Edito Janvier 2016 : si des icônes nous quittent, David Bowie, Alan Rickman, Ettore Scola, d’autres luttent encore dans The Revenant, Carol, Spotlight, Free Love ou 45 ans
Ouvrir avec le tube de Stromae en ce début d’année, c’est un peu comme célébrer le réveillon avec une mauvaise gastro (je plains tous ceux à qui c’est déjà arrivé). On s’était plus ou moins tous promis que 2016 ne pourrait être pire que 2015. Mais que diable pouvons-nous y faire pour y remédier ? La mort nous a touché en plein cœur. CineSeriesMag a démarré l’édito en novembre pour défendre le cinéma contre la violence, sans oublier que l’arrivée du train à La Ciotat en a effrayé plus d’un (selon la légende), sans oublier que Made in France a été retiré du circuit pour son caractère quasi-prémonitoire des attentats terroristes, sans oublier… Qui est l’ennemi ? Daesh ? Ou nous-même pour scier la branche sur laquelle nous nous reposons en puisant dans les énergies fossiles, en nous avilissant devant un capitalisme qui finira par avoir la peau de notre démocratie, en continuant de vivre repliés sur notre nombril, en chopant des conneries comme le cancer qui semble se répandre comme une putain de MST! Peu importe l’ennemi, du moment qu’on a l’ivresse. Le dernier édito de décembre s’accordait avec l’introduction de Demain (encore en salle pour la 7ème semaine).
A peine les festivités digérées que le deuil continue de frapper à notre porte. Elle est belle la transition énergétique, économique, écologique. Économisons notre énergie, retournons à l’école. Ça tombe bien, Gaumont distribue Mon maître d’école. Le retour est morose et l’espoir au prochain carrefour. Des icônes nous quittent, au point de ne plus savoir comment fermer le robinet des désillusions. Wes Craven en août dernier, Chantal Ackerman en octobre, mon père en décembre, puis le leader de Motorhead, Lemmy Kilmister, Michel Delpech, Michel Galabru, David Bowie, Alan Rickman, René Angélil… 2016 ne s’annonce pas plus réjouissante. D’autant plus qu’ils ont tous succombé des suites d’un cancer sauf Galabru et Ackerman. Mais les morts ont toujours fait parti du calendrier et si nous sommes autant touchés, par cette prise de conscience soudaine des événements rapprochés, c’est probablement que nous grandissons. 2016, le passage à l’âge adulte ? Vice Versa nommé aux oscars pour meilleur film d’animation. La survie en milieu hostile (en mettant de côté la vengeance ?), The Revenant, pressenti pour son réalisateur et son acteur principal, j’ai nommé Alejandro González Iñárritu et Leonardo Di Caprio. L’ambition contrariée ? Joy et Jennifer Lawrence… The Big Short… L’émancipation donc mais l’apprentissage surtout ! La rédaction souhaite l’oscar à Room et Brie Larson. Alors sortez au cinéma (sortir pour rentrer dans une salle obscure, elle est belle l’expression). Les larmes couleront aussi par amour. : On accueille à bras ouverts les formidables duos Cate Blanchett/ Rooney Mara dans Carol, Ellen Page/ Julianne Moore dans Free Love et Charlotte Rampling/ Tom Courtenay dans 45 ans. Si ces trois histoires d’amour n’ont plus d’étiquette, ni de barrière – en théorie -, le combat reste entier. Contre les mentalités qui nous l’espérons, évolueront ces 365 prochains jours (l’homophobie ne devrait plus exister dans nos dictionnaires, alors qu’éconologie sera de plus en plus employé), contre le système judiciaire (Spotlight et la lutte contre la pédophilie), contre le cancer qui nous a pris nos idoles, contre nous-même pour ne pas voir que le bonheur n’est pas au bout du tunnel, mais EST ce tunnel. Alors parcourons le à pied, à vélo, en bus qui roule à l’éthanol ou en hoverboard (arrêtons l’analogie à Retour vers le futur une bonne fois pour toutes !), car il y a de très belles séries qui nous attendent.
Reprenons Stromae donc : quand c’est qu’on trouve du travail ? Avec Trépalium sur Arte ! Quand c’est qu’on retrouve HTGAWM après la pause hivernale ? The Missing, Daredevil, Sense8, mais surtout le retour de X-Files ! Quand c’est que les riches vont payer ? Suivez l’arrivée de Billion sur Showtime ! American Crime Story sur FX ! 22.11.63 par Hulu de JJ Abrams avec James Franco ! The Path avec Aaron Paul ! Vinyl de Scorsese et Mike Jagger ! Westworld sur HBO ..! Oh j’oubliais, quand c’est que tu te montres Xavier Dolan, on attend avec impatience The Death and Life of John F. Donovan et l’adaptation de Juste la fin du monde ! Comme quoi 2016 n’est pas si mal.
Post Scriptum : CineSeriesMag compte très prochainement faire peau neuve et vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre. Le chiffre des consultations mensuelles a dépassé la barre des 90 000, on espère franchir les 100 000 et d’ici l’année prochaine les 250 000. Et ce, grâce à vous !
Le cultissime film d’horreur L’Exorciste va être finalement adapté à la télévision. Plus précisément, cette nouvelle version s’inspirera directement du roman de William Blatty dont est issue l’oeuvre emblématique de 1973. La Fox a commandé le pilote de la série L’Exorciste qui sera écrit par Jeremy Slater, scénariste sur Lazarus Effect et Les Fant4stiques.
Ce premier épisode d’une heure est décrit comme une réinvention moderne aiguillée par le livre de Blatty. C’était déjà la volonté de l’auteur en 2009 d’adapter son roman à l’écran et Sean Durkin avait ainsi travaillé sur une mini-série de 10 épisodes inspirés du roman. Finalement, William Blatty avait refusé le projet mais la société Morgan Creek est parvenue à obtenir les droits du livre en 2013. Inspiré par l’exorcisme de Roland Doe en 1949, le roman est centré sur la possession démoniaque d’une jeune fille de 12 ans, Regan, et sur le combat menée par deux prêtres pour sauver son âme.
