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L’Hermine, un film de Christian Vincent: critique

C’était notre petit cocorico à la dernière Mostra, et pourtant le nouveau film de Christian Vincent (Les Saveurs du palais, La discrète) sort dans un anonymat immérité. Auréolé du meilleur scénario et du prix d’interprétation pour un Fabrice Luchini exécrable mais amoureux; L’Hermine est une des bonne surprise française de cette fin d’année.

Synopsis: Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret.

One lovely man

Christian Vincent s’installe dans le Palais de Justice de Saint Omer (Pas de Calais) pour ne peu le quitter, et déroule une dramaturgie douce amère, dans laquelle les errances sentimentales s’entremêlent avec une affaire judiciaire morbide. Luchini (Michel Racine) endosse la cape régalienne d’un président de Cour d’Assise dont l’état grippal, et le divorce qu’il traverse, n’excusent jamais sa misanthropie ; un personnage forcément savoureux donc, et qui encore une fois témoigne du talent du comédien.

Clé de voûte et plaque tournante du récit, Michel Racine conduit le procès d’un jeune homme accusé d’avoir tué sa jeune fille à coups de rangers. Mais lorsqu’une des jurés se révèle être une ancienne désillusions amoureuses, c’est une cour discrète et hantée qui s’engage entre les deux pièces de cette douloureuse procédure pénale. Car c’est avant tout un procès que filme le réalisateur, et plus qu’un procès c’est la justice qui est mise sur un piédestal ; incarnée par ce vieux président grincheux qui rappelle constamment son titre, mais aussi par l’avocat de la défense, le procureur de la République etc…. Autant d’étiquettes qui s’animent dans un ballet très rigoureux, où la théâtralisation contraste davantage avec la réalité des enjeux, et où ce jury de néophytes détonne forcément sur cet appareil judiciaire, dans l’inconfort de leur position et l’effritement de leur intime conviction. Ce sont eux qui trancheront. Alors évidemment, on touche au classique ici, Sidney Lumet et ses 12 Angry men trotte dans notre tête, mais le refus du huis clos et la prolétarisation des jurés nous en éloignent aussi.

Tout comme Henry Fonda avait réussi à rendre les débats captivants, suffocants; l’Hermine produit des effets similaires. Notamment grâce à ce contrôle du procès, à ce protocole qui nous inonde, aux témoignages qui s’enchainent et qui se contredisent, à ces expertises crues nous rappelant la noirceur du sujet. Et toujours ce Michel Racine, vêtu de son hermine en chef d’orchestre routinier, qui suspend l’audience lorsque ses réminiscences l’emportent, mais dont l’acuité avec laquelle il porte son regard sur l’affaire, et de façon plus générale sur le rôle de la justice, est très intelligente. Dans ses dialogues avec les jurés, ou plutôt ses discours, le film nous touche de toute sa finesse; sur la nuance entre le  verdict et la vérité et la frustration qu’il en ressort, sur la place des faits vis à vis  des droits.  Des monologues  discrets et courts, dont l’écriture est à montrer dans les écoles de droit comme de cinéma.

Le film aurait d’ailleurs pu tomber dans une mélasse de démonstrations judiciaires, et de misérabilisme social déprimant. Mais Christian Vincent prend tout cela à contrepied, et sans dédramatiser pour autant, il nous emmène sur un terrain beaucoup plus doux, celui du souvenir heureux, du badinage, et de la poésie interrompue par les sms. L’actrice danoise Sidse Babett Knudsen (Borgen), révélation du film; contraste avec son adorateur, plus humaniste et empathique. Cette francophone convertie  nous amadoue immédiatement et rend la langue française délicieusement musicale, comme avait pu le faire Anna Karina par le passé. Luchini joue aussi beaucoup avec sa voix, faussement intéressée voir franchement désintéressée avec ses collègues, impérieuse et sûre dans le tribunal, mais très fébrile dès qu’il s’agit de parler avec cette docteur. Tout l’intérêt du film réside dans cette alternation de moments graves puis légers, toujours présidé par cet homme triste, mais drôle à son insu. Un clair obscur touchant et subtil, porté par deux formidables acteurs.  

L’Hermine: Bande-annonce

Fiche Technique : L’Hermine

Réalisateur: Christian Vincent
Scénario: Christian Vincent
Interprétation: Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Eva Lallier, Corinne Maserio, Sophie Marie Larrouy, Fouzia Guezoum, Simon Ferrante, Abdallah Moundy
Musique: Claire Denamur
Producteurs: Matthieu Tarot, Sidonie Dumas
Photographie: Laurent Dailland
Montage: Yves Deschamps
Sortie: 18 novembre 2015 (Mostra de Venise 6 septembre 2015)
Genre: Comédie dramatique

Crazy Amy, un film de Judd Apatow : Critique

« Pourriez-vous réaliser un film avec une femme dans le rôle principal ? »

C’est la question que pose Emmanuel Burdeau à Judd Apatow dans le livre d’entretien (avec un texte d’introduction à la vie comique) Judd Apatow, Comédie Mode d’Emploi (disponible par Capricci), page 88. « Absolument » répondait le cinéaste en 2010. En ce mois de Novembre de l’année 2015 est sorti son nouveau film, Crazy Amy (Trainwreck), qui conte justement le récit d’un personnage féminin.

Amy Schumer interprète Amy dans Crazy Amy, écrit par Amy Schumer… Et réalisé par Judd Apatow…

Amy est incarnée par une actrice tout aussi crazy voire plus, Amy Schumer. Une humoriste et même plus que ça, puisqu’elle est l’auteur, et notamment la créatrice de son propre show sur la chaîne câblée Comedy Central : Inside Amy Schumer…décidément son nom est partout. Car Amy Schumer est devenue une véritable marque, un concept fructueux basé sur un personnage génial et drôle, ancré dans notre quotidien avec des situations universelles – d’où le choix d’un film à regarder en couple –, et d’autres beaucoup plus folles et quelque peu incroyables liées à sa situation de « star ». Elle incarne d’autres ambivalences : elle peut être la jolie et gentille fille – très sexualisée tout de même – tout en étant hyper-vulgaire et « garce ». L’actrice/créatrice interprète ainsi son propre statut de « star », ou alors parodiera nombre de publicités et de films, ou encore se présentera comme Amy, l’américaine moyenne rencontrant des situations qu’on peut connaître dans notre quotidien.

Et toutes ces facettes d’Amy Schumer se retrouvent dans Crazy Amy, qu’elle a scénarisé. On a la situation de départ un peu hors du commun : une journaliste people – rédactrice au Snuff Magazine (vous avez compris l’attaque du film contre ce type d’écrits) – ayant accès facilement aux stars et gagnant très bien sa vie en écrivant des bêtises monstres telles qu’on en trouve en France dans Voici et Paris Match entre autres. Et le « love interest », Aaron – interprété par l’excellent Bill Hader avec qui elle a travaillé sur sa série (voir vidéo ci-dessous) – est un médecin du sport responsable de la réussite de bon nombre des plus grands sportifs du monde. Terre à terre, Amy est perdue sentimentalement lorsqu’elle rencontre Aaron, elle qui a été habitué à des aventures sexuelles très rapides. Elle sortait ainsi avec un bodybuildé homosexuel refoulé – interprété par le très drôle et juste John Cena – sans s’attacher à lui.

Son père est un type bien, dans le fond, mais souvent blessant et notamment raciste et homophobe, aimant provoquer. C’est aussi un homme qui aurait aimé l’unité familiale qu’il a lui-même détruite pour satisfaire de simples désirs. Il a continué à aimer la mère de ses deux filles, regrettant certainement ses actes. En même temps, s’il apprécie Aaron énormément, plus que tous les autres, son « bad side » rappliquera et il dira à Amy qu’elle est comme lui, son père, suggérant ainsi qu’elle serait volage et que son couple ne tiendra pas. Aussi la sœur d’Amy ne veut plus lui payer une maison de repos aussi chère. Elle en veut encore à son père pour avoir autant blesser leur mère et pour avoir mené cette vie délurée.

Ci-dessus, un sketch d’Inside Amy Schumer, Celebrity Interview avec Bill Hader, Comedy Central, 2015.

Les déplacements entre le quotidien et l’« upground » alimenteront tout le film…

…jusqu’à la réconciliation finale, trop cool, pop, et fun pour être réalisable dans nos vies. On aurait préféré une fin plus honnête, plus humaine, plus crédible, plus douce-amère à la manière d’un film de Nancy Meyers ou même de Judd Apatow. On peut penser à la fin en délire de comédie-musicale de 40 toujours puceau (40 years old virgin, 2005) lorsqu’après avoir consommé son mariage, Cal – interprété par Steve Carell – se met à chanter l’amour. La caméra alterne alors plans sur le lit et plans sur toute la joyeuse bande d’acteurs et d’invités du mariage dansant, chantant, s’amusant tels des enfants inconséquents. Il s’agissait réellement d’une séquence qu’on a pu / qu’on pourrait vivre entre amis / en famille.

