Idris Elba : une plongée dans l’enfer des gangs jamaïcains pour sa première réalisation
Après son rôle remarqué dans Beast Of No Nation, après la polémique et la déprogrammation de Bastille Day dans les salles françaises suite au drame du 14 juillet à Nice, et alors qu’il est en plein tournage de La Tour Sombre, l’adaptation de Stephen King aux côtés de Matthew McConaughey, Idris Elba s’apprête à passer derrière la caméra pour réaliser son tout premier long-métrage.
Idris Elba va adapter le livreYardiede Victor Headley. Les spectateurs seront plongés dans les années 80. Le personnage central du film, un dealer de drogue, sera chargé d’une mission périlleuse : rapporter un kilo de cocaïne de la Jamaïque à Londres, dans le ghetto de Brixton. Les ennuis vont commencer pour lui après sa décision de refuser de rapporter le colis à son employeur et de vendre la drogue dans les rues de Londres.Yardie devrait combler les cinéphiles passionnés par les œuvres de Tarantino, par la trilogie choc Pusher ou bien encore le film français indépendant Dealer. L’équipe du film Yardie risque de soigner les dialogues et les échanges entre les comédiens en intégrant le patois et l’accent jamaïcain. La version originale en anglais risque donc d’être indispensable, exceptionnelle et savoureuse. Il sera intéressant de voir si l’acteur Idris Elba pour cette première grande réalisation effectuera des clins d’oeil ou des hommages aux films jamaïcains cultes comme The Harder They Come de Perry Henzell avec le chanteur Jimmy Cliff en 1972 ou le film d’action Third World Cop de Chris Browne en 1999, la version jamaïcaine et moderne de L’inspecteur Harry (de Don Siegel avec Clint Eastwood).
Le tournage deYardiepourrait débuter cet hiver 2016. Studio Canal produit le film. Brock Norman Brock (Bronson) est chargé du scénario du film. Son script sera basé sur le roman de Victor Headley, publié en 1992. Yardie est le premier tome d’une trilogie de livres (Yardie, Excess et Yush).
Idris Elba avait déjà réalisé un court-métrage (Unstoppable) et un téléfilm (King for a Term). Reste à savoir si Idris Elba jouera lui même dans Yardie, son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, dans le rôle titre ou l’un des personnages secondaires.
Synopsis : Fraîchement célibataire, Mark Zuckerberg pirate le système informatique de Harvard lors d’une soirée bien arrosée. Il crée Facemash, un site sur lequel les étudiants peuvent élire la fille la plus sexy du campus. Saturé de connexions, le serveur de l’université plante. Les jumeaux Winklevoss et Divya Narenda, qui projettent de monter un site pour permettre aux étudiants de communiquer entre eux, demandent son aide à Mark, qui accepte. Mais le jeune homme a déjà une autre idée en tête. Avec l’aide financière de son ami et colocataire Eduardo Saverin, Mark travaille alors à la création de son propre site. Thefacebook.com voit alors le jour…
Quelques ennemis pour la gloire
Seven, Zodiac, Panic Room, Fight Club… Qui aurait pu imaginer que le titre manquant de cette prestigieuse filmographie des plus grands thrillers de la décennie serait The Social Network, l’inévitable film attendu sur le phénomène Facebook ? Et pourtant, si le site internet qui a révolutionné le XXIe siècle se devait d’avoir son film, il ne pouvait être réussi qu’entre les mains de David Fincher.
La critique d’un fondateur
Ce film sur le créateur de Facebookéchappe aux symptômes du biopic type de Hollywood qui fait la gloire des grands hommes. C’est certes le parcours de Mark Zuckerberg qui est au centre de l’histoire, mais il ne s’agit pas d’un biopic et encore moins d’un film historique. Fincher y a vu matière à un nouveau thriller, cette fois-ci psychologique.
The Social Network raconte pas à pas la création de Facebook, d’un algorithme macho permettant de classer les plus belles filles de la fac au réseau social utilisé par près d’un milliard et demi d’utilisateurs dix ans plus tard. Mais l’histoire de cette invention n’est que le fil rouge d’une intrigue cousue autour de la personnalité de son créateur Mark Zuckerberg et du slogan du film « On ne se fait pas 500 millions d’amis sans se faire quelques ennemis ». Construit sur différents flash-backs, le scénario tourne en effet autour du procès institué à Zuckerberg par ses anciens collègues de fac et son (ex)meilleur ami. Le huitième film de Fincher s’attarde surtout sur les inévitables trahisons qui permettent de gravir les ultimes marches du succès. On est dès lors loin du biopic élogieux pompeux d’Hollywood, comme le film Jobs, qui adoube la personnalité du créateur d’Apple sans remettre en cause sa personnalité.
Le film de deux auteurs
La réussite de ce film provient vraisemblablement de l’alliance curieuse entre le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur David Fincher. Le premier qui a été aux commandes la série The West Wing, faite de déambulations parlées dans les couloirs de la Maison-Blanche, a bâti sa notoriété sur des dialogues techniques ininterrompus qui ont la magie de ne jamais s’essouffler. The Social Network exigeait donc le talent d’un Sorkin pour donner vie à des répliques de geeks en pleine création informatique. Le sens du cadre de Fincher permettait ainsi à ces discours de vivre sur le grand écran. C’est sans doute ce qui a manqué à Danny Boyle en adaptant le scénario de Sorkin sur Steve Jobs en début d’année.
The Social Network est un bijou cinématographique bourré de répliques, ce qui fait déjà état de son unicité. Fincher filme avec brio les dialogues de Sorkin, en témoigne les toutes premières minutes. La scène d’ouverture, restée dans les mémoires pour avoir été bouclée après une centaine de prises, est caractéristique. Un champ/contre-champs nous met d’emblée dans le bain d’un dialogue de sourds entre deux étudiants d’Harvard. On reconnaît très vite parmi eux, sûr de lui et à l’impressionnant débit de parole, le profil de Mark Zuckerberg. L’acteur monopolise alors la mise en scène de Fincher. S’ensuit un générique où la caméra s’envole au dessus du campus de la célèbre université américaine. En deux scènes le cinéaste plante son personnage et son décor. L’assurance du jeune homme dans un tel lieu promettait déjà des éclats, magiques ou tragiques.
David Fincher a finalement réussi à sortir de sa zone de confort afin de réaliser un de ses meilleurs films. Grâce notamment au talent d’Aaron Sorkin, The Social Network se révèle être un très beau et passionnant film sur l’invention qui a fait définitivement entrer le monde dans l’ère du numérique.
The Social Network de David Fincher : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=BXXqv0NhBjM
The Social Network : Fiche Technique
Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin d’après l’oeuvre de Ben Mezrich
Interprétation : Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake, Armie Hammer, Rooney Mara…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Production : Scott Rudin, Michael De Luca, Dana Brunetti, Cean Chaffin
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 119 minutes
Genre : Drame biographique
Date de sortie : 13 octobre 2010
Snoop Dogg au thème musical, Ben Stiller à la production, avec Christina Hendricks dans le rôle d’une bonne aux objectifs obscurs, autour de personnages et membres guindés, hauts en couleur, d’une riche famille excentrique… Cela attise forcément l’intérêt. Lorsque les deux sœurs égocentriques de Cendrillon croisent la route de The Office, le conte ne peut qu’être hilarant. Comedy Central diffuse depuis le 15 juin 2016, la 2ème saison réunissant moins d’un demi million de téléspectateurs américains. On vous décrypte cette pépite.