Concernant la série L’Exorciste, la Fox a seulement déclaré que ce «thriller psychologique met en scène deux hommes très différents qui interviennent auprès d’une famille victime de possession démoniaque et sont confrontés au vrai visage du mal.»
Dans ce projet de la 20th Century Fox Television et de Morgan Creek, Jeremy Slater sera également producteur aux côtés de James Robinson, David Robinson et Barbara mur.
Les Beaux Malaises arrive en France sous les traits de Franck Dubosc et Anne Marivin !
Franck Dubosc a démarré cette semaine le tournage de l’adaptation française pour M6 du succès québécois Les Beaux malaises. Martin Matte, comédien et réalisateur de la série à l’humour grinçant s’est associé à l’humoriste français sur ce projet mais c’est Dubosc lui-même qui a réécrit les dialogues. Bien sûr, l’idée originale reste ce qu’elle est, n’en déplaise à TF1, et si la chaîne a refusé cette série trop « osée », M6 elle n’a pas froid aux yeux ! Notre Franck national reprend évidemment le rôle de Martin, qu’il connaît de longue date – les deux humoristes avaient participé en 2006 au festival Juste pour Rire à Montréal – et la charmante Anne Marivin (Bienvenue chez les Ch’tis) jouera le rôle de Julie.
Dans Les Beaux Malaises, on suit les déboires, les pétages de plombs ou la mauvaise foi d’un père de famille entouré de sa femme et de ses deux enfants. La série française est réalisée par Eric Lavaine et produite par Kabo (Caméra Café, Kaamelot). Il y a quatre jours, Franck Dubosc postait sur Twitter le scénario du premier épisode frenchie avec la mention « Ça y est c’est parti… « Les beaux malaises ». Silence on tourne. »
Alors que la troisième saison de Les Beaux Malaises vient de débuter au Québec sur la chaîne TVA, dans les autres contrés aussi c’est la déferlante. En juin 2015, on apprenait qu’une version anglaise de la série était en préparation et les Allemands et hollandais seraient eux-aussi intéressés !
Découvrez Les Beaux Malaises dans le teaser de la saison 3 :
Chorus n’est pas un film facile à appréhender. Caractérisé par un montage alterné qui de plus ne respecte pas la linéarité chronologique, on ne sait pas par quel bout le prendre, et pourtant il capte notre regard dès le premier plan.
Synopsis: Le jour où leur fils a disparu, un après-midi après l’école, la vie d’Irène et Christophe s’est brisée. Chacun de son côté a survécu à sa façon, lui au Mexique, elle en reprenant sa carrière au sein d’une chorale. Dix ans après, un appel de la police les amène à se retrouver…
Lovely Bones
C’est un film taiseux. Cependant, il commence par le plan d’un homme qui se met à table, un détenu qui visiblement n’a pas fini de déballer tous ses crimes et qui raconte le début de ce qui semble être un crime perpétré sur un enfant. L’homme, à la voix douce et au physique débonnaire, affiche un calme qui contraste avec la violence doucereuse de ce qu’il raconte, et la scène fait froid dans le dos. Un récit dont on suivra le difficile épilogue plus loin dans le film. Dans le plan suivant on voit un homme, le visage très fermé, marchant seul au bord de la mer ; on apprendra qu’il s’agit d’un rivage mexicain, et on comprend soudain pourquoi le film nous a fait penser au récent El Club du chilien Pablo Larraín. Puis la caméra de nouveau bifurque vers le Canada et s’attarde longuement sur un groupe de chanteurs dans une église, en train d’enregistrer une polyphonie médiévale, une mélopée belle mais infiniment triste.
Le prisonnier, c’est Jean-Pierre, un homme qui vient d’avouer l’assassinat du jeune Hugo qui a disparu une dizaine d’années auparavant. Au bord de la mer, c’est Christophe (Sébastien Ricard), le père de Hugo, et dans le chœur à l’église, Irène (Fanny Mallette), sa mère. Les évènements ont eu raison de ce couple qui s’est fracturé après la disparition de l’enfant.
Le québécois François Delisle raconte un moment précis de leur histoire : celui où, à la suite des révélations de Jean-Pierre, le couple a la confirmation de la mort de leur fils, après dix ans d’espoir et de désespoir. Le moment précis où ils accusent la perte, celui où ils ne peuvent plus se raccrocher que l’un à l’autre, ou au mieux, à eux-mêmes . Christophe et Irène se sont donc éloignés, faute sans doute de trouver les mots qui pourraient consoler l’autre, par crainte peut-être également de l’accabler de son propre chagrin. C’est tout cela que François Delisle réussit à montrer à travers sa mise en scène qui laisse aux sentiments tout le temps de s’exprimer, et ici les sentiments sont essentiellement submergés par la douleur. Le cinéaste en montre les symptômes par de petites touches fulgurantes, comme dans cette scène où l’amour se termine dans un torrent de larmes qui laisse l’autre partenaire pantois, ou cette autre scène où la vue d’un nouveau-né déclenche une détresse infinie… il montre les ravages de cette perte et de cette douleur au travers des relations tendues ou au contraire trop distendues que Christophe et Irène ont respectivement avec leur père (Pierre Curzi) et mère (Geneviève Bujold), les victimes collatérales de ce drame familial.
Le réalisateur, qui est également à l’écriture, à la photo et au montage, a choisi le noir et blanc, ou plus exactement le gris pour donner le ton de ce film grave et triste. Il avoue avoir été inspiré par les photographies de l’américain Mark Steinmetz pour les nuances de Chorus. Et même quand les deux protagonistes sont dans une phase d’accalmie, dans une tentative de paix intérieure, l’un au contact de la mer, l’autre dans l’exercice du chant, la tonalité du film est toujours très sombre, pour rappeler sans cesse au spectateur qu’il ne s’agit là que d’un répit passager, et que « chaque jour qui passe creuse le trou » comme dit Irène à sa mère désemparée…
Et pourtant, alors que Chorus ne parle que des émotions, expurgeant au maximum les contingents de la vie quotidienne pour ne laisser à vif que les blessures des personnages, il arrive difficilement à nous émouvoir. Le manque de consistance du film n’est pas vraiment en cause, puisque d’emblée, on sait que l’intrigue est mince et importe peu. Ce qui gêne, c’est la construction plutôt désincarnée du film. Ainsi, par exemple, l’utilisation des dialogues intérieurs en voix-off : en plus de trop surligner le jeu des deux acteurs qui n’en a vraiment pas besoin, ces dialogues très stylisés donnent un caractère trop cérébral au film, et pas suffisamment de corps à la relation des deux personnages qui sont pourtant atteints dans leur chair, au plus profond de leur corps par l’absence physique de ce fils devenu presque « imaginaire » pour son père Christophe. On observe aussi une certaine distance que le cinéaste semble prendre avec son propre sujet. Du coup, ce qui au départ est un minimalisme plutôt louable devient de la froideur, empêchant l’émotion de s’installer.