Mais ici, la danse et le chant avec Amy n’ont pas lieu dans un contexte quotidien, ou encore cette idée d’amusement enfantin et généreux. Elle danse avec les cheerleaders des Knicks de New-York, véritable chorégraphie sportive, pour laquelle elle s’est relativement entraînée mais elle reste la star du show, mise en avant par les danseuses. Après tout, c’est sa réconciliation. Et même lorsqu’elle rate ses pas et gestes, car mal entraînée physiquement ou peu souple, elle ne le fait pas pour s’amuser, elle rate involontairement. Et c’est ça qui manque à Crazy Amy, cette force des personnages à rater, s’amuser de leur échec pour mieux mettre en avant leur caractère, leurs autres qualités et leurs réussites. A de nombreuses reprises, Judd Apatow a dit s’intéresser aux perdants, aux malchanceux de la vie… Ainsi, il leur donnait une chance d’explorer leur potentiel tout en restant eux-mêmes, des personnes gentilles, imparfaites, ne menant pas le rêve américain mais rencontrant les facettes grises de la vie américaine où rien ne semble totalement ni blanc ni noir. Chez ses héros, le blanc se révélait au-delà de leur part obscure, et même, mieux que ça, leur gris s’élevait héroïquement.

Ci-dessus la chanson favorite d’Aaron, qu’il écoute à pleine puissance notamment lorsqu’il opère

« Une chanson nulle » dira Amy, ratée, probablement détestée par son auteur poursuivra-t-elle. C’est parce qu’il ne se rend pas compte de sa qualité, répondra le personnage de Bill Hader, un personnage véritablement Apatow-ien, prêt à assumer son côté « gris », voir le paragraphe ci-dessous.

Amy est justement « trop géniale » dès le début, même en étant vulgaire et trash, elle arrive à être « sexy » et brillamment drôle. Dans ses pires moments, Amy reste drôle, fun et jolie, la « crazy weird but so cool woman » – aussi popularisée par Zooey Deschanel – qu’on aimerait tous connaître dans nos vies et qu’on tend à beaucoup trop rencontrer au cinéma et à la télévision : Rita (2012), New Girl (2011), etc. On peut citer un moment exemplaire : lorsqu’elle se prépare à tromper l’amour de sa vie avec un jeunot de seize ans, une blague survient et on sympathise avec, ou presque. Même lorsqu’elle ne respecte pas Aaron, il y a une autre raison derrière qui pourrait justifier son acte. Ainsi Amy n’est pas si crazy que ça, beaucoup moins que Cal, ou encore que les protagonistes de Freaks and Geeks (1999) et En Cloque, Mode d’Emploi (Knocked Up, 2007). Si Apatow n’a pas perdu ses talents de conteur et de réalisateur de comédie humaniste, s’il n’a pas perdu ses images formidables tournées en pellicule ou son sens du gag et de l’humour à échelle humaine – ancré dans notre réalité emplie de références, de comique assumé et passionné par ses personnages, et de gags purement cinématographiques –, il semble que beaucoup de ses réflexions en terme de personnages et d’histoires soient relativement contrées par l’actrice-scénariste-créatrice. L’irrévérencieuse et provocante Amy Schumer a finalement révélé ses limites ou plutôt explicité ses caractéristiques, ses trucs et astuces à travers le cadre trop humain pour elle de Judd Apatow.

« La comédie vient de là. Je n’ai aucune envie de voir un film sur deux personnes qui s’entendent à merveille. Ce n’est pas drôle. Je n’aime pas les comédies romantiques sur deux personnes délicieuses apprenant à se connaître. La comédie romantique m’ennuie. Je préfère voir les choses s’effondrer. Je sais qu’il existe d’autres types de femmes, j’y viendrai dans les films à venir… »

Ainsi parlait Apatow en 2010 à Emmanuel Burdeau toujours dans le même ouvrage cité précédemment. Et pourtant, Crazy Amy est plus une comédie romantique (avec son lot d’épreuves et ses étapes classiques) – certes « burnée », très drôle, excellemment réalisée avec certaines nuances et tout de même ce regard propre au réalisateur – qu’une comédie dans le sens d’Apatow finalement. On pourrait même aller jusqu’à dire que c’est La comédie romantique d’Amy Schumer imaginée, écrite, interprétée, et coproduite par Amy Schumer – ainsi, plus que multifonctionnelle, nos yeux se tournent vers les personnalités d’Orson Welles et d’Edward Norton –, qu’un film du grand Judd Apatow. En reste un bon film – à l’introduction purement parfaite – qui mériterait plus de réflexion et surtout d’informations à son égard afin de pouvoir mieux le comprendre, notamment vis-à-vis du travail du cinéaste sur celui-ci et de la place du film dans sa carrière.

Synopsis : Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste dans un magazine masculin frivole, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

Crazy Amy: Bande annonce

Crazy Amy: Fiche Technique

Titre original : Trainwreck
Date de sortie française : 18 Novembre 2015
Date de sortie U.S. : 17 Juillet 2015
Réalisateur : Judd Apatow
Scénariste : Amy Schumer
Casting : Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson, Colin Quinn, John Cena, Vanessa Bayer, Ezra Miller, Lebron James (dans son propre rôle), Mike Birbiglia…
Directeur de la photographie : Jody Lee Lipes
Chef monteur : William Kerr
Directeur artistique : Deborah Jensen
Chef décorateur : Kevin Thompson, accompagné de la décoratrice Nithya Shrinivasan
Musique : Jon Brion
Production : Judd Apatow, Barry Mendel, Joshua Church, Amy Schumer
Société de production : Apatow Productions, Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures International

 

Enfin, on vous conseille de lire l’intéressant article de l’Express sur le film et le phénomène Schumer, disponible ici.

PIFFF 2015: Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages au programme

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21 novembre 2015 : 4ème jour du Paris International Fantastic Film Festival, en compétition les films Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages

11 heures : Pour commencer cette cinquième journée, les organisateurs nous ont proposé un panel de huit courts-métrages réalisés à l’étranger, le but étant –comme pour les longs en compétition– de voter pour son préféré. Deux d’entre eux (le britannique Edmond et le canadien Day 40) étaient des animations assez trashs tandis que deux autres offraient une relecture, de Shining avec un poulet en plastique en guise de tueur dans The Chickening, et des slashers dans le cadre d’une dispute conjugale dans Night of the Slasher. Davantage que ces deux farces américaines ultra-référencées, c’est le belge L’ours Noir, et son guide de survie face à un gros nounours serial killer, qui a le plus fait rire le public. Dans un genre tout autre, Turned fut également très apprécié pour sa vision originale des zombis grâce au point d’une victime en pleine métamorphose. Résultat des courses, demain !

14 heures: Le septième film de cette compétition est l’œuvre du français Thierry Poiraud qui, dans Don’t Grow Up, réutilise la figure de l’infecté qu’il a déjà employé dans la comédie Goal of The Dead dont il a réalisé la « seconde mi-temps ». Cette fois-ci, en imaginant une île sur laquelle les adultes sont subitement atteints d’une rage meurtrière et en prenant le point de vue d’un groupe d’adolescents entre deux âges, il met au point une métaphore fantastique saisissante de la peur du passage à l’âge adulte. Dans une mise en scène, parfois proche du contemplatif, qui transcende la beauté des paysages, ce survival peut sembler manquer d’enjeux dramatiques et souffrir de personnages trop peu attachants mais il réussit néanmoins à instiguer un certain suspense grâce à des pointes d’action elles-aussi bien filmées et pose surtout les bonnes questions sur ce qu’est la maturité.

16 heures 30 : C’est cette fois au tour du panel de court-métrages français d’être soumis au public. Deux observations s’imposent aussitôt : Une tendance qu’ont beaucoup de jeunes réalisateurs français à tourner leurs courts-métrages en anglais et un ton moins comique que les étrangers. La seule comédie est en fait Juliet, qui se construit sur un faux zapping pour alerter des dérives potentielles de la robotique. Autres courts très remarqués, The Cure qui met en scène une toxicomane face à une menace fantastique, Of Men and Mice qui, sur fond de crise à Détroit, mêle un hold-up à une étrange menace bactériologique, ou bien encore l’étonnant Splintertime, une animation psychédélique au final tragique. Encore une fois, le résultat des votes se fera connaitre demain.

