Cold War de Pawel Pawlikowski nous est dévoilé dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2018. Comme pour Ida, l’esthétique de cette romance fragmentée par la guerre est à se damner. Les cadrages, la lumière, l’angle de prise, tout est d’une beauté d’orfèvrerie incroyable. Mais il est dommage que le montage en ellipse ne permette pas une meilleure immersion émotionnelle envers ces deux personnages singuliers.
La guerre froide est un loup de mer qui ne permet pas au cœur de se réchauffer. Comme les personnages de Cold War, le spectateur aurait aimé profiter encore plus de cette relation amoureuse maudite qui s’arrête, reprend, et vice et versa, dans la frénésie la plus totale. La beauté des personnages, leur angoisse mutuelle et leur osmose charnelle ne suffisent pas à pouvoir les ramifier. Seuls le temps et la guerre sont les décideurs de cette aventure aux quatre coins de l’Europe.
Que cela soit dans une troupe chantant la gloire de Staline, les bars jazzy de Paris ou même les recoins reculés de Berlin, Cold War déploie sa beauté foudroyante, enchante par le prisme de ce Noir et Blanc qui est révélateur d’une grande élégance, mais apporte également une touche de nostalgie au récit. Sous la fine lame de cette mise en scène qui essaye tant que mal d’articuler une relation amoureuse sous perfusion d’ellipse temporelle, Cold War aime jouer sur la symbolique. Chaque plan, chaque regard est sous l’égide d’une guerre froide où l’État semble être l’ombre d’un monstre et le reflet d’une retenue qui ne permet pas l’explosion des sentiments.
Comme une épée de Damoclès qui retiendrait toute ferveur à cette histoire, le minimalisme du montage achève cette idée que cette relation ne pouvait pas se dérouler par l’écoulement du temps, mais plutôt par sa fragmentation. Malgré toute la splendeur visuelle de l’œuvre, la romance est un cinéma de genre, qui a besoin de chair ou de tendresse, mais surtout d’incarnation pour pouvoir dévoiler tous ses secrets les plus inavoués et c’est bien la limite de Cold War. Les séquences fonctionnent, elles sont sensibles, magnifiques pour certaines, comme à Paris, mais l’ensemble donne l’arrière-gout de voir un roman photo, ou les souvenirs fragmentaires d’une mémoire qui ne souhaite pas se remémorer tous les instants d’une relation tumultueuse.
C’est enivrant, mais terriblement frustrant. Car on ne ressent pas la frustration des personnages. L’éclosion de leur colère, le miroitement de leurs échappées au bout du monde nous paraissent très lointaines. D’une chambre en plein Paris, sur une scène de spectacle ou dans les ruelles désertes d’une nuit lumineuse, Cold War s’inscrit dans sa propre quête formaliste mais désarme tous ses effets émotionnels. Elle, avec sa voix et sa chevelure blonde, lui, avec sa silhouette noble, nous éblouissent à certains moments. Elle chante mais paraît boudeuse et pleine d’énergie. Lui, un peu dandy sur les bords mais extatique dans ses sentiments langoureux.
C’est l’histoire d’une vie, de l’amour d’une vie sans que nos deux tourtereaux ne puissent y goûter pleinement. Au regard de Cold War, on y retrouve par moments cette classe qui exultait de La Dolce Vita de Federico Fellini, ce même pessimisme enchevêtré dans un costume un peu corseté, sans malheureusement la montée en exergue de la dramaturgie.
Extrait vidéo : Cold War
https://www.youtube.com/watch?v=7yus_N8VakA
Synopsis : Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.
[En compétition au Festival de Cannes 2018]
Cold War (titre original : Zimna Wojna), un film de Pawel Pawlikowski
Avec Joanna Kulig, Agata Kulesza, Tomasz Kot, Jeanne Balibar, Cédric Kahn, Agata Kulesza, Borys Szyc
Genres : Drame, Romance
Distributeur : Diaphana Distribution
Date de sortie Prochainement
Durée : 1h 24min
Nationalités : Française, Polonaise et Britannique
Présenté dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2018, À genoux les gars fait partie des films totalement dans l’ère du temps. Après l’affaire Weinstein et la libération de la parole des femmes, Desrosières réunit tout ce dont on avait besoin pour continuer sur cette lancée grâce à deux jeunes actrices incroyables porteuses des plus grandes voix féministes.
La qualité du scénario d’Antoine Desrosières mêlé au talent naturel des deux jeunes actrices font du film À genoux les gars une provocation fine pleine de sincérité. Entre humour et émotion, le cinéaste fait de Inas Chanti et Souad Arsane les voix d’une jeunesse féministe que l’on se plaît à écouter et regarder. « Et pourquoi tu veux pas me sucer ? Parce que je suis féministe. » Desrosières interroge nos représentations sociales les plus ancrées pour le grand plaisir de la salle où résonnent les éclats de rire. En faisant une suite indirecte à son moyen métrage présenté en 2015, le trio continue sur sa lancée avec pour ce projet une écriture collective se refusant à baisser les yeux. Les filles parlent franchement, sans honte, sans se cacher et refusent à tout prix la domination patriarcale en balançant leurs mots aussi brutalement qu’elles le pensent. C’est sans compter sur l’art corrupteur et persuasif de ceux auxquels elles sont opposées dans ce match de boxe sans fin où le gagnant sera celui qui humiliera le plus l’autre. Mais le ring n’est que le reflet de la société contemporaine qui nourrit la honte des femmes par les actes scandaleux des hommes. La force féminine est ici autant un sujet que son impuissance face au patriarcat intégré. Inutile de préciser davantage la portée politique que ce film possède mais l’on retiendra que ce qui est marquant c’est justement qu’il est bien plus que ça.
Toute la mise en scène et le jeu des registres marquent véritablement les esprits, parfois plus qu’un long métrage moralisateur. Le don naturel d’Inas Chanti et Souad Arsane, que le réalisateur avait déjà dirigées en 2015 dans Haramiste, pour être sœurs et complices en jouant le rôle de deux ados pleines de contradictions, est tout à fait remarquable. On ne se lasse pas une seconde du comique de situation hilarant dont fait preuve la jeune Yasmina, c’est d’ailleurs lui qui l’aide à s’en sortir, avec sa sœur. A l’instar de son personnage central, c’est aussi cet humour et ce décalage qui poussent le film au plus haut. Le mélange de tons offre au film une puissance salutaire dont les actrices ont su se saisir pour former des personnages atypiques qui leur appartiennent.
Extrait : À genoux les gars
Synopsis : En l’absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c’est parce que Yasmina fait tout pour qu’elle ne l’apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.
[Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018 ]
À genoux les gars, un film de Antoine Desrosière
Avec Loubna Abidar, Souad Arsane, Inas Chanti, Mehdi Dahmane, Sidi Mejai…
Genre : Comédie
Distributeur : Rezo Films
Durée : 1h38mn
Date de sortie : 20 juin 2018
La sélection officielle de ce Festival de Cannes 2018 nous dévoile Leto de Kirill Serebrennikov, un film qui transpire le rock et sa furie. D’un point de vue plastique c’est un délice esthétique, doté d’un noir et blanc majestueux malgré quelques effets un peu cheaps. Politique, engagé et miraculeusement profond, Leto reste malgré tout trop concentré sur son visuel de papier glacé pour émouvoir et emporter totalement.
