Dealer, Un Film de Jean-Luc Herbulot : Critique

Dealer a magistralement réussi à se faire une petite réputation sur le net, loin des circuits traditionnels. Une bande-annonce coup de poing promettait un Pusher à la française mais intégralement tourné dans la rue et sans soutien de production, donc trop anticonformiste pour avoir le droit à une exploitation en salle.

Synopsis : Petit dealer dans le 18e arrondissement, Dan s’était promis de ne plus marchander de la cocaïne. Mais lorsque son meilleur client lui promet une fortune en échange d’un kilo de poudre, il y voit l’opportunité de réaliser son rêve : s’envoler pour l’Australie et commencer une nouvelle vie. Ce qu’il ne sait pas c’est que commence alors une cavale ultra-violente dans les rues de la capitale.

Mais cela s’avère être un tour de force promotionnel d’autant plus impressionnant compte tenu de la qualité du film.Les plus cinéphiles s’attendront peut-être à un pur cinéma avant-gardiste qui n’a nul besoin d’un gros budget pour raconter son histoire et faire du cinéma. Ils seront déçus. Dealer veut égaler Pusher mais n’a pas les moyens à la hauteur de ses ambitions. Le réalisateur Jean-Luc Herbulot n’a pas su faire de son modeste budget une force de création. Loin d’être un cinéma novateur, Dealer n’a que le statut d’une énième série B.

Le problème est que le cinéaste amateur n’a pas une idée à lui. Dealer est un condensé de références et d’emprunts de mises en scène. À commencer par la trilogie culte de Nicolas Winding Refn. Herbulot veut se lancer dans l’ultra-violence, libre à lui, mais pourquoi faire comme son modèle s’il n’a pas les moyens pour le faire ? La scène de torture (aussi inexplicable qu’inexpliquée) se contente d’effets spéciaux et maquillages cheaps grotesques quand elle aurait pu jouer avec le hors-champ, moins ridicule et plus efficace. Il en va de même avec la resucée du cinéma de Guy Ritchie, notamment Snatch. Une voix off qui distille des dialogues du style « Mon nom : Truc. Conseille numéro 1 : Ne jamais machin». Ce procédé de mise en scène ringard embarrasse jusqu’au contenu si pauvre de ses dialogues.

On dit que le film a été tourné en quelques jours. Loin d’être le signe d’une virtuosité, c’est plutôt celui d’un sentiment de travail bâclé qui nous anime. À l’exception peut-être de Dimitri Storoge, les acteurs sont tous mauvais, même le personnage principal, pas charismatique pour un sou. Comme si le réalisateur n’avait pas voulu perdre son temps avec des répétitions qui auraient pu aider ses acteurs amateurs et donner un tant soit peu de crédibilité à son premier long métrage. Et il ne s’est pas efforcé non plus de penser sa réalisation, multipliant les clichés du genre. C’est dommage puisque bien que les ficelles du scénario soient plus que visibles, Dealer est parfaitement rythmé. Un peu plus d’une heure et une course contre la montre qui ne s’essouffle jamais. S’il faut regarder Dealer par le prisme d’un cinéma d’amateurs sans prétention, il séduira les adeptes du genre. Sinon un réalisateur plus inspiré et davantage ambitieux aurait pu donner à ce film l’aura qu’il laissait espérer lors de sa cyber-promotion.

https://www.youtube.com/watch?v=fQaDiN2yr6o&feature=youtu.be

Dealer : Fiche Technique

Titre original : Dealer
Date de sortie : En VOD, à partir du 01 octobre 2015.

Réalisateur : Jean-Luc Herbulot
Auteurs : Jean-Luc Herbulot, Samy Baaroun
Distribution : Dan Bronchinson, Elsa Madeleine, Salem Kali, Dimitri Storoge
Monteur : Jean-Luc Herbulot, Zohar Michel
Producteurs : Dan Bronchinson
Musique : Reksider

Festival

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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