19 heures 30 : Pour finir la compétition, Bridgend du danois Jeppe Rønde est tiré d’un fait divers macabre, celui d’une vague de suicides inexpliqués survenus il y a moins de dix ans dans un petit village gallois. C’est donc sur les lieux de ce drame dont les conséquences se font encore ressentir dans lequel il est allé en filmé une fiction en se donnant pour consigne de ne pas donner d’explication au phénomène. Pour cela il utilise le point de vue d’une jeune adolescente, fille d’un policier nouvellement arrivé en ville. Alors que, dans la première partie au moins, certains plans filmés en forêt renvoient à la poésie du cinéma de Tarkovski et que des scènes entre ados à celui de Larry Clark (une rencontre pleine de potentialité), Rønde ne prend jamais ni la voie de la métaphysique ni celle de la transgression, préférant se concentrer sur le drame humain vécu par cette gamine qui se sent impuissante face à la névrose de ses nouveaux amis et la peur qu’a son peur de l’influence qu’ils peuvent avoir sur lui. Le résultat est un film austère et plein de longueurs mais qui, avec un peu recul, fait froid dans le dos.

L’heure est donc aux pronostics. Force est de constater que la compétition est très ouverte tant certains ont divisé le public, c’est notamment le cas de Blind Sun, Evolution et The Survivalist, qui partagent tous les trois une importance donnée aux images et au pouvoir sensoriel à l’écriture d’un scénario élaboré. S’il fallait tout de même donner un favori, ce serait sans doute  Der Nachtmahr qui semble avoir fait consensus auprès de la majorité des spectateurs.

22 heures: Véritable événement dans l’évènement, la nuit-marathon consacré à des films de japanimation a attiré de nombreux fans. Le véritable moment fort de cette nuit blanche est l’avant-première nationale du nouveau film de Mamoru Hosoda, qui nous avait offert il y a 4 ans le magnifique Les Enfants Loups, Ame & Yuki. Sa nouvelle fable Le Garçon et la Bête  sera sujet d’une critique complète sur ce site à sa sortie en salles en janvier prochain.

La nuit se poursuit avec deux œuvres qui à elles-deux synthétisent parfaitement toute la potentialité créatrice de l’animation nippone : Le très haut perché Mind Game suivi du film à sketchs Short Peace, lui-aussi très attendu par les fans puisqu’encore complètement inédit en France et qui, au final se révèle à la hauteur de la renommée des réalisateurs qui y participent (aussi dire que le nom de Katsuhiro Ôtomo permet à lui seul de place la barre très haut!).

La nuit se termine parla diffusion de  Jin-Roh, la Brigade des Loups, la superbe version du Chaperon Rouge sur fond de cyberpunk adaptée d’un manga de  Mamoru Oshii par Hiroyuki Okiura.

< Jour 3                                                                                                                                                            Jour 5 >

Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre

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Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre 2015 : une semaine riche en trailers !

Cinéséries-Mag revient sur les actualités à ne pas manquer cette semaine mais vous invite surtout à entrer dans cette vaste ronde des bandes-annonces : Insaisissables 2, Gods of Egypt, Zoolander 2, The Huntsman : Winters War, A Monster Calls, Midnight Special et tant d’autres encore dans cet article récapitulatif !

 Actualités cinéma : la bande-annonce magique d’Insaisissables 2 

Daniel Radcliffe s’est joint au casting composé de Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Dave Franco, Mark Ruffalo, Michael Caine et Morgan Freeman pour nous offrir un trailer enchanteur. La sortie cinéma d’Insaisissables 2 est prévue pour le 10 juin 2016.

 The Huntsman : Winters War : un trailer féerique !

The Huntsman (Chris Hemsworth) reviendra en avril 2016 pour affronter la Méchante Reine (Charlize Theron) et la Reine des Glaces (Emily Blunt) dans ce Préquel à Blanche Neige et le Chasseur. En attendant, découvrez ce fantastique trailer :

 Actualités cinéma : Gods of Egypt, le Péplum qui donne des ailes !

La Bande-annonce de Gods of Egypt réunit de belles figures masculines pour incarner ces dieux : Gerard Butler (La Chute de la Maison Blanche), Nikolaj Coster Waldau  aka Jaime Lanister de Game Of Thrones et Brenton Thwaites vu dans Maléfique. Le film est prévu pour février 2016.

 

 Actualités séries : le casting du western Frontier bientôt sur Netflix !

 Actualités séries : Snowpiercer en série télé ?

 

 Actualités cinéma : le trailer de A Monster Calls…

Adapté du roman éponyme de Patrick Ness et réalisé par l’ami et fidèle de Guillermo del Toro, Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, Penny Dreadful), A Monster Call nous conduit dans le monde sombre et fantasmagorique d’un jeune garçon avec  Liam Neeson, Toby Kebbell et Sigourney Weaver.

La sortie du film est prévue pour octobre 2016 mais découvrez dès à présent le premier Trailer :

 

 Zoolander 2 : la bande-annonce qui ridiculise gentiment les stars !

Le sequel de Zoolander promet un film totalement azimuté au casting décomplexé : Penelope Cruz, Benedict Cumberbatch, Will Ferrell (Légendes Vivantes), Kristen Wiig (Seul sur Mars) et même Justin Bieber ! Réalisé par Ben Stiller et co-écrit avec Justin Theroux, Zoolander 2 sortira le 16 mars 2016 en France.

 Actualités cinéma : la fabuleuse bande-annonce de Midnight Special

Avec Midnight Special, Jeff Nichols a souhaité recréer l’ambiance de E.T. et Rencontres du Troisième Type. Après une affiche très réussie, il dévoile aujourd’hui le trailer du film sur cet enfant étrange doté de pouvoirs surnaturels et pourchassé par des scientifiques et des  religieux.

 Actualités cinéma : Emma Stone dans Battle of Sexes

C’est finalement l’actrice Emma Stone qui interprétera la tenniswoman Billie Jean King et fera face à Steve Carell dans le rôle de Bobby Riggs dans la reconstitution du match légendaire de 1973. Ce match avait démontré qu’une femme était capable d’affronter un homme sur un court de tennis. Simon Beaufoy (Slumdog Millionaire) sera en charge du scénario. Battle of Sexe entrera bientôt en production et sera réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine).

 The Benefactor : le premier trailer du drame qui révèle Richard Gere !

Dans Benefactor, Richard Gere est incroyable et bouleversant en père de famille marqué par un accident de voiture. Il donne la réplique à Dakota Fanning et Theo James dans ce film de Andrew Renzi qui sortira le 15 janvier 2016.    

 La bande-annonce de la comédie How to be Single :

How to be Single se présente comme une comédie déjantée pour célibattantes. Le film sortira le 12 février 2016 et réunit Dakota Johnson (Fifty Shades of Grey) et Rebel Wilson (The Hit Girls) qui se lâchent totalement dans la bande-annonce :  

 Fifty Shades of Black : une parodie pour Cinquante Nuances de Grey !

Marlon Wayans, le créateur de Scary Movie a osé : la parodie de Fifty Shades of Grey devrait sortir en janvier 2016.  

 Actualités cinéma : le Paris International Fantastic Film Festival

Jusqu’au 22 novembre, Cinéséries-Mag vous entraîne à l’intérieur du PIFFF au Grand Rex de Paris. Vous pouvez suivre toutes les actus et la programmation ici.

PIFFF 2015: Der Nachtmahr, The Thing, The Survivalist et Deathgasm

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20 novembre 2015: Troisième jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures: Artiste plasticien reconnu, Akiz utilise pour la première fois le cinéma comme un nouveau média pour son art majoritairement porté sur l’organique. Il s’en sert ici pour incorporer une de ses œuvres dans une narration et un univers esthétique absolument remarquable. Der Nachtmahr c’est l’histoire déconcertante de Tina, une fille qui va faire la rencontre d’une créature et va développer un lien très (trop ?) étroit avec elle. Tout le film joue sur la psychologie de ce personnage principal, fille de son époque ancrée dans des soirées électro dopées à l’adrénaline, l’alcool et la drogue. C’est une représentation à la fois terrible et sensible d’une génération désenchantée et dont le seul assouvissement est de se remuer au son d’une électro démente et bruyante. On ressent le gout de l’artiste pour le pictural grâce à un montage épileptique et d’une photographie envoûtante. Sans oublier le travail sonore titanesque tant la bande originale et les bruitages sont d’un magnétisme et d’une brutalité radicale. Il s’agit, pour un premier long métrage, d’une réalisation maîtrisée et bluffante ainsi qu’une expérience hybride fascinante.    –Kevin List

16 heures 30: La troisième séance culte de ce PIFFF est sans conteste celui qui mérite le mieux le statut de « culte ». Considéré par beaucoup comme un des meilleurs films d’horreur de tous les temps, The Thing de John Carpenter fut pourtant un film tourmenté dès sa production chaotique jusqu’à son accueil frileux à sa sortie. Depuis, il est devenu une référence en terme de huis-clos horrifique grâce à un rythme soutenu et une mise en scène oppressante qui rendent communicatif le sentiment de paranoïa que ressent les personnages. De plus, la montée crescendo de la tension s’accorde à merveille avec la musique signée par Ennio Morricone. Et sans parler des effets spéciaux qui, plus de trente ans plus tard, restent impressionnants. Indiscutablement, il s’agit là d’un chef d’œuvre irréprochable qu’il fait bon revoir sur grand écran, et d’ailleurs, bonne nouvelle, une ressortie est programmée pour 2016 !