Leto est aux antipodes de ce que l’on pourrait imaginer du cinéma russe, un cinéma austère, froid voire déshumanisé. Là, la jeunesse, la folie furieuse d’en découdre avec les conventions, cette volonté de faire suinter les amplis ou même de faire dandiner le pied de jeunes filles en fleurs, fait de Leto une œuvre qui casse l’image qu’on aurait pu lui prêter. Oui, le cinéma russe n’est pas qu’un art de la sinistrose et de la tension sociale.
Même si Leto garde un aspect social pertinent qui n’idéalise pas la vie d’un rockeur (pauvre salaire de gardien) ; tout en cultivant son discours engagé politiquement dans un contexte qui voit ces groupes de rock grandir pendant la guerre froide, période où l’ennemi américain (et notamment sa musique) était extrêmement mal vu, le cinéaste sort les enceintes du carton et fait chanter ses personnages à tue-tête durant presque 2h de film. À la lisière du film de bandes, de la comédie musicale et du récit initiatique, Leto est un mélange des genres assez opportun, joyeux et gentiment punk qui manie parfaitement sa capacité à rassembler autour de lui. Il est difficile de ne pas penser notamment à Control d’Anton Corbijn : soit à cause de la présence de ce magnifique noir et blanc, soit par ce thème musical représentant l’évolution et la maturation d’un groupe de rock.
Derrière cette joie communicative, cette photographie incroyable, cette mise en scène de l’ensemble aux chorégraphies esthétiques dynamiques, Leto n’est pas un film à l’espérance outrageante et sans limite. Le personnage de Mike, rockeur en déclin, bien rangé dans sa famille un poil miséreuse avec Natasha, va voir en un nouveau venu, Viktor, la possibilité de transmettre une flamme qu’il n’a plus. Si quelques effets cheaps et adolescents viennent un peu désamorcer la puissance vivifiante de Leto, Kirill Serebrennikov crée en Mike un magnifique personnage, d’une sagesse à fleur de peau, d’un recul assez représentatif d’une époque et aussi et surtout, d’une tristesse tout en retenue.
Avec ses lunettes sur le nez, ses longs cheveux et une classe que l’on aperçoit au premier coup d’œil sur de grandes plages abandonnées, Mike est un spectre aussi pessimiste qu’attendrissant sur un mouvement rock moderne et mondialisé, un fantôme vivant mais qui ne ressent aucune aigreur à propos d’une jeunesse prête à écouter les conseils. Sous les joutes d’un dispositif de papier glacé, Leto a parfois du mal à trouver l’émotion, a des difficultés à rendre audible son trio d’amoureux qui ne sait pas sur quel pied danser et qui s’avère slalomer entre le respect mutuel et la responsabilité de famille. Et même si le film est un coup de pied dans la fourmilière, que son brulot célèbre la liberté de création et d’être dans un pays qui demande à ce que l’on chante à sa gloire, Leto sait très bien que chaque chose a un prix, et que des sacrifices sont inévitables pour pouvoir continuer à jouer de la gratte.
C’est ce qu’il y a de plus beau dans Leto, au-delà de la mise en scène de la musique : cette amitié entre Viktor et Mike, chacun représentant une manière d’appréhender la musique et le métier de musicien, s’affranchir des cases et des conventions ou s’accepter et comprendre la musique différemment. Les failles sont visibles, mais nous ne sommes pas obligés de les écouter. Comme dans un album de rock, il existe parfois de mauvaises chansons. Avec Leto, on retiendra les tubes et les morceaux plus intimistes, nombreux et qui font briller de mille feux les accords de ce festin rock’n’roll.
Bande-annonce : Leto
Synopsis : Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.
[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]
Leto, un film de Kirill Serebrennikov
Avec Irina Starshenbaum, Teo Yoo, Roman Bilyk…
Genre : Drame, Musical
Distributeur : Kinovista/Bac Films
Durée : 2h 06 min
Date de sortie : Prochainement
Comme dans Valley of Love, le personnage de Les confins du monde est à la recherche d’un fantôme initiatique. Guillaume Nicloux sonne le premier électrochoc du festival de Cannes 2018, dans la section de la Quinzaine des réalisateurs avec un film âpre, sec et violent, ponctué d’une imagerie aussi ésotérique que cadenassée.
Guillaume Nicloux continue à faire avancer son cinéma dans un retranchement encore plus spectral qu’à l’accoutumé dans lequel ses personnages plongent à corps perdus dans une quête initiatique et existentialiste. Alors que la Californie était les entrailles du souvenir d’un fils disparu, l’Indochine devient le tombeau d’un militaire ayant vu son frère et la femme de ce dernier tués et torturés pendant les insurrections japonaises en 1945. Ce qui fascine Guillaume Nicloux dans cette démarche artistique ce n’est pas tant la finalité de la vengeance ni de la découverte d’un mystère, mais la fusion entre l’Homme et son environnement ; c’est de faire ressentir l’espace de la manière la plus ésotérique voire organique qui soit pour que l’expérience devienne totale dans une jungle propice à tous les vices.
Mais en rentrant plus profondément dans cet univers « impitoyable », le personnage d’un Gaspard Ulliel habité et au porte de la folie, s’enfonce encore plus dans la folie et la primitivité de sa condition. L’armée est un endroit clos, où la promiscuité physique et mentale se délite face à la peur d’une mort se trouvant derrière chaque tronc d’arbre. Les confins du monde aurait pu simplement représenter la guerre et la bataille entre deux entités aux raisons différentes. Plutôt que de mettre son film dans un manichéisme qui s’avère parfois obligatoire dans les films de « guerre », le cinéaste français rend quasiment invisible l’ennemi opposé, notamment le dénommé Vo Binh qui est le centre de toutes les pensées d’un Robert Tassen en quête de vengeance.
Ce sentiment d’insécurité renforce l’aspect mystique de l’œuvre, et accentue le fait de voir ses hommes se ramifier derrière les pires atrocités sans que rien ne puisse les juger moralement ou judiciairement. La jungle, filmée sous toutes ses coutures, avec une précision d’orfèvre et une photographie sublime, devient le centre névralgique d’une bataille intérieure, et représente le cerveau cabossé ou l’esprit tourmenté de Robert Tassen. Les confins du monde est un exercice de style assez périlleux, complaisant dirons les plus réfractaires à l’œuvre, mais qui distille sa violence graphique avec une certaine maîtrise. Le film ne dissimule rien, que ça soit les corps encore en vie, les corps en érection ou en plein rapport sexuel ou ceux démembrés et déchiquetés par la guerre.
Derrière cette quête mentale qui trouve son paroxysme par l’effluve épidermique d’une violence gore outrancière, ses soubresauts sanguinolents permettent d’accompagner avec puissance la vision mortifère d’une zone où la priorité est de rester en vie. Cette représentation de la violence est la symbolique de l’état en friche de la conscience malade de son protagoniste principale, à l’image du parti pris d’un film tel que A Beautiful Day de Lynne Ramsay. Comme en témoigne cette première scène qui nous dévoile un Robert Tassen, seul survivant à un génocide, englouti par une masse de corps ensanglantés et informes, Les Confins du monde est une parenthèse désenchantée à l’humanité : la cloison entre l’Homme et l’animal éclate pour ne faire qu’un à l’image des rapports hommes/femmes qui ne sont que de simples effusions charnelles et destructrices.
