BO de la semaine : Aucun autre choix, Les Enfants de la Résistance, Send Help

Cette semaine marque l’arrivée en salle de trois films aux univers radicalement différents, mais dont les bandes originales méritent toutes l’attention. Entre un thriller psychologique coréen porté par une orchestration avant-gardiste, un drame historique français où la musique porte l’émotion, et un survival horrifique signé par le duo culte Raimi-Elfman, la musique de cinéma explore des registres variés. Focus sur les partitions qui accompagnent ces sorties.

Dans un film coréen sorti cette semaine, une chanson populaire des années 1980 envahit progressivement la bande-son jusqu’à couvrir les dialogues entre deux personnages. La conversation continue, mais la musique prend le dessus, les spectateurs ne peuvent suivre les paroles que grâce à des sous-titres qui apparaissent à l’écran. Ce choix radical illustre bien ce qui relie les trois bandes originales au programme : refuser que la musique reste sagement en arrière-plan.

Aucun autre choix : l’orchestration absurde de Jo Yeong-wook

Sortie France : 11 février 2026

Réalisateur : Park Chan-wook
Compositeur : Jo Yeong-wook
Avec : Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon

Après Decision to Leave (2022), Park Chan-wook revient avec Aucun autre choix, adaptation du roman Le Couperet de Donald Westlake, déjà porté à l’écran par Costa-Gavras en 2005. Le film suit You Man-su (Lee Byung-hun), cadre dans une usine de papier licencié après vingt-cinq ans de loyaux services. Incapable d’accepter la perte de son statut social, il décide d’éliminer méthodiquement ses concurrents sur le marché de l’emploi. Ce thriller noir, présenté en compétition à la Mostra de Venise 2025 et nommé à trois Golden Globes 2026, explore la violence absurde du capitalisme contemporain.

Pour porter musicalement cette descente aux enfers, Park Chan-wook retrouve Jo Yeong-wook, son compositeur fétiche depuis Oldboy (2004). Les deux hommes ont collaboré sur l’ensemble des films majeurs du réalisateur : Thirst, ceci est mon sang (2009), Mademoiselle (2016), Decision to Leave (2022). Cette fois, Jo Yeong-wook construit une partition enregistrée par le London Contemporary Orchestra aux studios Abbey Road, enrichie par la participation du violoncelliste Jean-Guihen Queyras.

L’approche musicale est radicale. Jo Yeong-wook emploie une orchestration singulière axée sur les instruments à vent : flûtes et clarinettes traités avec une tension agressive pour transformer le meurtre en labeur industriel. Le rythme est mécanique, presque hypnotique, illustrant la répétition absurde des actes de violence. Cette musique ne cherche pas à souligner l’horreur — elle l’intègre comme composante d’un système économique déshumanisé.

Une séquence stupéfiante illustre cette approche : You Man-su se retrouve face à Beom-mo, l’une de ses cibles, et réalise que cet homme constitue un miroir de sa propre situation. Pendant qu’il lui donne des conseils, la chanson « Red Dragonfly » de Cho Yong-pil envahit progressivement l’atmosphère jusqu’à couvrir les paroles des protagonistes. Les dialogues continuent, mais la musique les submerge — des sous-titres apparaissent à l’écran pour permettre au spectateur de suivre la conversation. Ce choix radical illustre l’absurdité de la scène : deux hommes condamnés par le même système, incapables de communiquer autrement que par le biais d’une chanson populaire des années 1980.

Park Chan-wook utilise magistralement la musique pour servir son récit, créant une atmosphère où la comédie noire rencontre le thriller social. La partition de Jo Yeong-wook fonctionne comme un commentaire acide sur la mécanique capitaliste, transformant la violence en routine industrielle. Cette approche rappelle les travaux de Ligeti ou de Penderecki : masses sonores évolutives plutôt que mélodies classiques, dissonances calculées plutôt qu’harmonie rassurante.

À écouter : Thème principal (instruments à vent), « Red Dragonfly » (Cho Yong-pil)

Les Enfants de la Résistance : l’émotion orchestrale de Philippe Rombi

Sortie France : 11 février 2026

Réalisateur : Christophe Barratier
Compositeur : Philippe Rombi
Avec : Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, Artus, Gérard Jugnot

Vingt ans après Les Choristes, Christophe Barratier revient au drame historique avec Les Enfants de la Résistance, adaptation de la bande dessinée à succès de Vincent Dugomier et Benoît Ers (vendue à plus de 2,5 millions d’exemplaires). Le film suit François, Eusèbe et Lisa, trois enfants courageux qui décident de résister à l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Sabotages, messages codés, évasions périlleuses : ils mènent des actions clandestines sous le nez de l’ennemi, armés uniquement de leur audace et de leur amitié.

Pour ce projet, Barratier s’entoure de Philippe Rombi, son collaborateur régulier. Le choix n’est pas anodin : Barratier n’est pas seulement cinéaste, il est guitariste classique de formation, diplômé de l’École Normale de Musique de Paris avec une licence de concert. Cette double compétence explique la place centrale qu’occupe la musique dans ses films. Contrairement à de nombreux réalisateurs qui considèrent la bande originale comme un élément parmi d’autres, Barratier compose avec Rombi dès l’écriture du scénario.

