Les Deux amis, un film de Louis Garrel : critique

L’amitié fait partie intégrante du cinéma de Louis Garrel, dont le premier court métrage, Mes Copains, célébrait sa bande de potes. En 2011, il réalisait La Règle de trois avec son complice Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. Habitué de la Croisette, Louis Garrel était donc tout naturellement présent cette année à Cannes avec son premier long métrage, Les Deux amis, sélectionné pour la Semaine de la critique.

Synopsis : Clément, figurant de cinéma, est fou amoureux de Mona, vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord. Mais Mona a un secret, qui la rend insaisissable. Quand Clément désespère d’obtenir ses faveurs, son seul et meilleur ami, Abel, vient l’aider. Ensemble, les deux amis se lancent dans la conquête de Mona.

A trois on y va

Il y réunit à nouveau le trio de La Règle de trois pour un badinage amoureux et amical, inspiré de Marivaux. Ici pourtant, plus que l’amour, c’est l’amitié, et sa rupture, entre deux hommes, loin de la franche camaraderie, qui domine. Clément admirait Abel, jusqu’à ce que son égoïsme lui devienne insupportable. Épaulé par Christophe Honoré, dont on sent la plume dans chaque dialogue, Louis Garrel réalise une comédie amoureuse, qui se veut à la fois légère et rythmée, avec comme point d’orgue, le sentiment et sa retranscription à l’écran. Dans le film de Louis Garrel, on court beaucoup, on se parle aussi, sans vraiment s’écouter, le tout dans un chassé-croisé de près de 48 heures dans les rues de Paris. Vincent Macaigne y joue (encore) un paumé envahissant et attachant, écarté de la société par son statut d’intermittent alors que Louis Garrel est (encore) un dandy blasé et charmeur. Golshifteh Farahani y est solaire et plus libre, malgré son statut de prisonnière, que les deux amis, enfermés dans une relation d’amitié qui ne fonctionne plus.

On a failli rester amis

Louis Garrel parle de sentiment, mais sans s’appesantir. C’est certainement ce qui le distingue, dans ce film du moins, de son père Philippe Garrel, pour lequel l’amour est toujours un grand drame bourgeois et théâtral. La musique de Louis Garrel est plus légère, faite de petits mensonges, de piques et d’un corps à corps très chorégraphique entre le trio filmé. Ce que Clément demande, c’est de l’affection, une attention particulière et du temps alors que Mona n’en a précisément pas à offrir, puisqu’elle doit retourner chaque soir dans sa cellule. Le secret qu’elle garde donne lieu à un quiproquo et à une scène de train assez hilarante. Abel, quand à lui, cherche à tout maîtriser et prend les choses en main, quitte à s’approprier les mérites d’une réussite. C’est un papillon, il vole de femmes en femmes comme l’insecte ailé vole de fleurs en fleurs. Louis Garrel tente de filmer l’impalpable, le sentiment et sa lenteur, sa décantation, sa naissance et son explosion. Pourtant, son film semble rapide, dès le prologue, expédié en quelques minutes, là où de nombreux films prennent beaucoup (trop) de temps à psychologiser et contextualiser leurs histoires. Le feu de l’action démarre assez vite, tout comme la fin de l’amitié d’Abel et Clément. Ainsi, cette fin est filmée comme une rupture amoureuse, dans les mots et dans les gestes. Mona déclenche cette crise du sentiment, c’est d’ailleurs toujours elle qui marche en avant quand le trio est réunit. S’il va vite, Louis Garrel s’accorde aussi des pauses à l’aide de ralentis plus ou moins bien sentis. Il montre aussi que le sentiment, l’amour comme la colère, est un combat. Ce n’est ainsi pas anodin si quand Abel et Mona accompagnent Clément sur un tournage d’u film où il fait de la figuration, c’est de mai 68 qu’il est question (thème très cher à Garrel père), avec cette phrase « ça ne fait que commencer, continuons le combat », soit cette lutte pour conquérir l’autre, faire durer un sentiment aussi fort et complexe que l’amitié. Les trios sont légions dans le cinéma, la troisième entité venant toujours relancer un couple en fin de course, tout en en brisant finalement la structure. Si le film sonne parfois faux c’est qu’il est filmé et joué comme un hors temps irréel, loin des conventions sociales, tous les personnages étant coupés de la société par leur statut : prisonnière, écrivain sans projet littéraire et acteur-figurant. Avec beaucoup de déjà-vu, baigné dans une sensibilité particulière, Louis Garrel réalise un film triangulaire, élégamment mis en scène, sans pour autant marquer durablement les esprits. Les deux (ex) amis semblent démunis à la fin, avec comme seule perspective, l’amour à venir et qu’ils vivront pour eux-mêmes, en solitaire.

Les Deux amis : bande annonce

Les Deux amis : Fiche technique

Titre original : Les Deux amis
Date de sortie : 23 septembre 2015
Nationalité : Française
Durée : 100 minutes
Réalisation : Louis Garrel
Scénario : Louis Garrel et Christophe Honoré
Interprétation : Louis Garrel, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Claire Mathon
Décors : Jean Rabasse
Montage : Joëlle Hache
Production : Olivier Père, Anne-Dominique Toussaint
Sociétés de production : Les Films des Tournelles, Arte France Cinéma
Sociétés de distribution : Ad Vitam
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Récompense(s) : Sélection Semaine de la critique Festival de Cannes 2015.

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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