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The Green Inferno, un film d’Eli Roth: Critique

La viande est saignante… le film un peu moins

Attendu depuis longtemps par les nostalgiques d’un certain cinéma trash underground, cet hommage qu’Eli Roth a voulu rendre aux films de cannibales (dont, tout particulièrement Cannibal Holocaust, le plus célèbre d’entre eux), a suscité une profonde polémique lorsque son distributeur français Wild Side a annoncé que le film ne sortirait pas en salles (hormis une poignée de projections en séances spéciales) mais directement en VOD, sous prétexte que le public français n’allait « plus voir de films d’horreur». C’est donc, avant même la vision du long-métrage, un profond sentiment de déception qui entoure ce Green Inferno. La vision de Knock Knock, que Roth a réalisé plus d’un an plus tard et qui, lui, s’est vu offrir une récente distribution en salles, y a ajouté une certaine appréhension, tant son film (un mélange sans saveur de Hard Candy et de Funny Games) était bien loin de ce l’on pouvait attendre du réalisateur jusqu’au-boutiste des Hostel 1 et 2. Et pourtant, la scène d’ouverture et le générique nous présentant une immense jungle sauvage, nous rappellent que ce tournage au Chili avait forcément été une expérience dans laquelle il a mis toutes ses billes et réveille alors toute notre excitation à l’idée d’un spectacle terriblement gore.

Alors que l’histoire débute, deux détails sautent aux yeux. Premièrement, l’idée de s’inscrire dans la veine du cinéma bis italien en filmant en numérique est une hérésie qui fera perdre beaucoup de l’imagerie crade de ces œuvres choquantes. Deuxièmement, le scénario souffre d’un souci récurrent dans la filmographie d’Eli Roth : Le temps qu’il met à se mettre en place avant que ne commencent les événements purement horrifiques. Une première partie sur un campus américain s’avère un peu long donc, mais nécessaire au discours en sous-texte sur l’hypocrisie de l’activisme à l’ère numérique, où le poids des images se voudrait une arme plus forte que les actes. Déjà, se met en place un humour noir et un cynisme assumé, incarnés alors par Kaycee, la colocataire désinvolte de Justine, à qui la chanteuse Sky Ferreira prête ses traits. Mais l’aventure dans la jungle péruvienne va elle aussi être irriguée de ce second degré, au point de dénaturer l’horreur des scènes de rituels anthropophages. Dès l’accident d’avion, à l’origine des événements, beaucoup de personnages secondaires sont brutalement éliminés, alors que certains (à commencer par la blondasse hypocondriaque) auraient mérités d’être victimes de sévices inhumains. Justine se retrouve donc avec cinq de ses compagnons de voyage dans une cage, incapable de lutter contre le régal que les autochtones se font de les dévorer un à un.

Plutôt que les images insurmontables de corps nus et accrochés, mutilés, à des piquets ou dévorés sauvagement qu’a pu nous offrir Cannibal Holocaust, Eli Roth préfère transformer chaque scène où les victimes sont se font dépecer en un moment jubilatoire allant s’achever par une pirouette comique. Gags scatophiles, blagues de cul, usage de la marijuana… Tant d’éléments qui ont fait le capital sympathie de Cabin Fever, première réalisation d’un trentenaire immature, mais qui n’avaient pas leur place dans ce que l’on attendait d’un Green Inferno, vendu comme un digne héritier des films de cannibales lancés en Italie par Umberto Lenzi et Ruggero Deodato. Malgré la qualité de certaines scènes où les corps sont découpés, cuisinés et dévorés de façon rituelle, le taux d’hémoglobine n’atteint pas les sommets qui pouvaient revigorer, comme beaucoup de fans l’espéraient, le cinéma gore. Les habitudes du torture-porn reviennent tout naturellement au réalisateur, avec notamment le supplice de l’excision qu’il soumet à son héroïne mais qui n’est jamais mené jusqu’à terme, ou celui des fourmis tueuses mises en scène grâce à des effets numériques assez grossiers. Hormis Lorenza Izzo, la jeune épouse d’Eli Roth a qui il offre avec courtoisie le rôle principal, le reste du casting est essentiellement composé d’autres acteurs, comme Ariel Levy ou Ignacia Allamand, qu’il a eux-aussi rencontré sur le tournage d’Aftershock ou ayant joué dans divers films de genre, dont Daryl Sabara (l’ancien Juri dans la trilogie Spy Kids de son pote Robert Rodriguez), mais aussi de beaucoup d’autochtones transformés en figurants appartenant au village cannibale. Peut-être est-ce ce rapprochement avec les habitants d’une région victime de la déforestation qui a poussé le réalisateur à abandonner son nihilisme anti-américain pour faire dévier la fin de son film vers une happy-end porteuse d’un message politiquement correct édulcoré.

Alors que l’on espérait un film d’épouvante radicalement hardcore, c’est finalement une comédie noire, peut-être trop trash pour être commercialisé mais surtout trop soft pour satisfaire les afficionados du genre, que signe Eli Roth. Le manque d’audace et l’incapacité à se prendre au sérieux dont le cinéaste fait preuve rend impossible Green Inferno à s’affirmer comme un digne héritier de ses modèles et lui empêchera très probablement de trouver son public.

Synopsis : Partie accompagner un groupe de militants de sa faculté pour lutter contre la déforestation au Pérou, la très naïve Justine n’imagine pas vers quel cauchemar elle se dirige. Une série de mésaventures va mener cette équipe de jeunes étudiants new-yorkais entre les griffes d’une tribu locale adepte de rites cannibales.

Green Inferno : Bande-annonce

Green Inferno : Fiche Technique

Réalisation : Eli Roth
Scénario : Eli Roth, Guillermo Amoedo, Nicolás López
Interprétation: Lorenza Izzo (Justine), Ariel Levy (Alejandro), Aaron Burns (Jonah), Sky Ferreira (Kaycee), Kirby Bliss Blanton (Amy), Magda Apanowicz (Samantha), Ignacia Allamand (Kara), Daryl Sabara (Lars), Nicolás Martínez (Daniel)…
Photographie : Antonio Quercia
Direction artistique : Nicholas Tong
Décors : Nicholas Tong et Armann Ortega
Costumes : Elisa Hormazabal
Son : Mauricio Molina
Montage : Camilo Campi
Musique : Manuel Riveiro
Producteurs: Christopher Woodrow, Molly Conners, Miguel Asensio Llamas, Nicolas Lopez, Eli Roth
Production: Worldview Entertainment, Sobras International Pictures, Dragonfly Entertainment
Distribution: Wild Side
Genre : Épouvante horreur, comédie
Durée : 103 mn
Date de sortie en e-Cinema: 16 octobre 2015

Etats-Unis : 2015

Entre prêtrise et pellicule, l’incroyable vie de Martin Scorsese

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Il était une fois Martin Scorsese

La destinée des grands hommes se joue parfois sur des accidents. Que serait-il ainsi arrivé si Steve Jobs s’était fait adopter par un couple ne connaissant rien à l’électronique ou si George Lucas n’avait pas eu ce dramatique accrochage ayant ruiné ses rêves de courses automobiles ? Assurément un tas de choses. L’un aurait probablement eu une vie rangée, loin du tapage médiatique inhérent au succès d’Apple, tandis que l’autre aurait sans doute arpenté le bitume pendant un temps avant d’intégrer les hautes sphères de la course auto, nous privant donc de Star Wars, premier blockbuster populaire de l’histoire. Des histoires comme ça, le tout Hollywood en compte ainsi par dizaine. De Harrison Ford en menuisier chanceux, travaillant dans la maison de George Lucas, au moment où celui-ci cherchait le casting adéquat pour Star Wars, à Brad Pitt en apprenti journaliste qui se découvrira une passion pour le jeu sur le tard, le nombre de ces rendez-vous manqués semblent dépasser l’entendement. Mais, qu’advient-il quand cette vocation s’obtient à l’issue d’un refus, ici assimilable à un accident de parcours ? Là se joue l’exceptionnelle histoire du metteur en scène Martin Scorsese, qui s’était voué à une carrière, nettement moins porté sur la consommation de drogues dure et la culture de tous les excès.