Ce Cannes 2018 a sans doute trouvé sonOnly God Forgives à lui : une quête vengeresse qui lorgne vers le cinéma de genre initiatique oppressante à défaut d’être subtile et théorique, où la mise en scène quadrille avec habilité et austérité une violence naturaliste et percutante. C’est l’épuration totale d’un état de transe, où la réalité et le rêve s’accompagne dans la noirceur la plus aveugle.
Bande-annonce : Les Confins du monde
Synopsis : Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais une rencontre avec Maï, une jeune indochinoise, va bouleverser ses croyances.
[Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2018]
Les Confins du monde, Un film de Guillaume Nicloux
Avec : Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tra, Gérard Depardieu…
Distributeur : Ad Vitam
Genre : Historique, Guerre
Durée : 1h43
Date de sortie : Prochainement
Plaire, aimer et courir vite est le quatrième film de la compétition à être projeté pour le 71ème Festival de Cannes. 11 ans après Les chansons d’amour, Honoré revient dans la sélection officielle et, pour une fois, le public aurait voulu plus d’amour et moins d’engagement dans un film qui déçoit globalement malgré ses qualités.
Plaire, aimer et courir vite n’est pas un mauvais film, il a même beaucoup de qualités esthétiques et Christophe Honoré confirme indéniablement son talent pour diriger les acteurs, mais le film met du temps à démarrer. On assiste encore une fois à une mise en lumière de la cause gay via celle du sida là où l’on aurait pu trouver un film d’amour très touchant, parce qu’il n’y a pas que la lutte qui réside dans le fait d’être homosexuel, au contraire même. Il est regrettable de voir un réalisateur lui-même concerné sombrer dans une certaine complaisance qui empêche le film de briller par ses grandes qualités. La capacité d’Honoré à insérer des chansons dans son cinéma est toujours remarquable, mais ici les scènes qui auraient pu être divines en alliant image et musique se retrouvent peu passionnantes par le choix de ce qui est montré de l’intrigue à ces moments-là. Si le cinéma lesbien se développe plutôt bien ces dernières années, les couples d’hommes se font plus rares à l’écran. Plaire, aimer et courir vite avait le mérite de leur donner de la visibilité en pouvant montrer que c’est toujours de l’amour mais Honoré passe à côté du sujet. On croit même à un moment à une imitation de Carol lorsque Lacoste murmure « Mon ange » à Deladonchamps mais la tendresse et la grâce montrées à l’écran ne sont pas vraiment comparables.
D’un point de vue visuel, Plaire, aimer et courir vite est évidemment très intéressant avec l’omniprésence du bleu qui amène un certain apaisement, à moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil marin à sa Bretagne natale. Espérons en tout cas que ce n’est pas un ajout de stéréotypes en rapport avec la masculinité qui dirige le film. Justement, la force du cinéaste est de faire un film masculin sans passer par cette virilité, que l’on trouve toujours dans la guerre ou l’action au cinéma, mais plutôt en laissant toute sa place à l’émotion, toute autant virile. Elle est d’ailleurs portée par un trio d’acteurs majoritairement brillant malgré le manque de profondeur qui leur est accordé. Vincent Lacoste est très convaincant contrairement à sa nonchalance habituelle qui peut agacer et mériterait bien pour l’instant d’être récompensé. Denis Podalydès illumine également le film avec son regard décalé et son humour qui amène la légèreté dont on a besoin. Pierre Deladonchamps, lui, reste plus fade et plus en retenue dans un rôle sans doute moins intéressant.
Bande-annonce : Plaire, aimer et courir
https://www.youtube.com/watch?v=2GdZ1EwSALo
Synopsis : Nous sommes en 1990. Arthur (Vincent Lacoste) a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.
[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]
Plaire, aimer et courir vite, un film de Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès…
Genre : Comédie dramatique
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 2h 12min
Date de sortie : 10 mai 2018
L’année 2018 est une nouvelle fois riche en super-production sur grand écran. Parmi les quelques rares nouveautés sortant du lot, nous retrouvons des franchises qui se succèdent, et qui parfois se ressemblent, pour le meilleur comme pour le pire. Marcher sur un produit et un scénario qui a déjà rassemblé plusieurs millions de spectateurs dans les cinémas n’est pas toujours une super idée. À côté de cela, le recyclage peut aussi avoir du bon. Comme disait le célèbre chimiste Antoine Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Si cette citation s’applique avant tout dans l’évolution technologique ou de la médecine, elle apparaît toute aussi vraie dans le monde du cinéma, et les producteurs en abusent jusqu’à plus soif.
Les Films Issus D’une Suite En 2018
En vous rendant dans le cinéma le plus près de chez vous, en cette année 2018, les titres des films sont très généralement succédés de numéro pour signifier une suite. Ocean’s 8, Deadpool 2, Predator 4 sont des exemples frappants, permettant de situer à combien de productions du genre nous sommes rendus, et nous faisant prendre conscience qu’il y avait le premier qui était tellement bien, et qu’on en redemande. Mais dans la plupart des cas, c’est toujours mieux de s’arrêter à l’original, car la suite ne permet que de surfer sur la vague du succès, avant d’aboutir sur un nanar qui ne remplira plus les salles. Voici toutes les suites de films qui seront présentes dans vos salles de cinéma.
Ocean’s 8 : Si vous recherchez l’une des suites les plus inattendues, Ocean’s 8 de Gary Ross féminise très largement le concept lancé par George Clooney et Brad Pitt dans le milieu des casses en bande organisée, une bande à la cool. Cette série de films orientée sur les casinos à l’origine s’étend cette fois sur les podiums de New York. Sandra Bullock a un plan tout droit sorti de ses gênes d’Ocean, puisqu’elle interprète la jeune soeur de Dany.
Jurassic Wold – Fallen Kingdom : « La vie trouve toujours un chemin » comme dirait Jeff Goldblum, présent dans ce nouveau volet de Jurassic World, une sorte de remaster de Jurassic Park, mais davantage bonifié par la technique. Si la royaume tombe dans ce second volet Jurassic World, nous retrouverons quelques similitudes avec Le Monde Perdu sorti en 1997, et s’inspirant déjà du roman d’Arthur Conan Doyle. Rien ne se perd … .
Les Indestructibles 2 : Le film d’animation regroupant une famille de super héros, assurément indestructible, revient sur grand écran. Fort d’un large succès en 2004, le premier volet ne promettait pas une suite, ou du moins dans l’immédiat. Retrouvez les personnages à l’humour type Family Guy sera des plus amusants, pour les petits comme les grands.
Solo – A Star Wars Story : Comment passer à côté des nouveaux films Star Wars. Si jusqu’à maintenant, depuis la succession au sein des studios Disney, nous en attendions un par an, et plutôt en hiver, cette fois, l’épilogue de 2 heures 30 sur le héros Han Solo mêlera humour, nostalgie pour les premiers fans de la saga, et parcours à la vitesse de la lumière au sein du Faucon Millenium. Une production attendue de tous, avec un Harrison Ford laissant l’un de ses rôles les plus étoilés à un nouveau venu, Alden Ehrenreich.