19 heures 30: Le sixième film en compétition cette année est encore une fois le premier long-métrage de son réalisateur, celui de l’irlandais Stephen Fingleton. The Survivalist est un choix surprenant de la part des sélectionneurs du Festival dans le sens où il ne comprend aucun élément fantastique mais n’en reste pas moins du cinéma de genre puisqu’il s’agit d’un film pos-apocalyptique. Mais là où le genre, conditionné par ses deux maitres-étalons que sont Mad Max et La Route, implique souvent des scènes épiques dans des décors dépourvus de verdure, la proposition qui est faite ici est celle d’un scénario intimiste filmé en pleine forêt. Même si cette petite histoire ne mène finalement à rien de concret (le réalisateur nous a ensuite expliqué que son sujet était les relations hommes/femmes dans un univers privé de toute superficialité) il faut lui reconnaître d’être bien filmée et de profiter d’un excellent traitement sonore, ce qui explique que Fingleton se soit déjà fait mettre le grappin dessus par Hollywood.

22 heures: Un autre moment-clef du PIFFF est sa séance interdite, qui nous permet de découvrir chaque année un film trop peu mainstream pour espérer une distribution en salles. Cette année, les organisateurs se sont assurés d’attirer un public bien ciblé, celui des métalleux qui ont rempli la salle dans la bonne humeur qu’on leur connait. Venu tout droit de Nouvelle-Zélande, où il a été financé grâce à un jeu-concours, Deathgasm se revendique en effet comme le premier film moulé dans l’esprit hardcore propre à la musique métal, dont il reprend allégrement et sans complaisance tous les clichés. Mais, plus qu’un hommage à ce son qui envoie du lourd, cet OFNI est également une comédie dans la droite lignée des premières réalisations de Peter Jackson (un clin d’œil à Bad Taste y est d’ailleurs glissé), ce qui implique des flots de sang et un humour noir qui ne s’interdit rien. Malgré son écriture scénaristique qui se révèle assez classique, Deathgasm s’impose comme une excellente surprise qui fera autant hurler de rire les plus chevelus des rockeurs qu’il réjouira les amateurs d’extravagances violemment trashs.

< Jour 2                                                                                                                            Jour 4 >

 

 

      

PIFFF 2015: Some Kind of Hate, Evolution, Incidents de parcours et The Virgin Psychics au programme

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19 novembre 2015: Deuxième jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures : Premier film de la journée, Some kind of hate est une autre production indépendante américaine et une première réalisation de la part d’Adam Egypt Mortimer. En voulant s’essayer au sous-genre ultra-balisé du slasher, ce jeune metteur en scène fait le choix audacieux de prendre pour support narratif un sujet malheureusement bien réaliste, le harcèlement scolaire. Alors que l’horreur de cette thématique réussit, dans la première demi-heure, à se suffire à elle-même, l’intervention de la dimension surnaturelle du film, à travers un boogeyman véritablement effrayant (interprété par une ancienne starlette estampillée Diney Channel !) sera le déclencheur d’une explosion de violence sanglante qui trouvera son paroxysme dans un final cauchemardesque. Une violence que le volume poussé jusqu’au bord de la saturation du son a rendu d’autant plus palpable et sensorielle. Sans doute le film le plus radical de la compétition.

16 heures 30: La séance culte de ce deuxième jour du PIFFF 2015 est une œuvre, encore une fois mésestimée, de George A. Roméro. Alors qu’il venait d’achever la trilogie des mort-vivants à laquelle son nom sera à jamais associé, Incidents de Parcours est son premier film de studio, une expérience qui, comme souvent pour une réalisateur ayant fait leurs gammes dans le ciné indé, sera compliquée, au point que ce titre français semble mieux approprié que jamais. C’est sans doute sous la pression de producteurs aux velléités uniquement commerciales que sa mise en scène s’est édulcorée au point que le film semble impersonnel. Heureusement, alors que le scénario aurait pu être propice à une fable enfantine pétrie de bon-sentiments, l’amoralité que le réalisateur met dans cette réflexion sur la part d’animalité qui repose en l’Homme (une thématique déjà perceptible dans sa conception des zombis) lui apporte une part de subversion assez mesquine.

19 heures 30 : C’est encore une fois devant une salle pleine à craquer que les animateurs du Festival présentèrent la séance de ce soir. Evolution est le second long-métrage de Lucile Hadzihalilovic, une réalisatrice française peu connue du grand public mais que les amateurs et les habitués du PIFFF connaissent bien puisque, en plus d’être la femme de Gaspar Noé, elle était membre du jury lors de la première édition.  Ce film dérangeant tourné dans les îles Canaries débute à la manière d’une œuvre contemplative profitant de magnifiques plans sous-marins mais tourne au huis-clos cauchemardesque dans une clinique terriblement glauque. Mais, là encore, c’est le rapport entre humain et animal qui est au centre du récit puisque le mystère que devra résoudre un jeune garçon n’est rien de moins que l’origine du lien qui l’unit à certains animaux maritimes qui l’entourent. Un film véritablement perturbant sur le fond comme sur la forme dont la réalisatrice nous a expliqué que sa gestation date d’il y a plus de dix ans.

22 heures: Parce que le PIFFF ne serait pas complet sans sa part de cinéma japonais et que les sélectionneurs du Festival apprécient tout particulièrement le fétichisme détraquée dont les nippons sont spécialistes, c’est cette année un film de Sono Sion qui a rempli la tâche. Le plus prolifique des réalisateurs japonais (au point que même ses fans reconnaissent que certains de ses films sont bâclés !) signe avec The Virgin Psychics l’adaptation d’un manga complètement allumé. Et pourtant, dans cette comédie érotique autour d’un jeune homme qui acquiert des pouvoirs en se masturbant et devra canaliser ses érections face à des armadas de nymphettes en petites tenues, une pointe de romantisme semble, par instants pointer le bout de son nez. Toutefois, les outrances vulgaires reprendront toujours le dessus, au point de rendre crédibles les rumeurs comme quoi Sion désire en revenir au porno dans lequel il avait autrefois fait ses débuts.

< Jour 1                                                                                                                                                              Jour 3 >

Hunger Games, La Révolte partie 2, un film de Francis Lawrence: Critique

Fort d’une troisième partie qui s’affranchissait finalement du divertissement faussement exaltant proposé jusque alors, et qui donnait enfin à voir le cœur de son sujet politico-tyrannique, autant dire que Hunger Games : La Révolte Partie 2 était attendu. Autant pour la conclusion qu’il mettrait un point d’honneur à apporter que pour cette révolte qui gronde et qui n’attendait que d’éclater depuis le premier métrage en 2012, le film disposait ainsi d’un certain potentiel dont il se devait d’user pour enfin donner à voir cette révolte promise par le titre. Une seule question demeurait pourtant et non des moindres : celle du ton employé !

Synopsis: Alors que Panem est ravagé par une guerre désormais totale, Katniss et le Président Snow vont s’affronter pour la dernière fois. Katniss et ses plus proches amis – Gale, Finnick, et Peeta – sont envoyés en mission pour le District 13 : ils vont risquer leur vie pour tenter d’assassiner le Président Snow, qui s’est juré de détruire la jeune femme. Les pièges mortels, les ennemis et les choix déchirants qui attendent Katniss seront des épreuves bien pires que tout ce qu’elle a déjà pu affronter dans l’arène…

Poursuivra-t-il sur la lancée esquissée par le dernier qui prenait à bras le corps les composantes de son sujet, entre guerre de perception et d’influence, propagande et rébellion, ou suivra-t-il la veine de ces nombreux divertissements faisant fi du contexte dans lequel ils s’insèrent pour finalement relâcher les gaz et donner à voir une conclusion en forme de chevauchée des Walkyries sous acide où la bienséance ne trouve plus sa place ?