Un jeune homme déjà survolté

Issu d’une famille italo-américaine, basée dans le Queens, le jeune Marty est pour ainsi dire nourri dès son enfance aux deux courants, qui infuseront sa personnalité et plus tard sa filmographie : le cinéma et la religion. De condition physique frêle (il est asthmatique), le jeune homme ne connaitra jamais les joies et l’ivresse procuré par le sport. Une tare que sa mère, essayera pourtant de compenser en l’amenant de manière fréquente dans les salles obscures de la Grosse Pomme, ignorant alors que cet acte anodin sèmera une idée dans l’esprit encore malléable du jeune homme

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Initié à la Nouvelle Vague, à Truffaut, et à Fritz Lang, le futur réalisateur voit pourtant son exutoire dans la vie pieuse. La prêtrise plus précisément. Un objectif tout ce qu’il y a de plus normal, pour un italo-américain des années 1950, mais qui se verra stoppé net seulement un an après son entrée au séminaire, en 1957. Comportement déviant et insolent, un âge jouant contre lui (il n’avait à l’époque que 14 ans), la vie sacerdotale ardemment désirée s’écroule aussi vite qu’elle ne s’est bâtie, forçant le jeune homme qu’il est à revenir à une vie étudiante qu’il n’affectionne pas beaucoup. Et pourtant, ce refus, déjà révélateur du comportement survolté qui irriguera sa filmographie, fera office de salut pour le futur réalisateur. Jeune diplômé, Scorsese s’inscrit à l’Université de New York, sans savoir réellement ou cela va le mener. Et c’est la chance, qui le pousse à suivre des cours à la très renommée Tisch School. Aujourd’hui panthéon de l’enseignement du cinéma américain, mais déjà institution réputée à l’époque, l’endroit aura aussi un impact fort sur le natif de Little Italy. Sur ses bancs, il y comprend ainsi une chose: sa réelle vocation, comme celui-ci le dira bien des années après, c’est les films.

Un réalisateur touche à tout

Immédiatement accro à cet art sacralisant le mouvement, le jeune homme trouve ainsi très vite le chemin des plateaux de tournage ; Who’s That Knocking at My Door (1967) étant sa première expérience derrière la caméra. Tournage à Little Italy (son quartier), thèmes articulés autour de la religion et de la violence, fort attrait pour le style prôné par la Nouvelle Vague, le film est déjà un manifeste du style scorsésien, avant d’être une œuvre faisant la part belle à un jeune acteur sur le point d’exploser : Harvey Keitel.

Succès aidant, Scorsese en profite. Un déménagement plus tard, le voilà à Hollywood, La Mecque du milieu, ou il officiera pendant un temps pour le compte de la Warner Bros, comme monteur. Le hasard voudra qu’il y rencontre là-bas Roger Corman (producteur reconnu du milieu vénéré par Quentin Tarantino), qui lui confie alors les rennes de son premier film de studio, Bertha Boxcar (1972). De son propre aveu, le film, jalon mineur dans sa filmographie sera pourtant l’un des plus décisifs, puisque le natif de Little Italy sent ce besoin de revenir au pays et de retourner à un cinéma plus proche de lui. Soutenu dans sa démarche par l’illustre John Cassavetes, Marty récidive avec le non moins personnel Mean Streets (1973). Manhattan, la drogue, l’ascension sociale ; l’œuvre est une épure à peine voilée de sa propre vie. Mais le film lui permet aussi de se lier d’amitié avec son acteur principal, un certain Robert de Niro, quasiment voisin de quartier. Une aubaine pour lui, qui désormais au fait des rouages du business dans lequel il évolue, peut s’enticher de productions davantage calibrées pour le grand public, tels qu’Alice n’est plus ici (1974). Pragmatique, il sait qu’en tournant ce film, l’opportunité lui sera donné de pouvoir mettre en boite le film dont il rêve déjà depuis longtemps : Taxi Driver.

Premier film jalon de sa filmographie, Taxi Driver (1976) impose son talent. Evocation d’une Amérique post-guerre du Vietnam, et notamment d’un ex-soldat aux tendances psychotiques, le film fait grincer des dents en Amérique, mais peu importe, puisque en Europe, il gagne la Palme d’Or, entérinant un peu plus la renommée du réalisateur, et lui offrant désormais toute latitude pour choisir ses projets. La réputation gagnée, il décide d’ailleurs de revenir à l’une des premières passions de sa vie : la musique. Avec New York, New York (1977) d’abord, puis La Dernière Valse ensuite (qui est le dernier concert du groupe The Band), Scorsese diversifie son style, quitte à encaisser un sérieux coup d’arrêt par la suite, la mauvaise presse et sa forte consommation de cocaïne le rendant très faible psychologiquement.

Pour autant, sa survie aussi bien physique qu’artistique incombera à Robert de Niro. L’acteur, qui épaule Scorsese depuis Mean Streets, convainc le metteur en scène de revenir derrière la caméra pour un film sur une gloire de la boxe des années 1940, Jake LaMotta. C’est donc dans un état physique et psychologique lamentable que Scorsese s’attèle à la tâche, savant jouer avec malice de son état, puisque tournant entièrement en noir et blanc et multipliant les ralentis, sans doute pour faciliter son lent rétablissement. Et là encore, BOUM ! Succès critique unanime, Raging Bull sera le premier d’une longue série puisque suivront  La Valse des Pantins (1983), After Hours (1985) et La Couleur de l’Argent (1986). Autant de pépites calquée sur une régularité de métronome ou d’horloger suisse (c’est selon) et qui contribue à l’apparition de l’une de ses nombreuses facettes : le réalisateur engagé.

Une personnalité engagée

Celui qui expérimenta pendant un temps les prémices d’une vocation loin des paillettes et vouée à une personnalité divine, voit ainsi son rêve se réaliser, lorsque sort La Dernière Tentation du Christ (1988). Provoquant un tollé généralisé auprès des associations religieuses internationales, car dépeignant la vie de Jésus ou celui-ci se met à rêver d’une vie loin de la Crucifixion, le film s’affiche pourtant aux Oscars et l’impose comme un réalisateur de premier plan dans la profession. Un milieu qui n’aura d’ailleurs d’yeux que pour son film suivant, Les Affranchis (1990), qui symbolise pour beaucoup l’apothéose de sa mise en scène. Donnant à voir, le parcours d’une jeune frappe des années 1960, qui va grimper les échelons et devenir un impitoyable mafieux, Les Affranchis se veut comme la rencontre entre son penchant engagé et celui survolté. Mise en scène rapide, montage fiévreux, violence extrême, structure déjà rompue à la sempiternelle ascension –chute- rédemption, Les Affranchis apparaît comme le premier film de son auteur, qui compile aussi bien cette volonté de puiser dans ces racines (doit-on rappeler qu’il a vécu toute sa jeunesse à Little Italy), et celle de la virtuosité.

Puis vient le temps de l’introspection. Simple aparté dans sa carrière déjà bien fournie, Le Temps de l’Innocence (1993), drame en costume avec Daniel Day-Lewis et Winona Ryder, sera le film du questionnement. Du film émane un fumet trop éloigné des cadors jusque-là évoqués par ses précédents longs-métrages, si bien qu’on pense à une transition. Simple temps d’arrêt avant de voir le maestro remonter en selle se dit-on. Comment prévoir alors que le film suivant verrait le new-yorkais revenir à son milieu de prédilection : la démesure. Bon, pour quelqu’un ayant pris à bras le corps la vie de Jésus, rien d’insurmontable. Comme le dit le dicton, à cœur vaillant rien d’impossible. Et son Casino (1995), sur l’ascension d’un bookmaker aux commandes d’un casino dans le Las Vegas des années 1970, n’ira pas à l’encontre de ce crédo. Film fleuve de 3h, tournages de nuit, parterre de star avec Robert de Niro, Joe Pesci et Sharon Stone, le voilà encore à repousser les limites du raisonnable. Et tout ça pour délivrer une œuvre forte et violente, nimbée d’une aura hyper mélancolique, qui sera boudée outre-Atlantique. Une mélancolie qu’il retrouvera, puisque pas découragé pour un sou, ou une mauvaise presse, le voilà déjà en train de s’atteler à la finalisation du documentaire qu’il a réalisé en secret pour le compte de la British Film Institute, et consacré au cinéma américain, Un Voyage avec Martin Scorsese dans le cinéma américain. Un honneur, tant la tache semble ardue, qui s’accompagne pourtant d’une nouvelle reconnaissance du milieu, avec le Life Achievement Award, qui lui est décerné en 1997, pour l’ensemble de sa carrière. Désormais légende vivante à seulement 54 ans, Scorsese ne chôme pourtant toujours pas. Kundun (1997) centré sur la vie du 14 Dalaï-Lama, la présidence du Festival de Cannes 1998, A Tombeaux Ouverts (1999), ce frénétique de la pellicule ne semble point rassasié. Comme si il cherchait quelque chose. Une nouvelle ardeur ? Une nouvelle motivation ? Peut-être un nouvel acteur apte à endosser le meme niveau de respect et d’admiration jadis porté par Robert de Niro.