Racontant davantage la douleur que le deuil, Chorus est malheureusement comme écrasé par sa forme pour que l’émotion puisse s’épanouir pleinement. Malgré un jeu très intense de la part de Sébastien Ricard et surtout de Fanny Mallette, le spectateur reste sur sa faim, tant le film était porteur de promesses. Dans un genre similaire, où l’héroïne est également à la recherche d’une réponse par rapport à sa mère disparue, où le choix du cinéaste a également été ce noir et blanc à dominance de gris, et où le minimalisme était également le vecteur utilisé, Ida, le film du polonais Pawel Pawlikowski a été autrement plus bouleversant, car moins apprêté.
Chorus – Bande annonce
Chorus – Fiche technique
Titre original : Chorus Date de sortie : 20 Janvier 2016 Réalisateur : François Delisle Nationalité : Canada Genre : Drame Année : 2015 Durée : 97 min. Scénario : François Delisle Interprétation : Sébastien Ricard (Christophe), Fanny Mallette (Irène), Geneviève Bujold (Gabrielle), Pierre Curzi (Jérôme), Antoine L’Écuyer (Antonin), Luc Senay (Jean-Pierre Blake), Didier Lucien (Hervé Laroche) Musique : – Photographie : François Delisle Montage : François Delisle Producteurs : François Delisle, Maxime Bernard Maisons de production : Films 53/12 Distribution (France) : UFO Distribution Récompenses : Grand prix pour François Delisle au Fünf Seen Film Festival, Grand prix pour François Delisle au Indianapolis International Film Festival Budget : –
Les Chevaliers Blancs est inspiré de l’histoire de l’association humanitaire L’arche de Zoé, qui a fait la une de l’actualité en octobre 2007, lorsque tous les participants de l’opération se sont faits arrêtés par les forces de l’ordre tchadiennes alors qu’ils s’apprêtaient à emmener plus d’une centaine d’enfants, supposés orphelins, en Europe, par avion.
Synopsis : Jacques Arnault, président de l’ONG « Move for Kids », prépare une action humanitaire coup de poing dans un pays d’Afrique : l’évacuation de 300 orphelins en bas âge, victimes de la guerre civile. Un avion spécialement affrété les emmènera en France, où les attendent les parents candidats à l’adoption qui ont financé l’opération. Entouré d’une équipe de volontaires ainsi que de Laura sa compagne, et de Françoise, la journaliste qui doit couvrir l’expédition, Jacques va lancer son ONG dans une aventure extrême…
Aide, mensonges et idéaux.
Certains voyaient en cette opération une « philosophie néocolonialiste », alors que d’autres y voyaient une chance pour les enfants de se sortir d’un contexte social et culturel compliqué. Les participants et les instigateurs de l’opération furent jugés, emprisonnés puis relâchés. En 2013, un nouveau procès fut ouvert et le président de l’association ainsi que sa compagne furent condamnés à de la prison ferme tandis que les autres participants furent condamnés à de la prison avec sursis.
Pour son cinquième long-métrage, Joachim Lafosse met donc la main et ressuscite un fait divers très intéressant ayant passionné les foules. Vient très vite la question : comment traiter ce sujet en étant le plus fidèle à la réalité ?
L’opération de L’arche de Zoé, devenue Move for Kids dans le film, reposait sur de nombreux mensonges et sur des réalités que les membres se devaient de maintenir dans l’ombre. Ainsi, toute la lumière n’a pas été faite sur l’affaire, et Joachim Lafosse livre pourtant un film prenant, dans lequel chaque acte devient satisfaction personnelle du chef du projet (Vincent Lindon).
Durant toute l’œuvre, le spectateur est pourvu d’un point de vue omniscient. Il sait tout, parvient à déceler les mensonges de chacun et devine les impacts qu’auront chacune des décisions sur les devenirs des protagonistes. Ainsi s’installe une tension qui ne fera que s’accroître durant le film. Parviendront-ils à achever leur coup ? Le rapatriement se fera-t-il en bonne et due forme ? Tant d’interrogations auxquelles seules les dernières minutes répondent.
Mais si Joachim Lafosse parvient à rendre son récit authentique, c’est grâce à un parti pris esthétique défini. En effet, à la manière d’un documentaire, Jean-François Hensgens (photographe du film) filme les acteurs en caméra à l’épaule. Mouvante dans les affrontements, statique dans les moments de réflexion et de réunion, l’image se greffe au propos afin de mettre en lumière les différents jeux d’acteur et de faire vivre les personnages. Alternant entre plans serrés, plans rapprochés ou plans plus larges, on découvre des émotions et des expressions qui définissent chacun d’eux. Le visage marqué de Vincent Lindon prouvera sa fatigue, mais son souhait de réussir, alors que le visage de Louise Bourgoin laissera entrevoir une femme agacée par la situation, tendue, et qui ne sait où réellement se mettre.
Toutefois, le rythme du film est irrégulier, à la manière du quotidien des missionnaires au Tchad. Le schéma narratif du film s’avère bien simple : visite dans les villages, retour au centre, et cela continuellement. Certes, il y a des rebondissements (arrivées d’enfants) ou des plans magnifiques en avion, utilisés à la manière de raccords, mais le récit déconstruit et alternant dans les temporalités fait perdre pieds aux spectateurs qui n’a plus idée du nombre de jours écoulés depuis l’arrivée de l’équipe au Tchad, ce qui empêche une part d’empathie pour les personnages, ne sachant pas leur degré de réussite en vue du retour en France.