Une conclusion à la tonalité confuse

Un choix ayant visiblement infusé la vision du metteur en scène Francis Lawrence qui, non soucieux de faillir à son statut d’homme à tout faire du studio, embrasse les deux tableaux à la fois, quitte à faire perdre à son film un élément non négligeable : son feu sacré. Conséquence directe de la division du roman final en deux films, cet épisode de la saga paie ainsi par son absence flagrante de faits à apposer sur ses images.

Fort d’un sous-texte politique déjà éludé dans le précédent long-métrage, le film ne pouvait et même ne devait qu’alors embrasser cette veine rebelle et héroïque qu’on était en droit d’attendre. Malheureusement pour nous, cette rébellion, sans doute pour épouser l’étonnante sobriété qui habite l’ensemble, se paie le luxe de ne figurer qu’en filigrane de l’œuvre. Un comble quand le film en vient à désigner cet événement comme le faire valoir du métrage qui aurait de fait gagné à améliorer son titre ou son ambition, c’est selon. Mais outre ce choix curieux mais pas forcément répréhensible, c’est vers le scénario même que les principaux reproches peuvent se tourner. Si l’on sait gré à ce dernier d’inclure en son sein toutes les thématiques qu’un sujet de la trempe d’HG dispose, à savoir gestion de l’après dictature, jeux de pouvoirs et d’influence, sans pour autant prendre le pas sur le reste, on ne peut qu’être consterné de voir le scénario préférer étayer la romance entre Peeta (campé par un Josh Hutcherson lobotomisé), et Katniss (jouée par une Jennifer Lawrence curieusement bien en deçà de ses dernières interprétations du Geai Moqueur) que donner à voir l’intrigue de ce volet qu’on attendait bien plus frondeuse et héroïque.

Un scénario au diapason de ce désordre

Pour autant, le script n’est pas forcément le seul fautif dans l’histoire. S’il demeure cohérent et se couple parfaitement aux oripeaux techniques déployés par le film (que dire de la photographie et de la musique impeccable, ou des références disséminées çà et là), reste que le trop-plein de personnages, privé d’une ossature solide et viable qui fragilise l’ensemble. Jusqu’alors vecteur de l’étonnante réussite de l’ensemble de la saga, le casting semble ici plat, quitte à s’effondrer comme un château de cartes, l’intrigue ne leur permettant plus une ossature digne de ce nom. Et au jeu des interprétations ratées, personne ne semble ainsi épargné entre une Julianne Moore surjouant les traits de la présidente Coin, un Philip Seymour Hoffman en retrait, un Woody Harrelson reconverti en side-kick du personnage de Katniss ou encore une Elizabeth Banks, dont la prestation n’a jamais été aussi immonde que ses tenues. Conséquence malheureuse de la division en deux films du roman conçu pour clore les pérégrinations du Geai Moqueur, cette deuxième partie n’aura servi en réalité qu’à alimenter la cash-machine hollywoodienne pour un résultat relativement décevant puisque obligeant à voir un récit non dénué de qualités accuser le coup d’une division ayant amoindri ses enjeux et par extension sa surprise.

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Bande-annonce

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Fiche Technique

Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Interprétation: Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Josh Hutcherson (Peeta Mellark), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Elizabeth Banks (Effie Trinket), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Julianne Moore (Présidente Alma Coin), Donald Sutherland (Président Coriolanus Snow)…
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Budget : 125 millions $
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Durée : 137 minutes
Date de sortie : 18 novembre 2015

Etats-Unis – 2015

PIFFF 2015: Curtain, Blind Sun et Darkman au programme

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PIFFF 2015: Premier jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures 30: Dans la petite salle du Grand Rex, le jury se réunit pour la première fois pour découvrir le premier des huit films en compétition, Curtain, une petite série Z autofinancée par l’américain Jaron Henrie-McCrea, preuve que le cinéma indépendant reste le meilleur terreau du fantastique. Alors que les deux présentateurs du Festival nous l’avaient présenté une « comédie urbaine et cradingue », c’est en fait à un film relativement sage et aseptisé (et dont les plans en extérieur sont essentiellement en forêt !) que nous avons eu affaire. Un manque de jusqu’au-boutisme assez décevant donc, mais que le pitch complètement capilotracté et l’écriture approfondie des personnages nous permettent d’oublier pour entrer de plein pied dans cette élucubration dont chaque rebondissement se révèle une idée surprenante de la part de son auteur. A défaut de pousser assez loin les aspects fun et gore qu’aurait pu entrainer son scénario, la meilleure réussite est de rendre palpable le calvaire psychologique de son héroïne (interprétée par une excellente actrice que l’on peut espérer revoir) et la panique dont laquelle la plonge cette aventure rocambolesque.

16 heures 30 : Le deuxième film de cette journée est l’occasion d’une des fameuses « Séances cultes » qui contribuent au succès du PIFFF. La première de cette édition 2015 est Darkman, un film mésestimé de Sam Raimi mais néanmoins important dans sa filmographie, dans le sens où il s’agit à la fois de son premier film de studio après les deux premiers Evil Dead ou encore Mort sur le grill, et de son premier film de super-héros, laissant présager le futur Spider-man. Personnage original et non pas adapté d’un quelconque comic-book, Darkman (interprété par Liam Neeson, à l’époque encore estimable, bien avant qu’il ne s’égare dans de piètres films d’action) s’apparente, de par sa figure de vengeur défiguré, à celui de Phantom of the paradise, tandis que le film en lui-même est dans le même esprit que le Batman de Batman sorti un an plus tôt et avec qui il partageait le même compositeur Danny Elfman. Mais Darkman se caractérise aussi par l’usage que fait Raimi d’effets spéciaux du même acabit que ceux de ses précédents, ce qui dans le cas dans d’Evil Dead donnait une touche d’artificialité amusante, mais qui ici aboutit à un visuel kitsch qui a participé à la mauvaise réputation du film.

16 heures 30:  Pour la première partie soirée, horaire qui attire le plus de spectateurs, et en présence de tout le gratin du cinéma fantastique français, les animateurs du PIFFF nous présentèrent le second film en compétition de cette année : Blind Sun, le premier long-métrage de Joyce A. Nashawati. Après quelques courts primés dans divers festivals, dont La Morsure découvert à Gerardmer, la réalisatrice grecque y délivre une œuvre singulière où se croisent Wake In Fright et Le Locataire, offrant un film d’horreur solaire qui n’hésite pas à invoquer les œuvres de Ballard ou bien encore le film Mirages de Tahlal Selhami pour livrer une sorte d’instantané socio-politique de son pays, et plus largement de tout le bassin méditerranéen. Malgré un scénario difficilement abordable aux multiples éléments peu exploités, on se laissera littéralement envouter par la photographie flamboyante qui appuie la solitude du personnage principal (l’israélien Ziad Bakri), encore plus isolé de par son statut d’immigré, et nous donne soif…d’en voir plus.

19 heures 45:   Pour clore la soirée, Le Complexe de Frankenstein est un documentaire réalisé par le duo français Gilles Penso et Alexandre Poncet  qui avaient signé, il y a quatre ans, un excellent portrait du génie Ray Harryhausen. Autant dire que leur nouveau film était attendu au PIFFF serait un doux euphémisme. Et qu’on se le dise, ce voyage dans l’histoire du maquillage FX et des animatronics est un enchantement pur. Interviews des grands noms des effets spéciaux pratiques et de réalisateurs connus et passionnants, tel que Guillermo Del Toro ou Christophe Gans, démonstrations de certaines techniques ainsi que véritable galerie hallucinée et hallucinante de monstres et autres bizarreries magnifiques; tout y est pour offrir un passionnant récit sur un art mais aussi plus généralement notre médium favori: le cinéma.

A noter que ces deux séances furent suivies par des questions-réponses entre le public et les réalisateurs des films qui revinrent sur la genèse et les difficultés de confection de leur film respectifs.

