en avant  par Anna Muylaert, mais en plus, on pourrait y voir les prémices d’une envie de bousculer la tradition de la part de Val, les prémices de ce mélange des couches sociales que l’arrivée de Jessica a catalysé. Une belle trouvaille de cinéaste.

Synopsis : Depuis plusieurs années, Val travaille avec dévouement pour une famille aisée de Sao Paulo, devenant une seconde mère pour le fils. L’irruption de Jessica, sa fille qu’elle n’a pas pu élever, va bouleverser le quotidien tranquille de la maisonnée…

Une seconde mère : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=wG8kGtOSAlc

Une seconde mère : Fiche Technique

Titre original : Que Horas Ela Volta
Date de sortie : 24 Juin 2015
Réalisateur : Anna Muylaert
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 114 min.
Interprétation : Regina Casé (Val), Michel Joelsas (Fabinho), Lourenço Mutarelli (Carlos), Camila Márdila (Jéssica), Karine Teles (Bárbara), Helena Albergaria (Edna)
Scénario : Anna Muylaert
Musique : Fábio Trummer
Photographie : Barbara Alvarez
Montage : Karen Harley
Nationalité : Brésil
Producteur : Fabiano Gullane, Débora Ivanov, Gabriel Lacerda,
Anna Muylaert
Maisons de production : Gullane Filmes, Africa Filmes, Globo Filmes
Distribution (France) : Mémento films distribution

 

 

Comme un avion, un film de Bruno Podalydès : critique

Dans Comme un avion, Michel (interprété par le réalisateur, Bruno Podalydès) voudrait rejoindre la mer avec son kayak, parce que c’est un palindrome et que c’est presque « comme un avion ».

Synopsis : Michel, passionné par l’aéropostale, tombe sous le charme d’un kayak dont la forme lui fait penser à un avion. Il part alors à l’aventure sur une rivière inconnue.

Le temps de l’aventure 

Pourtant, le film nous prend à contre-pied car si le ciel est toujours à portée demain, comme l’eau qui s’écoule le long de la rivière, Michel ne bouge presque pas. Comme un avion devient alors le récit d’un éternel retour. Irrésistiblement attiré par une petite guinguette, Michel tente plusieurs fois de repartir, mais sans y parvenir vraiment, toujours retenu dans cet endroit magique où l’on croise des personnages hauts en couleurs. De la veuve (Agnès Jaoui, superbe et pleine d’envies), à la jeune amoureuse éplorée dont les larmes sont déclenchées par la pluie (Vimala Pons, douce et lumineuse), en passant par deux peintres effrénés. Son aventure à lui se passera ici, il s’y retrouvera, y réfléchira avec toute la force de l’immobilisme. Dans sa première partie, le film s’attache à décrire un homme non pas en plein burn-out, mais plutôt quelqu’un qui a une petite vie bien tranquille, mais dont les rêves n’ont jamais été accomplis parce que la réalité semble les affadir. Ce n’est pas sa femme qui le fait fuir car, comme il lui dit si bien « voyager, ce n’est pas quitter ». D’ailleurs, Bruno Podalydès et Sandrine Kiberlain rendent ce couple très tendre, notamment le temps d’un pique-nique improvisé et d’une étreinte, un au-revoir. Même quand ils se mentent un peu, c’est avec tendresse. Quand il part enfin, c’est au fil de l’eau qu’on voit d’abord Michel, avant qu’il n’échoue dans ce pays des merveilles d’où il ne repart presque plus. Sur sa route ensuite, plus aucune pseudo-guinguette n’aura la saveur de celle-ci.

Le temps de vivre

Michel parle souvent tout seul, ce qui peut paraître étrange et un peu déstabilisant au premier abord, puisqu’il décrit tout ce qu’il fait quand il est dans sa tente. Pourtant, cela ajoute une tendresse au personnage qui, comme un enfant, dit bonne nuit à tous ses objets pour se rassurer avant de dormrir en pleine nature. Michel souffre d’un énorme besoin de tendresse, sa femme, dès le début, explique qu’à leurs âges, ils n’ont plus besoin d’assouvir leurs désirs puisqu’ils les connaissent. Pourtant, ce n’est pas l’avis de Michel qui a encore des désirs aériens et fantasques. Il échange des baisers, des caresses. Derrière lui, comme le petit poucet, il sème presque inconsciemment des indices – la géolocalisation – pour qu’on le retrouve en chemin. Il revient vers sa vie, mieux armé pour la vivre. Un autre palindrome s’est accompli : rêver. Dans ce film très tendre et très doux, immobile et pourtant si tourbillonesque pour le personnage principal, Bruno Podalydès convoque des clins d’oeil, avec ses acteurs, tous connus même pour de la figuration (de Noemie Lvovsky à Pierre Arditi), mais aussi des musiques qui disent simplement le bonheur d’une vie tranquille, libre. C’est (presque) un manifeste pour un choix de vie loin du 100 à l’heure qu’on nous vend à tous les coins de rue. Qu’il fasse appel à Moustaki ou à Manset-Bashung, Poalydès célèbre des instants intenses, frugales, où la beauté du geste compte avant tout, celle de la rencontre aussi. C’est ainsi que « Venus » est présente, partout, dans ces simples mots que le film rend vivants : « L’inévitable clairière amie
Vaste, accueillante
Les fruits à portée de main
Et les délices divers
Dissimulés dans les entrailles d’une canopée
Plus haut que les nues… ». Ces fruits, des cerises dédiées à un être disparu, on peut presque les saisir de derrière l’écran, telles qu’elles sont filmées, comme les femmes du film, toujours prêtes à l’étreinte, belles et dignes quel que soit leur âge. C’est que la poésie a toute sa place ici, comme l’absurde et la mélancolie.

Comme un avion : Bande annonce

Comme un avion : fiche technique

Titre original : Comme un avion
Date de sortie : 10 juin 2015
Nationalité : Française
Réalisation :  Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès
Interprétation : Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz
Photographie : Claire Mathon
Décors : Guillaume Deviercy
Montage :Christel Dewynter
Production : Pascal Caucheteux,  Martine Cassinelli
Sociétés de production : Why Not Productions
Sociétés de distribution : UGC Distribution
Budget : NR
Genre : Comédie
Durée : 105 minutes
Récompense(s) : Aucune

Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael : Critique, Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2015

Une comédie belge, extravagante et fantastique. Doté d’une réalisation originale, fine et audacieuse de Jaco Van Dormael, connu notamment pour Mr Nobody. Le Tout Nouveau Testament à été présenté à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes de cette année 2015 et a reçu un accueil enthousiaste, pour son humour et son histoire émouvante.

La petite sœur de J.C. fait sa crise d’adolescence

Sans être une critique de la religion, l’histoire est une parodie du Nouveau Testament racontée au travers de la fille de Dieu, Ea. Elle est l’héroïne de cette épopée et part en quête de 6 nouveaux apôtres. Entre alors en scène des personnages hauts en couleurs et pourtant banaux, interprétés par des acteurs de renom.
Catherine Deneuve, loin de s’imaginer la voir refaire cette pastiche de King Kong. Pili Groyne ,dans le rôle d’Ea, malgré son jeune âge, s’évertue à être à la hauteur des autres acteurs et c’est une réussite. A leurs cotés, Benoit Poelvoorde et Yolande Moreau, jamais aussi bon ici que dans ce genre de film.

