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Le Garçon et la Bête, un film de Mamoru Hosoda : Critique

Mamoru Hosoda accède aujourd’hui à une notoriété croissante parmi les amateurs d’animation japonaise. A ce titre, il est fréquemment comparé à Miyazaki. Comme le créateur des studios Ghibli, le travail Mamoru Hosoda trouve un écho auprès d’un public international, adepte d’un dessin sublime et d’histoires où le manichéisme est farouchement évité.

Synopsis : Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

Filiations

 

En cela, la filiation est réelle. Hosoda, réalisateur de La Traversée du temps (2006) et de Summer Wars (2009), a connu un intérêt plus massif à la sortie de son dernier film Les Enfants loups, Ame et Yuki (2012), à tel point que l’on parle de lui comme « l’héritier de Miyazaki ». Si la formule est attractive, elle est néanmoins galvaudée et limitatrice. Au-delà d’un graphisme raffiné, les deux auteurs présentent des univers très personnels qui ne peuvent en aucun cas se substituer : Hayao Miyazaki privilégie l’individu atypique et inclassable comme figure du héros. Ces personnages vont souvent à l’encontre de la société à laquelle ils appartiennent pour se définir, cela va de Nausicaa, seule opposante à l’éradication systématique des insectes perpétrée par les êtres humains, à Ponyo qui veut devenir humaine envers et contre tous. Au contraire, les films de Mamoru Hosoda nous mettent en présence de héros qui veulent trouver leur place au sein d’une société qui les rejette. Comment exister parmi les autres sans renier ce que l’on est ? A la poursuite franche de ses rêves prônée par Miyazaki, Hosoda vient en contre point apporter un discours où le compromis a le droit de citer, pourvu qu’il permette le vivre ensemble.

Le Garçon et la Bête interroge à nouveau la notion de famille, d’appartenance à un groupe, comme le cinéaste l’avait déjà fait dans les Enfants loups. Comme dans sa précédente œuvre, Hosoda élabore un récit d’apprentissage où nous verrons les personnages évoluer et grandir. Pour insister sur cette phase capitale de l’existence au cours de laquelle on se définit, on devient adulte en faisant des choix et en apprenant à accepter la conciliation, le réalisateur choisit d’avoir recours au fantastique. Dans le travail d’Hosoda, le fantastique se distille par petites gouttes au sein de notre monde humain. Dans la continuité de Ame et Yuki, enfants et louveteaux nés dans la banlieue de Tokyo, on découvre ici Ren un petit orphelin livré à lui-même dans la société des humains qui trouve refuge et protection dans le monde des Bêtes, univers parallèle au nôtre. L’enfant est adopté par Kumatetsu, une sorte d’ours mal léché extrêmement puissant qui brigue le titre de Seigneur du monde des Bêtes. Mais, pour espérer l’obtenir, l’actuel Seigneur des Bêtes exige de lui qu’il trouve un disciple, ce sera Ren que Kumatetsu rebaptise Kuyta. Huit ans plus tard, l’enfant devenu jeune homme, est tiraillé entre le monde dont il est issu et celui dans lequel il a passé son enfance. Le retour de son père biologique dans sa vie est à l’origine de troubles. Est-il homme ou Bête ? Cette relecture du Livre de la Jungle, Hosoda en fait une fable sur la force des liens filiaux avec Le Garçon et la Bête. Le couple père / fils formé par Kumatetsu et Kyuta forme un duo humoristique savoureux. Leurs désaccords, leurs disputes perpétuelles et leur attachement qu’ils tentent maladroitement de faire comprendre nous les rendent étonnamment proches et familiers ; le cinéaste a su capter là une composante essentielle des rapports familiaux, lieux de conflits intempestifs.

Les films de Mamoru Hosoda cherchent au terme du récit initiatique l’apaisement et la conciliation. La frontière entre le monde des humains et le monde des Bêtes est poreuse, finalement, les mêmes questions se posent d’un être à l’autre. En rendant l’altérité inopérante, le cinéaste jugule les peurs qui lui sont associées. Ses personnages, loin d’être des modèles, parviennent cependant à trouver leur place parmi les autres, le pluriel ne dissolvant jamais le singulier, pour vivre avec les autres, jamais contre eux.

Le Garçon et la Bête – Bande-annonce :

Le Garçon et la Bête : fiche technique

Titre original : Bakemono no ko
Japon
Genre : histoire de famille
Réalisé par : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda
Distribution (voix) : Koji Yakusho (Kumatetsu), Shôta Sometani (Kyuta), Aoi Miyazaki ( Kyuta jeune), Rirî Furankî (Hyakushubo), Yô Ôizumi (Tatara), Kazuhiro Yamaji (Iozen), Suzu Hirose (Kaede), Mamoru Miyano (Ichirohiko), Kappei Yamaguchi (Jiromaru), Kumiko Asô (mère de Kuyta), Keishi Nagatsuka (père de Kyuta)
Direction artistique : Yôchi Nishikawa, Takasi Ohmori, Yohei Takamatsu
Musique : Masakatsu Takagi
Son : Yuji Akazawa, Yoshio Obara
Produit par : Atsushi Chiba, Takuya Itô, Geki Kawamura, Yuichiro Sato
Distribué par : Gaumont Distribution
Date de sortie : 13 janvier 2016

Critics Choice Awards 2016 : Fargo, Mr Robot et toujours Mad Max Fury Road

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Les Critics Choice Awards 2016 ont fait la part belle à Mad Max : Fury Road, Fargo et Mr Robot

Hier soir, dimanche 17 janvier, se tenait à Santa Monica la 21ème édition des Critics Choice Awards. De nombreuses stars ont fait le déplacement pour venir fouler le tapis bleu (oui, vous ne rêvez pas ! Exit le tapis rouge : Blue is the warmest colour…) de la cérémonie. Parmi les présents récompensés, on a pu acclamer les élégantes Alicia Vikander (The Danish Girl, Ex Machina) et Kirsten Dunst (Fargo), la tumultueuse Amy Schumer (Crazy Amy), le séduisant Rami Malek (Mr Robot) et son complice à l’écran Christian Slater ainsi que le tout jeune Jacob Tremblay (Room) face au chevronné Sylvester Stallone (Creed). Bien que Spotlight ait obtenu le titre de Meilleur film, remis à Rachel McAdams pour l’occasion, Mad Max : Fury Road a croulé sous les récompenses à tous les niveaux. Evidemment, The Revenant et The Big Short n’étaient pas en reste ce dimanche pendant qu’on comptait les points chez les séries pour départager Fargo et Mr Robot !

La liste des grands vainqueurs des Critics Choice Awards 2016 :

Critics Choice Awards 2016 – Côté cinéma :

Meilleur film : Spotlight
Meilleur acteur : Leonardo DiCaprio, The Revenant
Meilleure actrice : Brie Larson, Room
Meilleur acteur dans un second rôle : Sylvester Stallone, Creed
Meilleure actrice dans un second rôle : Alicia Vikander, The Danish Girl
Meilleur film d’action : Mad Max: Fury Road
Meilleur acteur dans un film d’action : Tom Hardy, Mad Max: Fury Road
Meilleure actrice dans un film d’action : Charlize Theron, Mad Max: Fury Road
Meilleure comédie : The Big Short
Meilleur acteur dans une comédie : Christian Bale, The Big Short
Meilleure actrice dans une comédie : Amy Schumer, Crazy Amy (Trainwreck)
Meilleur film d’horreur ou de science-fiction : Ex Machina
Meilleur film dans une langue étrangère : Le Fils de Saul
Meilleur film d’animation : Vice Versa
Meilleur jeune acteur ou actrice : Jacob Tremblay, Room
Meilleur casting : Spotlight
Meilleur réalisateur : George Miller, Mad Max: Fury Road
Meilleur scénario original : Josh Singer et Tom McCarthy, Spotlight
Meilleur scénario adapté : Charles Randolph et Adam McKay, The Big Short

Meilleure photographie : Emmanuel Lubezki, The Revenant
Meilleurs décors : Colin Gibson, Mad Max: Fury Road
Meilleur montage : Margaret Sixel, Mad Max: Fury Road
Meilleurs costumes : Jenny Beavan, Mad Max: Fury Road
Meilleurs coiffures et maquillages : Mad Max: Fury Road
Meilleurs effets visuels : Mad Max: Fury Road
Meilleur documentaire : Amy
Meilleur chanson : «See You Again», Charlie Puth et Wiz Khalifa, «Fast and Furious 7»
Meilleure bande originale : Ennio Morricone, Les Huit salopards