Une rencontre inespérée.

Ça sera seulement en 2002, après avoir rongé son frein devant le refus des studios de le laisser réaliser l’adaptation d’un roman de missionnaire portugais partis évangéliser le Japon du 16ème siècle, Silence, que Scorsese se remet au travail. En réalisant Gangs of New York (2002), ou il retrouve Daniel Day Lewis, Marty y croise Leonardo DiCaprio. Les médias en font leurs choux gras, la profession se plait à rêver d’une nouvelle époque de réalisation frénétique de Marty et voilà que le beau gosse vu dans Titanic devient la nouvelle muse de Scorsese. Et c’est le cas de le dire. Le talent et l’engagement de l’acteur aidant, Marty récidive à nouveau avec lui en mettant en scène Aviator (2004), consacré au milliardaire des années 1930, Howard Hughes, puis Les Infiltrés (2006), nouvelle incursion dans le milieu mafieux, ou il se fait affronter Jack Nicholson, Matt Damon et Dicaprio dans un jeu du chat et de la souris, sur fond de mafia irlandaise. L’occasion pour lui d’ajouter la statuette de l’Oscar du Meilleur Film et du meilleur réalisateur à son tableau de chasse, remis pour l’occasion par ses grands amis : Steven Spielberg, Francis Ford Coppola et George Lucas. Excusez du peu. Des amis qui le poussent ainsi à réaliser l’un de ses rêves : tourner un documentaire sur son groupe de musique préféré : les Rolling Stones. Rencontre de titans, le documentaire sobrement appelé Shine A Light (2008), provoque à bien des égards le rire. Tellement de talents et les yeux émerveillés d’un petit italo-américain devant la racaille la plus connue de Grande-Bretagne, suffiront à faire de cette incursion dans le domaine de la musique, entre ego d’artistes et difficultés logistiques, un documentaire poignant et terriblement sous tension.

Pas rassasié pour un sou, Marty continue. D’abord avec Shutter Island (2010), qui voit Leonardo DiCaprio camper d’un inspecteur des années 1950 plongé dans une enquête délicate en plein asile psychiatrique, puis avec Hugo Cabret (2011), qui marque la renaissance du cinéaste engagé qu’il est ; le film étant consacré à la figure emblématique de George Méliès, pionnier du cinéma et précurseur des effets spéciaux. Une pluie d’oscars techniques après, et voilà que le cinéaste repart déjà en quête de sa nouvelle histoire. Infatigable, forcené, les qualificatifs pleuvent pour désigner alors la montagne de volonté que ce frêle italo-américain incarne. Et le voilà donc septuagénaire, à la merci de la concurrence. Mais en autodidacte qu’il est, inutile de s’inquiéter. La preuve en sera avec son nouveau projet, Le Loup de Wall Street (2013). Conçu à des fins d’exorciser le deuil inhérent au décès de sa mère, le projet suit la vie d’un courtier en bourse véreux de Wall Street, golden-boy pourri jusque à la moelle qui défraya la chronique avec ses méthodes peu orthodoxes et ses massives prises de drogues. Vulgaire, orgastique, déchainé, cet opéra du dollar dirigé par son maestro Leonardo DiCaprio casse de nouveau la baraque et impose son auteur à un statut quelque peu étrange : celui de bankable. L’occasion pour lui de recevoir l’aval tant attendu des studios pour son projet de longue date, Silence, qu’il tournera d’ailleurs début 2015 à Taiwan avec Liam Neeson, Andrew Garfield (The Social Network) et Adam Driver (Star Wars : The Force Awakens)

Entre les deux, le metteur en scène prendra quand même le temps de s’immiscer dans le milieu galopant de la série télévisée avec BoardWalk Empire et plus récemment Vinyl, même si il ne fait plus aucun doute qu’à l’heure ou ces lignes sont écrites, la carrière de Scorsese touche bientôt à sa fin. Une carrière éminemment riche et variée que le monde du cinéma a souhaité célébrer d’abord à Paris ou la Cinémathèque Française dresse une rétrospective entière de son œuvre, et ensuite à Lyon, capitale des Gaules ou Marty se déplacera pour aller récupérer le Prix Lumière, récompensé décernée par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, dans le cadre du Festival Lumière, festivités d’une semaine ou le cinéma scorsésien sera à l’honneur, entouré par Kurosawa, Refn, Chaplin et d’autres grands noms. Un juste retour des choses.

Filmographie Martin Scorsese

Une impressionnante filmographie, dont l’éclectisme et la violence n’auront pas manqué de charmer la Rédaction CineSeries, qui soucieuse de faire connaitre encore plus le metteur en scène, effectuera au cours du prochain mois une rétrospective sur les œuvres majeures du réalisateur américain. Une rétrospective, qui se verra d’ailleurs doublée par un compte-rendu quotidien du Festival Lumière, ou Martin Scorsese verra son œuvre récompensée, dans la ville à l’origine de la création de l’art dans lequel il a excellé : Lyon !

2018: Furious Love
2017: Sinatra
2016: The Devil in the White City
2016: The Irishman
2016: Untitled Mike Tyson
2015: Silence
2014: The 50-Year Argument
2014: Untitled Bill Clinton Documentary
2016: Ashecliffe
2013: Le Loup de Wall Street 
2012: King of clip (Côté Diffusion)
2011: George Harrison: Living in the Material World
2011: Hugo Cabret
2010: Boardwalk Empire – Saison 1 Episode 1
2010: A Letter to Elia
2008: Shine a Light
2007: La Clé de la réserve (court-métrage)
2006: Les Infiltrés 
2005: No Direction Home: Bob Dylan
2004: Aviator
2003: Du Mali au Mississippi
2002: Gangs of New York
1999: A tombeau ouvert
1999: Mon voyage en Italie
1997: Kundun
1995: Casino R
1995: Eric Clapton: Nothing But the Blues: An ‘In the Spotlight Special’
1995: Un Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain
1993: Le Temps de l’innocence
1991: Les Nerfs à vif
1990: Les Affranchis
1989: New York Stories
1988: La Dernière tentation du Christ
1987: Bad (court-métrage)
1986: La Couleur de l’argent
1985: After Hours
1980: Raging Bull
1978: The Last waltz Réalisateur
1977: New York, New York
1976: Taxi Driver
1974: Alice n’est plus ici
1974: Italianamerican (moyen-métrage)
1973: Mean Streets
1972: Bertha Boxcar
1970:Street Scenes
1967: Le Grand rasage/The Big Shave (court-métrage)
1967: Who’s that Knocking at My Door
1963: What’s a Nice Girl Like You Doing in a Place Like This? (court-métrage)
1959: Vesuvius VI (court-métrage)

 

 

 

Un début prometteur, un film de Emma Luchini : Critique

Vertiges de l’amour

Qu’il est difficile, en France, de se mettre à la comédie de nos jours, tant elles sont sans réelle audace et sans réels partis pris. Aujourd’hui, rares sont celles qui sortent du lot par leurs qualités plutôt que par le nombre d’entrées qu’elles font au cinéma. On pourrait regretter les comédies d’antan, où on misait plus sur le scénario que sur le casting, certaines arrivant à mêler les deux à la fois. Mais il ne faut pas être mauvaise langue car des comédies arrivent tout de même à réussir leur pari, même si le parcours est périlleux.

Après avoir gagné le César du meilleur court-métrage pour La Femme de Rio, Emma Luchini revient à la réalisation, pour son second long-métrage, en adaptant le roman de Nicolas Rey, avec qui elle avait réalisé le court-métrage précédemment évoqué. Et, une fois n’est pas coutume dans le cinéma français, la réalisatrice nous propose une comédie sur la famille avec en guest star Manu Payet et son père, le seul et l’unique, Fabrice Luchini. Et une fois n’est pas coutume, Un début prometteur s’enlise dans une certaine facilité décrédibilisant toutes les vaines tentatives d’originalité.