 

< soirée d’ouverture                                                                                                                                 Jour 2>

Edito : le cinéma comme réponse au 13 novembre 2015

Relever-la tête, croiser des visages, partager des solitudes : le cinéma comme réponse au 13 novembre 2015

Prendre la plume pour réagir à l’actualité brutale (ici celle du 13 novembre dernier) aura été mon credo comme journaliste. L’objectif était d’informer, de tenir à distance les événements, de les donner à comprendre, à analyser. L’objectivité, l’efficacité et la rapidité ont été mes maîtres mots pendant plus de deux ans. Lassée par d’impitoyables entretiens d’embauche (dont la perspective ne dépassait jamais le simple stage), j’ai délaissé ce métier pourtant si beau à mes yeux pour me tourner vers l’éducation. Là aussi il faut informer, prendre du recul, trier, donner à comprendre. Mais d’une autre manière certainement, avec un public parfois « piégé » dans des murs qu’il n’a pas toujours choisi de fréquenter. Avec le cinéma, j’ai découvert très vite une autre écriture, critique (mais pas forcément négative), qui se rangeait aussi du côté de l’objectivité. Pourtant, j’ai vite délaissé, là encore, cette forme objective pour lui préférer l’émotion. Ma sensibilité si souvent décriée me servait enfin à rendre hommage à des films qui avaient réussi à me toucher, à me transporter. Mes « dieux » à moi sont nombreux, ils s’appellent Almodovar, Scorsese, Sciamma, Blier, Farhadi, Panahi, Wenders, Anderson, Honoré, Dolan, Maïwenn, Kore-Eda, Miyazaki, Kurosawa, Brizé, Truffaut, Hitchcock, Corsini, Erguven, Audiard, Lanthimos, Eastwood, Tarantino, Gianolli, Bonnell, Satrapi, Haneke, Allen, Hansen-Love, Fox, Kubrick, Jeunet, Fillière, Jaoui, Gray, Jacoulot, Dupontel, Mouret, Lvosky, Bonello, Kechiche, Sautet, Garrel, Nicloux, Kusturica, Kar-Wai, Lynch, Yimou, Lubitsch, Carax, Resnais, Nichols, Murnau, Kolirin, Coen, Begnini, Jarmusch, Constanzo, Campion, Godard, Zhangke, Moretti, Welles, Ghobadi, Al-Mansour, Petzold, Visconti, Malick, ect…. Leur point commun ? Être de tous les coins du monde (ou presque) et réaliser des films avec les tripes. Ces « dieux »-là ne me forcent à aucune discipline (à part celle de les découvrir au fur et à mesure des films qu’ils portent à mon regard), à aucun rejet (puisque leur crédo c’est la diversité). En fait, ce ne sont pas des « dieux », ce sont des humains qui parlent à d’autres humains. Ils me proposent de « partager des solitudes », de sortir dans la rue pour aller au cinéma, de croiser des visages, de les voir rire ou pleurer. J’ai goûté à l’attente fébrile un soir d’avant-première, où chacun guette le visage de la star annoncée, mais aussi celle plus banale de ceux qui arrivent toujours en avance avant une séance. Avant d’accéder aux images des films pour lesquels nous nous déplaçons, d’autres images nous sont offertes, promotionnelles, consommables, joyeuses, friandes, gourmandes. Des images qui disent « revenez-vite ». On les oublie souvent au détour de la première image d’un film, celle qui sait ou non nous embarquer pour quelques heures.

Des films pour découvrir, comprendre l’autre

Aujourd’hui je reprends donc cette plume, en tant que rédactrice sur cinéséries et pour la première fois j’utilise la première personne du singulier, je m’identifie. Non pas par égocentrisme, mais parce que j’ai bien souvent vu les résistances s’écrire au cinéma, dans les livres, dans la vie aussi, pour avoir envie de le faire également, à mon échelle, sur mon clavier. Une actrice iranienne invitée cette année à Cannes a dit en peu de mots ce que je pensais : « en Iran, les femmes vivent dans des prisons, mais ce sont les femmes les plus libres que j’ai connu ». Prisonnières, mais libres ? Pourtant, brimées, détruites, assassinées et sans droit à la parole. Mais ce sont dans ces espaces confinés, on le sait, que nos forces se déploient le plus. L’Iran je l’ai découvert au cinéma, avec cette même actrice. Ce n’est pas le seul pays que j’y ai connu. Bien sûr, je n’oublie jamais de vivre et de rencontrer, car c’est encore important d’aller au dehors, d’observer et de ressentir vraiment. Mais ma résistance s’est souvent écrite au cinéma, où j’ai découvert qu’on pouvait aimer sans barrière, qu’on pouvait tuer sans raison aussi. Toute une palette d’émotions m’a été ouverte. Les films m’ont appris à mieux accepter la parole de l’autre, à l’entendre, à l’interroger. Parfois, ils m’ont montré que l’incompréhensible n’avait pas forcément de réponse. Parfois, les réponses m’ont déçue, révoltée ou apaisée. Je suis toujours sortie des bons films avec une opinion différente de celle que j’avais en entrant, ou du moins différente car l’indifférence me glace.

Une fragile bulle de bonheur…

C’est donc étrange la manière dont me sont arrivées les images du 13 novembre 2015. Des images que j’étais si habituée à voir dans des zones dites en « guerre » (comme nous le sommes désormais semble-t-il), et dans les films donc, ceux qui montrent une réalité, la fantasment ou l’exorcisent. Étrangeté d’images brutales qui ne m’ont pas parues étonnantes, mais surtout qui se sont d’abord détachées de moi. J’ai vu la colère, la tristesse et la peur. J’ai partagé tous ces sentiments. D’autant plus que des noms connus se sont ajoutés à ceux des inconnus tombés sous les balles. J’ai pleuré comme je l’avais si souvent fait au cinéma. J’ai pensé à ces mères en larmes, comme celle qu’a filmée Almodovar, sous la pluie et un parapluie multicolore, dans Tout sur ma mère. J’ai pensé à cette jeunesse sacrifiée que j’avais vu si souvent rire, déconner, s’ennuyer, se libérer, se révolter. J’ai vu les élans de solidarité, mais aussi ceux qui voulaient se distinguer en refusant l’émotion et en choisissant une raison personnelle, une opposition franche. Je me suis souvenue en voyant ces gens résister en allant boire un verre, à ceux que j’avais vu continuer à vivre dans une «bulle » fragile mais vitale en Israël**. Un film, encore.

La haine ?

J’ai voulu fermer ma porte, rester chez moi, prendre dans mes bras tous ceux que j’aime, croire que le monde allait périr. J’ai surtout eu envie de penser à tous ceux que j’avais vu se rapprocher malgré leurs différences. J’ai rejeté ce cinéma si idéaliste qui me disait que c’était possible. Et je me suis souvenue de ce père qu’on découvrira bientôt au cinéma et qui cherche sans répit sa fille partie rejoindre le Djihad***. Lui qui vivait enfermé dans sa petite communauté cowboy, quelque chose de violent s’abat sur son rêve. Pourtant, le film n’oublie pas l’espoir. Peu de films l’ont complètement rejeté d’ailleurs, même les plus apocalyptiques. Certains ont cru bon d’alerter, d’envoyer des électrochocs. On se souviendra longtemps de la métaphore de La Haine sur une société qui tombe, qui tombe et qui répète « jusqu’ici tout va bien ». Jusqu’à ce soir du 13 novembre 2015, où la chute, la seule qui compte, intervient. Comment ? Pourquoi ? La haine doit-elle trouver la haine en retour ? Parmi toutes les œuvres visionnées, j’aurai presque peur de chercher une réponse tant elle est diffuse, multiple. La mienne sera de choisir de retourner dans les salles, de pester quand on retire un film comme Made in France des cinémas. Certes, l’affiche, le sujet portent à confusion en ces temps « difficiles ». Mais une telle œuvre éclaire aussi, donne un nouveau faisceau à nos attentes. Ce n’est peut-être pas ce qu’on y cherche, certes.

« J’ai rêvé de planètes où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*

Le cinéma est aussi une féerie, un divertissement, une fraternité, un monde « où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*. Rapporté à l’échelle du rêve, le cinéma nous donne souvent le choix. On y voit notre passé, notre futur, notre présent, l’imaginaire. On détourne souvent les yeux, on s’indigne… Mais on s’émerveille aussi. C’est cette capacité-là que j’interroge souvent au cinéma : l’émerveillement. Celle aussi de ressentir autrement. Et je formule mes utopies, celles où l’on prend son temps, où l’autre est à explorer. L’autre qui nous ressemble et nous fait peur en même temps. Celui qui en à peine quelques jours peut devenir essentiel à nos vie. Il aura fallu une soirée à moins de dix hommes pour dévaster tout un pays, des intimités aussi. Et cette nuit-là, peinant à m’endormir, j’ai formulé un rêve à double tranchant, celui qu’un petit garçon fasse revenir tous ceux qui étaient partis si vite…. Les Revenants m’ont envahie toute entière et je me suis demandée quelle apparence j’aurai voulu leur offrir.