Parodie du Paradis
Les films belges ont en général cette qualité d’user d’auto dérision naturellement. En posant le décor du paradis dans un Bruxelles grisâtre et pollué, on comprend déjà l’ironie du film. Même Dieu est présenté comme un chômeur odieux, alcoolique et violent. Cette banalité sert à montrer qu’il n’y a pas vraiment de barrière entre l’homme et le créateur. Il n’y a pas de croyance déterminée, les hommes ne sont pas destinés à être bons ou mauvais, mais deviennent l’un ou l’autre au fil de leur vie.
On y trouve un véritable humour dévorant mais léger, qui rappelle Le fabuleux destin d’Amelie Poulain. S’enchaînent des situations extravagantes où la caméra passe du côté de l’imaginaire, univers curieux auxquels le spectateur s’accorde facilement. Il y a ces moments intimes également, où les apôtres se confient au spectateur, l’impliquant à leur vision du Monde.

Mise en scène et photographie divine

Une véritable perfection de l’image et des plans qui détonnent pour une comédie. On ne s’attend pas à cette finesse et cette qualité d’image, travaillée pour chaque plan. Un véritable jeu de lumières et d’angles de prises de vue s’opère, valorisant des détails comme les yeux larmoyant des acteurs. Jaco Van Dormael réussit à créer une ambiance onirique, implantée dans l’ordinaire à la Gondry.

Pour ajouter une dimension lyrique à l’univers, la musique prend sa part significative au sein de leur quête. Chaque apôtre portant sa propre mélodie dans le coeur, on se laisse bercer par des airs d’opéra connus mais aussi des classiques de variété française. Encore une fois, le surréalisme s’imbrique parfaitement dans l’univers créé par le réalisateur.

Au final, Le Tout Nouveau Testament n’a rien de « tout nouveau » mais s’adresse à un public large, et mérite une réception miraculeuse lors de sa sortie en salles le 2 septembre 2015.

Synopsis : Dieu existe. Il vit à Bruxelles dans un appartement miteux et sombre, avec sa femme (Yolande Moreau) et sa fille Ea, dix ans. Alcoolique et narcissique, son seul passe temps est de rendre misérable la vie des humains. Par vengeance contre les maltraitances de son père, Ea envoie par sms les dates de décès de tout le monde. Après avoir semé la zizanie, elle fugue, déterminée à rallier 6 apôtres à sa cause.

Le Tout Nouveau Testament : Bande-annonce

Le Tout Nouveau Testament : Fiche Technique

Date de sortie : 2 Septembre 2015
Nationalité : Belgique, France
Réalisation : Jaco Van Dormael
Scénario : Jaco Van Dormael,Thomas Gunzig
Interprétation : Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau, Catherine Deneuve, François Damiens, Pili Groyne
Musique : An Pierlé
Son : Dominique Warnier
Photographie : Christophe Beaucarne
Décors : Sylvie Olivé
Montage : Hervé De Luze
Production : Terra Incognita Films
Sociétés de production : Terra Incognita Films, Climax Films (Belgique), Après le déluge (France), Juliette Films (Luxembourg), Caviar Antwerp (Belgique)
Sociétés de distribution : Le Pacte
Budget : NR
Genre : Comédie, Fantastique
Durée : 113 minutes

True Detective saison 2 : Épisode 1, critique

True detective saison 2, tête de pont du lundi  HBO de OCS City

Ce lundi 22 juin avait lieu la première des soirées HBO qui va rythmer l’été de la chaîne OCS. A cette occasion la chaîne s’associait à CanalSat pour nous accueillir et nous faire découvrir leurs nouvelles séries sur grand écran.

Trois séries pour deux formats se succèdent : True Detective ouvre la bal à 20h55 pour un épisode d’une heure, suivi de Ballers à 21h55 puis The Brink à 22h30 pour des épisodes d’une demi-heure.

OCS reprend ici l’ordre de diffusion des dimanche de la chaîne HBO, avec seulement 24h de décalage. On mesure dans ce type d’événement l’impact qu’a eu le piratage et les saisons entières disponibles partout dans le monde sur Netflix : la diffusion en US+24 est devenue une composante essentielle des stratégies marketing de OCS et CanalSat. Et qui s’en plaindrait ? Certainement pas nous.

Si nous allons revenir sur Ballers et The Brink, commençons par nos impressions sur ce premier épisode aussi attendu que redouté de la saison 2 de True Detective

Le grand suspens de cette saison 2 : savoir si elle pourra égaler la première

HBO joue gros avec cette deuxième saison de True Detective. Là où Game of Thrones, avec ses nombreux livres parus, partait sur une base très solide, cette suite part dans l’inconnu. L’intrigue de la première saison est bouclée, les personnages que l’on a appris à connaître sont partis, même le réalisateur Cary Fukunaga s’en est allé sous d’autres cieux.

On peut même dire que l’annonce du casting n’avait pas franchement rassuré : Colin Farrell est un bon acteur qui a terni sa réputation dans des choix de films douteux, tandis que Vince Vaughn a toujours été le moins charismatique de la bande de Ben Stiller. Et puis, comment passer derrière Woody Harrelson et surtout Matthew MacConaughey ?

De même, comment passer de la réalisation à la fois fluide et vaporeuse de la première saison au style de Justin Lin, connu pour l’empreinte qu’il a laissé sur la saga Fast and furious ? Les différents réalisateurs annoncés ont d’ailleurs des profils très différents puisqu’on retrouvera aussi bien Janus Metz Pedersen, dont le documentaire Armadillo avait été très remarqué, que Miguel Sapochnik, qui a fait le sympathique mais gore Repo Men avec Jude Law.

Ce premier épisode a répondu à certaines de nos questions pour en poser d’autres. Cette saison de True detective semble vouloir contourner la difficulté en nous emmenant dans une autre direction, tout en respectant certains traits essentiels de la première saison.

Quatre personnages, une ville, une enquête

L’histoire est en effet très différente : fini les allers retours entre passé et présent, fini le duo d’inspecteurs enquêtant sur les crimes d’un mystérieux tueur en série, et bienvenue à une intrigue répartie autour de quatre personnages principaux, dont les chemins vont finir par se rejoindre.

Nous avons :

– La detective Ani Bezzerides, jouée par Rachel McAdams : une flic dure à cuire, qui semble s’être construite dans la haine de son père, sorte de gourou à la Raël, et qui s’inquiète pour sa sœur qui semble douée pour se mettre dans de mauvaises situations.

– Frank Semyon, joué par Vince Vaughn : homme d’affaire très impliqué dans une affaire de construction immobilière qui pourrait changer le visage de la ville de Vinci. Il s’inquiète de la disparition du trésorier de la ville, et demande à Colin Farrell d’enquêter pour lui. Par ailleurs, il est marié à Jordan, jouée par Kelly Reilly, que l’on connaît bien en France pour son rôle dans la trilogie de l’Auberge espagnole.

– Le detective Ray Velcoro joué par un Colin Farrell tout en moustache : flic corrompu, violent, drogué et alcoolique, il a une dette envers Frank Semyon, et tente de gérer sa vie entre ses affaires et la garde de son fils né dans des circonstances dramatiques.