Emma Luchini nous conte une (des?) histoire(s) d’amour, frôlant avec le triangle amoureux. Deux frères (Manu Payet et Zacharie Chasseriaud) une femme (Veerle Baetens) se cherchent alors qu’au second plan, un père est désarçonné par une rupture (Fabrice Luchini). La réalisatrice se perd dans des faits superflus, qui ne sont là que pour meubler, comme si l’amourette du jeune garçon de 19 ans est trop faible pour tenir 1h35. La course de lévrier ne nous révèle pas grand chose sur les personnages. Une jeune femme joueuse ? Peut-être. Faut-il en conclure que son jeu continue dans son affinité avec les deux hommes ? Emma Luchini laisse perplexe le spectateur sur les réelles intentions du film. Mais on sent tout de même une motivation, celle d’émouvoir et de montrer une certaine douceur dans un monde de brut, notamment lors du mariage. L’interprétation de Veerle Baetens de la chanson « Mes hommes » de Barbara transporte, même si beaucoup moins que l’originale. Mais sur la forme, cette scène est ratée, car elle n’émeut pas et nous laisse simplement voir une femme chanter un amour à trois hommes, cela sans aucune émotion, comme si tout est censé passer par les acteurs. Emma Luchini aurait du faire des choix esthétiques mettant mieux en valeur ses acteurs, ce qui aurait transporté les spectateurs, mais malheureusement, le résultat est fade et commun. Commun à des dizaines de déclarations d’amour que l’on a déjà pu voir au cinéma de ces dernières années.

Hasard du calendrier, le film ne peut que nous rappeler le récent Les Deux amis de Louis Garrel, avec des scènes aux schémas identiques. Lequel retenir ? Les Deux amis, et de loin, ce dernier étant porté par un casting délaissant le jeu pour se cantonner à un naturel de « vrais potes ». La direction d’acteurs d’Emma Luchini à ce quelque chose de très théâtral. Un jeu moins naturel, plus forcé, où l’on peine à trouver de réelles émotions. Ainsi, Veerle Baetens et Zacharie Chasseriaud ne sont pas toujours des plus crédibles, surtout lors de leurs différents flirts. Toutefois, faire tourner Fabrice Luchini s’avère être une valeur sûre. Cet homme à ce je-ne-sais-quoi qui passionne, ou qui désespère, mais il est impossible de lui reprocher son jeu, qui s’adapte à toutes les situations. De son côté, Manu Payet, en gros barbu avec des cheveux made in Tarzan, a changé et grandit, tout en continuant de nous faire sourire, voire rire. Radiostars lui a permis d’exploiter de nouvelles ressources et de ne plus se cantonner à cette image d’humoriste qu’il renvoyait, malgré lui. Au final, Un début prometteur se voit légèrement sauvé par une partie du casting, mais son classicisme et son manque d’ambition lui font défaut.

Synopsis : Martin, désabusé pour avoir trop aimé et trop vécu, retourne chez son père, un horticulteur romantique en fin de course. Il y retrouve Gabriel, son jeune frère de 16 ans, exalté et idéaliste, qu’il va tenter de dégoûter de l’amour, sans relâche.Mais c’est sans compter Mathilde, jeune femme flamboyante et joueuse, qui va bousculer tous leurs repères…

Bande Annonce

 Fiche technique : Un début prometteur

Pays: France
Réalisation: Emma Luchini
Scénario: Emma Luchini, Vanessa David, Nicolas Rey
Interprétation : Fabrice Luchini, Manu Payet, Veerle Baetens, Zacharie Chasseriaud, Jean-Michel Balthazar
Décors: Wouter Zoon
Costumes: Judith de Luze
Montage: Benjamin Favreul
Musique: Nicolas Tescari
Producteur(s): Albane de Jourdan, Maxime Delauney, Romain Rousseau
Production: NoLiTa Cinema, Les Productions maison, D8 Films.
Distributeur: Gaumont Distribution
Date de sortie: 30 septembre 2015
Durée: 90 minutes

Dealer, Un Film de Jean-Luc Herbulot : Critique

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Dealer a magistralement réussi à se faire une petite réputation sur le net, loin des circuits traditionnels. Une bande-annonce coup de poing promettait un Pusher à la française mais intégralement tourné dans la rue et sans soutien de production, donc trop anticonformiste pour avoir le droit à une exploitation en salle.

Synopsis : Petit dealer dans le 18e arrondissement, Dan s’était promis de ne plus marchander de la cocaïne. Mais lorsque son meilleur client lui promet une fortune en échange d’un kilo de poudre, il y voit l’opportunité de réaliser son rêve : s’envoler pour l’Australie et commencer une nouvelle vie. Ce qu’il ne sait pas c’est que commence alors une cavale ultra-violente dans les rues de la capitale.

Mais cela s’avère être un tour de force promotionnel d’autant plus impressionnant compte tenu de la qualité du film.Les plus cinéphiles s’attendront peut-être à un pur cinéma avant-gardiste qui n’a nul besoin d’un gros budget pour raconter son histoire et faire du cinéma. Ils seront déçus. Dealer veut égaler Pusher mais n’a pas les moyens à la hauteur de ses ambitions. Le réalisateur Jean-Luc Herbulot n’a pas su faire de son modeste budget une force de création. Loin d’être un cinéma novateur, Dealer n’a que le statut d’une énième série B.

Le problème est que le cinéaste amateur n’a pas une idée à lui. Dealer est un condensé de références et d’emprunts de mises en scène. À commencer par la trilogie culte de Nicolas Winding Refn. Herbulot veut se lancer dans l’ultra-violence, libre à lui, mais pourquoi faire comme son modèle s’il n’a pas les moyens pour le faire ? La scène de torture (aussi inexplicable qu’inexpliquée) se contente d’effets spéciaux et maquillages cheaps grotesques quand elle aurait pu jouer avec le hors-champ, moins ridicule et plus efficace. Il en va de même avec la resucée du cinéma de Guy Ritchie, notamment Snatch. Une voix off qui distille des dialogues du style « Mon nom : Truc. Conseille numéro 1 : Ne jamais machin». Ce procédé de mise en scène ringard embarrasse jusqu’au contenu si pauvre de ses dialogues.

On dit que le film a été tourné en quelques jours. Loin d’être le signe d’une virtuosité, c’est plutôt celui d’un sentiment de travail bâclé qui nous anime. À l’exception peut-être de Dimitri Storoge, les acteurs sont tous mauvais, même le personnage principal, pas charismatique pour un sou. Comme si le réalisateur n’avait pas voulu perdre son temps avec des répétitions qui auraient pu aider ses acteurs amateurs et donner un tant soit peu de crédibilité à son premier long métrage. Et il ne s’est pas efforcé non plus de penser sa réalisation, multipliant les clichés du genre. C’est dommage puisque bien que les ficelles du scénario soient plus que visibles, Dealer est parfaitement rythmé. Un peu plus d’une heure et une course contre la montre qui ne s’essouffle jamais. S’il faut regarder Dealer par le prisme d’un cinéma d’amateurs sans prétention, il séduira les adeptes du genre. Sinon un réalisateur plus inspiré et davantage ambitieux aurait pu donner à ce film l’aura qu’il laissait espérer lors de sa cyber-promotion.

https://www.youtube.com/watch?v=fQaDiN2yr6o&feature=youtu.be

Dealer : Fiche Technique

Titre original : Dealer
Date de sortie : En VOD, à partir du 01 octobre 2015.

Réalisateur : Jean-Luc Herbulot
Auteurs : Jean-Luc Herbulot, Samy Baaroun
Distribution : Dan Bronchinson, Elsa Madeleine, Salem Kali, Dimitri Storoge
Monteur : Jean-Luc Herbulot, Zohar Michel
Producteurs : Dan Bronchinson
Musique : Reksider

Festival de Dinard 2015 : Trois Hitchock d’Or pour Couple In A Hole

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Festival du Film Britannique de Dinard

La 26ème édition du Festival du Film Britannique de Dinard s’achève ce soir mais le palmarès a déjà été rendu. Et c’est Couple in A Hole de Tom Geens qui est le grand gagnant du festival, en remportant pas moins de trois prix. Présidé par Jean Rochefort, le Jury a récompensé ce second long métrage en soulignant « l’inventivité et l’absurdité remarquables » d’un film qui a définitivement tapé dans l’œil de tous les festivaliers puisqu’il est également reparti avec le Prix du Public Première.  Couple in A Hole suit le quotidien de deux anglais qui ont choisi de vivre dans un trou  quelque part dans une forêt française. Une décision radicale qui fait suite à l’incendie de leur maison,ayant causé la mort de leur enfant. Le film est porté par Paul Higgins (la série Utopia) et Kate Dickie, qui incarne Lysa Arryn dans la série à succès Game of Thrones. Seul un autre long métrage a été récompensé dans cette compétition : il s’agit de Departure d’Andrew Steggall, reparti avec deux mentions du Jury, une pour le film et l’autre pour ses interprètes composés de Juliet Stevenson, Alex Lawther et Phenix Brossard. Enfin, le film de clôture 45 Years d’Andrew Haigh a été honoré d’une mention « Coup de Coeur » par l’association La Règle du Jeu.