Critics Choice Awards 2016 – côté TV :

Meilleure série dramatique : Mr. Robot
Meilleur acteur dans une série dramatique : Rami Malek, Mr. Robot
Meilleure actrice dans une série dramatique : Carrie Coon, The Leftovers
Meilleur second rôle masculin dans une série dramatique : Christian Slater, Mr. Robot
Meilleur second rôle féminin dans une série dramatique : Constance Zimmer, UnREAL
Meilleure guest dans une série dramatique : Margo Martindale, The Good Wife
Meilleure comédie : Master of None
Meilleur acteur dans une comédie : Jeffrey Tambor, Transparent
Meilleure actrice dans une comédie : Rachel Bloom, Crazy Ex-Girlfriend
Meilleur second rôle masculin dans une comédie : Andre Braugher, Brooklyn Nine-Nine
Meilleur second rôle féminin dans une comédie : Mayim Bialik, The Big Bang Theory
Meilleur guest dans une comédie : Timothy Olyphant, The Grinder
Meilleure mini-série ou téléfilm : Fargo 
Meilleur acteur dans une mini-série ou téléfilm : Idris Elba, Luther
Meilleure actrice dans une mini-série ou un téléfilm : Kirsten Dunst, Fargo
Meilleur second rôle masculin dans une mini-série ou un téléfilm : Jesse Plemons, Fargo
Meilleur second rôle féminin dans une mini-série ou un téléfilm : Jean Smart, Fargo

 

Batman V Superman: Premier extrait de la bande originale

B.O. : premier morceau de la bande originale « Their War Here » en VF « Leur guerre est là »

Water Tower Music dévoile un premier titre de la bande originale du film Batman v Superman : L’Aube de la Justice réalisé par Zack Snyder mettant en vedette Ben Affleck dans le rôle de Batman, Henry Cavill est Superman, Gal Gadot est Wonder Woman, Amy Adams est Lois Lane, Laurence Fishburne est Perry White, Diane Lane est Martha Kent , Jeremy Irons est Alfred, Jesse Eisenberg est Lex Luthor, Ray Fisher est Cyborg  Holly Hunter est le sénateur Finch…

Synopsis: Craignant que les actions d’un super-héros aux pouvoirs divins ne soient pas contrôlées, le formidable et puissant justicier de Gotham s’en prend au sauveur moderne le plus vénéré de Metropolis, alors que le monde lutte pour savoir quel genre de héros il a vraiment besoin. Et avec Batman et Superman en guerre l’un contre l’autre, une nouvelle menace surgit rapidement, plaçant l’humanité face au plus grand danger qu’elle ait jamais connu.

Vous pouvez écouter un extrait de la musique de la  collaboration des compositeurs Hans Zimmer et Junkie XL (aka Tom Holkenborg) (300 : La naissance d’un empire, Mad Max : Fury Road)

Soundtrack Batman V Superman

Beautiful Lie
• Their War Here
• The Red Capes Are Coming
• Day Of The Dead
• Must There Be A Superman?
• New Rules
• Do You Bleed?
• Problems Up Here
• Black and Blue
• Tuesday
• Is She With You?
• This Is My World
• Men Are Still Good (The Batman Suite)
• Blood Of My Blood (Bonus Track)**
• Vigilante (Bonus Track)**
• May I Help You, Mr. Wayne? (Bonus Track)**
• They Were Hunters (Bonus Track)**
• Fight Night (Bonus Track)**

** Edition Deluxe

Batman Vs. Superman – Original Motion Picture Soundtrack sera dans les bacs dès le Mars 18. Il est maintenant disponible en pré-commande à iTunes. Les versions Deluxe CD et vinyle Deluxe seront bientôt disponibles en précommande.

Batman V Superman : L’aube de la Justice sortira en France le 23 mars 2016.

Tout Schuss, un film de François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard : Critique

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En cette nouvelle année, José Garcia revient sur le devant de la scène dans une nouvelle comédie française, Tout Schuss, accompagné d’une nouvelle venue dans le cinéma français, Manon Valentin, déjà aperçue dans Coup de Chaud de Raphaël Jacoulot, sorti l’été dernier.

Synopsis : Max Salinger, écrivain divorcé, refuse d’accueillir sa fille de 15 ans sous son toit. Pour se venger, elle lui vole son dernier manuscrit et file en classe de neige. Pour récupérer son bien, il débarque dans la station de ski en s’improvisant « parent accompagnateur ». Seul problème : le célèbre écrivain, qui n’est déjà pas un parent exemplaire, n’est pas vraiment un accompagnateur qualifié non plus ! De descentes épiques en randonnées infernales, la vie de Max au milieu des ados ne s’annonce pas de tout repos…

José Garcia est aujourd’hui une égérie de la comédie française. Cela faisait deux années qu’on ne l’avait pas vu sur grand écran, sa dernière prestation remontant au plutôt raté Fonzy.
Malheureusement, Tout Schuss s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur et se présente également comme un échec. Une énième comédie à inscrire dans le Panthéon des comédies françaises ratées.
En terme d’acteurs, les jeunes, ainsi que presque tous les seconds rôles, arrivent à convaincre l’audience. Manon Valentin, dans son rôle de Rosalie, sonne parfois faux, mais arrive tout de même à s’assumer dans son rôle de jeune fille qui ne pense qu’à récupérer son père. Son léger sourire en coin crédibilise son personnage de jeune fille dérangée par l’absence d’un homme qu’elle souhaite considérer comme son père, gênée lorsqu’elle se trouve confrontée à lui.
Melha Bedia, que l’on avait remarqué dans A toute épreuve, est également persuasive en lycéenne ayant triplé sa classe, comme peuvent l’être François Deblock ou Victor Meutelet.
Malheureusement, et contre toute attente, c’est José Garcia qui vient s’apposer comme la tâche noire du casting. Lui qui nous avait livré de (très) bonnes interprétations (Le Couperet, ses performances dans Nulle part ailleurs), aussi bien dramatiques que comiques, se voit être décrédibilisé par un personnage caricatural et bien souvent surjoué dans ce film. Son rôle de Max Sallinger (référence à L’Attrape-Coeur), père parisien overbooké connu mondialement, ne lui sied pas, en résulte un jeu désagréable auquel il faut s’accommoder durant une heure et demie.
En terme de scénario, Tout Schuss relève des clichés de la comédie française. Conflits familiaux qui termineront en happy end, histoires d’amour entre jeunes qui s’avéreront finalement joyeuses et acceptée par le père ou l’entourage, tout est réunis pour faire entrer cette comédie dans les normes scénaristiques du film d’humour français.
Parallèlement, on suit les péripéties de Laurent Bateau dans des contrées lointaines, faits qui s’avèrent bien inutiles et qui ne servent qu’à combler des failles, ou à servir de raccords, mais rien n’y fait. Même si le scénario se laisse comprendre et suivre sans mal, impossible d’éprouver quelconque empathie pour les personnages.
La réalisation s’inscrit dans la continuité du scénario. L’ouverture parisienne accompagnée par d’une voix off, celle de Rosalie qui nous présente son monde et sa famille, laisse présager le pire. Qu’à cela ne tienne, sans fougue et sans audace, les partis pris esthétiques de la comédie de Stéphan Archinard et François Prévôt-Leygonie sont monotones, voire inexistants, seule les descentes à ski ou les poursuites à travers les bois se détachent un peu du lot. Toutefois, les paysages de montagnes sont magnifiques, mais il s’agit là de simples décors naturels, complémentaires au scénario.
Mais le gros inconvénient de Tout Schuss, c’est que son humour ne prend pas, ou très peu. Au détour de trois ou quatre répliques qui feront esquisser un sourire, Tout Schuss est un surplus de blagues potaches ou de touches humoristiques déjà vues. Non, venant d’enfants ou de jeunes, la pilule ne passe pas mieux. Et une fois de plus, tout l’humour du film est concentré dans la bande-annonce, alors autant se priver de visionner cette dernière si l’on souhaite esquisser un sourire durant le film.