– Enfin on a l’officier Paul Woodrugh, joué par un Taylor Kitch qui revient à la télévision faute d’être devenu une vraie star du grand écran, qui sillonne les autoroutes sur sa moto tel Ponch dans Chips. La brûlure imposante qui recouvre son torse témoigne d’un passé militaire douloureux.

Mais le vrai rôle principal de cette saison semble être la ville de Vinci : située à deux pas de Los Angeles, en attente du projet immobilier qui va tout changer, celle-ci semble être un vrai nid de corruption. On peut penser que l’affaire qui va servir de fil rouge à la saison va nous révéler ses secrets honteux.

Le changement dans la continuité

Une atmosphère très différente de la Louisiane de True Detective, avec des personnages humains trop humains, mais où l’on retrouve l’écriture de Nic Pizzolatto, véritable point d’ancrage de la série. Si chaque personnage a déjà un profil plutôt chargé dès le premier épisode (Vince Vaughn a des connections troubles, Rachel McAdams a apparemment une sexualité compliquée, Colin Farrell est à la fois fragile et violent, et Taylor Kitch évoque une section Black Mountain dont il a fait partie) on peut imaginer que leurs zones d’ombre vont être abondamment explorées. On retrouve déjà quelques répliques qui font mouche comme le « Never do anything out of hunger. Not even eating » (ne fais jamais rien parce que tu as faim. Même pas manger) prononcé par Vince Vaughn. Surtout, il y a cette atmosphère mystérieuse qui rappelle un peu David Lynch, entre cette ville toute entière tournée vers le projet qui va la sortir de l’anonymat façon Twin Peaks, et les voitures qui circulent sur Mulholland drive.

Visuellement, tout est fait pour nous ramener vers quelque chose de familier : le générique en silhouette, les plans aériens qui situent l’action, le discours à la fois désabusé et lourd de sens. Toutefois, tout y est plus brutal : le générique est porté par des dominantes rouges sang, à la country de The Handsome family s’est substituée un morceau de Leonard Cohen qui nous ramène à son style désenchanté des années 80 et à la ruralité de la première saison répond l’urbanité de la seconde.

Ce premier épisode n’est pas aussi prenant que celui de la première saison : le charisme de Matthew McConaughey nous manque et l’on n’est pas sûr que la direction choisie, qui dans son ambiance de corruption généralisée rappelle James Ellroy,  soit la bonne, mais tel Taylor Kitch avançant à pleine vitesse sur sa moto, les phares éteints dans la nuit californienne, on a hâte de voir le deuxième épisode arriver pour en savoir plus.

Synopsis : La ville de Vinci s’apprête à changer de dimension grâce à un projet ambitieux de transports en commun qui doit générer un développement immobilier conséquent. L’enquête sur la disparition du trésorier de l’opération va révéler à quel point la ville s’est bâtie sur le vice et la corruption.

True Detective Saison 2 : Bande annonce

Fiche technique – True Detective Saison 2 : the western book of the dead

Réalisation : Justin Lin
Scénario  : Nic Pizzolatto
Distribution : Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Taylor Kitch, Kelly Reilly
Musique : T Bone Burnett
Photographie : Nigel Bluck
Décors : Alex DiGerlando
Montage : Alex Hall
Production : Aida Rodgers, Peter Feldman, Blake McCormick
Sociétés de production :  Parliament of Owls, Passenger, Anonymous content, Neon Black
Société de distribution : Home Box Office (HBO)
Genre : Polar

A Love You, un film de Paul Lefevre : critique

A Love You est le premier film du jeune réalisateur Paul Lefèvre (Lucy, Malavita) tiré de son court-métrage de fin d’études ; son petit « Bébé » en somme. Présenté au Festival international Génération Court en 2010, A Love You (le court-métrage porte le même titre que le film) fut remarqué par le producteur Alain Etoundi puis par Luc Besson. Par la suite, Paul Lefèvre a réécrit le scénario pour en faire cette comédie géniale et hilarante qui promet d’être un vrai succès.

Une comédie humaine :

Pendant les 90 minutes du film A Love You, les rires des spectateurs envahissent la salle tant les situations drôlesques et originales se succèdent presque avec cohérence et naturel. Les trois héros représentent avec beaucoup de réalisme une génération éprise de liberté et le public se reconnaît en eux. Leur fraîcheur, leur humour, leur charisme et leur simplicité les rendent sympathiques et presque accessibles. Manu (Paul Lefèvre), Fred (Antoine Gouy, Brèves de comptoir, L’Enquête, la série Casting de Pierre Niney) et Juliette (Fanny Valette, La Loi de Murphy, Templeton, César du Meilleur Jeune Espoir Féminin pour La Petite Jérusalem) sont à la fois délurés, excentriques et émouvants de naïveté. En fait, ils sont tout simplement inexpérimentés et leurs joyeuses péripéties ne sont pas si éloignées de notre réalité.

Chez les autres personnages de A Love You, humour et émotions sont aussi au rendez-vous dans un large éventail de caricatures. Dominique Pinon (La Cité des Enfants Perdus, Alien, la Résurrection, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Pivet) incarne un mendiant épicurien avec beaucoup de tendresse et de malice. Vincent Leyris interprète à la perfection un rôle de macho vicelard et sa réplique « Matez-moi ces p… !!! » est bien partie pour devenir une phrase d’anthologie ! Sur la route qui les conduit vers le grand amour, Fred et Manu croiseront ainsi une prostitué, un routier illettré et homosexuel refoulé, une équipe de rugby, un rasta hippie, deux torrides suédoises, un prêtre métaleux et tout un panel de personnages dont ils tireront une belle leçon existentielle.

Un grand cri d’amour :

Vous l’aurez compris, le scénario est tordant, la mise en scène sensationnelle, les acteurs géniaux mais A Love You est une comédie qui sonne tellement vrai par moment. Certaines scènes sentent le vécu et s’inspirent des souvenirs et des rencontres de Paul Lefèvre comme le fameux tatouage mal orthographié « A Love You » que le réalisateur a aperçu sur le bras d’un inconnu.

A Love You est le voyage initiatique de deux jeunes hommes en quête de romantisme – et d’autonomie aussi. Manu (Antoine Gouy) est un passionné, un idéaliste un peu fleur bleue qui croit au grand amour et au coup de foudre. Fred (Paul Lefèvre) au contraire, est terre à terre et matérialiste. Mais tous les deux partagent une amitié sincère l’un pour l’autre. Ensemble, ils vont traverser la France et abattre des montagnes à la recherche de l’amour. Est-il au bout du chemin ou se trouve-t-il plus près qu’on ne le pense ? Est-il dans ce couple de personnes âgées qui les prendra en stop ?