Synopsis: les mésaventures de la famille Bellacourts, la première famille de l’État de Rhode Island. Elle n’a absolument rien à offrir au monde, mais a tellement d’argent que ça n’a pas d’importance…
Ouvrez les guillemets (et les corsages)
Créée par les deux actrices principales, Natasha Leggero et Riki Lindhome dans les rôles respectifs des sœurs Lilian et Beatrice Bellacourt, Another Period ne ressemble à rien de ce que l’on a déjà vu. Enfin si : l’absurdité des télé-réalités, l’humour acerbe des talk show américains et la critique des classes made in Groland… Natasha, d’origine italo-américaine s’est fait connaître sur scène par des numéros de stand-up et divers late show. La musicienne et actrice Riki Lindhome, connue pour être Garfunkel dans la comédie musicale Garfunkel & Oates sur IFC et maintenant Netflix, cumule les apparitions (Gilmore Girls, The Big Bang Theory, United States of Tara, New Girl*…). Le duo décide de parodier l’émission « L’Incroyable Famille Kardashian » (« Keeping Up with the Kardashians« ) en reprenant les codes, contemporains à Downtown Abbey, du début du XXème. 1902, la famille Bellacourt, plus riche et première de l’état du Rhode Island, ne vit que pour le luxe, la gloire et la renommée. Parmi ces portraits, des parents qui ne s’aiment plus, Dodo accro à la cocaïne et Commodore souvent en déplacement. Les enfants Lilian et Beatrice, belles et stupides mariées à Victor et Albert (eux-mêmes gays), l’aînée Hortense, laide mais intelligente, jouée dans la saison 1 par Artemis Pebdani (pilote), puis Lauren Ash (Superstore) et enfin Lauren Flans dans la saison 2 et enfin Frederick, jumeau de Beatrice avec qui, il entretient une relation passionnée. « Inceste, drogue et débauche » pourrait être le leitmotiv des émissions choc sur W9. Ce ne sont que d’utiles prétextes pour critiquer l’aristocratie devenue aujourd’hui la classe supérieure. Passer de la colère, car les plus riches sont narcissiques et égoïstes, au rire, car ils en deviennent ridicules, est la première et principale réaction en regardant les courts épisodes d’Another Period.
Une autre époque/point/menstruation pour souligner ce qui est encore bien trop actuel, la décadence des classes aisées et l’absurde intérêt porté à toutes ces émissions de télé-réalités. Riches vs pauvres, qui en ressort avec le plus « d’héroïsme »? Les domestiques bien entendu. Blanche, sortie et « sauvée » d’hôpital psychiatrique. Le majordome Peepers issu d’une famille amérindienne. Le valet Garfield qui a grandi dans cette famille. Le garde forestier Hasmish sale et vulgaire comme un pou. Puis Céline ou Chaise, la nouvelle bonne qui remplace celle qui s’est jetée du balcon… Rétrogrades et dépendantes, Lilian et Beatrice ne cherchent qu’une seule chose, la célébrité, tandis que Commodore a de grands projets pour son fils illettré. Les intrigues toujours primaires et secondaires dans un même épisode, se succèdent sans jamais manquer de piquant. Et les thématiques socio-politiques (homosexualité, racisme, parité, addiction, condition des femmes…), partant des Suffragettes jusqu’aux élections de beauté en passant par les funérailles arrangées, finissent de compléter le portrait entre douce folie et grave déliquescence de cette famille qui pourrait être la nôtre. Car il y a ce petit quelque chose attendrissant des sitcoms familiales (La Fête à la maison, Notre Belle Famille, Le Prince de Bel Air ou Une nounou d’enfer) avec cette touche fraîche acidulée des meilleurs séries comiques (Malcolm, Community, Life in Pieces…) Et les plus « grands » prennent cher, l’escroc italien Charles Ponzi, Freud, les Roosevelt, Thomas Edison, Gandhi, Trotsky…
Si vous soupirez nostalgiquement, rassurez-vous, car CSM vous annonce son ouverture rétrospective aux séries cultes et bientôt peut-être Malcolm, et plein d’autres, ressusciteront (c’est en de bonne voie à en croire les acteurs, mais chut) sous notre plume. Another Period a tout pour devenir culte au même titre que Arrested Development ou Park & Rec… En attendant la 5ème saison de la première sur Netflix ou le « déterrement » de la deuxième (aucun faux espoir!), ruez-vous à l’heure du petit-déj sur cette sitcom « historique ». 20 minutes, le temps de s’étouffer de rire dans ses céréales. Fermez les guillemets.
*et même Buffy (rôle de Cheryl dans le 06×07 « Folles de lui »)
Another Period : Présentation des personnages
Another Period : Fiche Technique
Créatrices : Natasha Leggero, Riki Lindhome
Réalisateur : Jeremy Konner
Scénaristes : Riki Lindhome, Natasha Leggero, Moshe Kasher, Jeremy Konner, Guy Branum, Laura Krafft, Krister Johnson, Jen Statsky
Interprètes : Riki Lindhome, Natasha Leggero, Lauren Ash, Jason Ritter, Michael Ian Black, Paget Brewster, Beth Dover, Brett Gelman, Christina Hendricks, Brian Huskey, Dave Koechner, David Wain, Armen Weitzman, Lauren Flans, Alice Hunter
Photographie : Carl Herse
Montage : Jessica Brunetto, Kyle Reiter, Al LeVine, Kevin Oeser, Neil Mahoney, Joe Stakun
Musique : Eban Schletter, Snoop Dog
Producteurs : Stuart Cornfeld, Moshe Kasher, Jeremy Konner, Natasha Leggero, Deborah Liebling, Riki Lindhome, Michael J. Rosenstein, Ben Stiller, Inman Young
Sociétés de production : Konner Productions, Leggero Lindhome Productions, Red Hour Films
Genre : Comédie
Format : 22 minutes – en production (saison 2)
Diffusion : Comedy Central
A l’occasion du 42ème Festival du cinéma américain de Deauville (Calvados), un hommage sera rendu à James Franco pour sa filmographie. Au cours du Festival l’acteur présentera en avant-première son nouveau film en tant que réalisateur, In Dubious Battle.
Après Michael Moore (Where to Invade Next), hommage àJames Franco
Pour James Franco: « filmer l’Histoire, c’est la réactualiser, la soumettre à une nouvelle lecture ».
Guidé par des plumes qui ont su tisser du réel à partir de lignes de vie fictive, il revisite le passé de son pays pour expliquer les doutes de son présent : il puise dans le « Stream of Consciousness » afin d’étudier notre rapport au deuil avec Tandis que j’agonise et la décadence sociale avec Le Bruit et la fureur de William Faulkner.
Le Festival du Cinéma Américain rendra hommage à James Franco (La Planète des Singes, Milk, Everything Will Be Fine, L’interview qui tue…) un artiste éclectique révélé aux yeux du monde devant la caméra en incarnant Harry Osborn dans la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Acteur, scénariste, producteur, professeur et écrivain, lauréat d’un Golden Globe en 2002, pour son rôle dans le film Il était une fois James. Nommé au Golden Globe du Meilleur Acteur dans 127 Heures, il est également le réalisateur et le producteur de plusieurs films, dont Child of God, Tandis que j’agonise, Zeroville…
Son nouveau film en tant que réalisateur sera projeté en avant-première, In Dubious Battle, En un combat douteux d’après le roman de John Steinbeck, un titre faisant référence aux vers de John Milton dans le Paradis Perdu : « In dubious battle on the plains of Heaven » Il partage l’écran avec Selena Gomez, Josh Hutcherson (Hunger Games), Vincent D’Onofrio, Robert Duvall (Joy), Ed Harris, Bryan Cranston, Danny McBride, Tim Blake Nelson, Scott Haze, Sam Shepard, John Savage, Tayler Labine Ashley Greenen…
Le synopsis officiel : En Californie, dans la vallée de Sanilas plantée de vergers, neuf cents ouvriers migrants se soulèvent en un combat douteux contre les propriétaires terriens. Tirant sa force de chacun des individus qui le composent, le groupe a pour meneur un certain Jim Nolan dont l’idéalisme tragique conduit les grévistes à avoir désormais le courage de ne plus jamais se soumettre, de plus jamais céder.
*Stream of Consciousness(courant de conscience). Une technique littéraire proche du monologue intérieur cherchant à coller aux flux des pensées du personnage.
La 42e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, présidée cette année par Frédéric Mitterrand, va se dérouler du 2 au 11 septembre. et la sélection sera révélée le mardi 23 août.
Le film Infiltrator en ouverture et War Dogs en clôture du Festival du cinéma américain de Deauville.
Infiltrator de Brad Furman (La Défense Lincoln), en présence de l’équipe du film : Bryan Cranston, Diane Kruger, John Leguizamo, Benjamin Bratt, Yul Vasquez
Le Synopsis : L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passe, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.