Deadpool 2 : Si le premier volet laissait à désirer, tant les moments de flottement contrastés trop avec l’humour du héros le plus sanglant de la planète Avengers et Marvel, cette suite est attendue avec quelque peu d’appréhensions. David Leitch, le réalisateur, va-t-il davantage s’élançait sur le côté humoristique du personnage des comics, ou cette perception du tueur. Et quid d’une éventuelle rencontre avec Wolverine.
Avengers – Infinity War : Les franchises autour des super héros sont clairement mises en avant dans les salles de cinéma, et tout naturellement, la succession la plus attendue est celle des Avengers. Cette bande de super héros, composée d’Iron Man, Captain America, Thor et Hulk notamment, va encore vous faire vivre une guerre sans précédent, détruisant une bonne partie de la terre. Avengers : Infinity War est sans doute l’une des meilleures productions du genre.
Pacific Rim – Uprising : Le premier volet lancé par Guillermo del Toro a été un véritable succès. Si l’on aime les robots géants, des aliens envahissant la Terre, et des scientifiques plus fous que leur propre théorie, vous serez servi. En revanche, pour ce qui a été de donner une suite à cette histoire, ce n’est pas la meilleure invention du siècle. Un crash attendu.
Cinquantes Nuances Plus Claires : De Grey, plus sombre et désormais plus claire, visiblement, il en faut pour tous les goûts, et on ne sait si cette aventure s’étendra encore sur une ou plusieurs générations. Que l’on aime ou pas, il faudra encore compter sur Clinquantes Nuances.
La Labyrinthe – Le Remède Mortel : Tout premier film sorti en 2014, quatre ans plus tard, c’est déjà le troisième volet qui est de sorti dans les multiplexes. Alors que l’on a déjà abandonné l’idée de voir un labyrinthe, il semble que le casse-tête soit plus complexe, tant pour le réalisateur que pour les spectateurs. Les écrits de James Dashner devraient davantage vous inspirer.
Mission Impossible – FallOut : Alors que le tournage de ce sixième volet mettant en scène Tom Cruise à Paris a fait la une des journaux français, la chute finale est-elle prévue pour ce nouveau film de la série Mission Impossible, il vous faudra épancher votre curiosité pour le savoir. Mais Ethan Hunt vous en fera voir de belles encore une fois avec des cascades folles.
Predator 4 : Encore une fois, les aliens fascinent toujours autant, surtout quand ils sont équipés comme les Predator, et que la chasse aux humains est ouverte. Pour tous ceux qui s’attendaient à retrouver Arnold Schwarzenegger, c’est raté, une tout autre mission l’attend, sauver la planète, en invoquant l’écologie, et non le lance-roquettes.
Sicario – La Guerre Des Cartels : Premier volet sorti en 2015 et réalisé par Denis Villeneuve, la guerre fait toujours rage à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour stopper le trafic de drogue. Avec le second numéro, La Guerre Des Cartels, nous ne retrouvons pas Denis Villeneuve aux manettes, mais Stefano Sollima, pour un thriller haletant.
Hôtel Transylvanie 3 : Si les contes Dracula et de sa fille vous ont émerveillé, ce troisième volet complétant une trilogie déjà programmée permet de faire une croisière en cette période estivale. Mais attention, la confrontation entre les humains et les monstres ne sera pas de tout repos. Une nouvelle fois, un film d’animation qui plaira aussi bien aux enfants qu’à leur accompagnant adulte.
Ralph 2.0 : Le héros des jeux d’arcade est de retour. Le spectateur est une nouvelle fois plongé dans l’univers des bornes d’arcade, de plus en plus tendance. Un retour fracassant, mettant une nouvelle fois en scène les héros des jeux les emblématiques et anthologiques du gaming des années 80 et 90.
American Nightmare 4 : Le jour le plus diabolique pour les États-Unis est une nouvelle fois une épreuve de force. En découvrant le premier volet, sous la forme d’un huis clos, nous pouvons être conquis par le concept de gens ayant la liberté de réaliser tous les vices qui leur font envie, sans impunité. Mais au fil des volets qui s’enchaînent, l’horreur et le suspens du premier numéro perdent de leur intensité, pour ne devenir qu’une simple guerre de rue, où tous se tuent avec le sourire, et sans remords.
Taxi 5 : Qui aurait cru Luc Besson encore capable de produire et de réaliser un film autour du taxi le plus célèbre de Marseille. Et bien c’est pour la cinquième fois une surprise, et pas du goût de tout le monde. Franck Gastambide et Malik Benthala sont davantage des Starsky & Hutch, ou Gastambide un transporteur façon Statham, mais avec l’apparition de policiers nains, de supporteurs de l’Olympique de Marseille, des surprises qui ne sont pas toujours de bon goût.
Des Séries Devenues Cultes, Mais Aussi De Véritables Ratés Pour 2018
Si l’on se réfère à Jurassic Park, Taxi, American Nightmare ou même Ocean, ces séries de films se succèdent, ne se ressemblent pas toujours, et offrent un spectacle parfois mitigé, ne répondant pas aux attentes du public, ou au contraire, offrant un nouveau tournant des plus haletants à tous les fans. Mais un seul maître mot ne doit jamais être prononcé avant chaque production, le point final. Cela n’existe pas, ou n’existe plus, comme vous voulez. Il faut donner un nouveau visage à chaque film qui peut connaître son petit succès. Avengers et Marvel l’ont très bien compris. Un nouveau méchant, de nouveaux héros, il faut dire que cette succession est quelque peu unique, tant les comics ont pu produire comme héros et antihéros en près d’un siècle de parution. Pour l’année 2019, il faudra là encore s’attendre à du très très lourd pour les films issus de séries. Les Marvel, Toy Story 4, Godzilla 2, Ça 2, Dragons 3, Anneballe 3 ou même Star Wars et James Bond seront présents dans les multiplex. Certaines productions s’essoufflent, et à juste titre, soit parce que ce n’est plus le même réalisateur, et que c’est simplement une volonté d’aller vite dans la production et réalisation du scénario. Finalement, nous nous demandons si l’industrie du cinéma est une affaire de gros sous, ou une volonté de nous faire rêver. Pour certaines créations, ce dernier constat est encore vrai, fort heureusement.
C’est dans une relative indifférence que s’est achevée le 15 avril dernier la huitième saison de Walking Dead, carton planétaire d’AMC adapté du comic-book éponyme de Robert Kirkman. Enfin, carton planétaire, c’est vite dit étant donné l’érosion progressive de l’audience qui voit la série revenir aux scores d’origine de 2011 sur cette saison. Après des pointes à 15 millions entre-temps, ça pique. Les chiffres seraient cependant un problème moindre (quoique) si les retours critiques, eux, étaient bons. Hélas, tandis que Game of Thrones, sa grande rivale, n’en finit visiblement plus de grimper, Walking Dead périclite jusqu’au point de non-retour. Comment en sommes nous arrivés là ? Explications depuis le point 0.