Tout Schuss est donc une comédie française standard, qui ne propose aucune innovations, quelles soient scénaristiques ou esthétiques. Seuls les jeunes (futurs nouveaux acteurs français?) apportent une légère bouffée d’air frais dans ce film, qui fera ni chaud ni froid aux spectateurs.

Tout schuss: Fiche Technique

Réalisation: François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard
Distribution: José Garcia, Manon Valentin, Melha Bedia, François Deblock, Alexia Barlier, Anne Girouard, Gwendolyn Gourvenec, Léopoldine Serre
Scénario: Serge Lamadie
Musique: Matthieu Gonet
Montage: Reynald Bertrand
Photographie: Stephan Massis
Costumes : Camille Rabineau
Producteur: Marc-Étienne Schwartz et Jean-Yves Robin
Production: M.E.S. Productions, Monkey Pack Films et France 2
Distribution: SND
Durée: 96 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 13 janvier 2016

Carol, un film de Todd Haynes : Critique

Le titre du film, Carol, est emblématique de la nouvelle œuvre de l’américain Todd Haynes : concis, ce prénom qui claque tout seul au vent annonce appelle immédiatement les réflexions;  l’absence d’un nom de famille distingue le personnage en tant qu’individu.  Carol est le sujet du film, aussi bien comme femme amoureuse que comme femme aimée. De fait, ce sont les points de vue personnels des deux protagonistes qui seront suivis ici, davantage qu’une étude de société, alors même que la matière existe.

Synopsis: Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle…

Un ange à ma table

Réalisé plus de 13 ans après Loin du Paradis, un film dont on pourrait croire qu’il est la redite, si on n’y regardait pas de plus près, Carol est en réalité aussi différent de son prédécesseur que leurs thèmes sont proches. Dans Loin du paradis, où Todd Haynes traite une double transgression des règles de la « bonne » société WASP des années 50 , le ton est dans le plus pur style de Douglas Sirk : thème de l’opposition, traitement mélodramatique, couleurs vives et saturées (automne flamboyant, costumes roses et rouges à foison), toute l’esthétique sirkienne en somme.

Rien de tel dans Carol. Ed Lachman, le chef opérateur attitré de Todd Haynes, opère un virage sur l’aile avec au contraire une douceur de velours qui patine l’image, et 50 nuances de gris et de vert pour la gamme de couleurs, ponctuées ici et là d’un rouge sublime, aussi bien dans le décor, que dans les étourdissants costumes de Sandy Powell. Carol est un film du début des années 50, dans l’immédiat après-guerre, triste et encore couvert de grisaille. Loin du Paradis est situé un peu avant les années 60, pas très loin des années pop, et tout sépare ces deux films. Tout, sauf le talent de Todd Haynes, artiste mais aussi artisan d’un cinéma plein de rigueur. 

Carol (Cate Blanchett) est une très belle femme de la haute bourgeoisie de l’Est américain, du New-Jersey plus précisément. Elle est aussi la mère d’une adorable petite Rindy et la future ex-femme de Harge (Kyle Chandler, l’éternel second couteau du cinéma américain qui pourtant fait le job très convenablement) qui ne veut pas lui rendre sa liberté malgré un mariage sans amour. A l’approche de Noël, elle part à la recherche d’un jouet pour sa petite fille dans un grand magasin. Elle y est servie par Thérèse (Rooney Mara), une jeune femme taciturne qui l’oriente vers un train électrique plutôt que la poupée dont le modèle voulu par Carol est épuisé. Carol oublie ses gants sur le comptoir, peut-être de manière intentionnelle, et ce sera pour les deux femmes l’occasion de se revoir, et de se revoir à plusieurs reprises.

Tout est dit dans cette scène. Le regard, d’abord celui de Therese qui remarque cette femme majestueuse dans son vison, une blonde sculpturale qu’elle regarde comme si c’était une apparition ; un regard intense qui accroche à son tour celui de Carol, et grâce à l’immense l’immense talent des deux actrices, l’alchimie, l’attraction irrésistible, qui fera dire à Carol plus tard à propos de Thérèse qu’elle est « tombée du ciel », comme un ange ou comme la foudre, tout cela nous saute immédiatement aux yeux. Comme le dit Todd Haynes lui-même, quoi de plus foudroyant que de tomber amoureux et se trouver à la merci d’un inconnu que l’on veut connaître de toutes ses forces… Carol est un film subtil, et il y a encore beaucoup à voir dans cette scène, comme par exemple le choix du train électrique comme jouet pour une petite fille dans l’Amérique des années 50, un choix qui n’est pas de la part de Todd Haynes, un cinéaste ouvertement gay sans forcément être dans une posture militante (ce train électrique n’existe pas dans le livre de Patricia Highsmith , The Price of Salt). Enfin, le choix de mettre en avant les gants dans cette scène installe d’emblée la tension érotique qui existe entre ces deux femmes. Une tension que le cinéaste emmène lentement mais sûrement vers son explosion, à commencer par un baiser qui a attendu patiemment son heure et qui sonne presque comme une délivrance aussi bien pour les personnages que pour les spectateurs.

Le scenario de Phyllis Nagy, basé donc sur un roman atypique de Patricia Highsmith (initialement publié sous le pseudonyme de Claire Morgan), en est une adaptation plutôt fidèle, y compris dans les silences du film ;beaucoup de choses passent par le non-dit, et à ce titre, le film est assez sensoriel : l’essentiel est dans la gestuelle des actrices, notamment pour traduire la violence de l’attirance mutuelle qu’éprouvent les deux femmes. Le roman est écrit du point de vue de Therese, l’alter ego de Patricia Highsmith, mais le film de Todd Haynes adopte, selon le cinéaste lui-même, le point de vue de « la plus amoureuse, donc de la plus faible » . Le point de vue est donc d’abord celui de Therese, lorsque fascinée par Carol, l’amour d’une femme lui tombe dessus sans qu’elle sache même comment nommer ce qui lui est innommable. Puis contrairement à Patricia Highsmith, le cinéaste épouse celui de Carol, lorsqu’à la suite de divers évènements, elle est contrainte de faire des choix de vie, y compris vis-à-vis de Therese.

Carol est une réussite, un film façonné sur un long terme (Phyllis Nagy a entamé ce scénario plusieurs années auparavant), avec la présence de deux excellentes actrices intensément habitées par leurs rôles respectifs :  D’une part Cate Blanchett, par ailleurs co-productrice du film avec son époux Andrew Uptown, est simplement époustouflante dans son savant mélange de braise et de glace ; d’autre part, Rooney Mara, choisie certainement pour la réserve habituelle dans son jeu, parfaitement adéquate à la Therese Belivet du début du film, mutique et timide, et qui se découvre graduellement pour devenir une femme plus sûre d’elle et de ses choix. Sa palette de jeux a été très justement récompensée à Cannes, et sa gestion impeccable de sa métamorphose nous fait totalement oublier Rooney Mara au profit de Therese, mais aussi au profit d’une certaine Audrey Hepburn dont elle reproduit par moments l’air mutin…

Aussi bien par la mise en scène que par sa beauté formelle rappelant certains tableaux d’Edward Hopper dont Todd Haynes est un fan, Carol est un des films les plus intéressants de ce mois de Janvier. 

Carol – Bande annonce

Carol – Fiche technique

Réalisateur : Todd Haynes
Scénario : Phyllis Nagy, d’après le roman de Patricia Highsmith
Interprétation : Cate Blanchett (Carol Aird), Rooney Mara (Therese Belivet), Kyle Chandler (Harge Aird), Jake Lacy (Richard Semco), Sarah Paulson (Abby Gerhard), Carrie Brownstein (Genevieve Cantrell)
Musique : Carter Burwell
Photographie : Ed Lachman
Montage : Affonso Gonçalves
Producteurs :
Dorothy Berwin, Cate Blanchett, Elizabeth Karlsen, Danny Perkins, Tessa Ross, Thorsten Schumacher, Andrew Upton, Christine Vachon, Bob Weinstein, Harvey Weinstein, Stephen Woolley
Maisons de production : Number 9 Films, Film4, Killer Films
Distribution (France) : UGC Distribution
Récompenses : nombreuses, dont prix d’interprétation féminine à Cannes pour Rooney Mara
Budget : 12 000 000 US
Genre : Drame
Durée : 118 min.
Date de sortie : 20 Janvier 2016

Etats-Unis – 2016

Creed, un film de Ryan Coogler : Critique

En donnant pour sous-titre au film « L’héritage de Rocky Balboa », les distributeurs français ont parfaitement cerné ce que veulent les spectateurs : non pas du neuf, soit un énième film de boxe après Fighter, La rage au ventre et autres Warrior, mais des valeurs sûres. Le phénomène est devenu omniprésent, les franchises les plus riches en potentiel commercial sont une à une ressorties du placard. De Jurassic Park à Star Wars en passant par Ghostbusters et probablement bientôt Indiana Jones, Hollywood ne semble plus rien avoir d’autre à nous vendre que la nostalgie de sa lointaine créativité artistique.