Au regard des situations critiques et des rencontres colorées, nos joyeux compères vont se remettre en question, revoir leurs priorités et redonner de la valeur à la vie et aux sentiments. A Love You est une fable audacieuse et optimiste sur le sens de la vie, de l’amour et de l’amitié. Et de ce film est née une véritable amitié entre les trois acteurs qui parlent déjà d’un prochain film…

Synopsis : Au lendemain d’une soirée très arrosée, deux jeunes étudiants de la région parisienne se lancent dans un périple pour retrouver une inconnue. La belle a donné rendez-vous à l’un d’eux pour le soir-même à Avignon. Mais, après un accident de voiture, les vrais ennuis commencent…

A LOVE YOU : Bande-annonce

Fiche technique : A Love You

Réalisation : Paul Lefèvre
Origine : France
Avec : Antoine Gouy, Paul Lefèvre, Fanny Valette, Dominique Pinon, Vincent Leyris, Eddie Chignara
Scénario : Paul Lefèvre
Image : Vincent Richard
Décors : Alain Paroutaud
Costumes : Priscillia Delsault
Casting : Nathalie Cheron
Assistant mise en scène : Jennifer Peyrot
Scripte : Marie Vaillant
Musique : Romain Vissol
Son : Arnaud Lavaleix, Robin Bouet, Najib El Yafi, Samuel Rouillard
Montage : Charlotte Rembauville et Julien Rey
Direction de production : Fanny Besson
Producteur exécutif : Alain « Biff » Etoundi
Distribution : Europacorp

Masaan, un film de Neeraj Ghaywan : Critique, Festival de Cannes 2015

Masaan, premier long métrage de Neeraj Ghaywan, a été récompensé à Cannes par la sélection Un Certain Regard. Le film suit et mêle les destinées de quatre personnages issus de différentes classes sociales de la société indienne.

Indian People

Il insiste beaucoup sur sa noirceur et la quête des personnages vers un meilleur destin. Résultat, le film est tiraillé entre modernité et archaïsme, mais s’éparpille entre plusieurs petites histoires censées se rejoindre. Le film souffre vraiment de son insistance pesante sur le déterminisme social des personnages, pris au piège par des désirs trop grands pour eux ou des engrenages malheureux. Le film est très démonstratif, jusque dans ses dialogues et sa mise en scène. Masaan n’est pas un mauvais film, mais il laisse une impression d’inachevé pourtant baigné dans une surenchère de « malheurs » censés émouvoir, mais le tout manque de recul.

Destins croisés, fils décousus 

A Bénarès, on brûle les morts tout en aspirant à une vie meilleure, pourtant impossible à atteindre tant dans Masaan tout s’acharne sur les personnages pour les maintenir sous l’eau. Cette ville représentée ici avant tout pour son fort sens des traditions est un théâtre des mœurs et de la jeunesse, un lieu où l’on se perd non géographiquement, mais psychologiquement. Le problème principal de Masaan est qu’il s’adresse à un public occidental ciblé et veut trop en dire de la situation de l’Inde et du poids de ses traditions. Enrobé dans une photographie de carte postale et des situations très dramatisées, le film peine finalement à toucher ou même émouvoir tant son réalisme est calibré pour faire passer un message. Certes, ce réalisme-là, très travaillé et en même temps sincère, éloigne Masaan des films Bollywoodiens dont on a l’habitude, mais cette histoire croisée ressemble à un assemblage de scènes démonstratives qui peinent à faire un film cohérent du point de vue du cinéma. Le film accorde finalement trop peu de temps à chacun de ses personnages pour qu’on sente vraiment toute la force de ce qui leur arrive. C’est assez flagrant dans la mise en place plutôt stéréotypée de l’histoire d’amour entre Deepak et une jeune fille issue d’une caste supérieure. L’histoire est présentée comme dévastatrice par son issue, mais l’amour en lui-même n’est retranscrit que trop timidement à l’écran pour nous convaincre. A l’arrivée, Masaan est un film ambitieux, mais trop formaté pour vraiment captiver le spectateur ou donner à ressentir un pays aussi complexe que l’Inde, même celle vue de l’occident.

Synopsis : Bénarès, la cité sainte au bord du Gange, punit cruellement ceux qui jouent avec les traditions morales. Deepak, un jeune homme issu des quartiers pauvres, tombe éperdument amoureux d’une jeune fille qui n’est pas de la même caste que lui. Devi, une étudiante à la dérive, vit torturée par un sentiment de culpabilité suite à la disparition de son premier amant. Pathak, père de Devi, victime de la corruption policière, perd son sens moral pour de l’argent, et Jhonta, un jeune garçon, cherche une famille. Des personnages en quête d’un avenir meilleur, écartelés entre le tourbillon de la modernité et la fidélité aux traditions, dont les parcours vont bientôt se croiser…

Masaan : Bande annonce

Fiche technique : Masaan

Titre original : Masaan
Date de sortie : 24 juin 2015
Nationalité : Indienne
Réalisation : Neeraj Ghaywan
Scénario : Varun Grover
Interprétation : Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra, Shweta Tripathi
Musique : Bruno Coulais,  Indian Ocean
Photographie : Avinash Arun Dhaware
Décors : Ranjit Singha
Montage : Nitin Baid
Production : Vikas Bahl, Mélita Toscan du Plantier, Anurag Kashyap, Guneet Monga, Vikramaditya Motwane, Manish Mundra, Marie-Jeanne Pascal, Shaan Vyas
Sociétés de production : Drishyam Films, Macassar Productions, Phantom Films,  Sikhya Entertainment
Sociétés de distribution : Pathé Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 120 minutes
Récompense(s) : Un Certain Regard – Prix Spécial du Jury, Prix Fipresci – Un Certain Regard

Der Samurai, un film de Till Kleinert : Critique

Der Samurai, le premier film de l’allemand Till Kleinert jouit depuis plus d’un an d’une renommée dans les festivals internationaux.

La rédaction l’avait découvert à l’époque au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) où il avait été sélectionné dans la compétition officielle. Son réalisateur était même venu présenter son film et participé à un question-réponse avec un public charmé par ce film tout bonnement dément. Il en avait profité pour révéler ses intentions, ses références et revenir sur la genèse de ce projet particulier puisqu’il s’agit du film de fin d’étude de Till Kleinert. Ce dernier révéla qu’il s’était inspiré de la culture manga et surtout de la culture vidéoludique pour son film. Il cite avec plaisir le jeu Silent Hill bien qu’il pense s’y être inconsciemment inspiré. Ce n’est qu’à la fin du tournage qu’il avait senti l’impact du titre sur son travail. Etudiant et donc encore inconnu du milieu de la production cinématographique, Till Kleinert a pu compter sur le crowdfunding pour financer son film même si les participants sont en grande majorité des amis ou des membres de la famille du réalisateur et de celle de l’équipe du tournage. Il évoque les contraintes de production d’un tel film, cru et plutôt osé dans son approche. Mais malgré les difficultés, il a néanmoins réussi à réunir des financements provenant de boîtes de production allemandes, ce qui s’avère être une véritable prouesse pour un étudiant et surtout un scénario aussi singulier. Un processus de création atypique qui forge le respect pour ce jeune cinéaste allemand qu’il faudra suivre de près.

Where is my mind ?