Il fallait un casting à la hauteur de l’évènement, et Joachim Lafosse parvient à très bien s’entourer. Une fois de plus, dans la continuité de La loi du marché, Vincent Lindon s’avère extraordinaire. Rythmant son jeu de coups de gueule, montées d’adrénaline ou moments de compassion, l’acteur captive et crédibilise son personnage par un naturel de jeu dont lui seul a le secret. Mais L’arche de Zoé, c’était avant tout une équipe. Ainsi, les seconds rôles, que l’on qualifie à contre cœur de la sorte tant ils sont omniprésents, sont également bien vivants, avec une mention spéciale pour Valérie Donzelli, incarnant Françoise, reporter chargée de filmer les actes héroïques et les faits chevaleresques des membres de l’association, mais qui s’avère être un personnage ambigu, tantôt impliqué, tantôt en retrait. Bintou Rimtobaye, traductrice tchadienne de l’opération, est également une belle découverte. Par son naturel et sa carrure, elle renvoie une image de femme puissante et sûre d’elle, qui s’avèrera avoir un rôle déterminant dans l’affaire.
Toutefois, la présence de Louise Bourgoin n’est que superficielle, son personnage, Laura, n’étant en rien développé ou essentiel au récit. Par bribes d’informations, on comprend sa relation avec Vincent Lindon, qu’ils sont en couple et qu’ils sont venus au Tchad suite à une décision commune. Le manque de détails et suscite l’interrogation sur cette dernière.
Suivent Reda Kateb, Philippe Rebbot ou Stéphane Bissot, qui emplissent parfaitement les rôles qui leur sont attribués.
Joachim Lafosse s’empare du fait divers de L’arche de Zoé d’une belle manière, grâce à des acteurs plus que concluants. Même si les évènements narratifs sont un peu redondants, Les Chevaliers blancs se présente comme une belle réussite du réalisateur et du cinéma français en ce début d’année.
Les chevaliers blancs : Bande-annonce
Fiche technique : Les chevaliers blancs
Date de sortie : 20 janvier 2016
Réalisateur : Joachim Lafosse
Interprétation : Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Jean-Henri Compère, Bintou Rimtobaye, Stéphane Bissot, Philippe Rebbot…
Scénario : Joachim Lafosse, Bulle Decarpentries, Thomas Van Zuylen
Musique : Sascha Ring
Montage : Sophie Vercruysse
Photographie : Jean-François Hensgens
Costumes : Pascaline Chavanne
Producteurs : Sylvie Pialat, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
Maison de production : Versus Production, Les Films du Worso, France 3 Cinéma, BNP Paribas Film Fund, Le Pacte, Prime Time, RTBF
Distributeur : Le Pacte
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
L’ennemi de la classe : sortie DVD le 19 janvier 2016
Synopsis : Les relations entre les étudiants et le nouveau professeur d’allemand, Robert, sont extrêmement difficiles. Il est autoritaire et froid et compte bien montrer dès le départ à sa classe qui est aux commandes. Le professeur ne fait preuve d’aucune compassion envers ses élèves. Quand une de ses élèves se suicide, ses camarades de cours accusent le professeur. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.
[Extrait] Avis de la rédaction sur L’ennemi de la classe au moment de sa sortie en mars 2015 : « La force du film est qu’il ne cherche pas à prendre position en faveur de l’un ou de l’autre côté. Le film oppose la réflexion à l’émotion. D’un côté, une froideur clinique qui veut tout définir (et faire définir), maîtriser, analyser et, de l’autre, des élèves en pleine ébullition, qui réagissent avec leurs tripes et s’encouragent à aller toujours plus loin. L’effet de groupe, autre parallèle avec La Vague, est également une des facettes qu’analyse Rok Bicek avec talent. Son film décortique donc un système de l’intérieur, entre au cœur d’un monstre froid. Il offre quelques scènes très fortes, comme lorsque les élèves installent des bougies dans toute l’école jusqu’à la salle des professeurs ou encore quand la meilleure amie de Sabina, plus détachée du groupe de rebelles, lit sa dissertation dans laquelle elle s’interroge sur l’acte de sa copine disparue (…) Rok Bicek réalise un premier film sur le fil. Quelque chose entre la grâce de comprendre et la force de l’émotion. « Apprendre n’est pas savoir, vouloir n’est pas pouvoir ». C’est une des premières choses qu’explique Richard à ses nouveaux élèves. Son erreur aura été de les mépriser un peu au début, de ne pas chercher à les écouter. Il faut les deux tensions pour faire un homme : l’envie de comprendre, la joie de ressentir ». Retrouvez lacritique en intégralité ici. Et retrouver notre concours pour gagner des DVD du film l’ennemi de la classe.
L’ennemi de la classe : sortie en DVD le 19 janvier 2016 chez Rimini Editions
Slovénie / Couleur / 1h52 / Format cinémascope / 16/9 compatible 4/3 / Version originale sous-titrée / Son 5.1
Le DVD contient des suppléments dont deux courts métrages du réalisateur, Rok Bicek :
La Chasse aux canards, 2010 (durée 23 minutes, VOST)
A day in Venise, 2009 (durée 19 minutes)
Reportage et interviews autour de la remise du Prix 2014 du Parlement Européen
Film Annonce
L’ennemi de la classe a reçu le prix du public au festival « Premiers plans » d’Angers et a été dans la shortlist final du prix « Lux » en 2014.
Le film a également reçu un bon accueil de la presse lors de sa sortie en mars 2015, quelques extraits :
» Beau film Slovène qui recueille et fait grandir la parole » – TouteLaCulture « La réflexion face à l’émotion, une tension palpable, plein de subtilité, un film à découvrir. » – Culturebox « Rok Bocek réalise un sans-faute. Il pose les questions et a toutes les réponses. Si la démonstration est impérieuse, le film, lui, est impétueux, notamment grâce à sa bande d’ados composite et enragée. » – Première
Fiche Technique – L’Ennemi de la classe
Slovénie – 2014 / Titre original : Razredni sovraznikn
Date de sortie française : 4 mars 2015. Sortie DVD le 19 janvier 2016
Drame de Rok Bicek Scénaristes : Nejc Gazvoda, Janez Lapajne, Rok Bicek Interprètes : Igor Samobor (Richard), Natasa Barbara Gracner (Zdenka), Tjasa Zeleznik (Sasa), Voranc Boh (Luka), Jan Zupancic (Tadej), Doroteja Nadrah (Mojac),Špela Novak (Spela), Pia Korbar (Marusa)… Directeur de la photographie : Fabio Stoll Montage : Rok Bicek et Janez Lapajne Producteurs : Aiken Veronika Prosenc, Janez Lapajne Distributeurs : Paname Distribution
Vendu comme un road-movie ensoleillant, Paris-Willouby, premier long métrage d’un duo inconnu, cumule maladresses, lourdeurs scénaristiques et clichés indigestes. La bande annonce ouvre l’appétit sur des répliques subtiles avec un humour très podalydèssien et surtout des personnages attendrissants.