La meilleure façon d’assurer son entrée dans la catégorie poids lourd

Mais on pensait en avoir fini avec ce bon vieux Rocky depuis le film de 2006 qui permettait déjà à Sylvester Stallone de faire son come-back en décrochant une dernière fois ses gants de boxe. C’était sans compter sur la persévérance de Ryan Coogler qui a réussi, après de longues négociations, par le convaincre de prêter une nouvelle fois ses traits à cette figure iconique du cinéma américain. Savoir que Stallone a été difficile à convaincre est une information qui peut rassurer, en se disant que le scénario doit vraiment l’avoir touché pour qu’il finisse par accepter. Elle peut aussi faire peur, dès lors que l’on pense que le scénario de Coogler sur un jeune boxeur afro-américain a dû être transformé en suite/spin-off de Rocky pour que la Warner accepte de financer le film. Heureusement, la vivacité du réalisateur pour redonner du souffle à notre cher étalon italien imprègne entièrement le film et l’on sent, dans la façon dont chaque scène fait à sa manière écho au premier film, que sa motivation relevait davantage de l’hommage que de l’opportunisme cynique.

En faisant de son héros le fils de l’ancien adversaire, puis mentor et ami, de Rocky Balboa, Coogler fait en sorte de ne pas se fourvoyer dans les écueils pompeux envers la saga initiée par Stallone et John G. Avildsen, mais assure un passage de flambeau qui donnerait une légitimité incontestable à la sienne. Grâce au très intéressant Fruitvale Station, dans lequel il dirigeait déjà l’excellent Michael B. Jordan, il s’est de lui-même imposé comme un nouveau porte-étendard de la communauté afro-américaine. Autant dire que la dimension sociale inhérente aux deux premiers Rocky était pour lui un bon terreau pour développer son personnage. Si l’exposition de son background est assez évasive, voire maladroite, Adonis Creed est un individu ancré dans son époque, que le scénario réussit à ne pas construire comme l’équivalent de ce que fut Rocky quarante ans plus tôt –un analphabète issu de la classe ouvrière qui n’avait pour lui que son physique- mais en fait au contraire quelqu’un de cultivé et ayant grandi confortablement grâce à l’héritage financier d’un père qu’il n’a pas connu. C’est justement après la légende de ce père absent qu’il va courir tout au long du film, faisant de lui un individu sensible qui va, pour s’émanciper, abandonner tout ce qu’il a et nous faire découvrir avec lui un monde qu’il ne connait pas, celui des quartiers populaires de Philadelphie. Sa motivation va de plus appuyer l’argument principal du film qu’est la transmission intergénérationnelle. Et Rocky, dans tout ça? Il apparaît comme un vieil homme désabusé, loin du combattant acharné que l’on a connu, à qui le jeune Adonis va redonner goût à la vie. Si les dernières prestations de Stallone, que ce soit dans les Expendables et autres films d’action vintage, n’avaient fait que tenter de ranimer le héros testostéroné qu’il fut, on sent qu’il a pour le personnage, qu’il a lui-même créé, une affection toute particulière et qu’il réussit sans peine à en exploiter tout le capital sympathie en s’impliquant dans son rôle. Une interprétation qui mérite largement d’être récompensée tant il nous rappelle que son talent d’acteur ne se limite pas à celle d’une star d’actioners décérébrés.

La trame scénaristique étant calquée sur celle du film de 1976, avec sa romance, ses entraînements et son combat final, l’issue est inévitablement prévisible. On peut même reprocher au film de ne pas pouvoir s’affranchir de certains effets typiquement hollywoodiens, donnant à l’histoire quelques touches de pathos superflues (la brouille avec la mère et la surdité naissante de la petite-amie) et un certain manichéisme dans le coté purement antipathique des adversaires, loin du charisme des anciens concurrents de Rocky. Au-delà de ces légers défauts d’écriture, on ne peut pas accuser le réalisateur de tomber dans le piège du fan service ni encore moins nier que sa mise en scène est irréprochable, en particulier lors des combats de boxe. L’un d’eux est filmé dans un plan séquence d’une formidable fluidité tandis que le dernier profite d’un découpage impressionnant qui lui donne une énergie à couper le souffle. Et quand retentit le tant attendu thème musical mythique de Bill Conti, c’est dans un moment d’une telle intensité qu’il retrouve tout son pouvoir galvanisant. Quant à la scène finale, elle rappelle que le dépassement de soi, sur le ring comme dans la vie, reste le ciment de la franchise et que cette volonté doit être le cœur de l’éducation de la jeunesse. Grâce à cela, le relais entre l’ancienne et la nouvelle génération se fait de façon magistrale, aussi bien entre boxeurs dans le film qu’entre modèles cinématographiques dans la réalité, à tel point que Creed devrait s’imposer comme un exemple dans la façon dont le recyclage des vieilles recettes peut être synonyme de renouveau.

Retrouvera-t-on Stallone dans Creed 2 ou bien y verrons-nous Adonis aller se recueillir sur la tombe de Rocky ? Dans les deux cas, on peut être certain d’être ému, car on se souviendra que la saga Creed, même s’il est peu probable qu’elle devienne aussi culte que son modèle, aura débuté de la meilleure façon qui soit.

Fiche Technique: Creed

Réalisation: Ryan Coogler
Scénario: Ryan Coogler, Aaron Covington
Interprétation: Michael B. Jordan (Adonis Creed), Sylvester Stallone (Rocky Balboa), Tessa Thompson (Bianca), Tony Bellew (« Pretty » Ricky Conlan), Phylicia Rashad (Mary Anne Creed), Ritchie Coster (Pete Sporino)…
Image: Maryse Alberti
Costumes: Emma Poter
Montage: Claudia Castello, Michael P. Shawver
Musique: Ludwig Göransson
Producteur(s): Robert Chartoff, William Chartoff, Sylvester Stallone, David Winkler, Irwin Winkler, Charles Winkler…
Production: MGM
Distributeur: Warner Bros.
Date de sortie: 13 janvier 2016
Durée: 2h14
Récompenses: Golden Globe du meilleur rôle secondaire pour Sylvester Stallone
Genre: Sport, drame
États-Unis – 2015

Oscars 2016 : The Revenant et Mad Max en tête des nominations

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88ème Cérémonie des Oscars : Toutes les nominations

Alors que les Golden Globes viennent de révéler leur palmarès, la prestigieuse Académie des Oscars vient tout juste d’annoncer les nominations pour les Oscars 2016. Aucune véritable surprise après une saison qui aura constamment mis en avant l’éclectisme de la production cinématographique, du blockbuster fun et exigeant avec Mad Max et Seul sur Mars, du film d’auteur poignant avec Brooklyn, Room ou Carol, de l’histoire vraie avec The Danish Girl, Le Pont des Espions et Spotlight et un cinéma français représenté par Mustang pour l’Oscar du Meilleur Film Etranger, ou la présence de Charlotte Rampling dans les nominations pour l’Oscar de la Meilleure Actrice. On peut tout de même être surpris par l’omniprésence du visionnaire Mad Max : Fury Road de George Miller dans les nominations (10), étonnant pour une académie frileuse à l’idée de récompenser des blockbusters, ou bien de The Big Short : Le Casse du Siècle du délirant Adam McKay, plus habitué à pondre des comédies populaires décalées. On retiendra surtout qu’un an après Birdman, Alejandro González Iñárritu est devenu le chouchou des votants puisqu’il accumule 12 nominations pour The Revenant. Ne reste plus qu’à attendre le 28 février 2016 pour découvrir le palmarès de cette cérémonie tant attendue.