« La musique originale est très émouvante. On retrouve le Christophe Barratier des Choristes. »
— Marc F., spectateur, février 2026

La partition de Rombi pour Les Enfants de la Résistance s’inscrit dans la lignée des Choristes : une musique orchestrale qui porte l’émotion sans jamais tomber dans le pathos. L’approche privilégie les cordes et les cuivres pour créer une atmosphère à la fois aventureuse et mélancolique. Les moments de tension (sabotages, échappées) sont portés par des crescendos orchestraux, tandis que les scènes d’amitié reposent sur des mélodies plus intimes, presque chambristes.

Barratier et Rombi travaillent également avec des chants d’époque, intégrant des mélodies de la Résistance française sans jamais verser dans l’illustration historique simpliste. La musique fonctionne comme un pont entre 1940 et 2026, rendant accessible aux jeunes spectateurs (le film est recommandé à partir de 8 ans) une période sombre de l’Histoire. Cette dimension pédagogique sans être didactique fait la force du film : la musique éveille les consciences sans assommer le public.

Le ton mêle émotion et aventure, dans une mise en scène accessible qui s’adresse autant aux familles qu’au public scolaire. La fidélité à l’esprit de la bande dessinée originale préserve également le message de résilience qui a profondément touché les lecteurs. Gérard Jugnot retrouve Barratier vingt ans après Les Choristes, bouclant la boucle d’une collaboration fondée sur une même vision : la musique comme langage universel capable de transmettre des valeurs de courage, d’amitié et de justice.

À écouter : Thème principal (Philippe Rombi), chants de la Résistance

Send Help : le tandem Raimi-Elfman frappe encore

Sortie France : 11 février 2026

Réalisateur : Sam Raimi
Compositeur : Danny Elfman
Avec : Rachel McAdams, Dylan O’Brien

Sam Raimi revient au thriller horrifique avec Send Help, quatre ans après Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Le film suit Linda Liddle (Rachel McAdams), employée discrète humiliée par son patron Bradley Preston (Dylan O’Brien). Après un crash aérien, les deux seuls survivants se retrouvent coincés sur une île déserte. Ce qui devait être une alliance de survie tourne rapidement à un affrontement psychologique et physique, où la dynamique de pouvoir s’inverse progressivement.

Pour accompagner cette bataille stratégique teintée d’humour noir, Raimi retrouve Danny Elfman, son compositeur fétiche depuis Darkman (1990). Les deux hommes ont collaboré sur la trilogie Spider-Man (2002-2007), Le Monde fantastique d’Oz (2013), et Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022). Leur langage musical commun repose sur une capacité à triturer l’orchestre, à injecter des sonorités inhabituelles et à jouer avec les ruptures de ton.

La bande originale de Send Help (23 morceaux) cultive une atmosphère oppressante et décalée. Elfman souligne les changements de pouvoir entre les deux protagonistes par des variations orchestrales brusques : passages de tension minimaliste (cordes frottées, percussions sèches) suivis d’explosions symphoniques lors des affrontements physiques. Cette approche rappelle le travail du compositeur sur Un Plan Simple (1998), où la tension montait par strates plutôt que par crescendos prévisibles.

Raimi décrit le film comme « une expérience de pouvoir et de manipulation, rythmée par des changements de dynamique imprévisibles ». La musique d’Elfman illustre parfaitement cette vision : elle ne se contente pas d’accompagner l’action, elle la commente avec ironie. Les moments de chaos sont portés par des cuivres nerveux et des chœurs dramatiques typiques du style « Raimi-esque », tandis que les séquences de survie reposent sur des textures plus organiques (bois frappé, percussions métalliques).

À écouter : Main Theme (Danny Elfman), « Jungle Fight », « Home Invasion »

Trois réalisateurs cultes, trois signatures musicales

Aucun autre choix pousse l’orchestration vers l’avant-garde : Jo Yeong-wook utilise les instruments à vent comme commentaire acide sur l’absurdité capitaliste, transformant le meurtre en labeur mécanique. L’enregistrement aux studios Abbey Road offre une richesse sonore au service d’une vision radicale.

Les Enfants de la Résistance mise sur l’émotion orchestrale française : Philippe Rombi construit une partition accessible qui porte les valeurs de courage et d’amitié sans jamais tomber dans l’illustration simpliste. La musique fait office de pont entre l’Histoire et le jeune public.

Send Help exploite le tandem culte Raimi-Elfman : trente-cinq ans après Darkman, les deux artistes continuent d’explorer les ruptures de ton et les expérimentations orchestrales au service d’un thriller psychologique teinté d’humour noir.

Trois films, trois stratégies musicales. De la Corée à la France en passant par l’Amérique, cette semaine de sorties cinéma confirme que la bande originale reste un terrain d’expérimentation infini. Il ne reste plus qu’à tendre l’oreille.

Morceaux à écouter cette semaine :

Aucun autre choix (BO disponible sur Spotify) :

  • Main Theme – Jo Yeong-wook
  • « Red Dragonfly » – Cho Yong-pil

Les Enfants de la Résistance (BO disponible sur Spotify) :

  • Thème principal – Philippe Rombi

Send Help (BO disponible sur Spotify) :

  • Main Theme – Danny Elfman
  • « Jungle Fight » – Danny Elfman
  • « Home Invasion » – Danny Elfman

Toutes les bandes originales sont disponibles sur les plateformes de streaming (Spotify, Apple Music, YouTube Music).

Festival

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

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