Film de Clôture,War Dogs de Todd Phillips (Very Bad Trip), également en présence de l’équipe du film : Jonah Hill, Miles Teller, Ana de Armas, Bradley Cooper
Le Synopsis : Dans WAR DOGS, deux copains âgés d’une vingtaine d’années (Hill et Teller), vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain…
Promu par l’U.N.I.C.E.F. et inspiré de faits réels, Iqbal retrace le parcours hors du commun d’Iqbal Masih, enfant pakistanais vendu comme esclave alors qu’il n’avait que quatre ans et assassiné à l’âge de douze ans par la mafia, car il était devenu porte-parole des enfants esclaves. Si l’histoire est marquante, elle l’est d’autant plus que la personnalité de cet enfant avait une force peu commune. Il semble affronter son destin avec une maturité qui impose l’admiration et questionne sur cette innocence, qui fait le sel de cette période de la vie et dont on semble les priver.
Synopsis: Iqbal est un petit garçon espiègle et joyeux qui passe son temps entre les jeux avec ses copains, sa petite chèvre adorable et ses superbes dessins. Un jour, tout va changer… Son frère tombe gravement malade et il lui faut des médicaments coûteux, trop coûteux. Croyant bien faire, Iqbal attend la nuit pour s’éclipser vers la ville. Pour aider sa mère et soigner son frère, il n’a pas d’autres solutions que de vendre sa chèvre, le cœur serré…
En sortant de la séance on se pose la question de la qualité de l’animation car, si on peut y voir une volonté artistique de se démarquer, on peut aussi se demander si un budget plus conséquent aurait été de trop. Pourtant les décors sont d’une grande beauté et offrent un Pakistan splendide, mais l’animation ne va pas dans le détail et manque sérieusement de fluidité. Pourtant Iqbal ne vient pas d’un pays où les moyens cinématographiques manquent, la France et l’Italie sont capables de beaucoup mieux. Heureusement, la bande originale composée par Patrizio Fariselli est superbe, dépaysante et moyen-orientale sans faire de nous des touristes de l’exotisme, elle vient dramatiser les moments les plus difficiles.
Mais là où Iqbal pêche vraiment c’est dans son propos, dans sa manière de dénoncer et de montrer du doigt les responsables de l’exploitation des enfants. On souligne bien la responsabilité de l’esclavagiste ainsi que du receleur occidental, mais cela reste le minimum syndical. Aucune trace en effet du bout de la chaîne, à savoir l’acheteur, le consommateur que nous sommes. Ce consommateur aujourd’hui bien conscient car bien informé des pratiques et des conditions de travail qui se cachent derrière un jean pakistanais à moins de dix euros. De lui, aucune trace dans Iqbal et par là, aucune possibilité de responsabiliser les plus jeunes spectateurs dans leurs futurs actes d’achat à petit prix.
Sans être forcément exemplaire, l’histoire d’Iqbal est édifiante en ce qu’elle montre la réalité d’un monde sur laquelle nous sommes très nombreux à pleurer régulièrement pendant quelques instants, pour l’oublier aussitôt et retourner à notre mondialisation prétendument heureuse. Voir Iqbal est-il un acte militant ou un énième moyen d’apaiser sa conscience à peu de frais ? C’est à chacun de voir avec lui-même, en tête-à-tête avec sa conscience mais une chose est sûre, vos enfants y trouveront autre chose que la tiédeur fadasse des productions Disney.
Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait Pas Peur : Bande Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=6kFsagw8MJU
Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait pas Peur : Fiche Technique
Réalisation : Michel Fuzellier et Babak Payami
Scénario : Paolo Bonaldi, Michel Fuzellier, Lara Fremder
Création des personnages : Michel Fuzellier, Chiara Molinari, Valeria Petrone
Distribution : Yvan Le Bolloc’h, Bruno Solo
Création des décors : Guido Cesana, Marco Martis, Michel Fuzellier
Musique : Patrizio Fariselli
Production : Gertie Productions, 2d3D Animations, Montparnasse Productions
Distribution : Editions Montparnasse
Pays d’origine : Italie, France
Genre : animation
Durée : 80′
Date de sortie : 24 août 2016
Comme son titre l’indique, Black Stone est un film sombre et opaque. Et cette pierre souillée n’est-elle pas d’ailleurs cette Corée en proie à ses démons nationalistes et à son capitalisme sauvage?
Synopsis : pendant que ses parents adoptifs se tuent à la tâche dans une usine agro-alimentaire de Séoul, Shon Sun est contraint d’effectuer son service militaire. Mais, victime de mauvais traitements, il est obligé de fuir l’armée. De retour à Séoul, il s’aperçoit que ses parents ont disparu. Bien décidé à les retrouver, il entame alors tout un périple à travers la jungle polluée, d’où est originaire son père…
Une œuvre rare dans un monde qui s’effondre
Impossible de saisir le quatrième long-métrage de Gyeong-tae Roh de se pencher un minimum sur ses réalisations antérieures. D’abord pour comprendre qu’il s’agit, à proprement parler d’un « cinéaste de festival », à un point tel que sa distribution a pour condition sine qua none sa sélection en festival, ce qui avait justement fait défaut à son précédent, de fait invisible en France. Que Black Stone soit visible dans quelques (trop rares) salles n’est donc le fruit que de sa sélection au dernier Festival du film de Rotterdam. Mais, plus important encore : Le film poursuit une réflexion sur un grand nombre de thématiques récurrentes chez Roh, à savoir l’éclatement des cocons familiaux, la place des minorités dans une Corée extrêmement sectaire et surtout la pollution (le film est ainsi le dernier volet de ce qu’il a qualifié de « trilogie sur la pollution environnementale »). La minorité que le cinéaste place en victime des préjugés nationalistes ici est celle des « métis », puisque c’est ainsi qu’est qualifié le personnage de Shon, mais aussi ses parents immigrés, qui sont tous trois victimes d’une discrimination méprisante. C’est sur cet immonde constat que débute le film, reposant sur un naturalisme terriblement brutal.
Deux films en un, mais un ensemble parfaitement cohérent
Car le dispositif du réalisateur est de scinder son récit en deux : celui-ci est, dans un premier temps, ancré dans un matérialisme urbain filmé à grand coups de plans courts et peu dialogués (le réalisateur assume l’influence bressonnienne) nous faisant suivre le drame dedeux générations de marginaux en proie à des humiliations quotidiennes. Le rythme créé par le montage alterné empêche alors de s’installer un misérabilisme qui aurait été d’un mauvais gout contre-productif. Violences sexuelles au cours d’un service militaire (obligatoire pour une durée de deux ans pour les Coréens… et un taux de suicide tout simplement inhumain) et conditions de travail violentes et contraires aux règles d’hygiène sont ainsi le centre cette double narration. Le ton cru dans cette représentation sans concession de la société coréenne n’est pas sans rappeler la radicalité du cinéma de Kim Ki-duk, même si celui-ci ne s’était jamais permis de filmer de façon frontale une scène de sexe entre hommes comme l’a fait Roh dans son film. L’homosexualité est en effet un sujet terriblement tabou en Corée, classé parmi les pays les plus homophobes au monde, et où sa représentation sur grand écran est limitée à des scènes suggestives dans des films uniquement diffusés dans des festivals LGBT undergrounds (espérons que la romance lesbienne de Mademoiselle changera la donne !). Thématique plus interdite encore : la séropositivité. Que la scène de sexe soit, en l’occurrence, un viol (l’orientation sexuelle de Shon restera trouble) et que le Sida dont il sera ensuite atteint soit mis en parallèle avec cette autre contamination qu’est la marée noire laisse donc une image si relativement discutable de ces deux sujets, que l’on comprend alors que les distributeurs français n’aient pas désiré mettre le film en avant.