A l’origine d’une demi-douzaine de courts métrages ces dix dernières années, Der Samurai est donc le premier long métrage de Till Kleinert et accessoirement le film qui lui a permis de décrocher son diplôme à la Deutsche Film und Fernsehakademie Berlin. Avec son intrigue schizophrène, Der Samurai fascine par sa capacité à nous offrir quelques plans d’une élégance esthétique imparable tandis qu’une bande-son électro nous emporte dans ce trip provocateur et obsédant. Il est facile de se perdre dans ce récit dont on ne sait jamais s’il évoque la schizophrénie de son personnage principal, la folie destructrice d’un homme ou d’une métaphore subtile et réfléchie de l’image du loup solitaire dans notre société. Autant de représentations qui invoquent autant de réponses tant le réalisateur souhaite laisser libre court à l’imagination du spectateur. Ce dernier évoque son film davantage comme une œuvre à prendre comme le fruit d’une métaphore sociétale dans une démarche artistique (expérimentale ?) plutôt qu’un film à la narration classique. Surréaliste et perturbant, Der Samurai nous offre un personnage haut en couleur. Un samouraï aux cheveux longs et blonds, vêtu d’une robe blanche à la croisée du personnage de La Mariée de Kill Bill et de Tyler Durden de Fight Club.

Citant Shining parmi ses références, Der Samurai propose une réflexion sur la quête de soi et la manière de surmonter les difficultés de la vie. Stylisé et minutieux dans ses moindres détails, la mise en scène dévoile une ambiance froide (beaux plans de nuit) mais passionnelle (effluves d’orange et de rouge), et offre quelques plans qu’on croirait tout droit sortis de tableaux surréalistes. Mais à force de se complaire dans sa métaphore et de proposer une mécanique lente et répétitive, Der Samurai s’enfonce dans son sujet et perd de vue un certain rythme au profit d’une contemplation dispensable. Le chemin vers la rédemption du personnage devient finalement une épreuve à subir pour l’intérêt du spectateur, qui se réduit au fur et à mesure que l’intrigue se rallonge. A l’inverse, l’esthétisme de la mise en scène est finalement d’une telle prouesse pour un étudiant sur son premier long métrage qu’elle suscite une certaine fascination. Au-delà de la photographie, Till Kleinert démontre un certain talent à scénariser par le biais d’une écriture exigeante de ses personnages. Le réalisateur livre une réflexion fine et psychologique de ce policier morne et introverti, qui trouvera le salut dans un rapport destructeur, sexuel et sauvage avec un antagonisme troublant et emblématique.

Dommage que le film perde en intérêt et ne s’enferme dans ses délires qui demandent à chaque fois de nouvelles interprétations car Der Samurai est une œuvre unique, à l’identité visuelle singulière et dont les errances psychologiques diviseront joyeusement les spectateurs. Mais pour un premier film, on ne peut qu’approuver la démarche de Till Kleinert et avoir une certaine tolérance pour un réalisateur qui a encore toute sa carrière devant lui et dont on attend le prochain film avec impatience.

Synopsis: Jakob, jeune policier collet-monté, mène une vie terne dans l’Allemagne rurale. Un soir, il croise la route d’un travesti charismatique qui, armé d’un katana japonais, cultive un goût prononcé pour la décapitation. Jakob part alors à la recherche de ce samouraï fou, dans une course poursuite où s’installe une attirance réciproque.

Der Samurai – Bande-annonce

Fiche Technique: Der Samurai

Allemagne
Genre: Fantastique, thriller, horreur
Durée: 79min
Sortie en salles le 15 juillet 2015

Réalisation: Till Kleinert
Scénario: Till Kleinert
Distribution: Michel Diercks  (Jakob), Pit Bukowski (Der Samurai), Uwe Preuss (Horvath)
Photographie : Martin Hanslmayr
Décors : Tomoko Okada, Sandra Fleischer
Costume: Malena Modéer
Montage: Till Kleinert
Musique : Conrad Oleak
Producteurs : Anna de Paoli, Linus de Paoli, Gerhard Hahn, Till Kleinert, Martina Knapheide
Sociétés de Production: Schattenkante, Deutsche Film- und Fernsehakademie Berlin (DFFB)
Distributeur: Zootrope Films
Budget : NC
Festival: Sélectionné en 2014 dans les compétitions officielles des festivals de La Berlinale, Tribeca Film, Neuchâtel International Fantasy Film et du Film Fantastique Européen de Strasbourg (FEFFS).

Soirée A Love You au cinéma Europacorp

A Love You : l’avant-première privée au cinéma Europacorp

Hier soir, mardi 23 juin, au Cinéma Europacorp, avait lieu la projection privée en avant-première du premier film de Paul Lefèvre (Lucy, Malavita) : A Love You, distribué par Luc Besson. Après un accueil royal au champagne et aux macarons, Cineseries-mag a pu assister à la projection du film, lové dans les sièges inclinables de la salle First du cinéma d’Aéroville. 1h30 de franches rigolades et d’émotions plus tard, l’équipe du film nous a retrouvé dans la salle pour un échange animé dans une ambiance bon enfant. Pendant plus d’une vingtaine de minutes, Paul Lefèvre, Antoine Gouy (Brèves de comptoir, la série Casting), Fanny Valette (La Loi de Murphy, César du Meilleur Jeune Espoir Féminin pour La Petite Jérusalem) et Vincent Leyris ont répondu à quelques questions en toute simplicité et avec l’humour qui les caractérise.

A Love You est le fruit d’un long travail en amont, d’abord un court métrage puis cette rencontre entre Paul Lefèvre et Luc Besson qui a tout déclenché. C’est une oeuvre assez personnelle récompensée au Festival de l’Alpe d’Huez par le Prix Spécial du Jury qui raconte la virée à travers la France de deux jeunes hommes au lendemain d’une fête. Un périple mouvementé pour retrouver une inconnue rencontrée à cette soirée. Paul Lefèvre nous a expliqué que les auto-stoppeurs croisés en bord de route l’avaient inspiré, qu’il leur imaginait des histoires incroyables et qu’il avait vu de ses yeux le fameux tatouage avec la faute « A Love You » sur le bras de quelqu’un. Au départ passionné par le métier d’acteur, Paul Lefèvre a quitté Chartres pour faire une école de Cinéma à St Denis. Dans A Love You, il revêt un double costume : réalisateur et acteur. Et si on devine assez bien qu’il est difficile d’assurer à la fois devant et derrière la caméra pendant une scène, Paul ne manque pas d’ironiser en nous rappelant que le même travail avait lieu lors des scènes de nu :

« C’est un peu compliqué de donner des directives aux techniciens pendant les scènes de nu (…). Au début, à 9h du matin, on est assez gêné mais à 12h, on se tape sur l’épaule et on va déjeuner… (…) Finalement, c’est un confort de jouer nu !»

Concernant les autres personnages, c’est Fanny Valette qui a parlé d’Antoine Gouy pour le rôle de Manu à Paul Lefèvre. Les autres comédiens ont été castés hormis Dominique Pinon (Alien, la Résurrection, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Pivet), déjà pressenti pour le rôle du sans-abri, et Benoît Allemane, la Voix de Morgan Freeman que Paul voulait dans son film.

Le scénario de Paul Lefèvre est hilarant et pourtant, il sonne tellement juste par moment : certaines scènes « sentent le vécu », il faut bien le dire. D’une soirée arrosée à un road trip dans le sud de la France, il n’y a qu’un pas quand on a vingt ans… A Love You est un voyage initiatique en quête de romantisme qui vous laisse un goût de liberté et d’optimisme dans la bouche. Mêlé aux bulles du champagne et à la douceur des macarons, cette soirée nous a enchantée.