Synopsis : Les Guilby Lacourt forment une famille recomposée typique de notre époque. Entre père, belle-mère, petite sœur, frère, demi-sœur, ou encore demi-oncle, ils ont parfois du mal à s’y retrouver ! Un soir, ils apprennent la mort d’un grand-père avec qui ils ont coupé les ponts depuis une dizaine d’années. Fatalement voués à cohabiter le temps d’un long voyage pour se rendre à son enterrement, ils vont tous très vite devoir s’adapter au concept du « vivre ensemble » dans l’espace exigu de la voiture familiale. Pour le meilleur et pour le pire !
Cette famille, on a envie de la connaître. Mais même Chantal Lauby, Alain Chabat, Dominique Farrugia et feu Bruno Carette étaient plus efficaces. Stéphane De Groodt s’est érigé en timide comique intellectuel avec ses sublimes discours, entre l’impertinence d’un Le Luron et la complexité d’un Devos, dans l’émission Canal feu « Le Supplément ». So 2015 ! Isabelle Carré est relayée aux personnages réservés, fragiles et sensibles depuis Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman qui l’a révélée au grand public/jour grâce à un César en 2002 (malgré 18 longs métrages). Alex Lutz, transformiste de talent, campe ici un contre-rôle qui frise le ridicule tant l’excès est mal maîtrisé. Car c’est en effet dû à un défaut de maîtrise que l’ensemble ne peut qu’amuser quelques ménagères quinquagénaires en mal de divertissement (elles se croyaient dans leur salon à commenter VÉRIDIQUE).
Les acteurs, en roue libre et mal dirigés, ne peuvent composer suffisamment, faute d’écriture. Ils ne peuvent donc que se replier sur ce qu’ils savent faire le mieux. Alex Lutz domine le trio, malgré un personnage trop peu reluisant et méprisable: le beau-frère, se voulant artiste, insouciant, un peu rockeur, dragueur, qui squatte le temps de rebondir. Isabelle Carré fait du Isabelle Carré et Stéphane de Groodt fait du Stéphane de Groodt. Le fils Lacourt théâtralise un peu trop. La jeune Prune (enfant de cette nouvel union Guilby Lacourt et jouée par la fille Audiard), vide d’empathie, est une coquille creuse trop bien domptée. Personne n’est à blâmer si ce ne sont les deux réalisateurs qui manquent cruellement d’engagement, de volonté et de force de proposition. L’histoire écrite à six mains ne s’élève guère plus haut d’un cliché sur la famille recomposée et suivra donc, linéairement, sans aucune originalité, le schéma habituel : 1) introduction conflictuelle 2) événement perturbateur 3) péripéties 4) dénouement après léger climax dramatique 5) situation finale de la famille qui s’est réconciliée. Et de ce fait, couplé à une réalisation automatique sans ambition qui relève plus de l’exercice universitaire, le film dans son ensemble ne peut que s’écrouler sous sa meilleure définition « PONCIF d’une comédie française » à la sauce Little Miss Sunshine. Lumière terne en voiture venant écraser les visages, fond vert à peine visible, plan séquence à la netteté imparfaite, musique omniprésente qui semble vouloir compenser le creux. Les crises s’enchaînent et aucun personnage n’est développé au-delà du niveau de zéro. Écouter du Lara Fabian, ne pas manger de viande, la crise de l’adolescence… Les caractères sont gratuits et rien ne vient contrebalancer ces facilités. Sans oublier une homophobie latente, car le jeune fils est souvent considéré comme une « tapette » sans raison apparente.
Le rire est d’autant plus jaune que l’essai est visible et le voyage mal maîtrisé. La petite Prune sort des fourrés et s’arrête pour contempler le vide. Son oncle, Alex Lutz, plutôt que d’ouvrir le pas, car sachant le départ de la voiture imminent, reste fixe en attendant la réplique de la jeune comédienne et ainsi nous apprenons la légende des vaches perdues. Léger et tendre, ça s’arrête là. Ce MacGuffin prétexte, métaphore de l’absence de communication dans la famille, n’amuse plus. La résolution sur les quais, après la pire maladresse scénaristique (peut-on m’expliquer comment une fillette peut se rendre à la gare à pied tandis que la famille entière à voiture semble mettre plus de 10 minutes pour rejoindre les abords routiers?!), apparaît être vulgaire, car aucune subtilité ne se dégage des intentions de réalisation. Un troupeau de vaches traverse le cadre en amorce et la famille est bouche bée. L’ex-future copine de l’oncle est arrivée à Willouby en train, car Prune a envoyé un texto avec le portable de l’oncle – qui lui même ne vérifie pas la destination avant de monter dans le train ! – et tout le monde est rivé sur le téléphone en haut parleur pour assister à la réconciliation du jeune couple. Risible ou pitoyable ?