« Ceux qui restent »

Ce sont de nouvelles étoiles qui nous guident aujourd’hui, pour lesquelles on est à genoux quelques heures, peut-être toute une vie, mais pour lesquelles nous choisissons aussi de nous relever, « c’est ce qu’il/elle aurait voulu » se persuade-t-on. On voudrait pouvoir choisir sa mort, un peu comme dans Arizona dream, ce rêve-là avait des allures de réincarnation en tortue, de bain de vodka glacée, de scènes mythiques d’Hitchcock et de simplicité aussi. Pourtant, la mort nous surprend toujours, on a peine à décider quand c’est le bon moment, car il n’existe pas. La plus grande menace, c’est celle-là : qu’elle surgisse. C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire, pour me souvenir que j’étais en vie, qu’on a écrit des livres sur les 1001 films à voir avant de mourir. Je n’aurai certainement pas le temps de tous les voir, car je repousserai toujours l’échéance, préférant me dire « je serai encore-là demain » pour les voir, pour rêver, pour rire ou pleurer. Pour les partager aussi. Et pour avoir la satisfaction après un film extraordinaire de pouvoir se dire « maintenant je peux mourir tranquille », j’ai vu ça.

Relever la tête, enfin …

Mais il y aura toujours une bonne raison de rester du côté de la vie. La preuve, tous les mercredis, de nouveaux films sortent comme autant de destins à partager. Comme autant de façons de voir le monde, de l’explorer. Parfois, il y a des répétitions, des trébuchements, des erreurs, des flops. Mais il y a aussi des surprises, des éclats et des perles qui s’inscrivent en nous. Une résistance factice me direz-vous et bouleversée par les plans d’une poignée d’hommes ce vendredi. J’appelle alors tous ceux qui le veulent et le peuvent à remplir de nouveau les salles de cinéma, à vibrer, à apprendre, à comprendre. J’espère croiser vos visages avant les séances, dans le noir, et aussi quand la lumière se rallume, voir cette petite lueur qui me relance dans la vie. Bref, voir vos visages ailleurs que sur les affiches-hommages aux victimes et pouvoir répondre un sourire à vos sourires, une larme à vos larmes. Les questions viennent, les analyses aussi. L’émotion reste pourtant intacte chez moi, car je laisse à ceux dont c’est le métier le soin d’analyser. Je vous ai partagé ma solitude, rien de plus. A bientôt dans les salles, dans la rue, avec mes critiques, mes découvertes… Relevons la tête, allons au cinéma !

*citation tirée d’une très belle chanson du groupe Ex Nihilo Vox
**The Bubble, d’Eythan Fox
*** Les Cowboys de Thomas Bidegain, sortie prévue le 25 novembre 2015
L’image en Une est tirée du film
Cinema Paradisio de Giuseppe Tornatore

Au Nom de toute la rédaction du site

 

L’étage du dessous, film de Radu Muntean: critique

Sandu Patrascu (Teodor Corban) est un homme tranquille, bon, rigoureux, à la manière du Serious Man des frères Coen : bon mari, bon père, bon fils. Quand par exemple il prend conscience de sa silhouette qui commence à s’enrober légèrement, c’est sans tergiversation que Patrascu prend le chemin du jogging avec son chien Jerry.

Synopsis: En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police… même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille…

A serious man

Quand ensuite il rentre chez lui, il refuse les bons petits plats de sa femme Olga (Oxana Moravec) pour se  cantonner à une petite salade propre à son régime, tout ça entre des gestes affectueux envers sa femme, et des gestes protecteurs envers son fils Matéi (Ionut Bora). Sandu Patrascu est rigoureux et bon. Il sait ce qu’il à faire, il fait ce qu’il a à faire.

Mais un jour, en revenant de son jogging quotidien, il entend une dispute éclater entre Laura, sa jeune voisine du dessous et Vali (Iulian Postelnicu), de toute évidence son amant. En sortant de l’appartement, ce dernier, un voisin également, surprend Patrascu, oreille tendue vers la porte, faisant mine de remettre le collier du chien. Le soir même, on apprend le décès de la jeune femme, dans des circonstances troubles et peu définies. Quand la police vient faire son enquête de routine dans le voisinage, Patrascu ne dit rien au commissaire, comme il n’a rien dit à sa femme non plus.

Le film de Radu Muntean est un étrange thriller tendu de bout en bout, alors même que ce qui y est raconté ne sort jamais de l’ordinaire. Cette sorte de naturalisme très caractéristique du nouveau cinéma roumain (Cristian Mungiu, Cristi Puiu ou Corneliu Porumboiu pour ne citer qu’eux), souvent utilisé pour mettre en avant les dysfonctionnements de la société roumaine, et sa tristesse aussi (Bucarest est rarement filmé de manière avantageuse), ce penchant pour le réalisme est ici à son comble, allant jusqu’à citer les meilleures marques de disque dur pour l’ordinateur familial ou le nom des pires attaquants dans le club de football du coin. Des détails qui se rajoutent aux détails, des scènes d’une vie quotidienne roumaine quasi-bourgeoise et qui pourtant installent cette tension qui ne quitte jamais l’écran.

Voilà en effet un homme (merveilleusement joué par Teodor Corban que l’on a déjà vu cette année dans un registre autrement plus verbeux, avec l’excellent Aferim de Radu Jude), voilà un homme qui tait un lourd secret, mais qui continue de vaquer à ses occupations (avec sa femme Olga, ils possèdent une société qui s’occupe de prendre en charge les tracasseries administratives d’immatriculation de voitures), à la fois comme si de rien n’était, mais en même temps, avec une inquiétude grandissante que l’on lit dans ses yeux et son corps tout entier. De tous les les plans, Patrascu ne peut pas échapper au spectateur, et probablement pas à sa conscience. Ayant pris soin de brosser jusque-là un portrait plutôt flatteur du protagoniste, Radu Muntean écarte le risque d’un jugement trop hâtif de la part du spectateur pour le laisser au contraire s’interroger pendant tout le film sur la motivation de Patrascu à ne pas livrer l’assassin. Est-ce la peur de complications administratives dont il connaît les arcanes pour en avoir fait son métier ? Est-ce la peur d’envoyer un innocent dans les griffes de la justice ? Est-ce plus globalement l’héritage d’une société post-Ceaușescu qui fuit les « histoires » autant que faire se peut ?

Fait de petits riens (la silhouette inquiétante de Vali, le présumé assassin, derrière une vitre, sa mère qu’il découvre familière de ce dernier, un fils qui joue à Street fighter avec le même dans son propre domicile, Vali lui-même qui veut utiliser ses services professionnels, etc.), le récit semble faire du surplace tout en étant pourtant efficace dans sa capacité à nous tenir en haleine. De plus, le cinéaste arrive avec cette ambiance très minimaliste à montrer des bribes de la société roumaine : un machisme ambiant par-ci («Si elle est morte, c’est parce que c’est une pute» dit-on en parlant de Laura, la victime) ; de la bureaucratie quasi-kafkaïenne par-là (le travail de Patrascu est disséqué de manière clinique dans ses moindres détails, et le résultat fait froid dans le dos); et toujours cet humour noir propre au cinéma de son pays (Patrascu a choisi  la voix de Ceaușescu comme sonnerie de son téléphone).

Mais à force de faire dans le low-key, Muntean finit par raser le bitume et se prendre les pieds dans le tapis, car la tension qu’il préserve tout au long du film accouche d’un non-événement. Même s’il assiste à une sorte d’explosion finale vers la fin du récit, filmée par ailleurs avec beaucoup de maîtrise, le spectateur va au-devant d’une certaine déconvenue à l’image de celui qui allume un pétard mouillé.

Radu Muntean représente l’avant-garde du nouveau cinéma roumain qui est en passe de verser dans l’académisme, tant le chemin en est balisé, et tant il est institutionnalisé avec la pluie de récompenses festivalières qu’ils glanent année après année. Il s’est affranchi de ses aînés, par exemple en limitant les dialogues interminables et surtout le périmètre de ses films aux bornes du sordide qu’on pourrait rencontrer dans les films comme le récent Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Si son film précédent, Mardi après Noël, a été un vrai succès d’estime, L’étage du dessous perd un peu trop de matière et devient une pâle copie de ce qu’il aurait dû être…Une semi-déception donc pour le dénouement, mais une réussite indéniable pour le chemin qu’il a pris pour aller jusque-là…

L’étage du dessous – Bande annonce 

L’étage du dessous – Fiche technique

Titre original : Un etaj mai jos
Date de sortie : 11 Novembre 2015
Réalisateur : Radu Muntean
Nationalité : Français , roumain , allemand , suédois
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 93 min.
Scénario : Alexandru Baciu, Radu Muntean, Razvan Radulescu
Interprétation : Teodor Corban (Sandu Patrascu), Iulian Postelnicu (Vali), Oxana Moravec (Olga), Ionut Bora (Matéi), Tatiana Iekel (la mère de Sandu), Vlad Ivanov (Sorin)…
Musique : Cristian Stefanescu / Electric Brother
Photographie : Tudor Lucaciu
Montage : Andu Radu
Producteurs : Dragos Vilcu, François d’Artemare, Alexander Ris, Anna Croneman, Christine Haupt
Maisons de production : BLECK FILM & TV AB, Cine Plus Filmproduktion, Film i Väst, Les Films de l’Après-Midi, Multimedia Est, Neue Mediopolis Filmproduktion
Distribution (France) : Epicentre films
Récompenses : Prix de la production : Festival de cinéma de Hamburg
Budget : 1 000 000 € (est.)