Valley of love, un film de Guillaume Nicloux : Critique, Festival de Cannes 2015

Première image de cet étrange Valley of love tout autant qualifié de chef d’oeuvre que de nanar par la presse – Isabelle Huppert de dos, immédiatement reconnaissable, serpente, fragile, un long chemin.

Sous le sable 

Elle tire une petite valise et semble engagée sur une route sans issue, démesurément sans fin. Son corps gracile vacille un peu et elle est entourée, écrasée presque, autant par un soleil de plomb que par une magnifique et grandiloquente musique. Plus tard, elle tentera de remplir l’espace en hurlant dans son téléphone. Le monde des vivants semble déjà lui échapper, elle est déconnectée. Les plans de ce début son simples, démonstratifs. Isabelle, c’est aussi le nom de son personnage, ne se nourrit presque pas. Au départ donc, cette Vallée de la mort apparaît comme un paysage démesuré, choisit par Nicloux, le réalisateur, pour son extrême symbolique : l’hallucination, la chaleur, ce désert inondé de soleil dans lequel on parvient tout de même à trouver quelques coins d’ombre.  Pourtant, ce décor est vite balayé par une apparition gargantuesque : Gérard (Depardieu) rejoint son ex-femme. Aussitôt, elle est oiseau, il est ogre. Le voilà tout en chair, qui sue, râle, avance lentement. Au-delà du jeu, Depardieu est ici plus qu’un acteur, il livre sa peau. Magnifique, avec sa diction et sa voix si particulières, presque effacé dans les mots souvent cycliques au cours du film. Il éclipse cette vallée dont il ne recherche que la fraîcheur introuvable. De viande, il est question par deux fois puisqu’Isabelle n’en consomme plus, mais aussi parce qu’après une journée de fournaise, Gégé compare ses pieds à des steaks. Jouant sur les échelles de ses plans, Nicloux fait d’ailleurs bien souvent de ses acteurs errants une brindilles et un colosse. Ces acteurs jouent-ils ? Pas sûr, en tout cas pour Depardieu, désarmant de vérité.

Les vivants et les morts 

Côté scénario, la simplicité la plus évidente demeure : un ex-couple se retrouve à la demande de leur fils mort pour un périple dans la Vallée de la mort. Entre l’hôtel, la piscine, les restaurants alentours et les fameux lieux de la Vallée que Michael (prononcé aussi bien à l’anglaise qu’à la française) fait « visiter » à ses parents, les deux ex-amants errent, parlent, tournent à vide et c’est à peu près tout. Dans cet immense paysage, hautement cinématographique, Nicloux a voulu filmer l’invisible, le spirituel. C’est là le véritable sujet de son film quand on l’écoute en parler. A la frontière entre les vivants et les morts, ce lieu est celui où le cerveau s’engourdit, la raison s’évapore et où les apparitions de déploient. Pourtant, c’est ce qui marche le moins bien dans ce film de retrouvailles : celles des acteurs de Pialat (qui est largement convoqué ici) ou encore de ceux qu’on qualifie de « monstres sacrés », mais c’est aussi les retrouvailles de deux ex-amours. La troisième entité, le fils mort et qui promet de revenir, plane et ne se manifeste qu’à de ridicules moments, peu inspirés où le réalisateur semble vouloir épaissir son mystère. Les corps portent alors les stigmates de soi-disant apparitions, sans que l’on sache si Michael est « revenu » ou non. Résultat, les instants les plus prégnants, ceux où les vivants sont confrontés plus ou moins directement à la mort sont vraiment pauvres en cinéma. Quand la mort est personnifiée devant Gérard une nuit, on dépasse vraiment les frontières du ridicule, comme si les spectres de Shakespeare venaient à exister vraiment au-delà de l’imagination d’hommes déboussolés. On comprend que Guillaume Nicloux ait choisi de ne pas donner la clef du mystère de ce lieu où les âmes semblent flotter, mais sa dimension spirituelle est trop soulignée, trop terre à terre pour fonctionner.

Un homme et une femme

Si le scénario tient sur un timbre, c’est que la force de ce film – qui se décante petit à petit dans l’esprit du spectateur par fulgurances d’après séance – réside dans des silences, dans des moments suspendus où les corps sont côtes à côtes, où le passé qui devient flou. Quelque chose semble flotter au dessus de Gérard et Isabelle, entre eux, au-delà deux, une symbiose, un mystère plus grand que le film que la caméra a capté presque malgré elle. On reste longtemps habités par le souvenir de ces corps qui marchent, happés par une lettre, entraînés dans l’aventure, sans comprendre vraiment ce qu’ils sont venus y chercher. On s’ennuie un peu, c’est sûr, mais dans ce vide apparent, une beauté indicible se glisse, celle qui nous fait vivants plutôt que morts, faisant et défaisant nos existences, ce qu’on a construit et ce mince amas de chair, de sang et d’os qui nous maintient en vie et que le film dessine comme un reflet, un miroir déformant. Comme si on avait arpenté cette Vallée de la mort, nos cerveaux sont embrumés, retournés, comme ébahis après une explosion qui a lieu grâce à deux acteurs ou plutôt à l’errance d’un homme et d’une femme célèbres sur lesquels on projette beaucoup. Peinant à inscrire sérieusement sa dimension spirituel, le film de Guillaume Nicloux ne remplit donc qu’à moitié son contrat en agissant mentalement sur nous, comme le ferait une écrasante chaleur. Ainsi, ce qui importe n’est plus vraiment ce qui se déroule sous nos yeux, mais tout le cinéma qu’on se fait dans sa tête et la spiritualité qu’on y trouve. Dans La Religieuse déjà, Nicloux prouvait que cette croyance n’était pas forcément à trouver dans le ciel, mais en soi ou, comme ici, sous le sable, symbole de tout ce qu’on a enfoui au cours d’une longue vie.

Synopsis : Après avoir reçu une lettre de leur fils décédé, Isabelle et Gérard se rendent à un étrange rendez-vous, dans la Vallée de la mort, aux États-Unis.

Valley of love – Bande annonce 

Fiche technique – Valley of love 

Titre original : Valley of love
Date de sortie : 17 juin 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux
Interprétation : Gérard Depardieu et Isabelle Huppert
Musique : Charles Ives
Photographie : Christophe Offenstein
Décors : NR
Montage : Guy Lecorne
Production : Sylvie Pialat, Benoit Quainon, Jean-Baptiste Dupont, Cyril Colbeau-Justin
Société(s) de production : Les Films du Worso, LGM Cinéma
Société(s) de distribution : Le Pacte
Budget : 2,9 M€
Genre : Drame
Durée : 92 minutes
Récompense(s) : Sélection officielle Festival de Cannes 2015, César 2016 de la meilleure photographie

Hommage à James Horner

Mort de James Horner: l’un des compositeurs majeurs d’Hollywood

Personne n’aurait pensé que le long-métrage La rage au ventre (Southpaw en VO) serait la toute dernière œuvre musicale du célèbre James Horner. Malheureusement, le compositeur nous a quitté en ce 22 juin 2015 à l’âge de 61 ans, laissant derrière lui une carrière florissante (plus de 150 musiques de film) mondialement reconnue et marqué par des partitions mémorables, voire intemporelles. La rédaction de Cineseries lui rend donc hommage en revenant sur son parcours et en vous présentant une liste sélective de ses plus grands titres.