Manque de respect profond pour le spectateur ou pour la profession ? Les deux jeunes réalisateurs pondent cet exercice déjà vu revu et rerererevu sans y apporter la moindre intelligence ou subtilité de ton, ambition artistique. A défaut, les moins cinéphiles peuvent s’attendrir et crier « C’est mignon! » Non, la colère monte, car tandis que de véritables cinéastes en devenir s’évertuent de trouver quelques billets pour un film travaillé et à plusieurs niveaux de lecture, Paris-Willouby, fade et superficiel film de famille, a reçu un véritable budget et une distribution ! D’autant plus attristant lorsque l’on voit le message personnel « à mon papa magique » en ouverture…
Paris-Willouby: Bande Annonce
[Fiche technique] Paris – Willouby
Réalisation: Quentin Reynaud et Arthur Delaire
Distribution: Isabelle Carré, Stéphane de Groodt, Alex Lutz, Joséphine Japy, Solal Forte, Aminthe Audiard
Scénario: Quentin Reynaud, Arthur Delaire et …
Musique: Gush
Montage: Anita Roth
Photographie: Yannick Ressigeac
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Producteur: Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Production: 2.4.7 Films
Distribution: Mars Distribution
Durée: 83 minutes
Genre: Comédie dramatique
Dates de sortie: 20 janvier 2016
La nuit dernière, nous apprenions que l’épisode VIII de la saga Star Wars était repoussé de sept mois dans le futur, pour une sortie nouvellement fixée au 15 décembre 2017 (au lieu du 26 mai). Conséquence directe à ce changement majeur, les sorties cinématographiques des grandes majors sont chamboulées.
Évidemment, vous l’aurez compris, les changements concernent avant tout Disney, qui prépare sa gamme de longs métrages pour 2017. Le premier changement majeur concerne la suite de la saga Pirates des Caraïbes. Le cinquième épisode, intitulé Dead Men Tell no Tale prend ainsi la place du Space Opera pour le 26 mai 2017. Suite à cela, Le Re-Reboot de Spider-Man, réalisé par Jon Watts (l’excellente surprise Cop Car) et interprété par Tom Holland, tissera sa toile dans les salles à partir du 7 Juillet 2017, soit trois semaines avant sa date de sortie initiale, c’est à dire le 28 juillet 2017. Pour finir le jeu des chaises musicales, le Reboot du film culte Jumanji, réalisé par Jake Kasdan (Bad Teacher) passe de Noël 2016 au 28 Juillet 2017.
Se pose ainsi la question de savoir ce qu’implique ce changement de date pour le deuxième épisode de la Postlogie. Suite aux propos de James Cameron, Avatar 2 devrait sortir au même moment outre Atlantique, se retrouvant confronté, huit ans après son ainé, face au huitième épisode d’une des plus grandes saga de tous les temps. Cependant, sans spéculation abusive, on peut se dire que le tournage n’ayant pas débuté pour ce dernier, la date sera sans doute repoussée, d’autant que la Fox ne se risquerait pas à affronter le mastodonte aux grandes oreilles. De plus, on pourra souligner qu’il affrontera sans grand doute le prochain Spielberg, appelé Ready Player One, film de science fiction geek, ainsi que les Croods 2, suite de l’excellent film d’animation de 2013.
Une programmation assez corsée pour Star Wars, qui souhaiterait ainsi faire de décembre, son mois de prédilection. Néanmoins, on doute que cela puisse apporter grand chose sur le plan commercial, si ce n’est de surfer sur le succès du septième épisode, qui culmine déjà à près de 1,9 milliards de dollars de chiffres d’affaires.
Le succès critique et public de Birdman, Oscar du meilleur film en 2015, a placé Alejandro González Iñárritu dans une telle vague de popularité qu’il fait de son nouveau film, avant même sa sortie, un des grands favoris aux Oscars, alors que jamais un réalisateur n’a remporté deux fois de suite la statuette du meilleur film.
Synopsis: Dakota, 1823. Un groupe de trappeurs est en expédition sur les territoires indiens pour y braconner des peaux d’animaux. Quand l’un d’entre eux est sauvagement attaqué par un grizzli, ces acolytes sont contraint de l’abandonner sur place. Après avoir vu son fils assassiner sous ses yeux impuissants avant d’être laisser pour mort par un traitre, il choisira de le traquer à travers les terres sauvages. Grâce à sa volonté et malgré ses blessures, sa quête de vengeance lui fera dépasser ses limites.
Man Versus Wild
La hype autour de la performance de Leonardo DiCaprio aura elle aussi relancé la sempiternelle polémique autour de son absence de reconnaissance de la part de l’Académie. Dans la peau du trappeur Hugh Glass, il est certain que l’ancien play-boy de Titanic et de La Plage quitte sa zone de confort pour se plonger dans une prestation d’une intensité qu’il n’avait jamais atteint jusqu’ici. Mais qu’en est-il du film lui-même ?
Depuis ses débuts, Iñárritu a montré son immense talent pour deux choses en particulier : d’abord les films choraux, grâce à sa collaboration avec le scénariste Guillermo Arriaga (21 grammes et Babel se sont imposés comme des références dans le domaine), et ensuite les longs plans séquences, Birdman étant lui-aussi devenu un modèle en la matière. La nouvelle prestation qu’il nous propose à l’occasion de son sixième long-métrage ne repose sur aucun de ces deux procédés cinématographiques, mais Iñárritu ne s’aventure pas pour autant en terrain inconnu. En choisissant d’adapter le roman éponyme de Michael Punke – dont s’est accaparé Hollywood dès sa sortie en 2002 mais dont la difficulté d’adaptation a fait jeter l’éponge à bon nombre de réalisateurs–, le réalisateur mexicain a refait appel au chef opérateur de son précédent film, Emmanuel « Chivo » Lubezki. C’est ce dernier qui a imposé que le film soit intégralement filmé en lumières naturelles, rendant le tournage beaucoup plus long et difficile que prévu, au point d’en faire exploser le budget. Mais le résultat est payant : la beauté avec laquelle le directeur de la photographie (qui a fait ses preuves chez Alfonso Cuarón et Terrence Malick) filme les décors est d’une magnificence éblouissante. Il suffit de voir la bande-annonce pour s’en convaincre. Dans le domaine du western, le goût pour le contemplatif est de plus en courant mais il atteint ici un niveau inégalé… au point d’en venir à vampiriser tout le film, comme ça a avait pu être le cas du récent McBeth dont la forme écrasait littéralement le fond.