J’ai souvent reproché aux premiers lecteurs de Walking Dead une certaine ignorance du genre. Quand ils affirmaient que le comics de Kirkman était inédit car il se concentrait sur l’humanité survivante, il y avait de sérieux arguments pour les gifler. Comment peut-on être à ce point inculte ? Comment peut-on clamer aussi bêtement que l’ADN même du genre constitue l’iconoclasme de cette production ? Tout juste comme si Romero n’avait jamais existé. Or, nul besoin d’expliquer à toi, cher lecteur, que le zombie (comme toute grande figure monstrueuse) est une métaphore de l’humanité. Et que bien entendu, ces récits horrifiques sont là pour parler des survivants et interroger ce qu’il reste de notre espèce déliquescente. Et ce depuis les origines, et pas seulement depuis les écrits, assez moyens en plus, de Kirkman.
Ce n’est donc pas forcément acquis, voire un peu énervé par ma lecture, que j’abordais cette adaptation sérielle en 2011. Et si la saison 1 n’était pas une grande entrée en matière, elle était au moins suffisante pour vouloir pousser plus loin. A raison puisque la saison 2 était nettement plus convaincante, s’attardant vraiment sur ses protagonistes et créant des relations intéressantes et tendues. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la malédiction Walking Dead allait pointer le bout de son nez.
Car pendant la diffusion de cette saison 2, Kévin (appelons-le Kévin, no offense), 14 ans, trépigne devant son écran s’exclamant : « Azy, y’a pas assez de zombies et d’action, c’est nul ! ». Et tous les Kévin de la planète d’exprimer en cœur leur déception devant cette série de zombies qui parle trop. Alors, on vire le showrunner Franck Darabont (déjà peu en odeur de sainteté) et son successeur, Glenn Mazarra, met en place une saison 3 plus musclée, plus gore, versée dans le fan-service et fondamentalement plus stupide. Alors là des tripes, des morts, de la violence, c’était buffet à volonté ! Par contre niveau personnages…. Certains d’entre eux devenaient inintéressants, d’autres disparaissaient comme ça, sans même avoir droit à leur scène de fin et des revenants absents depuis plusieurs épisodes étaient de retour uniquement pour être trucidés. Et ne parlons pas du Gouverneur, méchant nullissime mais tout de même moins que son interprète.
Ainsi, en répondant aux attentes de ses fans les plus idiots, la série plongeait tête la première. Sa malédiction était en marche. Et je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, Walking Dead a été suivie durant sept ans par une part non négligeable d’idiots. Sa baisse qualitative, parfois d’un épisode à l’autre, tenait simplement au fait qu’AMC cédait crassement à leurs envies primaires exprimées sur les réseaux sociaux. Et, sans grand étonnement, les plus mauvais épisodes étaient souvent les plus appréciés par la minorité cacophonique. Maintenant que je me suis fait des amis, reprenons le cours des événements.
Car l’ironie, c’est que cette stratégie fan-service va fonctionner et que la saison 3 va propulser l’audimat de la série. A charge pour Scott Gimple, nouveau showrunner, de continuer sur cette lancée. On assiste alors à un braquage de toute beauté, Gimple reprenant en main le show pour l’amener, au moins sur la saison 4, très haut. Focalisé sur ses persos, cassant le groupe en cours de route, renouvelant les situations et les dilemmes, Gimple n’offre pas une continuité mais une forme de reboot à la série. Jusqu’à créer des bottle episodes formidables, comme l’errance de Daryl et Beth qui reste à ce jour le meilleur épisode de la série. A l’exception d’un catastrophique mid-season finale (l’assaut sur la prison), la saison 4 est quasiment parfaite et surtout, fait poindre de l’émotion et de l’empathie dans un show qui en manquait cruellement. Il y eu bien un ou deux Kévin pour râler mais dans l’ensemble, la série gagna encore des adeptes.
Gimple ne va cependant jamais ré-atteindre ses cimes par la suite et être de plus en plus cornaqué au fil des 5 saisons qu’il supervisera. Néanmoins, il va réussir à tenir le show dans un véritable entre-deux, ménageant la chèvre et le chou pour contenter tout le monde, y compris les idiots. En saison 5 et 6, la série crève les plafonds d’audience, devient l’une des plus suivies du câble et sa présence dans le champ médiatique explose. Walking Dead, comme sa rivale Game of Thrones lancée la même année, deviennent les phénomènes de société incontournables que l’on connaît. Et si l’une comme l’autre sont loin d’être aussi bonnes qu’on le dit, elles prouvent l’hégémonie totale de la culture geek. Car qui aurait pu prédire il y a dix ans que les séries phares de l’époque traiteraient de zombies et d’héroic fantasy ?
Pourtant, c’est aussi à cette époque de grand succès que la série essuie de vives critiques. Forcément plus regardée, les commentaires négatifs autour du show sont aussi plus nombreux. Si on délaissera les girouettes de hipsters, ce sont surtout les fans de la première heure qui se lassent de la série. En effet, Gimple décompresse son intrigue, sédentarise ses héros et traite, effectivement, plus de rapports de pouvoirs au sein d’une communauté que de survie face aux zombies. Cette relative stabilité, pourtant terreau riche, ne convient plus à certains qui lâchent l’affaire. Il faut du sang neuf.
Arrive alors la saison 7 qui introduit pleinement le personnage de Negan, annoncé au fil de la saison 6 jusqu’à un insoutenable cliffhanger. La série se trouve alors un antagoniste parfait (Jeffrey Dean Morgan, impeccable) qui, en un seul épisode polémique, s’attirera l’exquise haine des spectateurs. Le show reprend du poil de la bête mais voit pourtant son audience continuer de descendre. Negan fait plier l’échine des piliers de la série, les coups du sort se multiplient, la tension est à son comble et un vent frais souffle sur le show. Les chiffres ne sont pas là mais tout le reste prépare une chouette saison 8.
Monumentale erreur.
On avait donc laissé l’intrigue de Walking Dead sur l’ouverture du conflit tant attendu entre les adeptes de Negan et les alliés de Rick (Andrew Lincoln, toujours aussi mauvais). De ce point de vue, cette saison 8 répond aux attentes puisque elle est uniquement consacrée à cette guerre sanglante.
Et comme Kévin râle depuis deux saisons parce que c’est trop long, AMC croit bon de plonger à corps perdu dans l’action et la violence, au moins pour récupérer les fans les plus dégénérés. Donc oui, c’est bien gore, bien trash mais toujours filmé par des exécutants donc sans intérêt. Voir un tel faire panpan, un autre faire ratatam tandis qu’un zombie fait arrrrrgggg, ce serait intéressant si il y avait un point de vue. Ici, ce n’est quasiment jamais le cas, et avouons-le, ça l’a rarement été sur la série. Pour cette saison, quand un réalisateur sort de la charte de mise en scène anecdotique (voire catastrophique) des affrontements, on oscille entre la bonne idée perdue (le sacrifice d’une communauté dans un broyeur) et les clichés complètement éculés (Papa tient la main de son enfant dans le jardin d’Eden). Et ce, bien sûr, au mépris de toute dramaturgie un tant soit peu subtile ou audacieuse.