Après une rupture tout en douceur, le récit va peu à peu quitter cet univers citadin oppressant pour rejoindre un décor rural, qui malheureusement se révèle lui aussi être la victime de l’activité humaine et d’un capitalisme destructeur. Le cinéaste se réfère alors directement à la catastrophe des 10 500 tonnes de pétrole qui s’échouèrent sur les plages touristiques près de Daesan en 2007, détruisant tout un écosystème maritime, ornithologique et ostréicole. Le film va dès lors complétement se métamorphoser, d’abord grâce à sa mise en scène qui va désormais se composer de plans étirés, toutefois entrecoupés d’images de la forêt, apparaissant comme autant de rappels d’une pureté qu’il faudra ne pas oublier de respecter. La tonalité va également se muer d’un naturalisme cru en une imagerie poétique, multipliant les allégories de la quête intérieure de son héros (Shon, son père n’étant plus alors qu’un personnage secondaire) vers un repos bien mérité loin de ce qu’il vécut précédemment. Une paix difficile à trouver tant les décors sont souillés par ces ignobles amas de pétrole, dont l’oppression olfactive devient presque perceptible. C’est donc vers une certaine quête spirituelle qu’il va se tourner, faisant alors vaciller la dramaturgie dans une série de scènes oniriques qui, elles, renvoient automatiquement au cinéma d’Apichatpong Weerasethakul… les moyens en moins. C’est donc avec une stop-motion assez élémentaire mais non moins suggestive que ces scènes fantasmagoriques sont illustrées et apparaissent comme l’unique source d’optimisme dans ce long-métrage affreusement fataliste.
Difficile de rester insensible à ce film qui, en pointant du doigt les pires travers de son pays, fait de la résignation et du retour à une nature brute les seules alternatives pour se défaire d’une humanité corrompue. Beaucoup de maladresses sont à déplorer dans cette réalisation, mais paradoxalement elles ne font que renforcer la sincérité désenchantée du propos.
Black Stone : Bande-annonce (VOSTFR)
Black Stone : Fiche technique
Réalisation : Roh Gyeong-Tae
Scénario : Roh Gyeong-Tae
Interprétation : Tae-Hee Won
Musique : Olivier Alary
Producteur : Antonin Dedet
Sociétés de production : Neon Productions, Teddy Bear Films Company
Distributeurs : Outplay
Récompenses et Festival : Selection au Festival du Film de Rotterdam
Durée : 93 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 juillet 2016
D’abord Ron Howard, puis Spike Jonze, c’est finalement, le talentueux David Fincher, que l’on retient surtout pour le cultissime Fight Club, qui s’attache à la nouvelle de F. Scott Fitzgerald, L’étrange histoire de Benjamin Button, sortie dans nos salles en 2008. Il continue de représenter romans et littérature à travers son cinéma, mais sans jamais chercher la facilité tant dans l’écriture que la réalisation.
Synopsis : La veille de l’ouragan Katrina en 2005, Daisy vit ses dernières heures, elle demande à sa fille, Caroline, de lire le journal de l’amour de sa vie, Benjamin Button. Né le 11 Novembre 1918, Benjamin a inversé les règles du temps en naissant avec l’apparence physique d’un vieil homme…
Jusqu’à ce que le temps nous sépare…
Alors qu’il maîtrise à la perfection le thriller et le suspens, nous pouvons constater que Fincher présente cette fois une nouvelle manière d’écrire et de porter ses histoires à l’écran à travers une fable plus poétique, mais toujours aussi psychologique envers ses personnages, relatant tous les thèmes liés à la vie, la mort, le temps qui défile, par son long-métrage.
Le personnage de Benjamin Button représente une certaine rupture à cet écoulement naturel. Comme le reste de l’humanité, il sera destiné à mourir, mais contrairement à eux, son corps inverse cet obstacle du temps et le récupère en rajeunissant physiquement tout en grandissant. En conséquence, il va inverser le cercle de la vie littéralement, passant du petit vieux faible et malade, à un homme qui deviendra de plus en plus jeune.
Au départ, nous avons du mal à distinguer ce qui prédomine chez Benjamin, c’est un être qui développe un esprit innocent d’un petit garçon qui se cherche, pour autant ses traits vieillissants peuvent aussi le faire passer pour une personne sénile auprès des autres individus de la pension.
Malgré sa longueur, et sa lenteur dans la narration, le spectateur ne peut qu’être troublé par le parcours de Benjamin qui est un paradoxe face à ses proches. Nous serons émus tout le long du film, comme le moment où il se lève de sa chaise pour la première fois, il libère son corps et commence enfin à pouvoir vivre. Cette idée renvoie aux travaux du paléontologue Leroi-Gourhan démontrant que le visage existe dès l’instant où l’Homme se met debout. L’Homme devient homme quand il se lève et libère ses mains et son corps, il en est de même pour Benjamin Button qui montre les effets de son rajeunissement quand il parvient à se lever puis à marcher.
Un scénario au style très hollywoodien
L’étrange histoire de Benjamin Button reprend dans son conte fantastique tous les codes du héros initiatique, non sans une certaine prévisibilité. Benjamin est un jeune garçon vu comme un vieil homme. De ce fait, en dehors de son amie Daisy, il ne fréquente pas des gens de son âge mais des adultes, ainsi, il découvre rapidement le monde et les plaisirs de la vie liés au sexe et à l’alcool, et aux premières fois.
Malgré le développement de deux personnages principaux réussis, le scénario souffre parfois d’un mauvais équilibre dans son écriture, et manque d’intérêt dans certains passages au risque de perdre le spectateur dans ses 2 heures 40.
Ce choix peut se justifier à travers le détail de Fincher dans l’approfondissement de son personnage, autant physique que psychologique, mais aussi dans la reconstitution de l’histoire américaine du XXème siècle, commençant à la fin de la première Guerre Mondiale jusqu’aux années 90. Néanmoins, alors qu’il constitue un regard critique sur la société dans ses précédents longs-métrages, on pourra regretter la place du contexte historique au second plan, misant d’abord sur les aventures de Benjamin, dont l’histoire américaine gravite autour de son récit.
De plus, la narration, qui relève de l’autoportrait littéraire, relatée par la fille de Benjamin en lisant son journal, nous affirme que le réalisateur fait l’introspection de son héros et ses états d’âmes, sous forme de flash-backs.
La force de L’étrange histoire de Benjamin Button se place donc dans sa romance dramatique, portée par le duo d’acteur Brad Pitt (3ème collaboration avec David Fincher), dans le rôle de Benjamin et Cate Blanchett, interprète de Daisy. L’alchimie dans leur couple est indiscutable, ce sont deux âmes-sœurs qui souffrent de ne pouvoir vivre pleinement leur amour à cause du temps qui finira par les séparer tôt ou tard. La manière de raconter et d’expliquer leur relation est très intelligente et bien amenée que ce soit durant leur rencontre pendant l’enfance, ou lorsqu’ils se donnent une vraie chance quand leurs âges se rejoignent. Mais le temps finit par les rattraper, certes, le spectateur s’y attend, mais cela reste toujours bouleversant, jusqu’à la mort de Benjamin sous les traits d’un nourrisson.
N’oublions pas non plus la talentueuse Taraji P. Henson dans le rôle de Queenie, la mère de Benjamin, femme noire toujours présente pour son enfant, à l’inverse de son père biologique blanc, qui n’accepte pas la différence, et qui décide d’abandonner son fils. La tendresse de Queenie, et la sincérité dans le jeu de l’actrice assure sa nomination dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle et lui confirmera une belle carrière par la suite.
Enfin, la particularité, l’essence même du long-métrage se concentre sur ses effets spéciaux et la mise en scène qui ont permis l’obtention de 3 oscars techniques : meilleur direction artistique, meilleur maquillage, et meilleurs effets visuels. L’histoire de Benjamin est finalement presque l’excuse pour que David Fincher face de l’expérience de la motion capture une vraie prouesse technique.
La création du vieillissement est impressionnante, les moyens employés demandaient beaucoup de travail de la part de l’acteur comme des équipes d’effets spéciaux. En effet, Fincher a utilisé une vraie silhouette de plus de 70 ans pour sa première heure de film en y intégrant la tête de Brad Pitt maquillée par des effets numériques pour magnifier les traits du vieillissement, puis du rajeunissement (il en est de même pour Cate Blanchett qui joue aussi son rôle allongée dans son lit pendant l’ouragan Katrina). Au lieu d’utiliser d’autres acteurs, les équipes techniques ont réussi à reconstituer parfaitement les expressions du visage de Benjamin et de Daisy qui sont toujours reconnaissables, peu importe l’âge.