Palmarès du Festival de Dinard 2015 :

Hitchcock d’Or Ciné + : Couple in A Hole de Tom Geens (Grande-Bretagne)

Hitchcock du Meilleur Scénario Allianz : Couple in A Hole de Tom Geens (Grande-Bretagne)

Hitchcock du Prix du Public Première : Couple in A Hole de Tom Geens (Grande-Bretagne)

Hitchcock « Coup de Coeur » : 45 Years d’Andrew Haigh (Grande-Bretagne)

Mention Spéciale du Jury : Departure d’Andrew Steggal (Grande-Bretagne)

Mention Spéciale du Jury pour la qualité des interprètes :  Departure d’Andrew Steggall (Grande-Bretagne)

Hitchcock du Meilleur Court Métrage : After the End de Sam Southward (Grande-Bretagne)

 

Scream Queens : Épisodes 1,2 & 3, critique serie

La revanche des puritains : 

Il fut un temps où Ryan Murphy était connu pour ses personnages tordus révélant les contrastes de la société en évoluant dans des univers aux premiers abords factices. Des chirurgiens de Nip/Tuck aux chanteurs de Glee, le scénariste s’amusait avec les codes pour brosser dans le sens du poil une Amérique fière de son image, avant de lui mettre le nez dans ses propres contradictions. C’est avec un certain culot que le chouchou de la Fox s’amuse à disséminer des personnages homos, trans, handicapés et autres figures hors des limites du « bon goût », sur une chaîne pourtant réputée pour sa pudibonderie et son orientation très réac. Ce travail de sape mérite d’être reconnu. Dans un média aussi superficiel que la télévision, poser des questions sur la place de ces marginaux dans une société qui les écarte n’a rien d’anodin, c’est un geste fort. A présent qu’il est au sommet de sa gloire, l’auteur semble être tombé dans son propre piège, ses dernières créations sombrant malheureusement dans les travers qu’il voulait dénoncer. Après le lycée de Glee, Scream Queens s’attaque à l’université et ses jeux de pouvoirs. Entre les fraternités de gosses de riches qui font la loi et les magouilles des professeurs pour rester en place se dessine un univers du paraître qui ne tardera pas à être mis à sac par un tueur en série particulièrement vénère.

Si assembler l’univers pop et coloré de Glee avec la crasse de American Horror Story peut paraître séduisant, les premiers épisodes laissent tout de même dubitatif. De la parodie de campus movie agrémentée d’hémoglobine, la série vire très vite au grand n’importe quoi, basculant dans une fantaisie étrange à laquelle il devient difficile d’accrocher. Tout sonne faux chez les Scream Queens. Si l’on peut éventuellement tolérer une histoire de campus où les étudiants ne mettent jamais les pieds en cours, la caractérisation des personnages vire très vite à la caricature outrancière. Les Kappa Kappa Tau, sororité centrale de l’histoire, sont rapidement présentées comme les fameuses « bitches », figures incontournables du cinéma teen depuis plus de trente ans, pouffiasses jusqu’au bout des ongles et ne vivant que pour la popularité et l’humiliation d’autrui. Un cliché relativement tolérable dans un film de une heure trente, mais qui parait bien limité pour une série de quinze épisodes. Quelles sont leurs motivations ? Pourquoi cette haine de l’autre et cette envie d’en mettre plein la vue ? Aucune réponse n’est apportée, ni même promise. Les personnages masculins ne sont pas en reste, obsédés par leur libido et fièrs de leur bêtise crasse. A ce niveau, Scream Queens n’est même plus dans la parodie mais dans le degré zéro de la caricature, se contentant de grossir le trait jusqu’à faire exploser le cadre de l’écran. Comptant sur la bienveillance du spectateur qui pourrait se sentir flatté de paraître si intelligent par rapport à ce qu’il voit. A partir de là, la nouvelle création de Ryan Murphy n’apparaît finalement pas si différente d’une émission de télé-réalité poussant la fiction à son paroxysme.

Car malgré son casting alléchant, la série ne provoque jamais l’empathie. Emma Roberts continue dans son registre phare de la pétasse écervelée et Abigail Breislin fait de la figuration. Jamie Lee Curtis sauve éventuellement les meubles, révélant un véritable talent pour la comédie, mais là encore son personnage est trop grossièrement esquissé, rapidement réduit à une figure de vieIlle fille frustrée dans ses ambitions immatures. Les amateurs de comédie et d’horreur peuvent donc passer leur chemin. La dimension la plus ironique de la série se trouve toutefois dans les choix du département costumes. Plutôt que de tenter le réalisme, avec des tenues réellement portées par des étudiants, Scream Queens préfère nous présenter son fantasme d’une jeunesse bien habillée, toujours tirée à quatre épingles. Le créateur poussant son délire conformiste jusqu’au bout, en utilisant le tailleur Chanel comme uniforme parfait de l’étudiante modèle. Difficile après ça de voir autre chose qu’un étalage de futilités pudibondes que les litres de sang auront bien du mal à masquer.

Synopsis : Dirigée d’une main de fer par Chanel Oberlin, la maison Kappa Kappa Tau est la sororité la plus prisée de l’université de Wallace. Mais, alors que la doyenne Cathy Munsch, profondément anti-Kappa, déclare la guerre en ouvrant le recrutement à toutes les étudiantes, un tueur fou en costume de diable répand la terreur à travers le campus, décimant les membres de la sororité un par un…

Scream Queens : Fiche Technique

Genre : Comédie horrifique
Création : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan
Production : 20th Century Fox Television, Prospect Films, Ryan Murphy Productions
Brad Falchuk Teley-Vision
Acteurs principaux : Emma Roberts, Jamie Lee Curtis, Skyler Samuels, Keke Palmer, Abigail Breslin
Lea Michele
Musique : Mac Quayle
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : Fox
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 3 (15 prévus)
Durée : 42 minutes

 

Alexandre Desplat : Son ascension en 5 compositions

Comment Alexandre Desplat est-il devenu incontournable ?

Le compositeur français est aux génériques de fin depuis maintenant 3 décennies, mais c’est bien depuis les années 2010 que le Parisien (d’origine grecque) semble être passé dans la catégorie supérieure : celle des compositeurs majeurs. Âgé de 54 ans, Alexandre Desplat est un porte-étendard du savoir-faire cinématographique français dont l’influence ne cesse de s’étendre.

Une pluie de nominations et une étagère bien garnie

Évidemment, on retient sa double nomination et sa victoire lors de la dernière édition des Oscars (The Imitation Game, The Grand Budapest Hotel), du jamais vu, mais sa baguette, à défaut d’être magique, lui avait déjà ouvert les portes des grandes cérémonies. En 1997, il est nominé au César, 18 ans plus tard il en comptabilise 8. Sous la houlette de Jacques Audiard, il en remportera 2 (2006/2013) et s’offrira un triplet, puisqu’il avait également remporté la mise en 2011 avec The Ghost Writer de Roman Polanski.

Le troisième César d’Alexandre Desplat

Symbole de sa popularité, Alexandre Desplat est président du Jury à la Mostra de Venise en 2014. Il faut dire que le monsieur est habitué des tapis rouges : en 2005, il remporte le prix de la meilleure musique à la Berlinale pour De battre mon cœur s’est arrêté (Audiard encore !). Il est également membre du jury du 63ème Festival de Cannes, et par deux fois il participe au succès d’une Palme d’or, signant la musique d’Un Prophète (Audiard toujours) et de The Tree of life (Terrence Malick).

L’envoûtante partition de The Tree Of Life 

Des collaborations prestigieuses

De même que les chefs opérateurs, les compositeurs doivent beaucoup leur visibilité aux metteurs en scène qui les emploient. Une dépendance en trompe l’œil, puisque l’un existe rarement sans l’autre. Si Alexandre Desplat compose pour les meilleurs, c’est qu’il fait également parti des meilleurs, et le Français a su tisser ses relations de travail dans la fidélité. C’est le cas de sa collaboration avec Jacques Audiard (à 6 reprises) ou plus récemment avec Roman Polansky et Wes Anderson (à 3 reprises). Les acteurs qui passent derrière la caméra lui font également confiance puisqu’il contribue aux dernières réalisations de George Clooney et d’Angelina Jolie. 

Le pétillant accompagnement musical du dernier succès de Wes Anderson, et premier Oscar pour Alexandre Desplat

Alexandre Desplat choisi parfaitement ses projets. Beaucoup des films auxquels il participe finissent en discours de remerciements, pour l’exemple Argo (Ben Affleck) et Le discours d’un Roi (Tom Hooper) remportent la récompense suprême (Oscar du meilleur film 2010 et 2012).