PIFFF 2015 : Soirée d’ouverture

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17 Novembre 2015, 20h: Soirée d’ouverture du PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL

Pour sa cinquième édition, le toujours plus ambitieux PIFFF se délocalise dans la plus grande salle d’Europe, le Grand Rex. Alors que le maintien du festival a –courageusement– été annoncé la veille, il n’a pas réussi à faire salle comble comme les années précédentes quand il avait lieu dans les locaux, plus petits, du Gaumont Opéra.

Dans un court discours de bienvenue, le trio d’organisateurs de l’évènement, le Président Gérard Cohen accompagné de Cyril et Fausto, n’a pas pu s’empêcher d’évoquer les fréquents drames qui ont secoué notre Capitale et de faire, comme tous les ans, l’apologie du cinéma fantastique comme dernier bastion du non-conformisme et de la créativité cinématographique. Après cela, ils nous offert un court-métrage surprise : Portal to Hell !!! avec et dédié à Roddy Piper, l’acteur d’Invasion Los Angeles décédé cet été. Un court-métrage basé sur un point de départ tout simple, celui de confronter un concierge bricoleur à la porte vers une dimension infernale qu’ont ouvert dans sa cave deux des habitants de l’immeuble, adeptes d’un culte lovecraftien. Un délire radical à la mise en scène pleine d’idées.

Puis vint le tant attendu film d’ouverture : The Scream Girl. Les organisateurs eux-mêmes nous annoncèrent que le pitch et le passif du réalisateur dans le clip et la pub (et, en guise de seul long-métrage le très médiocre Joyeux Noël d’Harold et Kumar!) ne les convainquirent pas jusqu’à ce qu’ils se rendent compte du degré d’émotion que celui-ci y a mit. En effet, au-delà du concept de mêler des personnages « réalistes » à ceux issus d’un film dont ils sont spectateurs (une idée déjà parfaitement utilisé dans Last Action Hero ou, dans un genre tout différent, La Rose Pourpre du Caire), l’idée d’avoir inclus parmi les personnages la fille de l’actrice récemment disparue du fameux film apporte à ce méta-film une charge émotionnelle et un réflexion sur le deuil des plus surprenantes. Le fameux en question est un slasher qui répond aux codes les plus caricaturaux du genre, un sous-vendredi 13 pour dire vrai. Et c’est avec ces codes que le film va jouer, sans jamais sombrer dans la parodie moqueuse mais avec une intelligence cinéphilique qui rappelle celle des premier et quatrième Scream ou de La Cabane dans les Bois. De quoi réjouir les fans du genre mais aussi tous les amateurs de cinéma qui apprécieront de voir la confrontation pleine de gags et de répliques décalées entre des personnages caricaturaux issus de deux époques. En plus d’un amas de décalages filmiques  (notamment de constater que les effets spéciaux sont plus convaincant dans le film que dans la réalité!) et d’un détournement astucieux des nombreux clichés, avoir réussi à nous faire passer du rire aux larmes est l’aboutissement le plus remarquable de cette excellente surprise dont il n’est pas étonnant qu’il est été plébiscité par le public des autres festivals auxquels il a déjà été présenté et qu’il rencontrera un certain succès lors de sa prochaine distribution en VOD. Le film est justement disponible chez Sony Pictures Home Entertainment.

Jour 1 >

Une histoire de fou, un film de Robert Guédiguian : Critique

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Le génocide arménien est un thème compliqué à aborder. Certains tentent d’exposer des faits, d’exposer une période historique, alors que d’autres prennent un réel parti pris et défendent des idées, qu’elles soient arméniennes ou turques.
Une histoire de fou est le second long-métrage de Robert Guédiguian portant sur ce génocide, après Le voyage en Arménie, véritable quête des origines du réalisateur.

Synopsis : Berlin 1921, Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté dans la rue par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, il témoigne du premier génocide du 20ème siècle tant et si bien que le jury populaire l’acquitte. Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé.

Reconnaissance intemporelle

La force du film de Robert Guédiguian réside dans sa narration. Une histoire de fou débute et nous voilà plongés dans un long-métrage en noir et blanc. On comprendra très rapidement qu’il s’agit de faits historiques reconstitués : l’assassinat de Talaat Pacha, reconnu comme l’un des principaux organisateurs du génocide arménien, par Soghomon Tehlirian (interprété par Robinson Stévenin). S’en suit un procès, mais pas n’importe lequel. Le procès qui permettra de rendre justice aux arméniens. Toutefois, la suite du film indique clairement que ces derniers n’ont pas pour désir d’en rester là, et qu’une rébellion continue à se construire, afin d’aller plus loin. Cette différenciation, Robert Guédiguian l’indique par le retour à la couleur, et le spectateur s’immisce dans la vie d’un couple, celui interprété par Ariane Ascaride et Simon Abkarian, accompagné de leur fille, et de leur fils, Aram, qui considère nécessaire le fait de prendre les armes, et de continuer la lutte.

Une histoire de fou n’est donc pas qu’une fresque historique de deux heures et quart. Ce film est également à prendre comme un film humain, un film sur la culpabilité d’une famille, et sur le combat perdu. Car oui, Aram s’engage, Aram lutte, mais Aram blesse. Il blesse, par l’intermédiaire d’un attentat, un civil, Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet). Comment se reconstruire ? Comment cette famille, d’ordinaire unie, peut-elle faire pour rester insensible à de tels faits ? Impossible, en somme. C’est dans ces interrogations que Robert Guédiguian percute et agrippe le spectateur. Des questions d’hommes et de comportements citoyens, il y en a dans tous les films du réalisateur, comme dans Les neiges du Kilimandjaro, où tout est histoire du pardon. Et ce sont ces interrogations qui bâtissent la force des films de ce réalisateur.

Mais ces interrogations doivent être filmées et interprétées. Certains trouveront lassant de voir continuellement les mêmes acteurs dans les longs-métrages de Robert Guédiguian, mais c’est ce qui fait leur beauté.
Ariane Ascaride, dans la quête de son fils, et dans la quête du pardon, bouleverse le spectateur. Le temps d’un film, l’actrice, et femme du réalisateur, devient notre mère, cette mère aimante, mais qui, malgré l’amour, sait faire la part des choses. Quant à Simon Abkarian, même s’il tente d’évacuer ses démons, impossible de douter du fait qu’il est meurtri. Cela fait bien longtemps qu’il ne lutte plus. Cela fait bien longtemps qu’il a conscience du mal de ce combat, et il ne veut pas voir son fils là où il a échoué. Simon Abkarian nous bouleverse et grave dans nos esprits une interprétation touchante et juste.
Mais Une histoire de fou n’est pas qu’une histoire de couple. Tous les personnages sont exploités. L’histoire d’amour d’Aram apporte cette touche de romance à un récit sombre. Tous les personnages sont magnifiquement interprétés. La direction d’acteurs de Robert Guédiguian n’est plus à revoir, tellement elle s’avère juste et sans surplus.

D’un point de vue technique, Robert Guédiguian reste fidèle à ses précédents œuvres. Pas d’excès de mouvements de caméras ou d’effets en tous genres. Certains aimeraient un brin de folie et de partis pris plus osés, mais non, le réalisateur filme des faits de manière brute. Une histoire de fou ne dégage pas une compassion trop appuyée, car, même s’il se passionne pour son pays d’origine, l’Arménie n’est jamais mise sur un piédestal. Par sa caméra, Robert Guédiguian l’embellit, lui prouve son amour, mais a conscience qu’il s’agit d’un combat qu’il sera compliqué de contenter.

Oui, Une histoire de fou aborde des faits sujets à controverse, mais Robert Guédiguian réussit son coup, et nous offre une histoire qui passionnera le spectateur, et qui l’instruira. Et, une fois de plus, on remercie cette « bande » d’acteurs de nous offrir un jeu fort et empli d’émotions, mais qui ne chavire dans aucun pathos.

Une histoire de fou Extrait vidéo

Fiche Technique: Une histoire de fou

Date de sortie : 11 novembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Nicholas Pileggi, Martin Scorsese
Interprétation : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Syrus Shahidi, Robinson Stévenin…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Montage : Bernard Sasia
Producteurs : Robert Guédiguian, Marc Bordure, Sabine Sidawi Hamdan
Société de distribution (France) : Diaphana Distribution
Genre : Drame, Historique
Durée : 135 minutes