Oscars 2016

Meilleur film :

Brooklyn
Le Pont des Espions
Mad Max: Fury Road
Room
Seul sur Mars
Spotlight
The Big Short : Le Casse du Siècle
The Revenant

Meilleur réalisateur :

Alejandro González Iñárritu pour The Revenant
Adam McKay pour The Big Short: Le Casse du Siècle
George Miller pour Mad Max: Fury Road
Lenny Abrahamson pour Room
Tom McCarthy pour Spotlight

Meilleur acteur :

Bryan Cranston pour Dalton Trumbo
Matt Damon pour Seul sur Mars
Leonardo DiCaprio pour The Revenant
Michael Fassbender pour Steve Jobs
Eddie Redmayne pour The Danish Girl

Meilleure actrice :

Cate Blanchett pour Carol
Brie Larson pour Room
Jennifer Lawrence pour Joy
Charlotte Rampling pour 45 ans
Saoirse Ronan pour Brooklyn

Meilleur acteur dans un second rôle :

Christian Bale pour The Big Short: le Casse du Siècle
Tom Hardy pour The Revenant
Mark Ruffalo pour Spotlight
Mark Rylance pour Le Pont des Espions
Sylvester Stallone pour Creed – L’Héritage de Rocky Balboa

Meilleure actrice dans un second rôle :

Jennifer Jason Leigh pour Les Huit Salopards
Rooney Mara pour Carol
Rachel McAdams pour Spotlight
Alicia Vikander pour The Danish Girl
Kate Winslet pour Steve Jobs

Meilleur scénario original :

Ex Machina
Le Pont des espions
Spotlight
Straight Outta Compton
Vice Versa

Meilleur scénario adapté :

The Big Short : Le Casse du Siècle
Brooklyn
Carol
Seul sur Mars
Room

Meilleur film d’animation :

Anomalisa
Le Garçon et le Monde
Vice Versa
Shaun le mouton
Souvenirs de Marnie

Meilleur film étranger : 

Mustang (Deniz Gamze Erguven – France)
Le Fils de Saul (László Nemes – Hongrie)
L’étreinte du serpent (Ciro Guerra – Colombie)
Theeb (Naji Abu Nowar – Jordanie)
A War (Tobias Lindholm – Danemark)

Meilleur documentaire : 

Amy
Cartel Land
The Look of Silence
What Happened, Miss Simone ?
Winter on fire

Meilleur court-métrage d’animation :

Bear Story
Prologue
Sansay’s Super Team
We can’t leave witouht cosmos
World of tomorrow

Meilleur court-métrage de fiction :

Ave Maria
Day One
Everything will be okay
Shok
Stutterer

Meilleur court-métrage documentaire : 

Body Team 12
Chau, beyond the lines
Spectres of the Shoah
A Girl in the river : The Price of Forgiveness
Last day of freedom

Meilleure bande originale :

Thomas Newman pour Le Pont des espions 
Carter Burwell pour Carol 
Ennio Morricone pour Les Huit Salopards 
Jóhann Jóhannsson pour Sicario 
John Williams pour Star Wars: Le Réveil de la Force 

Meilleure chanson originale : 

Earned It – Cinquante Nuances de Grey
Manta Ray – Racing Extinction
Simple Song – Youth
Til It Happens To You – The Hunting Ground
Writing’s On The Wall – Spectre

Meilleur montage :

The Big Short : Le Casse du Siècle
Mad Max : Fury Road
The Revenant
Spotlight
Star Wars : Le Réveil de la Force

Meilleure photographie : 

Ed Lachman pour  Carol
Robert Richardson pour  Les Huit Salopards
Emmanuel Lubezki pour The Revenant
John Seale pour Mad Max : Fury Road
Roger Deakins pour Sicario

Meilleurs décors : 

Le Pont des Espions
The Danish Girl
Mad Max : Fury Road
Seul sur Mars
The Revenant

Meilleurs effets visuels : 

Ex Machina
Mad Max : Fury Road
Seul sur Mars
The Revenant
Star Wars : le Réveil de la Force

Meilleur montage sonore : 

Mad Max : Fury Road
Seul sur Mars
The Revenant
Sicario
Star Wars : Le Réveil de la Force

Meilleur mixage sonore : 

Le Pont des espions
Mad Max : Fury road
Seul sur mars
The Revenant
Star Wars : Le Réveil de la Force

Meilleurs maquillage et coiffure : 

Mad Max : Fury Road
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
The Revenant

Meilleurs costumes : 

Carol
Cendrillon
Danish Girl
Mad Max : Fury Road
The Revenant

Je vous souhaite d’être follement aimée, un film d’Ounie Lecomte : Critique

Malgré ses origines coréennes, il est frappant de voir à quel point Ounie Lecomte a les mêmes airs que Céline Sallette arbore dans son nouveau film Je vous souhaite d’être follement aimée : un front plus que buté, un regard intense, une mine grave. De même que la petite Kim Sae-ron du précédent film, Une vie toute neuve, pouvait être son exact double enfantin…

Synopsis: Elisa, kinésithérapeute, part s’installer avec son jeune fils, Noé, à Dunkerque, ville où elle est née sous X. Quelques mois plus tôt, elle y a entrepris des recherches sur sa mère biologique, mais cette femme a refusé de dévoiler son identité. À la recherche d’une mère inconnue, de son passé et de leur histoire, Élisa ne renonce pas et veut comprendre… Le hasard va bouleverser ses attentes…

Poetry

C’est que l’histoire personnelle d’Ounie Lecomte est indissociable de ses films : on y parle de l’adoption, mais surtout d’abandon, de la peur de l’abandon, de l’incompréhension de l’abandon.

Poetry, le titre de cet article, fait aussi bien référence à Lee Chang Dong crédité de remerciements dans le générique de fin, le producteur et mentor coréen d’Ounie Lecomte pour ce film autobiographique tourné en Corée, Une vie toute neuve, qu’à André Breton, à qui elle a emprunté la phrase « Je vous souhaite d’être follement aimée », une adresse du grand écrivain à la future jeune femme de 16 ans que son bébé de 8 mois allait devenir. Et de fait, malgré un ancrage social très fort (nous sommes à Dunkerque, ville multiple éprouvée par la guerre), le film n’est que poésie et douceur, au point peut-être de perdre pied par moments en terme de réalisme.

 

Elisa est une belle jeune femme trentenaire au regard triste qu’on découvre dans un trajet ferroviaire de Paris vers Dunkerque. Un trajet solitaire, une entreprise qu’elle ne peut mener que seule : elle part à la rencontre de la femme qui est habilitée à organiser une rencontre entre elle et sa mère biologique qui l’a abandonnée à sa naissance après un accouchement sous X. Celle-ci refuse de la rencontrer, mais Elisa persiste et accepte un remplacement de 6 mois à Dunkerque (elle est kinésithérapeute). Elle s’y installe avec son fils Noé, et laisse son compagnon Alex à Paris.

Le film d’Ounie Lecomte est un récit à deux voix, celle d’Elisa et celle d’Annette. Par construction, le spectateur comprend très vite que la personne recherchée par Elisa est Annette. Elisa donc, d’un côté, qui n’arrive pas à aimer correctement ni son compagnon -à l’écoute pourtant- ni son fils qui est perturbé par l’amorce de séparation de ses parents. Dans son travail de kiné, dans ces corps à corps multi-quotidiens filmés magnifiquement par la grande Caroline Champetier, Elisa est tactile, on l’imagine douce, aimante, voire sensuelle. Mais dans sa vie de tous les jours, elle n’arrive justement pas à s’abandonner. Par peur de s’y perdre, sans doute, ressassant depuis trop longtemps la question de son abandon par sa mère biologique. « Je ne sais pas comment m’y prendre » dit-elle en parlant des relations difficiles avec son jeune Noé. La cinéaste réussit à restituer parfaitement cette douleur originelle qu’est la sienne, ce trou béant que même la maternité n’est jamais venue combler.