Pas de Bégaiement pour Alexandre Desplat

Une incursion réussie dans le spectaculaire

En 2010, David Yates se tourne vers lui pour conclure ce qui est aujourd’hui la saga du début du XXIème siècle. Et oui, c’est Alexandre Desplat qui a dit adieu à Harry Potter, en signant les très réussies bandes originales des deux volets des Reliques de la Mort. L’année dernière, il participe également au succès de Godzilla de Gareth Edwards.
Force est de constater que le compositeur sait s’adapter. Du film d’animation (Les 5 légendes) à la chasse l’homme post 11/09/2001 (Zero Dark Thirty de Kathryne Bigelow), Alexandre Desplat s’accommode plutôt bien de ses commandes.

La meilleure composition de toute la saga ?

Des jours radieux à venir…

Sa « cote d’amour » ne ternit pas, puisqu’il se verra marcher dans les pas du légendaire John Williams avec sa participation au projet Rogue One: A Star Wars Story, le spin off de Star Wars avec Felicity Jones et Forest Whitaker.

En 2013, il déclarait lors d’une interview au Monde Cultures & Idées « On se souvient plus des films que de leur musique ». C’est probablement vrai, mais on peut affirmer cela Monsieur Desplat : Moonrise Kingdom et The Tree of Life ne sont plus sans votre musique, Jacques Audiard sonne différemment sans votre musique, et Poudlard ne s’embrase pas sans votre musique. L’anaphore est volontaire. A force de travailler avec ceux qui prennent la lumière et d’apposer votre nom sur les plus beaux films de ces dernières années, ne vous inquiétez pas de votre héritage. Vous êtes d’ores et déjà dans les mémoires.

 

Vers l’autre rive, un film de Kiyoshi Kurosawa: Critique

Le deuil guidé par les morts

Comme il parait loin le temps où Kiyoshi Kurosawa nous traumatisait en nous présentant, dans Kairo, des fantômes aux allures monstrueuses capables de pirater les ordinateurs et surtout de tuer brutalement les vivants qui les approchent! Quatorze ans plus tard, l’image que l’ancien réalisateur de films de genre (qui a surtout signé des polars et des films d’épouvante, mais aussi quelques comédies et films érotiques, avant de se faire connaitre en Europe par le thriller ultra-glauque Cure en 1999) dresse des fantômes est une image beaucoup plus adoucie. Mais il est impossible de ne pas voir une continuité entre ce parangon de l’horreur nippone et cette fable poétique car si Kurosawa a adapté le roman de Kazumi Yumoto, c’est sans doute parce que les esprits qu’elle y a décrit partagent avec les poltergeists de Kairo une profonde mélancolie. C’est en effet ce sentiment qui s’impose dans la récente filmographie du réalisateur comme un leitmotiv qui lie chacun des genres auquel il s’essaie avec succès. La façon dont Yusuke, pour faire son deuil,  a besoin d’échanger avec son mari disparu en mer depuis trois ans, semble un acte parfaitement naturel, filmé sans la moindre intention de faire du morbide et du pathos, avec une sobriété digne d’un Ozu et une poésie digne d’un Mizoguchi.

L’apparition du mari mort dans le foyer familial se fait avec une telle banalité que la juxtaposition du visible et de l’invisible semble avoir entièrement quitté le domaine du fantastique pour n’être qu’un argument romantique acté. Et ainsi va tout le film: jamais la présence de fantôme ne semble choquante, au contraire elle est toujours une source d’apaisement. La narration est pensée à la façon d’un road-trip, qui ferait quitter la ville à ses deux personnages principaux (le milieu urbain étant toujours un symbole d’oppression dans le cinéma de Kurosawa), vers une nature de plus en plus sauvage, apparaissant comme un lieu de spiritualité rappelant presque l’imaginaire de Miyazaki, jusqu’à cette mer où il est mort et où tout doit finir. Le processus de cette quête initiatique s’accompagne évidemment d’une série de rencontres avec des individus, tous touchés par le problème du deuil, et dont le récit sera toujours -plus ou moins- bouleversant. Le récit de cette femme hantée par le souvenir des mélodies de piano (un instrument déjà symbole de cohésion familiale dans Tokyo Sonata d’ailleurs) jouées par sa sœur partie trop tôt, est en cela l’un des passages au plus fort pouvoir lacrymal. Car on pleure devant Vers l’autre rive, difficile d’y échapper, la question de la vie après la mort (tant pour les morts eux-mêmes que pour leurs survivants) étant le sujet le plus universel qui soit. C’est d’ailleurs ce que démontre le film en nous offrant un panel de personnages issus de tous les milieux sociaux.

Evidemment, l’inconvénient d’un tel procédé dramaturgique est le risque de devenir mécanique. Pris en ballotage entre l’obligation de mettre en place une surenchère mélodramatique et le risque d’enchaîner des situations d’une qualité inégale, Kiyoshi Kurosawa livre un récit parfois bancal et comportant quelques passages excessifs. La retrouvaille avec le père est en cela une scène dispensable, et l’usage d’effets spéciaux grossiers pour appuyer le brouillard de la forêt va à contre-sens de l’effort de réalisme fait dans l’ensemble du long-métrage. Hormis ces quelques maladresses, Kurosawa confirme son talent pour le cadrage, tant chacune des images sont porteuses de poésie et de symbolisme. Que ce soit le face-à-face, filmé avec un superbe effet de miroir, entre Mizuki et la femme dont elle est jalouse ou les paysages bucoliques, chaque scène est visuellement travaillée, et il en est de même les dialogues puisque que Kurosawa réussit à transformer en de très touchants monologues les cours de physique (pas très glamours) que Yusuke dispense à ses élèves. Le montage très étiré, dans la pure tradition du cinéma romanesque japonaise, participe à l’aspect contemplatif du film, au risque de perdre l’attention d’un public occidental habitué au surdécoupage hollywoodien, mais s’accorde parfaitement à la finesse avec laquelle Kurosawa illustre l’épanouissement psychologique de cette veuve. Mais cette délicatesse ne serait évidemment rien sans les interprétations de ces acteurs, la très belle Eri Fukatsu et Tadanobu Asano (ce proche de Takeshi Kitano dont la double carrière des deux côtés du Pacifique nous permettra de la revoir dans le prochain Scorsese), tous deux dans une retenue et un naturel exemplaires.

L’argument fantastique sur lequel repose le film n’est en fait qu’un prétexte finement trouvé pour créer un amour impossible et interroger sur la difficulté de faire son deuil en l’absence de celui que l’on a perdu. En découle un récit empli de romantisme et de nostalgie, pas exempt de longueurs et de maladresses mais sans jamais de pathos ni de métaphysique lourdaude. Du début à la fin, le film est inondé de lyrisme grâce à une mise en scène soignée et à la description qui est faite des relations entre ses personnages, qu’ils soient vivants ou morts.

Synopsis : Dans un petit village japonais, Mizuki, veuve depuis trois ans, reçoit la visite du fantôme de son défunt mari Yusuke. Ensemble, ils vont partir à la rencontre de tous ceux qui ont été marqué par sa disparition pour adoucir leur peine et se préparer à son départ définitif.

Vers l’autre rive : Bande-annonce

Vers l’autre rive: Fiche technique 

Titre original : Kishibe no tabi  (Journey to the Shore en anglais)
Réalisation : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa, Takashi Yujita, d’après le roman de Kazumi Yumoto
Interprétation : Eri Fukatsu (Mizuki), Tadanobu Asano (Yusuke), Yû Aoi (Tomoko), Akira Emoto (Mr Hoshitani), Masao Komatsu (Mr Shimakage)…
Musique : Yoshihide Otomo, Naoko Eto
Photographie : Akiko Ashizawa
Décors : Norifumi Ataka
Montage : Tsuyoshi Imai
Sociétés de production : Office shirous, Showgate, Pony Canyon Enterprises, Hakuhodo, Comme des Cinémas, Amuse Pictures, Wowow
Sociétés de distribution : Version Originale / Condor
Récompense(s) : Prix de la mise en scène de la sélection « Un Certain Regard » 2015
Genre : Drame, fantastique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 30 septembre 2015

Japon- 2015

The X-Files, Ange et Gabrielle, The Big Short : les dernières bandes-annonces

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Retrouvez ci-dessous les dernières bandes-annonces diffusées sur internet :

Cette semaine, une vague de bandes-annonces a déferlé sur la toile. Des trailers de Films et de Séries qui mettent les français à l’honneur avec notamment l’acteur Melvil Poupaud. Cineseries-Mag les a répertoriées rien que pour vos yeux :

Tête Baissée :

Un jeune délinquant accepte un marché avec la police française : remonter la filière du proxénétisme bulgare. Pour cela, il doit infiltrer le milieu de la prostitution… Le film de Kamen Kalev avec Melvil Poupaud sortira en salles le 15 octobre 2015.