Dans l’ouverture du film, une scène de combat entre trappeurs et indiens profite ainsi d’un plan-séquence d’une fluidité exceptionnelle. Une scène d’une maitrise formelle bluffante, suivie de peu par la scène déjà culte de l’attaque de l’ours, une pure réussite en termes d’effets spéciaux. Cependant, le film semble tirer ses meilleures cartes dans cette première demi-heure, la suite étant bien plus pauvre en fulgurances visuelles. L’usage du grand angle et les mouvements à 360° sur lesquels le premier acte joue beaucoup se raréfient de plus en plus, au point qu’ils ne se ressentent plus que dans l’effet de déformation des visages filmés en gros plan. Rien d’innovant donc. En même temps que les effets de caméra s’aplanissent, le pouvoir immersif et la tension du film s’amoindrissent peu à peu. Un comble pour le projet qui repose à tel point sur sa puissance sensorielle et le partage de la souffrance vécue par son héros. Le travail du mixage son réussit toutefois à maintenir une impressionnante ambiance oppressante (d’où la nécessité de voir le film en salles !), le tout accompagné par une musique, très discrète mais toujours très juste pour rythmer les montées d’adrénaline, signée par le toujours irréprochable Ryuichi Sakamoto, qui nous prouve une nouvelle qu’il sait adapter sa maestria à tous les univers.
Alors que l’on avait pu reprocher (pas nous, mais certaines mauvaises langues) à Birdman d’être pompeux et élitiste dans son propos, ou encore à Biutiful d’être misérabiliste, Iñárritu a fait ici le choix d’un scénario minimaliste. Sur un schéma parfaitement identique à ce que son ami Alfonso Cuarón a fait avec son Gravity, il imagine un survival en solitaire, et donc forcément très peu dialogué. Et les problèmes s’avèrent au final exactement les mêmes dans les deux cas : un manque d’empathie pour le personnage principal et une absence de point de vue rédhibitoire. Au vu du grand nombre de longs passages scénaristiquement vides, pendant lesquels Iñárritu semble préférer se regarder filmer que d’explorer ses personnages, ou de scènes oniriques, où l’influence de Malick devient frappante (c’est chez lui qu’a été débauché la majorité de l’équipe de la direction artistique), il apparaît comme évident que le film n’a finalement rien à raconter, et ne cherche à s’étirer que pour rendre plus tangible la performance de son acteur. Les scènes de rêve qui, justement, se multiplient d’une façon assez maladroite, au point que la dimension mystique qu’elles sont sensés apporter finit par atteindre une lourdeur digne d’un Bluberry. Et, de la même façon que la mise en scène Gravity assimilait le périple en apesanteur de Ryan Stone à une nouvelle naissance, l’allégorie est ici beaucoup plus appuyée par un nombre incessant de symboles à l’enfantement. Si encore la traversée du désert (du personnage comme de la narration) était ponctuée par davantage de moments impressionnants, le récit de Hugh Glass aurait pu être plus captivant. Or, les quelques cascades –par ailleurs presque toutes présentes dans la bande annonce– et le réalisme que les impressionnants maquillages procurent aux stigmates physiques du héros ne suffisent pas à rendre palpitantes l’ensemble des 2h30. Et ce n’est pas la conclusion, un peu trop bâclée et moralisatrice, bien loin du jusqu’au-boutisme que l’on pouvait en attendre, qui nous permet de penser que nous avons bien fait d’endurer tout ce qui a précédé pour en profiter.
Revenons à la question qui semble davantage intéresser le public que la représentation de la transformation d’un homme mortel en créature assoiffé de sang sur lequel l’hostilité du monde ne semble plus avoir d’emprise : la prestation de DiCaprio. Il apparait évident que ce cher Léo a accepté l’exercice pour démontrer une bonne fois pour toutes qu’il n’avait plus rien à prouver en tant qu’acteur. Loin des interprétations assez bavardes qu’avaient pu être ses récents rôles chez Scorsese, Eastwood, Tarantino ou Baz Luhrmann, et grâce à une performance brutale et viscérale, il fait ressortir toute la bestialité qui est en lui et casse ainsi son image trop souvent lisse. Cette preuve de bravoure, loin d’être inintéressée, a beau être convaincante, elle a tout de même la limite de ne faire ressortir qu’une seule et unique émotion du début à la fin : la douleur. Pour ce qui est des émotions plus « dramatiques », que l’on pourrait résumer au deuil et à la volonté de vengeance, il faut compter sur les scènes de rêve et de flashbacks pour les faire transparaitre, mais dans ces passages force est de constater que DiCaprio est terriblement inexpressif. Et à côté de l’extrême et indiscutable souffrance que DiCaprio réussit à donner à son personnage, il y aussi des acteurs secondaires qui méritent d’être remarqués. Le premier d’entre eux parmi ce beau panel de gueules burinés est incontestablement Tom Hardy qui lui aussi, dans une prestation plus physique que dialoguée, fait preuve d’une présence qui transcende la part animale que peut dégager sa carrure. Un choix de casting évident tant sa silhouette fait du combat final un écho évident à celui contre l’ours deux heures plus tôt. Il serait également dommage de ne pas mentionner Will Poulter, en jeune aventurier victime de sa naïveté, et Domhnall Gleeson, en capitaine inflexible, tous deux impeccables.
La virtuosité de la mise en scène d’Iñárritu, la somptuosité des images assurée par Chivo et le jeu soutenu de DiCaprio font de The Revenant un film d’aventure de très bonne facture, mais ces arguments positifs sont contrebalancés par un certain nombrilisme, un sur-symbolisme et une vacuité thématique. Une équation qui empêche à cette quête de vengeance d’atteindre la grâce du grand film qu’il aurait pu être. Iñárritu, qui jusque-là signait un film tous les deux ou trois ans, aurait sans doute dû prendre un peu de recul avant de se lancer dans cette fable radicale sur l’opposition intrinsèque de l’Homme et de la Nature.