Enfin, nous retrouvons dans la réalisation de Fincher la récurrence du sépia, exclusivement réservé aux flash-backs du long-métrage dénonçant d’un point de vue esthétique l’usure du temps qui passe, pour contrebalancer à l’atmosphère du présent avec Daisy et sa fille Caroline. Cette tonalité renforce le caractère d’époque en apportant une certaine noblesse, tout en symbolisant le souvenir des Etats-Unis du XXème siècle, dont on ressent l’évolution et l’aboutissement avec les nouvelles technologies numériques pour créer et vieillir le visage de Brad Pitt.
Probablement pas son film le plus prenant, L’étrange histoire de Benjamin Button reste cependant une valeur sûre dans les œuvres de Fincher à travers sa mise en scène et son écriture soignées. Ici il traite du temps, de ses conséquences et de son impact sur notre corps et notre visage, sujet de la mort mais aussi de la vie. Plusieurs nominations, puis récompensés par des Oscars et des critiques favorables, David Fincher nous prouve qu’il n’est pas uniquement le maître du suspens, mais un réalisateur réfléchi cherchant constamment à se renouveler dans sa filmographie atypique…
L’étrange histoire de Benjamin Button : Bande-annonce
L’étrange histoire de Benjamin Button : Fiche Technique
Titre original : The Curious Case of Benjamin Button
Réalisation : David Fincher
Scénario : Eric Roth, Robin Swicord d’après la nouvelle éponyme de F. Scott Fitzgerald (1922)
Interprétation : Brad Pitt (Benjamin Button), Cate Blanchett (Daisy), Julia Ormond (Caroline), Taraji P. Henson (Queenie), Jason Flemyng (Thomas Button), Tilda Swinton (Elizabeth Abbott), Rampai Mohadi (Ngunda Oti), Elle Fanning (Daisy jeune), Mahershala Ali (Tizzy), Jared Harris (Capitaine Mike)…
Photographie : Claudio Miranda
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Musique : Alexandre Desplat
Décors : Donald Graham Burt
Costumes : Jacqueline West
Producteurs : Frank Marshall, Cean Chaffin, Kathleen Kennedy
Société de production : The Kennedy/Marshall Company
Distributeurs : Paramount Pictures (Etats-Unis), Warner Bros. (Monde)
Budget : 160 000 000 $
Récompenses : Oscars de la meilleure direction artistique, du meilleur maquillage, des meilleurs effets visuels ; BAFTA Awards des meilleurs effets visuels, du meilleur maquillage et cheveux
Durée : 165 minutes
Genre : Fantastique, drame
Date de sortie : 4 février 2009
Dire que Stranger Things est une série qui fait honneur à la science-fiction des années 80 est un euphémisme. Elle baigne dans ce qu’il y a eu de meilleur, en ramenant à la vie tout ce qui nous manque le plus, notamment du côté des œuvres de Spielberg. De ce fait, même la promotion renvoie à cette époque avec un poster promotionnel (photo ci-contre) digne des chefs-d’œuvres de Drew Struzan, ainsi que la police de son générique.
Synopsis : En 1983, dans la petite ville d’Hawkins, un jeune garçon prénommé Will Byers disparaît mystérieusement un soir alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui. Sa mère et son grand frère, inquiets, contactent le chef de police, Jim Hopper, afin d’enquêter sur cette disparition. Pendant ce temps, les amis de Will retrouvent une jeune fille au crane rasé perdue, à l’endroit même où il avait disparu…
Hommage à la jeunesse des années 80…
Alors que nos chers studios relancent nos sagas cinématographiques préférées entre remakes, reboots, et suites pas forcément réussies, les frères Duffer créent une histoire originale en utilisant les meilleurs ingrédients de succès populaires, agrémentée d’un suspense à la Stephen King. Attention, nostalgie garantie (et aux risques de spoilers).
On ne compte plus les références et les clins d’œil à la culture pop et aux films des années 80. C’est amené tout le long de la saison avec intelligence et c’est vraiment rafraichissant, que ce soit l’innocence de nos héros incarnés par des enfants, faisant écho au film Les Goonies, mais aussi les mystères autour du personnage d’Eleven et des scientifiques à sa poursuite qui rappellent énormément le schéma scénaristique d’E.T. Enfin, la créature à l’origine de la disparition de Will accompagnée de décors sombres et glauques des sous-sols du laboratoire font directement penser aux aliens de Ridley Scott. Les deux réalisateurs ont réfléchi à chaque détail pour qu’on puisse revivre cette belle époque à travers les styles vestimentaires, l’ambiance musicale (quel bonheur de réentendre Africa dans une série de 2016) et les différentes activités, en passant même par nos jeux de rôles tel que Donjons et Dragons.
Mais ce n’est pas parce qu’ils ramènent tous ces codes passés que nous ne trouvons pas une certaine modernité dans ce scénario. En effet, en mélangeant les références, nous abordons une histoire inédite, au récit qui avance à bonne allure pour qu’on ne décroche jamais de notre écran. La part d’originalité de la série se place dans un monde obscur, le monde à l’envers gouverné par un monstre étrange. À l’inverse du voyage dans l’espace ou d’apparitions extraterrestre, la menace ne vient pas d’ailleurs, elle est cachée sur notre planète et c’est l’un des points forts des frères Duffer : une série actuelle, mais dont l’histoire aurait pu sortir dans nos salles de cinéma il y a une trentaine d’années.
Les questions et les mystères se posent après chaque épisode jusqu’au climax qui semble résoudre l’intrigue principale sur où se trouvait Will, mais les grandes interrogations demeurent, apportant un vif intérêt aux spectateurs pour revenir voir la prochaine saison (pas officiellement commandée).
Pour raviver encore plus notre nostalgie, Stranger Things a l’audace de ramener une actrice réputée des années 80 et 90, Winona Ryder, surtout connu pour les œuvres de Burton, et sa collaboration aux côtés de Sigourney Weaver dans Alien : la résurrection. Après une traversée du désert, Ryder revient dans le rôle de Joyce Byers, la mère éplorée à la recherche de son petit garçon. Au départ, le jeu de l’actrice ne convainc pas forcément, mais son personnage deviendra très intéressant dès le second épisode étant donné que c’est la seule persuadée que Will soit toujours en vie comme ses amis. C’est intéressant de voir finalement qu’elle revient, 30 ans plus tard, dans un genre qui lui colle à la peau et qui l’a fait connaître, mais elle n’a pas perdu de son talent à travers ces huit épisodes, bien au contraire.
Par rapport au reste de la distribution, nous avons un sans faute. Les quatre garçons sont naturels, attachants et nous rappellent une fois encore les jeunes héros des longs-métrages de notre enfance, mais la surprise de la série c’est bien Millie Brown, interprétant l’énigmatique Eleven. Elle surprend, elle habite son personnage, et il est évident qu’après ce premier rôle, il faudra guetter sa carrière de plus près.
Notre bilan de cette première saison : après un pilote réussi, les épisodes se succèdent et nous offrent une certaine qualité dans ses storylines et dans sa dramaturgie.
Le scénario est construit de telle manière que chaque épisode apporte quelques indices sans trop s’avancer, laissant suffisamment de temps aux spectateurs pour faire ses propres hypothèses sur le monde à l’envers, la disparition de Will, ou les expériences des scientifiques sur Eleven.
De plus, même si les enfants sont les principaux protagonistes du récit, les adolescents ont leurs propres développements. On suit les déboires amoureux de Nancy (interprétée par Natalie Dyer) avec son petit copain qui reprend les stéréotypes du rival, jaloux du « héros » sans pour autant entrer dans le cliché. Personnage assez niais au départ, elle finira par vouloir aider Jonathan Byers (joué par Noah Schnaps) à retrouver son petit frère Will. Chacun des personnages est suffisamment développé pour qu’on s’intéresse à son parcours. Ainsi nous suivons trois histoires parallèles – les amis de Will collaborant avec Eleven pour le retrouver, Nancy et Jonathan qui veulent affronter la créature, Joyce et Jim Hopper enquêtant du côté du laboratoire du département de l’énergie à l’origine de phénomènes surnaturels – qui finiront par se rejoindre pour les deux épisodes finaux.