Bande-annonce de Tête Baissée

The X-Files Revival :

Les fans de Mulder et Scully vont apprécier cette bande-annonce qui nous prépare à de nouvelles aventures surnaturelles créées par Chris Carter. La sortie est prévue pour le 24 janvier 2016 sous forme de mini-série en six épisodes sur le réseau Fox.

Bande-annonce de The X-Files Revival :

https://www.youtube.com/watch?v=_1SmJUBT5q0

Ange et Gabrielle :

Voici la bande-annonce de la nouvelle comédie française de Anne Giafferi qui unit Patrick Bruel à Isabelle Carré. Lorsque Gabrielle apprend que sa fille de 17 ans est enceinte, elle demande de l’aide au père du futur papa. Mais celui-ci ne voit pas les choses du même oeil… Le film sortira dans les salles le 11 novembre 2015.

Bande-annonce de Ange et Gabrielle :

Le Grand Jeu :

Un thriller français qui met de nouveau en scène Melvil Poupaud dans la peau d’un écrivain piégé dans un complot politique. Un film de Nicolas Pariser avec André Dussollier et Clémence Poésy. Sortie prévue le 16 décembre 2015.

The Big Short : le Casse du siècle

Adapté du livre de Michael Lewis, The Big Short: Inside the Doomsday Machine, le film réalisé par Adam McKay raconte avec sarcasmes la chute de l’économie américaine et réunit en son sein Brad Pitt et Ryan Gosling. The Big Short sortira aux Etats-Unis le 11 décembre 2015.

Bande-annonce de The Big Short : 

Ronaldo :

Pour le coup, ce sont les fans de football qui vont se réjouir de ce film biographique documentaire centré sur la vie du joueur Cristiano Ronaldo et réalisé par le britannique Anthony Wonke en 2015.  Sortie prévue le 9 novembre.

Bande-annonce de Ronaldo :

https://www.youtube.com/watch?v=33gTb1v3wds

Angry Birds :

Adapté du jeu vidéo du même nom, Angry Birds nous fait découvrir plus en détail ces oiseaux heureux mais qui ne volent pas – ou presque. Parmi eux, il y a Red, qui a des problèmes de gestion de la colère et se voit mis à l’écart avec deux autres parias. Mais lorsque leur île est envahie par des mystérieux cochons verts, les trois amis tenteront de percer leur secret. La sortie du film est prévue pour le 10 août 2016.

Bande-annonce de Angry-Birds :

 

Everest, un film de Baltasar Kormákur: Critique

Genre soumis à trop peu d’itérations marquantes – tout juste se souviendra-on de Cliffhanger et du mal-aimé Vertical Limit – les films montagnards, bien que souvent vecteur de péripéties ascensionnelles désastreuses, sont pourtant tombé dans l’oubli. La faute à un criant manque de demande du public, pour qui l’héroïsme est désormais assuré par les films de super-héros, mais surtout à un manque d’Histoire prompte à susciter le stress et l’abnégation. C’était sans compter sur Everest et son réalisateur islandais Baltasar Kormakur (2 Guns, Contrebande), qui déjà rompu au genre – il a réalisé Survivre, centré sur le récit de survie d’un pécheur ayant nagé 5 h dans une eau glaciale – et qui se focalise ici sur la terrible histoire accompagnant la saison d’alpinisme 1996 du plus haut sommet du monde. A l’issue de la projection, un seul constat : Kormakur évite de manière miraculeuse les écueils suscités par un tel projet, et se focalise sur l’humain dans une œuvre forte et sèche, chassant le mélo comme une dameuse sur des congères.

Un anti film-catastrophe

Connue aujourd’hui du plus grand nombre par le livre écrit par Jon Krakauer, lui-même survivant de l’ascension, l’incroyable histoire donnée par Everest est tout sauf fictive. Des hommes face au plus haut sommet du monde, une nature inhospitalière et un Eden à la hauteur de croisière d’un 747 ; les enjeux du film sont simples. La caractérisation des personnages aussi. On retrouvera le Texan dépressif, le postier avide de sensations fortes, l’alpiniste japonaise aguerrie et deux guides aux antipodes, l’un froid et raisonné (Jason Clarke) et l’autre foufou limite défoncé (Jake Gyllenhaal). Mais cela importe peu, puisque outre de donner son nom au film, la montagne éponyme est de tous les plans. Un tant mystique, un tant majestueuse ; un tant havre de paix aux couleurs chatoyantes, un tant tombeau de glace, Kormakur parvient à sans cesse altérer l’image dégagée pour ce mont, pour finalement le muer en l’objet de fascination, qui pousse des hommes à souffrir pour le fouler. Offrant de fait une mise en scène atmosphérique, très aérienne et prompte à susciter l’aventure et le dépassement de soi (la musique étant d’ailleurs au diapason de cette envie d’évasion), Kormakur excelle dans un premier temps à dépeindre une atmosphère légère quasi guillerette. Prenant le temps d’introduire la logistique complexe rendant ces hommes aptes à atteindre le sommet, le film propose aussi, et c’est là sa plus grande force, une étonnante alternative aux divers films catastrophes, auxquels l’ambition et ses moyens l’ont longtemps attaché. Car Everest, malgré son casting dithyrambique comprenant Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Robin Wright, Josh Brolin, John Hawkes, Keira Knightley et Sam Worthington n’est pas un blockbuster hollywoodien sans âme. Pire, il n’est pas même un film catastrophe.

Une expérience immersive ultime

Annoncé comme la transposition alpine du survival Gravity – son passage à la Mostra de Venise ne pouvant qu’appuyer cette déclaration- Everest est surtout une expérience. Sensitive. Sensorielle. Physique. Les conditions et les ressentis qui baignent sur l’œuvre, autant multiples que très réussies, permettent, de concert avec la 3D, à susciter la sensation sans doute désirée par le réalisateur ; à savoir ressentir la tempête. On est dedans. On assiste impuissant à ce réveil soudain de la Nature, qui rappelle aux hommes que nous sommes, son caractère indomptable, indépendant et dévastateur. On assiste aussi la boule au ventre, à cette incroyable tragédie, qui voit des hommes et des femmes payer le fruit de leur erreur que d’avoir sous-estimé la difficulté d’une telle entreprise. Mais on assiste surtout à un réel effort du réalisateur pour perpétuer cette veine doloriste et immersive. Point de musiques tires-larmes, de pathos ou de scènes promptes à susciter le rire pour captiver l’audience, point de séquences obligées, le film prend le pari de l’épure et simplifie au maximum, pour paradoxalement maximiser ses effets. On aurait sans doute préféré voir le réalisateur asséner cette épure également sur son parterre de personnages, sans doute trop important pour le film, mais le fait est que leur temps d’écran est la plupart du temps calquée sur ce souci d’archétype, directement esquissé dans les premières minutes. Si ce détail est parfois prompt à faire naître à une certaine confusion, le résultat final reste toutefois le même : on en ressort lessivé, transi par un froid inexistant mais qui a sévi sur nos esprits, et surtout curieux de se renseigner sur ces personnes auxquelles le film rend hommage de manière discrète, loin des cadors hollywoodiens attendus.

Synopsis: Inspiré d’une désastreuse tentative d’ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l’homme ait connues. Luttant contre l’extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l’épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.

Everest / Bande-Annonce

Everest : Fiche Technique

Royaume-Uni, États-Unis, Islande – 2015
Réalisation : Baltasar Kormákur
Scénario : William Nicholson, Simon Beaufoy
Interprétation : Jason Clarke (Rob Hall), Jake Gyllenhaal (Scott Fischer), Josh Brolin (Beck Weathers), John Hawkes (Doug Hansen), Robin Wright (Peach Weathers), Emily Watson (Helen Wilton), Michael Kelly (Jon Krakauer), Keira Knightley (Jan Hall), Sam Worthington (Guy Cotter), Martin Henderson (Andy Harris), Elizabeth Debicki (Dr Caroline Mackenzie), Ingvar Eggert Sigurðsson (Anatoli Boukreev)…
Image : Salvatore Totino
Décors : Gary Freeman
Costumes : Guy Speranza
Montage : Mick Audsley
Musique : Dario Marianelli
Producteur(s) : Tim Bevan, Eric Fellner, Baltasar Kormákur, Nicky Kentish Barnes, Tyler Thompson, Brian Oliver
Production : Working Title, RVK Studios, Free State Pictures
Distributeur : Universal Pictures International France
Date de sortie : 23 septembre 2015
Durée : 2h02

Eric Neveux : un compositeur éclectique

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A l’occasion de la sortie de Boomerang de François Favrat, avec Laurent Lafitte, Mélanie Laurent et Audray Dana, adapté du roman homonyme de Tatiana De Rosnay, revenons un peu sur la carrière du compositeur st-quentinois qui, depuis sa collaboration avec François Ozon et Patrice Chéreau, a fait beaucoup de chemin. Retour sur bientôt 20 ans de carrière.