The Revenant – Bande-annonce
The Revenant – Fiche technique
Réalisation : Alejandro González Iñárritu
Scénario: Alejandro González Iñárritu, Mark L. Smith
D’après l’œuvre de : Michael Punke
Interprétation: Leonardo DiCaprio (Hugh Glass), Tom Hardy (John Fitzgerald), Will Poulter (Bridger), Domhnall Gleeson (Andrew Henry)…
Image: Emmanuel Lubezki
Costumes: Jacqueline West
Montage: Stephen Mirrione
Musique: Ryuichi Sakamoto
Producteur(s): Keith Redmon, Steve Golin, David Kanter, Alejandro González Iñárritu, Arnon Milchan, James W. Skotchdopole, Megan Ellison, Mary Parent…
Production: RatPac Entertainment, New Regency Pictures
Distributeur: Twentieth Century Fox France
Date de sortie: 24 février 2016
Durée: 156 minutes
Récompenses: Golden Globe 2016 du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur, Oscars 2016 du meilleur réalisateur, du meilleur acteur pour Leonardo DiCaprio et de la meilleure photographie
Genre: Western, aventure, drame
Synopsis : 1971. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance financière. Carole est parisienne. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d’amour fait basculer leurs vies.
L’avis de la rédaction au sujet du film : Un gouffre rare d’intelligence, de sensibilité grave, à l’image d’un des derniers plans du film ou le regard déboussolé de Cécile de France (Carole) plonge vertigineusement dans la bouche sombre d’une sortie de tunnel de gare de province (toutes les gares en sont dotées !) comme pour interroger l’inconnu. Plus qu’une belle saison faite de fenaisons, d’orages tant climatiques que sentimentaux ou de réunions agraires lourdes de soupçons, Catherine Corsini nous fait tour a tour, sourire, apprécier, décoder, découvrir ou pleurer, avec une justesse bluffante… Lire la suite de l’article ici.
La Belle Saison : sortie DVD le 19 janvier 2016 chez Pyramide Vidéo
DVD 9 – Zone 2 – PAL – Format image scope (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Son stéréo et 5.1 – Version originale française – Durée du film 100 min – Audiodescription et sous-titrage pour sourds et malentendants disponibles.
BD 50 – Zone B – Format image Scope (16/9 compatible 4/3) – couleur – image haute définition 1920 x 1080 p – DTS HD master audio stéréo et 5.1 – encodage MPEG4/AVC – Version originale française – durée du film : 105 min – Audiodescription et sous-titrage pour sourds et malentendants disponibles.
Le film contient des Bonus :
– LA BELLE SAISON, UN FILM EN TANDEM : Entretien avec la réalisatrice Catherine Corsini et la productrice Elisabeth Perez (24 min)
– SCÈNES COUPÉES (24 min)
Fiche technique : La Belle Saison
Réalisation : Catherine Corsini
Scénario : Catherine Corsini, Laurette Polmanss
Musique originale : Grégoire Hetzel
Image : Jeanne Lapoirie
Montage : Frédéric Baillehaiche
Décors : Anna Falguères
Costumes : Jürgen Doering
Production : Élisabeth Perez
Studios de production : Chaz Productions, France 3 Cinéma, Artémis Productions
Distribution : Pyramide Distribution
Pays : France
Langue : français
Format : couleur
Cadrage : 2,35:1
Durée : 105 minutes
Budget : environ 4 millions d’euros
Date de sortie : France : 19 août 2015
Casting : Cécile de France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Benjamin Bellecour, Sarah Suco, Natalie Beder, Calypso Valois, Jean-Henri Compère, Bruno Podalydès.
Avec le thriller 478, Arnold Schwarzenegger renoue avec les films d’action !
Action ? Oui, mais pas trop selon DeadLine qui précise que le film sera « moins un film d’action qu’une oeuvre au caractère subtil ». Quoi qu’il en soit, après en avoir ému certains et déçu d’autres avec le drame horrifique Maggie, Schwarzy se tourne à nouveau vers les thrillers. Dans 478, il incarnera un père de famille qui perd femme et enfant dans un accident d’avion. Dans cette tragédie, un contrôleur aérien (Scoot McNairy, Batman v Superman, Gone Girl) est mis en cause et placé en garde à vue. Rongé par la douleur, le personnage de Schwarzenegger n’aura d’autre choix que de venger leur mort. Dans sa folie, il sera confronté à la femme du contrôleur, interprétée par Maggie Grace de la saga Taken. On imagine déjà le thriller psychologique et le héros tiraillé entre la colère, la justice et la morale.
Réalisé par le britannique Elliott Lester (Blitz, Nightingale) d’après le scénario de Javier Gullón (Enemy), 478 sera produit entre autres par Darren Aronofsky et Scott Franklin qui ont travaillé ensemble sur Noé, Black Swan et Requiem for a Dream. Le film est déjà en pré-production dans l’Ohio.
Synopsis : Sophie, juge d’instruction, auditionne un jour Juliette, pour des faits d’abus de faiblesse sur son amant. Elle se rend compte après enquête que la prévenue est la mère biologique de l’enfant qu’elle a adopté. Loin de se dessaisir de l’affaire, Sophie s’acharne contre cette femme. Olivier, son mari, désapprouve son attitude et entre en relation avec Juliette sans lui révéler sa véritable identité. Mais la jeune femme découvre qu’Olivier est le mari de sa juge. Elle ne comprend pas ce qu’il cherche, lui ne peut plus lui révéler la vérité…
L’avis de la rédaction au sujet du film : Au plus près du soleil brosse le portrait d’une société à plusieurs vitesses, on n’est en effet pas tous du même monde comme le précisent tour à tour Juliette (Mathilde Bisson sublimissime) et Olivier (Olivier Gadebois en bluffant clone de Maitre Dupont Moretti) tel un « dramatique de répétition ». De façon non exhaustive (hélas, tant de sujets ne sont dans ce film qu’effleurés) Au plus près du soleil aborde le prix à payer de ne pas avoir ou de ne pas savoir enfanter… La suite de notre critique ici.
Au plus près du soleil : sortie DVD et VOD le 16 janvier 2016
Langue : Français / Audio : Dolby Digital 5.1 / Format image : 2.35, 16/9 compatible 4/3 / Durée : 1h43 / Couleurs
Fiche Technique : Au plus près du soleil
Genre : Drame
Origine : Français
Réalisateur : Yves Angelo
Casting :
Sylvie Testud : Sophie
Grégory Gadebois : Olivier
Mathilde Bisson : Juliette
Zacharie Chasseriaud : Léo
John Arnold : Pierre
Pascal Ternisien : l’accusé
Thomas Doret : le fils de l’accusé
Rodolphe Congé : un ami du dîner
Durée : 103 mn.