Les frères Duffer ont une réalisation excellente et maîtrisée (mais on n’en attend pas moins de la part de Netflix). Nous ressentons leur amour pour cette époque révolue, et ils font tout pour raviver la flamme avec succès que ce soit dans sa tonalité, son ambiance et ses effets spéciaux. Tout est dans la suggestion et la nuance, rendant l’atmosphère pesante et inquiétante dans la plupart des séquences de poursuite dans la forêt ou le laboratoire, sans parler d’une bande-son irréprochable tout du long. Nous avons vraiment l’impression de voir un film de 8 heures.
Le challenge était surtout de devoir conjuguer science-fiction – années 80 – souvenirs, non pas dans un long-métrage, mais dans une série de plusieurs épisodes. Ce fut la partie la plus inédite de la part des frères Duffer qui ont réussi leur pari pour Stranger Things saison 1. Près de deux semaines après son lancement, cette série est devenu le hit de l’été dont tout le monde parle et qui risque de faire de l’ombre aux autres séries du moment tel que Game of Thrones ou The Walking Dead…
Stranger Things est diffusé sur la plateforme Netflix depuis le 15 juillet.
Stranger Things saison 1 : Bande-annonce
Stranger Things saison 1 : Fiche Technique
Créateurs : Matt Duffer, Ross Duffer
Réalisation : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy
Scénario : Matt Duffer, Ross Duffer
Interprétation : Winona Ryder (Joyce Byers), David Harbour (Jim Hopper), Matthew Modine (Dr Martin Brenner), Cara Buono (Karen Whiler), Finn Wolfhard (Mike Whiler), Millie Brown (Onze/Eleven), Gaten Matarazzo (Dustin), Caleb McLaughlin (Lucas), Noah Schnapp (Will Byers), Natalie Dyer (Nancy Whiler), Charlie Heaton (Jonathan Byers)
Direction artistique : Chris Trujillo
Image : Tim Ives, Tod Campbell
Montage : Kevin D. Ross, Dean Zimmerman
Musique : Kyle Dixon, Michael Stein
Décors : William G. Davis
Costumes : Kimberly Adams-Galligan, Malgosia Turzanska
Producteurs : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy, Dan Cohen
Société de production : 21 Laps Entertainment
Société de distribution : Netflix
Date de sortie : 15 juillet 2016
Format : 8 épisode de 50 minutes
Genre : science-fiction
Fincher s’évertue à faire revivre le mythe Zodiac dans un film incisif, austère et froid : une leçon de mise en scène.
Synopsis : Le 4 juillet 1969, le soir de la fête de l’Indépendance, deux jeunes adultes se font tirer dessus entre les villes de Benicia et Vallejo en Californie. Un homme contacte les services de police locaux et annonce avoir commis ce crime. Le San Francisco Chronicle, l’un des importants journaux de la ville, reçoit ensuite une lettre revendiquant ce meurtre, tout comme deux autres quotidiens de la région. Le tueur présumé, qui se présente sous le pseudonyme du Zodiac, accompagne sa revendication d’une énigme. Robert Graysmith est un jeune dessinateur du journal. Sa vie bascule lorsqu’il se lance dans le déchiffrage de cette énigme,
On savait depuis ses débuts que David Fincher était de cette trempe de cinéaste qui aiment à aller à rebours et sortir des sentiers battus. Alors, quand le natif du Colorado affiche son souhait, à l’orée 2006, de saisir l’interminable traque faite autour du tueur du Zodiac, on ne pouvait décemment qu’être tiraillé entre la joie la plus pure et l’inquiétude la plus folle. Il faut dire que le cinéaste américain fait montre depuisAlien 3, d’une fâcheuse tendance à s’engouffrer, voire se nicher dans une approche auto-destructrice presque narcissique. Comprenez que sous couvert de se prêter à un genre ultra-codifié (le thriller avec Seven notamment), le cinéaste préfère apposer sa marque au détriment des piliers historiques du genre. Il détruit pour rebâtir en somme. Dans l’idée ce n’est, cela dit, pas une mauvaise chose. Qu’aurait donné son Seven délesté de cette flamboyance biblique épousant les pérégrinations de deux inspecteurs ? Ou que serait-il advenu de son The Game, s’il n’avait pris la peine d’en faire un film autant véhément que symbolique dans son approche de représentation de la société ? Assurément un tas de chose. Mais là où les deux films précités n’étaient que pures fictions, Zodiac s’avérait être bien réel. Ou l’histoire de la traque d’un tueur, insaisissable, énigmatique, ayant nargué la police et lancé non sans fracas la fâcheuse course à la popularité des figures criminelles. C’est donc dans ce crédo, fort périlleux que le film s’installe : comment faire ployer un genre de cinéma pour le subvertir ? Comment l’altérer pour mieux le porter à nu ?
Psycho Killer
Un casse-tête qui d’entrée nous faisait douter du bonhomme. Mais 2h30 et une traque éreintante/haletante plus tard, un seul constat semble de mise : David Fincher n’a rien perdu de son mordant. Pire encore : il l’a aiguisé. En compilant tel un méchant archiviste, tous les faits de cette affaire, le cinéaste arrive à créer une dramaturgie, qui plus est fondée sur l’accumulation. Les années défilent, le tueur se transforme en mythe et on assiste bien vite au délitement, qu’il soit physique ou mental, des personnes ayant passé une partie leur vie à traquer cette figure du crime. D’un vulgaire film policier, le film se plait alors à titiller les recoins quasi fantastiques de son sujet en témoignant d’une longueur qui le confine à une forme de songe (oude cauchemar) ou les protagonistes semblent courir après un fantôme, renforçant l’idée d’un film presque irréel, rêvé. Cela dit, si le sujet et son traitement laissent à penser que le ton du film oscille entre rêve et réalité, la forme, elle, est usée de telle manière à ce qu’elle rende le film terriblement normal. Pas d’univers hystériques ou de penchants nihilistes qui débordent : Fincher fait montre d’une sobriété qu’on ne lui connaissait plus et renforce paradoxalement la puissance de son sujet, bien malgré lui, cloitré dans un dédale de parking, couloirs, salles de rédactions, qui trustent en définitive toute l’avancée de l’intrigue. On assiste alors médusé à ce ballet de questions interminables, où se côtoient autant abnégation que résignation, entrain et fatigue, défiance et peur, qui à force d’égrainer ses minutes, voit son intérêt bondir. Là est d’ailleurs toute la force du film : savoir dérouler son intrigue, aux ramifications complexes, sans jamais la rendre absconses ou confuse. Tel un rapport d’enquête, le métrage peut alors dégainer non sans panache tous ses évènements un à un, quitte à arriver à une évidente saturation qui n’aura pour effet que d’amplifier l’atmosphère pesante du métrage. Cela dit, un problème récurrent subsiste. Pourquoi descelle t-on dans le derniers tiers du film une certaine déception ? Sans doute, est-ce le résultat d’un film délesté des intrigues retors caractéristiques de Fincher, qui accuse le coup en définitive des limites de son cinéma ? On ne pourra ainsi qu’acquiescer aux divers commentaires vantant un rythme parfois distordu et un montage assez aléatoire dans la gestion des dialogues. Mais, qu’importe puisque Fincher, sous couvert de raconter la traque d’un tueur insaisissable, se fait le défenseur des forces de polices et autres journalistes, qui de par leur abnégation communes ont su toucher du doigt le mythe Zodiac et presque l’attraper. Et rien que ça, ça valait bien un film.
Difficile d’expliquer en quoi Zodiac est une oeuvre majeure de la filmographie fincherienne. Certains diront qu’il n’est qu’un film bavard et faussement violent, quand d’autres pointeront qu’il n’est que le fruit d’un travailleur acharné, prêt à tout pour exhumer de vieux souvenirs d’enfance et accessoirement se faire un nom parmi les grands de la profession. On retiendra cependant un film aussi tendu qu’une arbalète, brillamment construit et surtout terriblement pesant. Apte à devenir une référence du genre en tout cas.