D’un autre côté, Annette (Anne Benoît), une femme triste elle aussi, partageant sa vie entre sa mère Renée (Françoise Lebrun), habitant un étage au dessus d’elle, et ses trois chiens, arrivés les uns après les autres à son foyer au même rythme que des enfants qu’elle n’a pas eu. Travaillant à la cantine de l’école de Noé, elle se prend d’affection pour ce petit garçon révolté, inexplicablement mat et frisé avec un père « champenois de Champagne » et qui lui aussi, se heurte, si jeune déjà, à des questions d’identité. Au détour d’une discussion, Annette apprend que la maman de Noé est kiné. C’est ainsi, par le plus grand des hasards, que mère et fille se frôlent littéralement et apprennent à se connaître sans se reconnaître. Toutes ces scènes de séances de kiné où Elisa soigne Annette, où une sorte de complicité naît entre les deux femmes, sont merveilleuses de délicatesse et de beauté, avec en acmé celle où dans le cadre d’une banale technique de travail, Elisa englobe Annette dans une position fœtale extrêmement évocatrice et émouvante, dans une inversion des rôles très touchante.

La mise en scène permet au spectateur de profiter pleinement de ces émotions. Comme les deux protagonistes sont très vite parfaitement identifiées, toute son attention peut se tourner vers cette rencontre qui se fait en douceur, à l’insu des intéressées…

Le travail des acteurs est remarquable, celui de Céline Sallette en particulier : des regards qui suffisent à exprimer toute sa souffrance, des regards durs, inquiets, perdus ou au contraire pleins d’amour quand ils se tournent vers son fils ; une préparation sérieuse quant à son rôle de kiné, qui met en exergue son rapport avec le corps des autres et avec le sien propre. Eclairée d’une lumière très douce et filmée en très gros plans, la peau des patients sous la main d’Elisa, celle d’Anne Benoît notamment, incarne totalement le film d’Ounie Lecomte pour lui donner une épaisseur organique en adéquation avec les quêtes de soi qui sont en question dans Je vous souhaite d’être follement aimée.

Les autres acteurs sont à l’avenant : Anne Benoît, parfaite dans le rôle d’une femme qui vit la vie d’une autre, la vie de sa mère très intrusive, ce dernier personnage étant joué par Françoise Lebrun, décidément parfaite à tous les âges ; Louis-Do de Lencquesaing, sensible et délicat dans le rôle du compagnon d’Elisa, et même la discrète Catherine Mouchet dans son modeste rôle de celle par qui tout va arriver imprime le film de sa forte personnalité, aussi ténébreuse que malicieuse…

Une dernière actrice et non des moindres est la ville de Dunkerque, une belle endormie pour laquelle Caroline Champetier elle-même dit avoir eu un coup de foudre. Une ville que la très belle musique d’Ibrahim Maalouf et sa trompette (1) rendent presque méconnaissable, différente. Filmée de nuit ou de jour, avec des séquences marines nombreuses et variées, des séquences parfois à rallonge il est vrai, la ville de Dunkerque est propice à toutes les passions, à toutes les belles histoires d’amour : Parfait amour de Catherine Breillat en 1996, Quand la mer monte d’Yolande moreau et Gilles Porte en 2004, ou encore Les Beaux Jours de Marion Vernoux en 2013 pour ne citer qu’eux…

Je vous souhaite d’être follement aimée est un film idéal (casting, musique, scénario même si on peut le trouver un peu foisonnant). Alors que c’est une pure fiction, le film crie la sincérité d’Ounie Lecomte, sa souffrance d’enfant abandonnée aussi, et cette onde se transmet au spectateur de manière bouleversante.            

(1) à propos d’Ibrahim Maalouf : Le son singulier de sa trompette, inventée par son père, renvoie pour moi ici à l’idée du souffle. (Ounie Lecomte , dossier de presse)

Je vous souhaite d’être follement aimée – Bande annonce

Je vous souhaite d’être follement aimée – Fiche technique

Date de sortie : 06 Janvier 2016
Réalisateur : Ounie Lecomte
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 100 min.
Scénario : Ounie Lecomte, Agnès de Sacy
Interprétation : Céline Sallette (Elisa), Anne Benoît (Annette), Elyes Aguis (Noé), Louis-Do de Lencquesaing (Alex), Françoise Lebrun (Renée), Catherine Mouchet (Madame Kubiak)
Musique : Ibrahim Maalouf
Photographie : Caroline Champetier
Montage : Tina Baz
Producteurs : Laurent Lavolé
Maisons de production : Gloria Films
Distribution (France) : Diaphana Distribution
Récompenses : –
Budget : –

Writing’s on the Wall : meilleure chanson aux Golden Globes pour Spectre

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Writing’s on the Wall : la B.O de Spectre primée aux Golden Globes !

Ça vient de tomber ! Le générique du film Spectre interprété par Sam Smith et titré Writing’s on the Wall  a remporté le prix de la meilleure chanson aux Golden Globes 2016. Déroutante, la mélodie qui donne un ton plutôt lugubre au 24ème opus de la saga James Bond 007 a su convaincre le public.

On retrouve la version instrumentale de Writing’s on the Wall sur l’album Soundtrack du film Spectre encore une fois signé Thomas Newman (compositeur de Skyfall mais aussi d’American Beauty). Thomas Newman avait remporté un BAFTA en 2013 pour Skyfall mais, cette fois, le chanteur britannique Sam Smith a détrôné le compositeur. Pourtant, Smith avoue détester interpréter cette chanson. Invité au Graham Norton Show, il s’expliquait ainsi : «Je l’ai réellement chantée qu’une fois, vraiment. Car j’ai enregistré la démo dans le studio, et ils l’ont utilisée. Elle est horrible à chanter. Horrible. Je regrette presque – non je ne regrette pas ! C’est juste que cela va très haut, je dois vraiment m’accrocher pour la chanter, c’est affreux.»

En Février 2015, Sam Smith avait déjà été couronné de succès à la 57ème cérémonie des Grammy Awards. Le jeune homme de 22 ans était reparti avec quatre trophées : meilleure chanson pour Stay With Me, meilleur album pop (In the Lonely Hour ), meilleur nouvel artiste et meilleur enregistrement de l’année.

Pour les irréductibles, voici la liste des pistes disponibles sur l’album de Thomas Newman Spectre : Original Motion Picture :

1 – Los Muertos Vivos Estan (feat. Tambuco)
2 – Vauxhall Bridge
3 – The Eternal City
4 – Donna Lucia
5 – A Place Without Mercy
6 – Backfire
7 – Crows Klinik
8 – The Pale King
9 – Madeleine
10 – Kite In a Hurricane
11 – Snow Plane
12 – L’Americain
13 – Secret Room
14 – Hinx
15 – Writing’s On the Wall (Instrumental)
16 – Silver Wraith
17 – A Reunion
18 – Day of the Dead (feat. Tambuco)
19 – Tempus Fugit
20 – Safe House
21 – Blindfold
22 – Careless
23 – Detonation
24 – Westminster Bridge
25 – Out of Bullets
26 – Spectre (End Title)

Arrête ton cinéma, un film de Diane Kurys : critique

Que ce soit dans la bouche de Quentin Tarantino un soir de remise de prix ou dans celle de deux productrices un brin déjantées qui promettent de ne jamais rater un film, cette expression a bien du souci à se faire dans le dernier film de Diane Kurys, Arrête ton cinéma. On y croise Sylvie Testud – ici rebaptisée Sybille comme dans son livre C’est le métier qui rentre dont le film est adapté – qui tente désespérément, mais avec un optimisme sans faille, de réaliser son premier film.

Synopsis : C’est dans l’enthousiasme que Sybille démarre l’écriture de son premier film. Actrice reconnue, elle va passer pour la première fois de l’autre côté de la caméra. Tout semble lui sourire. Ses productrices Brigitte et Ingrid sont deux personnages loufoques mais attachants et Sybille se jette avec elles dans l’aventure, mettant de côté sa vie familiale. Mais, du choix improbable des actrices, aux réécritures successives du scénario, en passant par les refus des financiers, le rêve merveilleux va se transformer en cauchemar.

« Vive le cinéma »

En 38 ans et environ 15 films, Diane Kurys s’est à peu près essayée à tous les genres et ce, depuis le succès du tout premier Diabolo menthe. Qui pourrait ainsi croire que la réalisatrice du drame Pour une femme (2014), soit aussi celle de la comédie potache Je reste ? En racontant cette fois-ci les coulisses du cinéma avec son actrice « fétiche » (du moins depuis Sagan et Pour une femme), Diane Kurys se livre de nouveau à la comédie pour le meilleur comme pour le pire.