Né en 1972, Eric Neveux (à ne pas confondre avec le sociologue Erik Neveu) se passionne tout petit pour le cinéma et la musique. A 15 ans, il quitte le conservatoire, abandonnant ses cours de piano et de solfège pour devenir musicien. En parallèle, sans doute sous « l’impulsion » de ses parents, l’adolescent déménage à Lyon pour des études de commerce et sort diplômé de l’École de management de Lyon Business School en 1994. Il n’a pas perdu ses rêves de vue et se lie d’amitié avec un jeune premier qui vient de terminer la Fémis en composant la musique de son premier moyen-métrage Regarde la mer, puis le thème de son premier long-métrage Sitcom en 1998. À la même époque, Éric Neveux se passionne pour le son de Bristol (Downtempo) et devient Mr Neveux, nom sous lequel il signe son premier album électro « Tuba » pour le label anglais « Cup of Tea ».

En 1997, sa rencontre avec Patrice Chéreau, sur le film Ceux qui m’aiment prendront le train, sera déterminante. Elle marque d’abord le début d’une longue collaboration avec un réalisateur exigeant qu’il retrouvera sur Intimité en 2001, puis sur Persécution en 2009. Mr Neveux n’est jamais vraisemblablement parti puisqu’en 2002, deuxième album, Mr. Neveux Damn It! The Rock Experience. Faisant fi des étiquettes, passant de l’orchestre classique aux recherches électroacoustiques, d’un film d’auteur (Just Like a Woman et La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchared) à une comédie populaire (Les Gazelles de Mona Achache, Le Grand méchant loup de Nicolas & Bruno ou Les Kaïra de Franck Gastambide) en passant par des projets plus « intimistes » et engagés (La Vie domestique d’Isabelle Czajka, Il était une forêt de Luc Jacquet, Une mère de Christine Carrère ou 3 scènes décisives de La Tête haute d’Emmanuelle Bercot…), Éric Neveux revendique cet éclectisme dans une approche propre à chaque film, avec comme seul objectif de le servir au mieux en tant que compositeur et producteur.

Comme si cela ne suffisait pas, le compositeur aime toucher à tout et travaille régulièrement pour la télévision, sur des séries de prestige (Borgia*, La Commune, Un village français …) et pour le théâtre, où il a collaboré avec Patrice Chéreau (Rêve d’automne et I Am The Wind de Jon Fosse), Philippe Torreton (Dom Juan de Molière), Philippe Calvario (Roberto Zucco de Koltès, Électre de Sophocle…)

* Pour les inconditionnels de Borgia, voici un extrait du making of

Concernant Boomerang, parmi les 8 titres composés, « Noirmoutier » reste la plus… « entêtante ». Simplicité à la limite du champêtre avec de légères réverbérations et descrescendo. L’OST n’est pas incroyable, si ce n’est plus que le film en lui-même, car naturellement sombre et « torturée », à l’image du livre.

 

 

Asphalte, un film de Samuel Benchetrit : critique

Avec Asphalte, Samuel Benchetrit s’inspire très très librement de son recueil de nouvelles en trois parties intitulé Chroniques de l’asphalte.

Synopsis : L’immeuble d’une cité indéfinie mais néanmoins délabrée va être le témoin de trois histoires : celle d’un homme pris au piège de son avarice, celle d’un astronaute revenu trop tôt, et celle d’une nouvelle voisine au passé mystérieux.

Putain c’qu’il est blême, mon HLM

Il reprend ici le point de départ de deux de ses histoires, qu’il étoffe ou dont il change la fin, et en rajoute une troisième inédite. Tout comme J’ai toujours rêvé d’être un gangster, le film est composé de plusieurs parties, à la différence que les segments sont cette fois menés en parallèle. Si malgré l’unité de lieu les personnages ne se croiseront pas réellement, les trois récits sont réunis par une unité thématique.

Il y a, au départ de chaque segment, la solitude.

On rencontre d’abord Sterkowitz (Gustave Kervern), seul résident à ne pas vouloir payer l’entretien de l’ascenseur. N’ayant de fait pas le droit de s’en servir tant qu’il ne paie pas, il se retrouvera contraint de l’utiliser en maraude, la nuit, quand un AVC le privera provisoirement de l’usage de ses jambes et le contraindra à se déplacer en fauteuil roulant. On croise ensuite un astronaute (Michael Pitt) multipliant les exercices physiques, seul au fond de l’espace. Le dernier personnage est enfin Charly, un lycéen (Jules Benchetrit, fils de Samuel Benchetrit et de Marie Trintignant) qui habite seul avec une mère que l’on ne verra jamais, et dont la présence ne s’exprime que par de vagues mots laissés au coin de la table.

Le lieu même est isolé : introduite par un plan de destruction de façade de l’un des immeubles qui la composent, la cité semble posée au milieu de nulle part. Elle n’est pas décrite comme un lieu d’affrontement mais comme un lieu de solitude où l’on ne croise personne passé une certaine heure, où le syndic n’agit pas, et où chacun est renvoyé à sa propre peine, comme un récif sur lequel viendraient s’échouer nos héros. Le cadre de la mise en scène est serré, les images simples mais belles, le silence présent. On ressent l’ennui de l’endroit sans que le film en lui-même ne soit ennuyeux pour le spectateur.

Devenir quelqu’un d’autre pour être vraiment soi-même

Il suffit pourtant d’une part de hasard, une rupture de la routine, pour que ces solitudes en rencontrent d’autres : une infirmière mélancolique (Valeria Bruni-Tedeschi, superbe de tristesse rentrée), une dame retraitée, ou une voisine perdue dans ses cartons. Chacun de ses trois autres personnages a sa propre routine : une pause cigarette, les visites au fils prisonnier, se saouler à en perdre conscience.

Mais alors, comment, alors que chaque personnage semble pris dans les habitudes d’une vie engluée, arriver à se comprendre ? Chaque personnage a une barrière à franchir : celle de la langue, celle de la honte de soi, celle de l’expérience face à la vie.

Samuel Benchetrit est un réalisateur très référentiel, mais Asphalte trouve un joli moyen de mettre cette cinéphilie au service du film. En effet, c’est en passant par la fiction, là un hommage à Sur la route de Madison, ici une discussion sur Amour gloire et beauté, que les personnages vont se reconnecter au réel. La réalité étant trop laide, il faut la réinventer, pour mieux finir par revenir à une sincérité déchirante.

Cela ne va pas de soi. Asphalte est un film qui prend le temps de construire, intention par intention, phrases par phrases, gestes par gestes, ces relations qui donnent un sens à ces vies, et permettent de sortir du rôle dans lequel les personnages étaient enfermés pour, ne serait-ce que l’espace d’un instant, en prendre un nouveau qui leur redonne de l’espoir.

Une réussite dans l’union des contraires

Asphalte est un film qui porte la marque de son réalisateur. Très soigné visuellement, il marque surtout le spectateur par la manière dont il arrive à unir des concepts contraires : très écrit mais qui laisse une grande part au silence, porté par des performances d’acteur à la limite de la théâtralité dans un dispositif pourtant minimal et juste, ancré dans une réalité brute transcendée par la cinéphilie, concret jusque dans son imagerie de conte de fées.

Samuel Benchetrit réussit un film cohérent mais qui surprend le spectateur, un moment de vie fugace qui pourtant accompagne le spectateur après la séance. On le savait capable de faire des films beaux visuellement, Asphalte est peut-être son premier beau film tout court.

Asphalte – Bande annonce :

 Fiche technique: Asphalte

Date de sortie :07 octobre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Samuel Benchetrit
Scénario : Samuel Benchetrit
Interprétation : Gustave Kervern, Valeria Bruni Tedeschi, Tassadit Mandi, Michael Pitt , Jules Benchetrit, Isabelle Huppert
Musique : Raphaël
Photographie : Pierre Aïm
Décors : Jean Moulin
Montage : Thomas Fernandez
Production : Julien Madon, Marie Savare, Ivan Taieb, Alexander Akoka
Sociétés de production : La Caméra Deluxe, Maje Productions, Single Man Productions
Sociétés de distribution : Paradis films
Genre : Comédie dramatique
Durée : 01h40
Récompense(s) : projeté en séance spéciale lors du festival de Cannes 2015