Zodiac : Bande-annonce
Zodiac : Fiche Technique
Titre : Zodiac
Réalisation : David Fincher
Scénario : James Vanderbilt, d’après les livres de Robert Graysmith
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Robert Graysmith), Mark Ruffalo (Dave Toschi), Robert Downey Jr (Paul Avery, journaliste au San Francisco Chronicle), Anthony Edwards (L’inspecteur William « Bill » Armstrong), Chloë Sevigny (Melanie), Philip Baker Hall (Sherwood Morrill), John Carroll Lynch (Arthur Leigh Allen), Brian Cox (Melvin Belli), Dermot Mulroney (Le capitaine Marty Lee)
Musique : David Shire
Photographie : Harris Savides
Montage : Angus Wall
Direction artistique : Keith P. Cunningham
Décors : Donald Graham Burt
Costumes : Casey Storm
Producteurs : Ceán Chaffin, Brad Fischer, Mike Medavoy, Arnold Messer, Louis Phillips (producteur exécutif) et James Vanderbilt
Sociétés de production : Paramount Pictures, Warner Bros. et Phoenix Pictures
Distribution : Paramount Pictures, Warner Bros.
Budget : 65 millions $
Format : Couleurs – 2.35:1 – numérique
Genre : policier, thriller
Durée : 156 minutes ; 162 minutes en version director’s cut
Dates de sortie : 17 mai 2007
Peut-être aurait fallu, pour glorifier la contribution d’un anonyme dans la conception d’une oeuvre poétique devenue une référence, un film qui soit lui-même un tant soit peu poétique.
Synopsis : Manhattan, 1929. A la tête de la glorieuse maison d’édition Scribner’s Sons, Maxwell Perkins reçoit les écrits de Thomas Wolfe, un poète excentrique mais dont le style littéraire unique ne manque pas de potentiel commercial. Tandis qu’il prend soin d’encadrer l’écriture expansive de son protégé, un lien très fort va naitre entre les deux hommes, jusqu’à ce que le succès et les rancœurs viennent mettre à mal cette amitié.
La grisaille littéraire
A n’en point douter, la littérature est l’une des choses au monde les plus dures à porter à l’écran. La solution de facilité est l’adaptation du livre direz-vous, mais qu’en est-il de l’écriture dudit ouvrage, et plus encore quand celui-ci relève du catalogue poétique ? La thématique de la création artistique et de la phobie de la page blanche a plusieurs fois été mise en image, notamment, à sa façon, dans Shining ou dans Barton Fink et Adaptation dans lesquels il était toutefois question de l’écriture de scénarios. Mais le choix du scénariste John Logan (auteur entre autres des deux derniers James Bond) est toute autre approche : L’observation de la relation entre deux hommes, un auteur et son éditeur. C’est ainsi que ce récit propice au mélodrame, a abouti entre les mains de Michael Grandage, bien connu dans le petit monde théâtral londonien mais qui allait réaliser là son tout premier film. L’auteur dont il est donc question dans le film est Thomas Wolfe. Ne culpabilisez pas si ce nom ne vous dit rien, le film promet, via la tagline de son affiche, de nous expliquer en quoi sa relation avec son éditeur, Max Perkins, a « bouleversé la littérature »… sauf que non, on ressortira de la séance sans en savoir plus sur cet homme -sinon qu’il écrivait beaucoup et de façon compulsive, la belle affaire !- et moins encore sur son impact sur son art.
Le scénario n’est donc en rien celui d’un biopic visant à ouvrir notre perception sur les coulisses de l’élite littéraire du siècle dernier, mais celui d’une « bromance », comme le disent nos amis d’outre-Atlantique, étirée sur une dizaine d’années. Cette précision est importante car la notion du temps est très certainement ce que Grandage maitrise le moins. L’exemple le plus flagrant est cet effet de working montage suivit d’un dialogue qui vient nous apprendre que, en quelques secondes, la diégèse vient de faire un bond en avant de 2 ans. Dès lors, le spectateur prend conscience que le film ne lui laissera aucune clef pour se repérer dans le déroulé de cette dramaturgie maladroitement elliptique, pas même un quelconque travail sur le vieillissement des personnages… ne serait-ce que sur les filles de Perkins qui se retrouvent de fait atteintes d’un improbable syndrome de Peter Pan. D’ailleurs quel est l’enjeu concret de ce récit ? Il s’agit vraisemblablement des difficultés de maintenir cette amitié alors que Tom Wolfe va, peu à peu, tandis que grandit son succès littéraire, « prendre la grosse tête ». Là encore, ce trait de caractère devra nous être notifié par les dialogues car cette évolution est parfaitement imperceptible dans le jeu des acteurs, identique du début à la fin. Un jeu qui d’ailleurs confère à la caricature car, contrairement à Colin Firth qui comme à son habitude joue la sobriété, Jude Law se livre à un exercice de cabotinage qui ne lui sied nullement et en vient à rendre son personnage agaçant. La seconde sous-intrigue concerne le rapport des deux personnages à leur femme respective, mais aucune résolution n’y est clairement apportée.
Et pourtant en offrant le rôle d’Aline Bernstein, la maitresse protectrice de Wolfe, à Nicole Kidman, on aurait pu espérer voir émerger une intensité romanesque à la hauteur du talent de l’actrice. Malheureusement, les dialogues surécrits qu’elle se retrouve contrainte de jouer font de chacune de ses scènes des passages pauvres en crédibilité. Et elle n’est pas la seule dont Grandage ne tire pas partie : Guy Pearce, dans la peau de F. Scott Fitzgerald, est très certainement l’acteur le plus convaincant du film… mais n’apparait que dans 3 scènes. De même pour Dominic West, comme toujours impressionnant dans la peau d’Ernest Hemingway, dans une seule et unique scène très courte. De quoi faire naitre chez le spectateur une profonde frustration, et le sentiment légitime que, quitte à être à ce point académique, le film aurait gagné à être un biopic de Max Perkins dans lequel chacun des monstres sacrés qu’il a fait publier tiendrait une place équivalente. Au lieu de ça, on se contente d’une comédie dramatique qui, certes, permet de mettre en avant la place mésestimée du métier d’éditeur dans la grande Histoire de la littérature américaine et le revirement que celle-ci a connu dans les années 30 au contact, notamment, de la musique jazz, mais le tout est mené avec un manque de rythme et de subtilité des plus regrettables, ce qui ne rend pas justice à son sujet, et va même faire l’affront à le noyer dans une dernière partie tire-larmes et donc superflue.
L’influence théâtrale du réalisateur ne se ressent pas que dans sa direction d’acteur, mais également dans sa mise en scène impersonnelle, incapable de sublimer autrement que par le dialogue le lien fusionnel entre ses personnages. L’unique parti pris artistique est certainement cette photographie grisonnante aux tons sépias, que lui assure Ben Davis entre deux superproductions Marvel, mais il ne s’agit finalement que du b.a.-ba de la grammaire cinématographique dès lors que l’on met au point une reconstitution des années 30. Cette imagerie se révèle de plus être d’une platitude et d’une morosité qui en viennent à tuer dans l’œuf les quelques tentatives de la réalisation de diffuser le moindre sentiment. C’est en revanche uniquement le travail de la direction artistique, avec ses décors et ses costumes soignés, qui pourrait, si le réalisateur avait su mieux les filmer, parvenir à faire du long-métrage une belle peinture de cette époque troublée par la Grande Dépression, un contexte socio-économique qui lui aussi ne sera exploité qu’au détour de l’un de ses dialogues trop littéraires pour être crédibles. On sortira de là avec le sentiment d’un film raté, puisqu’il n’a en aucun cas réussi à nous faire ressentir l’impact de son récit, ni même de l’œuvre de Wolfe, dont on ne nous a d’ailleurs évoqué l’écriture que des deux premiers de ses nombreux livres. Une histoire vraie tronquée donc, et un pétard mouillé dans sa volonté de glorifier le travail en amont de la sortie d’ouvrages littéraires devenus des références dans leur genre.