On achève bien les chevaux

Tout se passe bien pour Sybille quand elle apprend, après avoir terminé son dernier film en date en tant qu’actrice, que des productrices sont enchantées par son travail et veulent produire son « excellent » scénario dont elle n’a pourtant écrit que quatre pages. La voilà donc partie dans un rêve un peu étrange, d’autant plus étrange qu’elle semble être la seule à le vivre ainsi. Car tous ceux qu’elle contacte sont catégoriques : ce sont deux folles qu’elle a pour productrices. Pourtant, en incorrigible optimiste, Sybille ne se démonte pas et se lance même à corps perdu dans l’écriture de son film (en délaissant sa petite famille). La toute première partie du film est donc un formidable moment de réécriture qui fait passer l’histoire de Sybille d’un hôpital à un haras pour commencer. Mais décidemment cette première idée soufflée par les productrices elles-mêmes leur semble tout à coup bien mauvaise. Les chevaux mis de côté, ce sont trois « filles de joie » que l’on retrouve à l’écran.

« Où sont les femmes ? » 

Diane Kurys comme Sylvie Testud, présentent le soir où LeMagduciné a vu Arrête ton cinéma, ne se sont rien interdit pour le film, allant du vulgaire le plus potache à la pure comédie. Résultat, le film oscille entre de très bonnes idées – notamment du côté des productrices incarnées par deux actrices (Balasko et Breitman) qui visiblement s’amusent beaucoup – et une mise en scène un peu molle. Le scénario vaut pour ce jusqu’au-boutisme qu’il ne se refuse pas. Il nous fait entrer bien plus avant dans le monde impitoyable du cinéma que ne l’avait fait la série Dix pour cent. C’est d’ailleurs sûrement la raison pour laquelle Dix pour cent a trouvé sa place à une heure de « grande écoute » sur France 2 et qu’Arrête ton cinéma n’a trouvé aucune chaîne tv pour son financement. Diane Kurys est elle-même aux commandes de la production, ce qui lui laisse le droit de tout dire, de ne rien s’interdire. Et de donner la part belle depuis quelques films aux femmes, fragiles comme Sybille (qui a pourtant une force d’optimisme sans faille et de conviction étonnante) ou follement passionnées sans limites comme ces productrices vindicatives qui restent debout malgré les déconvenues. On notera à ce propos un formidable morceau de bravoure de Josiane Balasko alias Brigitte un jour de tournage de clip. Si le film frise sans cesse le mauvais goût, c’est assumé. Les personnages ont chacun leurs petites manies, leur particularité, mais plus que de la caricature, c’est dans le clownesque et la parodie que Diane Kurys est allée piocher.

Affreuses sales et méchantes

Au final, le film ne propose aucun conte de fées/happy end, mais décrit un monde de requins dans lequel les scénarios sont tirés dans tous les sens. La passion du cinéma semble à tout moment se perdre dans des considérations monnayables à l’infini. C’est que le « cinéma est une histoire d’amour aveuglante » pour Sylvie Testud, où il faut savoir faire des compromis. Ici, c’est presque la compromission (qu’il faut à tout prix éviter selon Diane Kurys) qui guette. En tout cas, Sybille y perd l’esprit dans des rêves-cauchemars qui brouillent un peu plus la frontière d’avec la réalité. Car dans ce film de fiction, adapté lui-même d’une fiction littéraire, Diane Kurys comme Sylvie Testud parlent d’elles-mêmes et de leur propre expérience de l’hystérie du cinéma, qu’elle soit sur les plateaux ou lors de la préparation des films. La douce folie qu’elles racontent nous envahie, elle démange chacun des personnages. Et ce sont deux productrices tyranniques – leur nom de famille rappelle d’ailleurs celui d’un célèbre tyran (Ceaușescu) même si « ça ne s’écrit pas pareil »- qui tirent les ficelles. On ne tient pas là un grand film sur le cinéma, mais un moment de folie partagée tout simple, à l’image de la discussion qui s’est déroulée ce soir-là entre les journalistes et Sylvie Testud, toujours un peu perchée, mais passionnée et passionnante. Pas le meilleur, mais loin d’être le pire film de Diane Kurys.

Bande annonce – Arrête ton cinéma

Fiche technique – Arrête ton cinéma 

Titre original : Arrête ton cinéma
Date de sortie : 13 janvier 2016
Nationalité : France
Réalisation : Diane Kurys
Scénario : Diane Kurys et Sylvie Testud
Interprétation : Sylvie Testud, Josiane Balasko, Zabou Breitman, Fred Testot, François Xavier-Demaison, Claire Keim, Hélène de Fougerolles, Virginie Hocq
Musique : Hugo Gonzalez Pioli, Paolo Bionvino
Photographie : Gilles Henry
Décors : Tony Egry
Montage : Sylvie Gadmer
Production : Diane Kurys, Alexandre Arcady
Sociétés de production : Alexandre Films
Sociétés de distribution : Bac Films
Genre : Comédie
Durée : 90 minutes

Demain, un film de Cyril Dion et Mélanie Laurent : Critique

Voilà plus d’un mois que le film est en salle (11 novembre 2015). Documentaire/Roadmovie plein d’espoir et intelligemment construit, cet objet sensible qui ne manquera pas de frapper les consciences a été diffusé en avant-première à Arras et nous avions pu rencontrer Cyril Dion. Nous sommes allés voir Demain en ce début d’année 2016 et il nous fallait nous y arrêter une nouvelle fois tant l’importance du message est primordiale.

Synopsis: Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l’éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain…

 En 5 chapitres, Cyril Dion, Mélanie Laurent et leur équipe s’incluent dans la réflexion qui dure presque deux heures. Deux heures pour un voyage aux quatre coins de la planète pour faire le portrait de héros des temps modernes. Des personnes comme vous et moi qui veulent changer la donne. Si nous continuons à vivre comme nous le faisons, puiser-emprunter-consommer-jeter, tout cela dans le seul but d’amasser un maximum de profit individuel, l’humanité toute entière court à sa perte d’ici 2100. Les scientifiques ne voient pas aussi loin et c’est dès 2050 que les conséquences s’en feront gravement ressentir. Il ne faut pas être sensible à l’écologie pour apprécier ce voyage didactique. Être un simple spectateur, un être humain responsable, un citoyen les deux pieds sur terre suffit à comprendre le point de non retour.

Demain-homme-pont-velo

Les deux cinéastes ont choisi de participer au cœur même du projet cinématographique. Si certains encarts « le saviez-vous » peuvent être imposants, ils ne manquent jamais de nous éclairer. Il peut arriver que le spectateur se sente un peu perdu sous cette profusion de chiffres et d’informations, mais il doit se faire violence s’il veut espérer que les générations à venir n’aient pas à pâtir de nos façons de consommer, d’agir et de penser. La police de caractère et les ballades inde de la suédoise Fredrika Stahl participe à l’aspect naïf d’une pub ensoleillante. Son univers pop jazz mélancolique entre Lili Allen, Regina Spektor et le timbre de Cocorosie ou Agnes Obel ne convenait pas à l’éditeur à l’écoute de la première maquette, mais Cyril et Mélanie ont été étonnés de voir que sa musique collait parfaitement aux images. Tonalités aériennes, xylophone à l’appui et ronronnements vocaux, la bande originale, composée de 17 titres et disponible en vente depuis le 27 novembre, est un peu comme le glaçage en sucre d’un gâteau dont on n’aurait aucun complexe à en reprendre une deuxième part. Le genre de gâteau qu’on partage avec ses voisins un peu bruyants, sa famille peu à l’écoute ou ses amis absents. Le genre de gâteau qui réconcilie. Encore cette image d’épinal made in Coca Cola qui nous a fait croire au gros bonhomme rouge et blanc, made in Nutella qui nous fait croire à tous le petit déjeuner est le seul moment de la journée où la famille ne communique qu’en regards plein d’amour, molaires à découvert.