Ainsi, les personnages ne sont plus que des fantômes interprétés par des acteurs qui n’y croient plus et dont les arcs narratifs sont absolument les mêmes que la saison précédente. Daryl, Maggie, Jesus, Carole, Tanya ou encore Michonne n’existent qu’en toile de fond quand certains ne sont pas purement et simplement absents d’une douzaine d’épisodes. Le parcours de Morgan fait deux saisons de rétro-pédalage. Quant à l’affrontement entre Rick et Negan, il devient des plus usants, le même dialogue faussement politique entre les deux étant servi, re-servi, réchauffé, re-réchauffé ad nauseam. Pour vous épargner le visionnage, ça donne ça :
NEGAN
Rick, si tu n’étais pas aussi borné, tes amis ne seraient pas morts et tout se passerait bien.
RICK
Je vais te tuer Negan.
Le tout est à peine renouvelé à mi-saison par la mort d’un protagoniste. Mort qui sera d’ailleurs la seule d’importance de la saison puisque la série est très consciente qu’aujourd’hui elle ne peut plus se séparer des autres.
Cette mort est d’autant plus ridicule et malaisante qu’elle est un souhait profond des fans débiles (profonds) depuis des années. Souhait aujourd’hui assouvi. On reste dans de la fiction certes, mais demander maintes et maintes fois la mort d’un personnage fictionnel jusqu’à l’obtenir en dit beaucoup sur l’état d’esprit crasseux de certains spectateurs. A l’image des critiques insensées entourant Skyler dans Breaking Bad, on a l’impression que tout personnage évoluant dans le vrai et la raison, formant un petit rempart moral face à un héros chaotique doit absolument disparaître. Signe des temps d’un monde hypocrite aux valeurs très déplacées et déconcertantes.
A côté de ça, le sort réservé à Negan tient lieu, lui, de gros foutage de gueule tiédasse.
Cependant, au milieu du fracas et du gore, il y a surtout une question qui domine : Pourquoi ? Pourquoi ces personnages continuent-ils ? Pourquoi s’acharnent-ils à survivre dans un monde comme celui-ci ? Après 115 épisodes de décès traumatiques, de meurtres, de mutilations, de massacres, on retrouve toujours le même groupe usé, désespéré et à bout de force. Au moins autant que le spectateur qui s’inflige ces 16 épisodes semaine après semaine. La série pourrait donner le change, dire que c’est un chemin de croix nécessaire pour aller vers un nouvel avenir (ce qu’elle tente par ailleurs). Sauf qu’on sait pertinemment que ce ne sera pas la logique d’un show déjà renouvelé pour une neuvième (et espérons dernière) saison.
Après près de 130 heures, comment encore espérer une résolution à cette boucle infinie d’horreur ? Voir le meilleur après le pire ? Comment y croire quand, à chaque fois, on a plongé la tête des héros un peu plus loin dans la boue et le sang jusqu’à suffocation. N’importe qui se serait mis une balle dans la tête, pas eux et cela devient absolument incompréhensible au vu des événements. Probablement bien après son point de non-retour, la série perd la suspension d’incrédulité du spectateur, perdue trop loin dans sa noirceur pour qu’on croit encore à la lumière au bout du tunnel. Et de facto, dépourvue aujourd’hui de dramaturgie et de style, elle devient des plus pénibles à regarder. Plus d’avancée, plus d’histoire, plus de geste un tant soit peu créatif, juste le surplace crapoteux d’êtres en sueur et en haillons. Des êtres qui veulent la paix mais ne font que la guerre au point que lors des rares accalmies, ils ne peuvent qu’être tourmentés. Donc probablement jamais en paix à l’issue des événements qui parait de plus en plus lointaine.
Le spectateur, piégé comme les protagonistes dans cette boucle de répétitions nauséeuses d’un ennui (lui mortel) à au moins la possibilité d’en sortir. On ne saurait que lui conseiller tant la série répond aujourd’hui a son titre : un mort qui marche.
Le Festival de Cannes 2018, dans sa section Un certain regard, nous présente Donbass de Sergei Loznitsa. Pamphlet politique assez impressionnant par la puissance de son militantisme, aussi tétanisant que ricaneur, Donbass perd en pertinence suite à une mécanique trop lourde pour convaincre totalement.
Si Sergei Loznitsa voulait jouer à savoir qui avait les plus gros muscles, c’est plus ou moins réussi. Mais même si le réalisateur a les biceps solides, la charge portée n’est peut-être pas aussi lourde qu’il ne le prétend. Donbass nous dévoile une zone de non droit où l’Etat devient quasiment invisible, lieu décimé par la guerre avec une population chancelante, où les milices séparatistes ont carte blanche sur la société pour mettre en place le nouveau régime.
Corruption, société du mensonge, consumérisme vociférant, armée violente, absence totale de liberté de circulation, scènes de crime instrumentalisées, Donbass est un lieu du chaos, où les pros russes et les pros ukrainiens se combattent. Le réalisateur ukrainien a choisi son camp et il le fait savoir avec une ardeur palpable et la volonté farouche d’en découdre. Monté comme un film à sketchs, qui incorpore dans son architecture, un mélange des genres allant du burlesque à la terreur, de scènes de guerre à la comédie, Sergei Loznitsa accentue la violence de son discours, non pas par l’austérité esthétique habituelle d’une certaine frange du cinéma de l’Est, mais par une multitude de cassures de rythme agencées par le biais de séquences dont l’ensemble sert à matérialiser l’ampleur de la dérive de cette société-là.
Saynète sur un mariage cacophonique et ridicule, vision de l’horreur dans des souterrains logeant des miséreux, agressions et torture de pro ukrainien par les citoyens et orchestrées par l’armée. L’éventail est riche, aussi baroque que sombre, et se met à disposition d’un Sergei Loznitsa qui ne retient aucun de ses coups. Dans le chancellement de cette société, où se mélange guerre patriotique et guerre civile, le cinéaste joue les carnassiers avec une mise en scène tout en plan séquence, qui suit continuellement les pas incessants de ses protagonistes et qui permet, de ce fait, une immersion quasi physique et introspective. Donbass n’est pas qu’une simple insurrection mais est un véritable crachat sur l’ingérence de la politique russe : modélisant avec roublardise son aversion pour les pro russes par la diffusion de certaines situations équivoques et par le physique peu avantageux des membres de cette nouvelle société.
Malheureusement, le dispositif de Loznitsa l’oblige à devoir alourdir la mise en perspective de son propos : à l’image de cette séquence de mariage à la symbolique lourde et racoleuse, ou de cette scène avec le sceau d’excréments étant suivi de quolibets à la contenance plus ou moins importante. La mécanique, à la fois du film à sketchs et d’un ensemble de plan séquence, étire malencontreusement le film au vu du propos qui est visible dès les premiers instants de chaque partie. La subtilité n’est donc pas la grande qualité de Sergei Loznitsa qui préfère faire passer ses positions politiques par le biais de moments incongrus, boursouflés mais scotchant par la minutie du documentaire.
Et vient se poser la question de la pertinence du sujet même du film, qui au-delà d’être une critique ou une analyse d’un environnement donné, tombe dans la surenchère perpétuelle, quitte à ne mettre plus aucun visage sur des méfaits ou aucun nom sur un problème : l’Etat de Donbass est un capharnaüm total et qui interpelle. Mais à quel prix ? La critique formulée par Sergei Loznitsa, aussi drôle et tenace qu’elle est, ne devient-elle pas une simple posture de propagande admirant davantage ses multiples fulgurances visuelles que la conscience même de son interrogation ?