Né le 14 août 1953, fils d’immigrés autrichiens et déjà un pied dans le cinéma, son père Harry étant chef décorateur et occasionnellement réalisateur et scénariste, James Horner montrait déjà son goût pour la musique en s’installant à un piano dès ses 5 ans. Une passion dont il décida d’en faire le métier, l’étudiant lors de ses jeunes années au Royal College of Music de Londres puis le lycée de Verdey Valley en Arizona. Un parcours qui lui permit d’obtenir par la suite un diplôme de premier cycle à l’Université de Californie du Sud mais également un master ainsi qu’un doctorat. Un CV pour le moins prestigieux avec lequel il put enseigner la théorie musicale l’Université de Californie à Los Angeles (l’UCLA) et proposer plusieurs compositions pour l’American Film Institute au cours des années 70.

Mais ce sont les années 80 qui vont véritablement le faire entrer dans le monde du cinéma. Plus précisément 1979 (le film sortira en 1980), où il est appelé par le producteur Roger Corman pour composé la musique des Mercenaires de l’espace. Une série B portant le statut de remake des Sept Mercenaires qui se présenta comme la toute première musique cinématographique de James Horner, ce dernier devenant un compositeur de grande ampleur en 1982 après avoir travaillé sur Star Trek II : la Colère de Khan. Dès lors, Horner va collaborer avec des réalisateurs de grandes renommées, notamment James Cameron (Aliens : le Retour, Titanic, Avatar), Ron Howard (Cocoon, Willow, Apollo 13, Un homme d’exception), Edward Zwick (Glory, Légendes d’Automne), Mel Gibson (Braveheart, Apocalypto) et Jean-Jacques Annaud (Le Nom de la Rose, Stalingrad, Or Noir, Le dernier loup). Son travail sera également connu dans le domaine de l’animation pour avoir accompagné les films d’Universal Studios produit par Steven Spielberg (la franchise Fievel, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, Les Quatre Dinosaures et le Cirque Magique, Balto).

Dès ses débuts, James Horner était connu pour introduire des éléments musicaux électroniques dans ses partitions, bien avant que cela ne devienne une norme des compositions cinématographiques. Mais c’est surtout l’utilisation de chœurs et d’éléments de musique traditionnelles irlandaises qui feront sa renommée auprès des professionnels et du public. Le tout en s’inspirant de ses aînés (principalement John Williams, Jerry Goldsmith et Ennio Morricone) mais aussi de compositeurs dits classiques (Serge Prokofiev et Dmitri Chostakovitch), ce qui lui valut d’être accusé de plagiat par ses détracteurs. Cela ne l’empêcha pas d’être nominé à plusieurs reprises aux Oscars, Golden Globes et BAFTA pour certaines de ses œuvres.

Et il lui faudra attendre 1997 pour voir son travail récompensé par les gens du métier. Cette année-là, il triomphe aux Golden Globes et aux Oscars grâce à Titanic avec lequel il remporta les prix de la Meilleure musique mais aussi de la Meilleure chanson originale (My Heart Will Go On, interprétée par Céline Dion). La bande originale du film ne s’arrêtera d’ailleurs pas qu’à cette prestation, devenant en un rien de temps l’une des musiques cinématographiques les plus vendues de tous les temps (30 millions d’exemplaires à travers le monde) et restant 16 semaines en tête du top 200 des albums de Billboard.

Autre que la musique, James Horner avait également une autre passion : l’aviation. D’ailleurs, il était considéré comme un pilote expérimenté et cela lui arrivait souvent de devoir prendre le manche d’un avion privé. Comme ce fut le cas ce lundi 22 juin 2015. Mais sa réputation même ne put empêcher le crash aérien dont il fut la victime. Beaucoup l’attendaient sur les suites d’Avatar tandis qu’il travaillait déjà dessus, ses dernières compositions seront finalement The 33 et La rage au ventre. Le monde du cinéma vient de perdre l’un de ses plus grands compositeurs contemporains et pour cela, au lieu de faire une sorte de top 10 comme la plupart des médias, Cineseries vous offre un best-of de ses œuvres les plus cultes.

Star Trek II : la Colère de Khan

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles

Légendes d’Automne

Apollo 13

Un homme d’exception

R.I.P. James Horner…

Stand, un film de Jonathan Taieb : Critique

Stand, c’est le second long-métrage du jeune réalisateur Jonathan Taieb : un film engagé, fort, à la fois très doux et très violent, marqué d’un réalisme intemporel et poétique.

Synopsis : A Moscou, un jeune couple, Anton (Renat Shuteev) et Vlad (Andrey Kurganov), est témoin passif d’une agression. Plus tard, ils apprennent qu’un crime homophobe a été commis au même moment et au même endroit. Aussitôt, Anton décide de lancer une enquête, mais sa soif de vérité n’a d’égal que les peurs et l’amour de Vlad. La quête qu’ils vont mener les conduit vers un avenir incertain. 

La liberté d’être qui l’on est

« Je voulais des situations universelles et atemporelles », nous a confié le réalisateur, « il n’était pas question de donner des leçons de morale ou une conduite de vie à un peuple dont je ne connais pas la culture ». Jonathan Taieb n’avait jamais mis les pieds en Ukraine : ce qu’il voulait avant tout, c’était ajouter sa pierre à l’édifice de la liberté, à l’image d’Anton, son personnage principal, un héros déterminé à rendre justice à un semblable qu’il n’a jamais vraiment connu.

Taieb n’as pas choisi son sujet au hasard : Stand s’ancre dans une réalité virtuelle terrifiante en Russie et dans les pays de l’Est qui témoigne d’une banalisation aggravée de l’homophobie : Taieb s’inspire directement de ces vidéos mises en lignes sur les réseaux sociaux, de passages à tabac de gays, des crimes homophobes qui restent impunis en Russie et en Ukraine. Ce sont ces « vidéos révoltantes », extrêmement violentes, qui ont catalysé son désir de faire un film sur le sujet. Selon Taieb, ces agressions se sont multipliées depuis l’adoption, en juin 2013, de la loi visant à interdire « la propagande des minorités sexuelles » afin de « protéger le psychisme des enfants ». Les « déviants » sexuels sont tous mis dans le même panier, l’homosexualité confondue avec la pédophilie.

La triste réalité est loin d’être seulement virtuelle : c’est la vie quotidienne de la communauté LGBT qui s’apparente à un lourd et pesant secret. Anton et Vlad habitent ensemble, mais ne se touchent pas en dehors, ne s’embrassent pas, ne quittent pas leur appartement en même temps pour qu’on ne remarque pas qu’ils vivent ensemble. Le réalisateur parvient parfaitement à rendre à l’image cette pression permanente, filmant ses personnages en caméra subjective, de dos, comme s’ils étaient réellement suivis. Dès qu’un personnage extérieur apparaît dans le cadre, il est flou, lointain, menaçant.