A contrario de ces mises en scène artificielles, bien que réconfortantes, Demain n’épouse aucun cahier des charges indigeste. A défaut de sa narration linéaire et bien pensée. Les solutions apportées durant chaque portrait ne datent pas d’hier et un amer goût d’impossible se dépose dans nos consciences fébriles. Pierre Rabhi n’est pas le seul à clamer haut et fort que lorsqu’on ne fera pas de l’argent un but en soi, la carotte au bout du bâton, l’évolution sera possible. Mais comment sortir de ce gouvernement actuel qui fonce tout droit dans le mur ? Arrêter le suffrage universel pour un tirage au sort entre citoyens qui réécriraient la Constitution, à l’instar de l’Islande en 2010 ? Instaurer des monnaies locales et libérer la création monétaire ? Ne plus construire d’autoroute ? Plus de pistes cyclables dans les capitales et grandes villes, une meilleure circulation en transports en commun ? Des toits végétaux ? Envisager d’autres systèmes éducatifs possibles responsabilisant l’enfant dès le plus jeune âge avec des matières plus ouvertes et des activités diversifiées pour l’aider à trouver sa voie ? Vous pouvez retrouver toutes ces solutions sur le site internet du film. Sortir donc du « monopole » des banques centrales et privées resterait une priorité. Ne nous leurrons pas, le gouvernement, qu’il soit français ou étranger, n’est pas prêt d’abandonner les accords financiers basés encore et toujours sur le puisement des énergies fossiles. L’or n’est pas sous nos pieds, ni dans nos mains, mais dans nos têtes. Les réels héros ne seront jamais dans les médias qui préfèrent endormir les consciences, car il faut préserver le capitalisme.

Demain-travail-terre

Demain est cette chose magique qui se produit à l’écoute d’un live de Sigur Ros. Le sourire chaud et discret au creux de notre estomac lorsque notre cerveau est trop pudique pour nous faire être fier de nous-même. Une bonne dose de sérotonine après avoir faire de l’exercice (une des 5 hormones du plaisir) etc. Les exemples sont individuels, mais les arguments collectifs. Autant le regarder à plusieurs et si l’envie vous prend de rejoindre une association, de nettoyer les départementales et de fuir les grandes enseignes… Faites le !

Un jeune néerlandais de 20 ans à trouver le moyen de nettoyer les océans

Pour en savoir plus sur une constitution d’origine citoyenne et l’oeuvre d’un enseignant marseillais

(Musique : Alabama Shakes – I Found You)

[Fiche Technique] Demain

Titre original : Demain
Date de sortie : 11 novembre 2015
Réalisateur : Cyril Dion et Mélanie Laurent
Nationalité : Français
Genre : Documentaire – roadmovie
Année : 2015
Durée : 108min.
Scénario : Cyril Dion
Intervenants : Cyril Dion (écrivain, réalisateur et poète français), Mélanie Laurent (actrice, réalisatrice et chanteuse française), Pierre Rabhi (essayiste, agriculteur biologiste, romancier et poète français, fondateur du mouvement Colibris), Vandana Shiva (écologiste, écrivain et féministe indienne), Jeremy Rifkin (essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique), Anthony Barnosky (de l’université de Californie, Berkeley, paléobiologiste), Elizabeth Hadly (de l’université Stanford, biologiste), Éric Scotto (PDG d’Akuo Energy, producteur indépendant français d’énergie renouvelable), Olivier De Schutter (juriste belge, professeur de droit international, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation), Emmanuel Druon (dirigeant français de la papeterie Pocheco, à Forest-sur-Marque), Rob Hopkins (initiateur du mouvement des villes en transition), Jan Gehl (architecte et urbaniste danois), Perrine et Charles Hervé-Gruyer (agriculteurs biologistes français, produisant en permaculture au Bec-Hellouin), Bernard Lietaer (économiste belge), Michelle Long (localiste américaine, dirigeante de Balle (Business Alliance for Local Living Economies), « plus grand réseau au monde d’entrepreneurs locaux engagés pour transformer l’économie »), Kari Louhivuori (principal de la Kirkkojärvi Comprehensive School d’Espoo, en Finlande), Elango Rangaswamy (créateur du village modèle de Kuthambakkam, dans le district de Tiruvallur du Tamil Nadu, en Inde du Sud), Robert Reed, porte-parole de Recology, coopérative mettant en œuvre la démarche « zéro déchet » de San Francisco, aux États-Unis), Thierry Salomon (ingénieur énergéticien français, l’un des promoteurs en France du concept de négaWatt), David Van Reybrouck (scientifique belge, historien de la culture, archéologue et écrivain), Malik Yakini (fondateur du Detroit Black Community Food Security Network, qui exploite une ferme de 2,8 hectares à Détroit), Hervé Dubois (porte-parole de la banque Wir, à Bâle).
Musique : Fredrika Stahl
Photographie : Alexandre Léglise
Montage image : Sandie Bompar
Producteurs : Bruno Levy
Maisons de production : Move Movie, France 2 cinéma, Mars films et Mely Production (coproduction) ; Fonds de dotation Akuo Energy, OCS et France Télévisions (participation) ; KissKissBankBank (financement participatif)
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : César 2016 du meilleur documentaire
Budget : ~1 760 000 €

People’s Choice Awards 2016 : Fast & Furious 7 et The Big Bang Theory à l’honneur

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People’s Choice Awards 2016, les primés des catégories Cinéma et Séries télé :

Mercredi 6 Janvier au soir ont eu lieu les très prisés People’s Choice Awards présentés par Janet Lynch, star de Angel from Hell sur CBS.  Plus de 60  catégories soumises aux votes du public et qui brassent un peu de tout, du cinéma à la musique en passant par les jeux vidéos : de quoi rameuter du beau monde ! Sandra Bullock s’est vu remettre le prix de la comédienne préférée du public et a adressé un discours aux mamans, aux fans, à la Planète… « Nous sommes toutes des mères qui travaillent et aiment leur job, a-t-elle dit. Merci de me donner encore un joli souvenir avec ce prix. » Quant à Vin Diesel, c’est avec beaucoup d’émotion qu’il a reçu le prix du meilleur film pour Fast & Furious 7 et rendu hommage au regretté Paul Walker.

Cineseries-Mag a listé pour vous les principaux primés mais seulement dans ces catégories qui nous intéressent : le cinéma et la télévision !

People’s Choice Awards 2016 – catégorie Cinéma :

Meilleur film : Fast & Furious 7

Meilleur acteur : Channing Tatum

Meilleure actrice : Sandra Bullock

Meilleur film d’action : Fast & Furious 7

Meilleur acteur de film d’action : Chris Hemsworth

Meilleur actrice de film d’action : Shailene Woodley

Meilleure comédie : The Hit Girls 2

Meilleur acteur comique : Kevin Hart

Meilleure actrice comique : Melissa McCarthy

Meilleur Drame : Seul sur Mars

Meilleur acteur dramatique : Johnny Depp

Meilleure actrice dramatique : Dakota Johnson

Meilleur film familial : Les Minions

Meilleur Thriller : Taken 3

People’s Choice Awards 2016 – catégorie Séries télé :

Meilleure série : The Big Bang Theory

Meilleur acteur de série comique : Jim Parsons (The Big Bang Theory)

Meilleure actrice de série comique : Melissa McCarthy (Mike & Molly)

Meilleure série de Sci-Fi/Fantasy sur le réseau Network : Beauty and the Beast

Meilleure série fantastique sur le câble : Outlander

Meilleur acteur de série fantastique : Jensen Ackles (Supernatural)

Meilleure actrice de série fantastique : Caitriona Balfe (Outlander)

Meilleure série policière : Person of Interest

Meilleur acteur de série policière : Nathan Fillion (Castle)

Meilleure actrice de série policière : Stana Katic (Castle)

Meilleure série dramatique sur le réseau Network : Grey’s anatomy

Meilleur acteur de série dramatique : Taylor Kinney (Chicago Fire)

Meilleure actrice de série dramatique : Ellen Pompeo (Grey’s Anatomy)

Meilleure série comique sur le câble : It’s Always Sunny in Philadelphia

Meilleure série dramatique sur le câble : Pretty Little Liars

Meilleure série prime du câble : Homeland

Meilleurs acteur et actrice du câble : Kevin Hart & Sasha Alexander

Meilleur acteurs et actrices prime du câble : Dwayne Johnson & Kristen Bell