Bande-annonce : Donbass
Synopsis : Dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, une guerre hybride mêle conflit armé ouvert et saccages perpétrés par des gangs. Dans le Donbass, la guerre s’appelle la paix, la propagande est érigée en vérité, la haine prétend être l’amour. Cela ne concerne pas une région, un pays ou un système politique, cela concerne l’humanité et la civilisation en général. Cela concerne chacun de nous.
[Ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]
Donbass, un film de Sergei Loznitsa
Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta, Tamara Yatsenko, Liudmila Smorodina
Genre : Drame
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 2h 01min
Date de sortie : 5 septembre 2018
Pour cette troisième journée au Festival de Cannes, la Semaine de la Critique offre un film plein d’amour et de tendresse avec Sauvage, réalisé par Camille Vidal-Naquet.
Dès les premières respirations chez le médecin, on sent tout l’érotisme qui habite le personnage de Felix Maritaud et ne le quitte pas du film. Déjà vibrant dans 120 battements par minutes de Robin Campillo Grand Prix du Jury l’an dernier, l’acteur apporte toute sa fraîcheur et son envie pour son deuxième rôle dans un long métrage, le premier en revanche pour le réalisateur. Sauvage raconte l’histoire d’un homme qui en aime d’autres le temps d’une nuit ou de quelques heures. C’est un film sur la liberté à travers la solitude et le besoin de tendresse que le personnage trouve grâce à la sexualité. Certaines scènes sont d’ailleurs très marquantes à ce propos, notamment celle chez la femme médecin qui veut le soigner. Lorsque Léo la prend dans ses bras, c’est tout un mélange d’émotions qui ressort en quelques secondes et c’est comme si le spectateur respirait en même temps que le personnage. Il passe son temps à chercher l’air, et sa maladie qui le pousse à tousser n’est que la simple représentation de cet étouffement. Léo respire la liberté en levant très souvent la tête vers le ciel comme pour montrer que, quoi qu’il lui arrive, il survit. Les rayons du soleil subliment son visage et sa peau souvent marquée par la vie qu’il mène et les nuits passées sans dormir. C’est aussi cela Sauvage, faire transpirer les corps en éveil et réveiller les corps endormis. Pour Léo, aucune distinction ne se fait entre les clients. Il passe d’hommes handicapés à d’autres plus âgés que lui sans différence aucune dans les baisers qu’il leur donne. Ces baisers d’ailleurs symbolisent le besoin d’amour qu’il éprouve parce que son ami, lui, se refuse à le faire.
Là où le réalisateur réussit un grand coup c’est dans la variation des couleurs. D’une lumière chaude et très jaune à des plans où la peau de Léo semble très pure, cette oscillation rassemble celle qui vit au quotidien. La douceur qu’il parvient à trouver dans les bras des hommes avec qui il passe la nuit sans avoir de relations sexuelles marque une opposition avec les scènes de violence qu’il subit soit par des clients, soit par ses pairs. La scène de bagarre avec le jeune homme qui lui plaît s’avère être d’ailleurs un grand moment cinématographique dans le film. Chorégraphiée et filmée à la perfection, cette valse violente rappelle toute la dureté à laquelle ils sont confrontés et la difficulté de s’aimer pour qui l’on est. À la manière de 120 battements par minute dernièrement, le réalisateur fait des intermèdes électros sublimes qui rompent le rythme général du film et rappellent à l’érotisme du personnage. Durant tout le film, on découvre donc son corps sous toutes ses formes : abîmé, malade, sensuel, et libéré.
Bande-annonce : Sauvage
Synopsis : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.
[Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2018]
Sauvage, un film de Camille Vidal-Naquet
Avec Felix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla…
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 37min
Date de sortie : 22 août 2018
Ghost Wars, la nouvelle série SF par le créateur de Continuum, a rejoint la bibliothèque de Netflix. Mais que penser de cette histoire de fantômes qui a divisé la critique avant d’être annulée par SyFy ?
Ghost Wars est une série créée par Simon Barry disponible sur Netflix depuis début mars et diffusée fin 2017 sur la chaîne SyFy, une nouveauté dans les catégories de l’épouvante-horreur et du fantastique. Un scénario prometteur mais qui tend à décevoir en fonction des épisodes plus ou moins bien rythmés par l’intrigue et le jeu des acteurs. Une première saison critiquée violemment par certains spectateurs tandis que d’autres s’opposent et crient à l’injustice ! Tentons de faire la lumière sur cette série qui divise. L’histoire se passe dans une petite ville isolée de l’Alaska et on comprend rapidement que l’action va se dérouler autour des habitants dans une ambiance aux allures mystérieuses. Le synopsis très succinct ne permet pas de faire naître une curiosité accrue :
« En Alaska, Roman Mercer jeune homme tentant de refouler ses pouvoirs psychiques se voit contraint d’exploiter ses dons afin de pouvoir sauver sa ville, en proie à des attaques de forces paranormales. »
On y annonce un personnage principal interprété par le jeune Avan Tudor Jogia (vu dans Toutânkhamon : le pharaon mauditetShangri-La Suite) qui devrait prendre une place cruciale dans un combat contre des fantômes colériques et plus généralement contre l’au-delà. Au casting il s’associe des noms d’acteurs principaux plus connus du public comme Kim Coates ou Vincent d’Onofrio aux carrières plus longues et étoffées. On retrouve aussi le chanteur Meat Loaf, icône rock et acteur depuis les années ’70 qui incarnait entre autres Eddie dans The Rocky Horror Picture Show.
Le titre Ghost Wars se veut toutefois intriguant pour les amateurs du genre et incite à découvrir les dessous de cette « guerre paranormale ». Les débuts sont plutôt flous avec beaucoup de zones d’ombre qui s’éclaircissent grâce à des flashbacks et des éléments qui viennent répondre à nos interrogations au fil des épisodes. Mais voilà, ces derniers sont inégaux en qualité de scénarios et d’intérêts. Parfois bien menés, ils créent le désir de poursuivre le visionnage quand d’autres se révèlent décevants et peuvent décourager les spectateurs moins téméraires et/ou peu séduits jusque-là.
Sans attentes spécifiques lorsque nous avons commencé cette nouvelle série, ces sentiments neutres nous ont permis de terminer la saison en un laps de temps plutôt court (une semaine environ). Finalement, pas d’engouement passionné, mais le bilan n’est pas désagréable. On peut apprécier les épisodes les mieux ficelés de Ghost Wars et mettre de côté les moins aboutis et donc peu attractifs. Malgré un dénouement plutôt satisfaisant, on hésitait toutefois à se lancer dans une deuxième saison avant d’apprendre que la chaîne américaine SyFy annulait définitivement Ghost Wars après cette première et unique saison.
Bande-annonce – Ghost Wars
Synopsis : En Alaska, le marginal Roman Mercer doit exploiter ses pouvoirs psychiques refoulés pour sauver sa petite ville, qui subit les attaques de forces paranormales.
Fiche technique – Ghost Wars
Créateur : Simon Barry
Interprètes principaux : Avan Jogia, Kim Coates, Luvia Petersen, Vincent D’Onofrio, Meat Loaf, Kandyse McClur, Kristin Lehman.
Production : Dennis Heaton, David Von Ancken, Simon Barry, Chad Oakes, Michael Frislev, Chris Regina.