Stand est, par son titre même, un film engagé : lève-toi, contre les discriminations et les injustices, semble nous dire Jonathan Taieb. Malgré tout, le long-métrage se construit sur la nuance, sur des personnages ambivalents et une fin ouverte qui fera sûrement couler beaucoup d’encre. Le réalisateur rejette le manichéisme et les bons sentiments : pas de bons ni de méchants dans Stand, c’est au spectateur de prendre position. D’où le rôle clé et pourtant neutre du mystérieux Andrey, qui accepte d’aider Anton dans sa quête de vérité : pourtant, l’on se demande pendant les dix dernières minutes si ce n’est pas lui qui a mené Anton à sa perte.

Malgré quelques fragilités et longueurs –une scène de fin qui se veut peut-être trop magistrale -, Stand est d’une incroyable qualité esthétique au vu des conditions de tournage : Taieb a tourné en onze jours en Ukraine, en totale clandestinité, avec une équipe réduite de sept personnes, un tournage mouvementé entre les interventions de la police et le froid glacial. L’équipe avait préparé un faux scénario qu’elle ressortait pour la police, une histoire d’amour à l’eau de rose. Le réalisateur se rappelle que « tout le monde était très engagé, très impliqué ». Son but ultime, c’était de « ramener le film en France ».

C’est chose faite, puisque Stand a été sélectionné dans plus de 41 festivals internationaux et sera distribué dans plus de 10 pays, dont la France.

Merci à Jonathan Taieb et à son équipe pour leur accueil et leur gentillesse !

Bande-Annonce STAND VOST – Sortie le 24 Juin

Fiche technique : Stand

Date de sortie : 24 juin 2015
Réalisateur : Jonathan Taieb
Scénario : Jonathan Taieb, Constance Fischbach, Frédéric Jean-Jacques, Anthony Robin
Distribution : Renat Shuteev, Andrey Kurganov, Andrey Koshman, Ekaterina Rusnak, Veronika Merkoulovav, Yevgen Baranov, Tanya Baranova, Daniel Baranov, Natalia Baranova, Ellen Slusarchi
Traduction : Andrey Kurganov
Directeur de la photographie : Jonathan Taieb
Montage : Anthony Robin
Son : Yves Capus, Jean-Marc Cedot, Théo Grand, Remi Durel, Julie Tribout
Producteur : Jonathan Taieb Frédéric Jean-Jacques Kalin Linsberg Sami Chlagou

 

 

Vice-Versa, un film de Pete Docter : Critique

Mais que peut-il bien se passer dans nos têtes ? Quel mécanisme étrange ? Qui régit donc tout notre système de pensées ? À la manière de Il était une fois la vie – en bien plus drôle évidemment – les studios Pixar signent avec Vice-Versa une de leurs plus belles créations.

Vice-Versa, une œuvre pédagogique

Ils réinventent notre monde intérieur en le peuplant de petites créatures qui contrôleraient l’esprit via les émotions : Joie qui nous apprend à aimer la vie, Peur qui nous protège, Colère qui nous défend, Dégoût qui nous caractérise et même Tristesse qui nous soulage. Une œuvre teintée de réalisme finalement quand on sait que nos émotions dirigent bien souvent nos décisions et nos actes.

Dans Vice-Versa, on s’intéresse au cas de la petite Riley, 11 ans, en lutte avec ses parents qui veulent déménager, en lutte avec ses émotions qui la submergent. Un passage compliqué qui se situe à un des moments clef de la vie : la prépuberté. Dès lors, on comprend à quel point il est difficile de mettre de l’ordre dans nos pensées quand notre vie est bouleversée et à plus forte raison dans celles d’un enfant qui grandit. Avec des métaphores très imagées, le film nous explique ce qu’est la déprime et comment s’installe la mélancolie : les « Îles » qui s’écroulent, les souvenirs qui deviennent pénibles et nous attristent et ceux qu’on préfère oublier. Restent la Colère, le Dégoût et la Peur, qui prennent le dessus sur les autres émotions, pendant que la Joie et la Tristesse sont oubliées, rejetées. Pour retrouver un équilibre et la sérénité, il faut accepter toutes ces émotions et les laisser s’exprimer. Vice-Versa est une œuvre pédagogique intelligente et émouvante qui donnent à réfléchir aux enfants sur leur caractère et leurs comportements.

Un conte philosophique

Vice-Versa rend ses lettres de noblesse aux sentiments et aux souvenirs en les associant à des valeurs morales. Tout événement de la vie est représenté comme une expérience enrichissante et un patrimoine social et culturel qui sera classé, trié, réutilisé ou oublié. C’est une ressource, un outil qui permettra à l’enfant de se construire et de grandir, de forger sa personnalité, de juger du bien et du mal, de développer ses goûts et ses préférences (l’« Île du Hockey sur glace » ou celle des « Boys Bands »). Vice-Versa nous offre une lecture poétique de la philosophie et de la morale (« Île de l’Honnêteté », « Île de la Famille »). Comme avec Là-haut, Pete Docter touche à nos sentiments et à notre âme d’enfant avec justesse, il valorise les souvenirs, la famille et le bonheur sans pour autant en renier la Tristesse, mal nécessaire pour avancer dans la vie, se consoler et se consolider.

Vice-Versa est une introspection, un voyage intérieur au cœur de la Pensée profonde. Avec ce film d’animation, véritable documentaire animé, le jeune spectateur met du sens sur ces éléments flous qui composent la Pensée : le rêve, l’imagination, la mémoire, la conscience, le subconscient. Il découvre comment naissent les peurs mais aussi la peine et la mélancolie. Avec beaucoup d’humour et de sensibilité, on apprend que, tout comme la personnalité qui n’est pas fixe, les émotions non plus ne sont pas cloisonnées, elles ont besoin les unes des autres, elles se complètent, elles évoluent, elles changent. Comme nous. Finalement, Vice-Versa est une très jolie fable éducative et optimiste.

Synopsis : Le QG qui contrôle le cerveau de Riley, 11 ans, est dirigé par la Joie, qui veille au bonheur de la petite tandis que Peur (la voix de Pierre Niney, Un Homme Idéal) s’occupe de sa sécurité. Colère rend la justice, Dégoût fait le ménage mais Tristesse (voix de Marilou Berry, Joséphine) ne comprend pas vraiment son rôle. Très perturbée par son déménagement, Riley perd ses repères et s’embrouille dans ses émotions. Joie et Tristesse vont alors s’égarer dans les recoins les plus obscurs de la Pensée : la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves tandis que le QG sera entre les mains de Peur, Colère et Dégoût.

Vice-Versa : Bande-annonce officielle de l’animation Pixar

https://www.youtube.com/watch?v=SYLrpcNTVwE

Fiche technique : Vice-Versa

Titre original : Inside Out
Titre français : Vice-Versa
Titre québécois : Sens Dessus Dessous
Réalisateur : Pete Docter et Ronnie del Carmen
Scénario : Pete Docter et Michael Arndt
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Jonas Rivera et John Lasseter
Sociétés de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios
Pays d’origine : USA
Langue originale : Anglais
Format : couleur-Dolby Digital
Genre : animation, comédie
Durée : 94 minutes