Genius : Bande-annonce
Genius : Fiche technique
Réalisation : Michael Grandage
Scénario : John Logan d’après l’œuvre d’Andrew Scott Berg
Interprétation : Colin Firth (Maxwell Perkins), Jude Law (Thomas Wolfe), Nicole Kidman (Aline Bernstein), Laura Linney (Louise Perkins), Guy Pearce (F. Scott Fitzgerald), Vanessa Kirby (Zelda Fitzgerald), Dominic West (Ernest Hemingway)…
Photographie : Ben Davis
Montage : Chris Dickens
Musique : Adam Cork
Direction artistique : Alex Baily, Gareth Cousins
Production : Michael Grandage, John Logan
Distribution : Mars films
Genre : Drame, biopic
Durée : 104 minutes
Date de sortie française : 27 juillet 2016
Synopsis : Meg Altman, récemment séparée d’un époux ayant fait fortune dans l’industrie pharmaceutique, et sa fille Sarah, diabétique, arrivent à New York et emménagent dans une grande maison équipée d’une panic room, pièce aux allures d’abri anti-atomique, destinée à servir de refuge aux occupants en cas d’agressions extérieures. Plutôt claustrophobe et ne jugeant pas l’installation très utile, le premier soir, Meg essaye de désamorcer celle-ci et y arrive partiellement. Malheureusement, trois malfrats pénètrent dans la maisonnée endormie. Meg surprend les intrus sur les caméras vidéos dont la maison est truffée, et elle et Sarah courent se réfugier dans la panic room. Mais c’est justement dans cette panic room que les malfaiteurs veulent se rendre, car c’est là que se trouve une fortune colossale… De plus, Sarah, étant diabétique insulino-dépendante, doit prendre ses médicaments qui se trouvent en dehors de la pièce. Que faire si l’on ne peut sortir ?
Art cloîtré
Cinéaste émérite issu des clips vidéos et autres vidéos promotionnelles, David Fincher fait partie du cercle très fermé des créateurs ayant un contrôle quasi total sur leurs projets. Représentant d’un style classique mais pourvu de réflexions psychiques, l’homme originaire du Colorado s’est fait une spécialité dans les films âpres et violents, travaillant avant tout sur l’ambiance filmique. Encore inégal dans son travail, l’auteur peut aussi bien parfaire son style, avec les merveilles cultes que sont Sevenet Fight Club, que témoigner des faiblesses avec un Alien 3 malade et un The Game manquant de consistance malgré une superbe atmosphère. Ce dernier étant une déception commerciale, Fincher trouve refuge auprès de la Columbia qui lui accorde un certain budget mais pour un film de commande.
A l’origine écrit pour Nicole Kidman et Hayden Panettiere, c’est finalement Jodie Foster et Kristen Stewart pour son premier véritable rôle au cinéma qui portent le film sur leurs épaules. Fincher s’offre un casting de rêve pour son premier métrage en collaboration avec la Columbia, en les accompagnant d’antagonistes de luxe en les personnes de Forest Whitaker et Jared Leto. Souhaitant marquer de son empreinte le cinéma hollywoodien, David Fincher permet à Panic Room d’être le premier film entièrement prévisualisé en trois dimensions avant même le début du tournage. Le souvenir de cette expérience se retrouve dans les célèbres plans du long-métrage, où la caméra traverse le décor comme bon lui semble.
Délivrance filmique
De hauts buildings, des paysages supra-urbanisés, le cadre new-yorkais semblait trop dense pour Fincher. Préférant de loin les espaces clos, le réalisateur a la malice de placer la totalité de son film dans un luxueux appartement et part d’un postulat simple : une femme et sa fille se retrouvent bloquées dans une panic room, une sorte de bunker de sécurité anti-infraction tandis que des malfrats tentent justement de dérober quelque chose à l’intérieur. Usant du travail des angles et des décors cloîtrés, tout en mêlant différentes techniques de mouvement caméra, du ralenti au plan séquence labyrinthique, David Fincher fait honneur à son style et réussit à marquer de son empreinte le cinéma contemporain hollywoodien.
Héritant du scénario de David Koepp, scénariste prodigieux ayant précédemment travaillé avec Spielberg et De Palma, Fincher semble pouvoir transcender toutes les histoires et tous les genres. Armé d’une volonté novatrice, il a témoigné d’une inventivité rare durant le tournage de son long-métrage, tournant les scènes de chaque étage séparément, puis, les raccordant grâce à des modélisations numériques 3D pour les espaces intermédiaires. Ce désir d’images animées va tellement loin qu’il a parfois reconstruit certaines parties de plans séquences ou de plans en grues, les trouvant moins fluides qu’il ne l’avait espéré. Le génie filmique va encore plus loin, notamment dans la réussite de sa mise en scène fluide et numérique, au sein d’un long métrage accès sur la claustrophobie, l’isolement et la paranoïa. De même, David Fincher réussit à parfaitement raccorder ses séquences entre les différents étages malgré leur tournage totalement décalé, la direction d’acteurs est ainsi au bord de la perfection, même si les prestations des antagonistes aux deux femmes auraient mérité à être étoffées. Jodie Foster et Kristen Stewart réussissent à être crédibles de bout en bout, la seconde faisant preuve d’une maturité et d’un charisme étonnants malgré son jeune âge durant le tournage. Seule une photographie un peu terne, certainement le résultat d’un numérique de synthèse dans la création des décors, notamment hors de la pièce refuge, peut amener le pinailleur le plus aguerri à déconsidérer le film.
Claustration artistique
Nonobstant les fameuses qualités du travail sur l’image de David Fincher, force est de constater que son propos est très loin d’être aussi inoubliable que sa réalisation. Affublé à juste titre du statut d’auteur engagé, notamment sur Fight Club, véritable pamphlet vulgaire à l’image d’une société de consommation résolument corrosive pour la condition humaine, Fincher ne peut réellement que garantir un travail d’adaptation du script de David Koepp, sous l’œil avisé de la Columbia. Panic Room reste un film de commande, possédant comme tous les autres films de ce type un cahier des charges bien rempli pour satisfaire des exigences commerciales. Ainsi, le réalisateur fait dans la transcendance filmique mais pas cinématographique. En résulte un regard neuf sur des scénarios audacieux sans être essentiellement profonds, prouvant que tout bon réalisateur de talent sait travailler sur n’importe quel support. Heureusement que le long métrage permet au réalisateur de renouer avec le succès commercial, le film engrangeant 196 millions de dollars au box office mondial, pour un budget somme toute correct de 48 millions, un succès d’estime donc.
Pourtant, nombre d’éléments auraient dû trouver un aspect critique au sein du long métrage, notamment de la paranoïa excessive des personnes aisées pour leurs fortunes et leurs personnes, au point de fabriquer une chambre spéciale pour s’isoler du monde. Ainsi, Panic Room possède, et ce à forte raison, un libellé de film mineur dans la filmographie de Fincher, surtout du fait d’un projet n’émanant pas de lui et par conséquent, ses thématiques se retrouvent en suspens par rapport au travail esthétique. De même, difficile de garder longtemps en mémoire les prestations de Forest Whitaker et Jared Leto, jamais transcendants ni imposants, se contentant d’assurer un rendu correct à leurs prestations. Enfin, il s’installe un rythme inégal et parfois répétitif compte tenu des maigres enjeux du long métrage, ce qui sort totalement d’une quelconque immersion claustrophobique au sein de cette production. Un script sensiblement en deçà de la magnificence de la mise en scène, au point que certains retournements semblent anecdotiques voire prévisibles, ce qui peut sembler difficilement acceptable de la part d’un esthète et d’un perfectionniste comme l’est David Fincher.
Panic Room reste cependant la quintessence qualitative d’un film de commande hollywoodien. Affublé d’une mise en scène d’esthète, réussissant l’exploit d’une véritable beauté numérique et d’une fluidité dans le cadre audacieuse pour un film aux thématiques et à la trame si cloîtrées. Cependant, même si la mise en scène tient de l’orfèvrerie la plus parfaite, le scénario, parfois répétitif et surtout assez peu consistant, paraît bien inférieur aux qualités filmiques transcendantales de l’ami Fincher. Un exercice fondamentalement réussi mais qui ne réussit pas le génie d’être plus que cela, se nivelant à la simple angoisse de survie et sans jamais démontrer une volonté critique.
Panic Room : Bande-annonce
Panic Room : Fiche Technique
Réalisation : David Fincher
Scénario : David Koepp
Interprétation : Jodie Foster (Meg Altman), Kristen Stewart (Sarah Altman), Forest Whitaker (Burnham), Jared Leto (Junior)…
Photographie : Conrad W. Hall, Darius Khondji
Montage : James Haygood, Angus Wall
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Columbia
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 112 min
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 Avril 2002 Etats-Unis – 2002