Société de production : Nomadic Pictures
Distribution : Chaine SyFy puis Netflix
Genre : Epouvante, Horreur, Fantastique.
Durée : 13 épisodes de 40 minutes environ.
Date de diffusion : 5 octobre 2017 sur SyFy, 2 mars 2018 sur Netflix.
Durant ce Festival de Cannes 2018, la section Un Certain Regard nous présente Rafiki de Wanuri Kahiu, une jolie petite romance homosexuelle, à l’écriture parfois bancale et à la technique vacillante, mais dont l’ampleur dramaturgique et la prise de conscience politique font du bien.
Il n’est jamais facile d’appréhender ce genre d’œuvre car il faut savoir différencier son potentiel cinématographique et le courage humain et citoyen du film en lui-même. Dans Rafiki, la première étincelle du film provient de son iconographie moderne du continent africain. Alors que nous sommes habitués à observer la misère ou même le déclin d’une certaine forme de prospérité habitable, à l’image de Yomeddine en sélection officielle de Cannes cette année, Rafiki est tenace et fougueux dans sa manière d’appréhender le mouvement africain, ce qui permet de continuer l’effet visuel et lisible d’un film tel que Black Panther.
Ici, aucune forme de misère ou de mise à l’écart de la jeunesse dans le tremplin social du pays. En cohérence, avec ses nombreuses couleurs bariolées, Rafiki envoie une onde de positivité, une onde de choc qui donne espoir. On peut pardonner beaucoup de choses à une œuvre comme Rafiki : sa mise en scène à la photographie chromatique et clippesque mais accordée à un montage parfois aléatoire, sa direction d’acteur amatrice, ou même un scénario au lien parfois très superficiel. Pourtant, pourquoi un tel traitement de faveur ? Rafiki est entouré d’un contexte qui donne une certaine portée politique (censure dans son pays) au propos et une puissance au projet. Parler de l’homosexualité dans un pays comme le Kenya n’est pas une mince à faire, et les séquences d’exorcisme ou de cérémonie religieuse sont là pour nous le rappeler.
Avec ses plans travaillés, ses décors colorés, Wanuri Kahiu ancre son œuvre dans une atmosphère de films indépendants américains, avec ses « suburbs » et ses terrasses entre amis. Rafiki raconte l’amour entre deux jeunes femmes, chacune étant la fille d’un politicien (ce qui n’est guère important pour le récit). De cette œuvre « lesbienne », il ne faut pas s’attendre à une énième version de La Vie d’Adèle. Au contraire, la première caractéristique qui vient à l’esprit est la pudeur avec laquelle la réalisatrice trousse ses cadres, aime parler de ses personnages féminins, s’amuse de l’imagerie même de la féminité et nous dévoile la relation en question : beaucoup de jeux de regards, des sorties, des bougies.
Derrière le contexte africain, on sent aussi une réalisatrice qui semble vouloir se détacher d’une certaine forme de naturalisme omniprésent dans le cinéma africain mais au contraire semble vouloir romancer son idylle tout en insérant les véritables enjeux de cet amour : la persécution et la haine contre le « démon » de l’homosexualité. Avec sa touche adolescente (première scène, une fille en skate) version épisodes de Skins (sans le côté trash), sa manière de prendre par la main ses personnages et de les accompagner dans leur chemin de croix, ses thématiques juvéniles (l’émancipation face à la religion), Rafiki est d’une sincérité qui amène d’elle-même une émotion mélancolique.
Certes, ce film, présenté à la sélection Un Certain Regard, n’est sans doute pas le meilleur film que nous verrons durant la compétition, mais de par sa franchise et son courage, il n’est pas évident d’y rester insensible. Là où les codes du cinéma de genre semblent un peu balbutiants (le récit initiatique ou la romance), c’est avant tout la passion enfouie dans le cœur même de l’entreprise qui fait que certaines scènes fonctionnent dès le premier coup d’œil.
Bande-annonce : Rafiki de Wanuri Kahiu
Synopsis : À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kenyane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…
[Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]
Rafiki, un film de Wanuri Kahiu
Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Dennis Musyoka…
Genre : Drame
Distributeur : Météore Films
Durée : 1h 22min
Date de sortie : Prochainement
L’ACID a vécu sa première soirée cannoise de 2018 et le public était largement au rendez vous. La réalisatrice Anne Alix emporte les spectateurs dans une Provence inconnue dans Il se passe quelque chose mais déçoit fortement par la mise en scène trop mécanique.
Le début du film laisse espérer quelque chose d’intéressant avec deux personnages féminins originaux mais très vite, on se rend compte qu’il est difficile de s’y attacher. Aucune émotion n’est vraiment provoquée par les actrices, que ce soit leur jeu ou leur dialogues, rien ne se dégage vraiment des scènes. On ne peut pas enlever le mérite à la réalisatrice d’avoir expérimenté puisque c’est vraiment ce à quoi ressemble le film : une expérimentation. Une tentative de cinéma, pas trop mal réussie puisque cela rentre dans les critères mais du point de vue du public, il est difficile de comprendre comment il peut être captivé.
Quel est le but de cette histoire ? Après 1h45 à rester dans la salle à essayer de comprendre, la sortie se fait plutôt vite et dans l’incompréhension. Un voyage initiatique certes, l’idée est belle mais la multiplicité des longs plans et des travellings sur les paysages n’arrive même pas à faire voyager tant on s’en lasse. On ne peut pas dire qu’ils sont vains, mais dans ce contexte là, ils n’apportent rien à l’histoire. Parfois, le mélange des langues vient sauver le rythme lent du film et donner un charme aux scènes mais il est vite oublié au profit d’une technique assez mécanique de filmer. De certains plans ressort même l’impression que la réalisatrice avait noté tous les codes cinématographiques entre les mouvements caméra et les scènes musicales à reproduire pour que cela fonctionne mais rien ici n’est efficace dans ces procédés. Le rythme est mal choisi et la voix off rajoute autant de lourdeur et de superficialité. Même les plans de danse avec la musique forte, qui sont souvent enivrants au cinéma, sont décevants. Rien n’est communicatif, rien ne touche. Rien ne se passe. On ne vit rien, on attend.
On remarque tout de même un certain travail sur le son afin de dynamiser le film mais c’est justement l’effet inverse qui est provoqué. L’artifice se voit tout comme les longs plans d’illustration qui prennent la place de ceux couramment utilisés en plein dialogue, qui font d’autant plus perdre de la force au message que la cinéaste souhaite faire passer.
Il se passe quelque chose : extrait
Synopsis : Avignon. Irma, qui ne trouve plus sa place dans le monde, croise sur sa route Dolorès, une femme libre et décomplexée missionnée pour rédiger un guide touristique gay-friendly sur un coin de Provence oublié. L’improbable duo se lance sur les routes. Au lieu de la Provence pittoresque et sexy recherchée, elles découvrent un monde plus complexe et une humanité chaleureuse qui lutte pour exister. Pour chacune d’elle, c’est un voyage initiatique.
[ACID au Festival de Cannes 2018]
Il se passe quelque chose, un film de Anne Alix
Avec Lola Dueñas, Bojena Horackova
Distributeur :
Genre : drame
Date de sortie : août 2018
Durée : 1h43
FRANCE