Les Œillades 2022 : De grandes espérances de Sylvain Desclous

Après avoir interprété la jeune Simone Veil dans le biopic éponyme d’Olivier Dahan sorti en octobre dernier, Rebecca Marder revient à l’affiche du drame De grandes espérances, second long-métrage de Sylvain Desclous projeté en ouverture du festival Les Œillades d’Albi. Elle y joue Madeleine Pastor, étudiante brillante et ambitieuse destinée à une haute fonction politique. Hantée par un meurtre malencontreux survenu à la suite d’une violente altercation, celle-ci va peu à peu s’enliser dans ses mensonges censés disculper son amant (Benjamin Lavernhe) et ce jusqu’à perdre son prestigieux poste de conseillère auprès d’une ancienne ministre campée par Emmanuelle Bercot.

 

Pour son second long-métrage de fiction, Sylvain Desclous, auteur de Vendeur et du documentaire La Campagne de France, a choisi d’emprunter la voie du drame afin de raconter les coulisses et les contradictions d’un système médiatico-politique à bout de souffle. De grandes espérances brosse ainsi le portrait d’un jeune couple d’étudiants brillants, en course pour le prestigieux concours de l’ENA et promis à un bel avenir. Hélas, un homicide malencontreux survenu à la suite d’une violente altercation va venir détruire leur idylle malsaine, dissonante, et compromettre toutes leurs ambitions.

Rythmée par la justesse d’écriture de certaines scènes clé (la rupture brutale, les retrouvailles maladroites, les aveux de Madeleine à son père, la reconstitution de la scène de crime, la confrontation houleuse dans le monde de l’entreprise…), la réalisation est fluide, permettant au récit d’évoluer entre plusieurs genres (policier, suspense, romance) sans jamais perdre le spectateur.

Le cinéaste saisit au plus près la détresse émotionnelle graduelle de ses personnages ambigus, complexes, précipités, liés par des aspirations croisées et gagnés par le chaos ambiant auquel se heurte la beauté sauvage du paysage corse. Ici, le crime, même accidentel, est un passage obligé pour accéder au pouvoir. La prestation de Rebecca Marder est remarquable dans le rôle de cette jeune femme idéaliste tout juste diplômée de Sciences-Po, mue par la volonté de s’extraire d’un carcan social trop étriqué symbolisé par son père mutique (le génial Marc Barbé). Benjamin Lavernhe (Antoinette dans les Cévennes, Le Discours) ne démérite pas dans son costume de dandy arriviste, lui aussi sous l’emprise néfaste de son paternel, et dont la nervosité distille un certain malaise relevant presque du trouble sexuel. Emmanuelle Bercot, quant à elle, est impeccable en députée socialiste au caractère d’acier, surbookée, prête à toutes les manœuvres pour réhabiliter la Gauche et écraser ses concurrents.

Malgré quelques péripéties attendues, De grandes espérances fonctionne comme un thriller tendu et séduit grâce à une écriture précise et ciselée. La vengeance sentimentale se fond habilement dans le vertigineux jeu de trahison politique, combat interposé relayé par BFM pour appuyer sa véracité, faisant du film une métaphore contemporaine de la sphère du pouvoir, ses pièges et sa spirale infernale.

De grandes espérances  – Bande-annonce

Synopsis : Été 2019. Diplômée de Sciences-Po, Madeleine part préparer les oraux de l’ENA en Corse avec son compagnon, Antoine. Au détour d’une petite route déserte, le couple se retrouve impliqué dans une altercation qui tourne au drame. Le secret qui les lie désormais pèsera lourd sur leur future carrière politique…

De grandes espérances  – Fiche technique

Réalisation : Sylvain DESCLOUS
Scénario : Sylvain DESCLOUS, Pierre Erwan GUILLAUME avec la participation d’Olivier LORELLE et Raphaël CHEVENEMENT
Avec : Rebecca MARDER, Benjamin LAVERNHE, Emmanuelle BERCOT, Marc BARBÉ, Pascal ELSO, Thomas THEVENOUD, Cédric APPIETTO…
Photographie : Julien HIRSCH
Costumes : Élisa INGRASSIA
Décors : Valérie FAYNOT
Production : Florence BORELLY
Musique : Florencia DI CONCILIO
Distribution : The Jokers Films
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 22 mars 2023

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.