FIFAM 2025 moyens métrages : I love and hate Russia et Still playing

Dans le cadre de sa compétition moyens-métrages, le Fifam 2025 présente I love and hate Russia de Daria Obukhova et Still Playing de Mohamed Mesbah. Ces films mettent en scène deux mises en abyme déroutantes, l’une par les réseaux sociaux, l’autre via les jeux vidéo.

I love and hate Russia de Daria Obukhova est son film de fin d’études à la Femis. La jeune femme, qui a l’habitude de poster des vidéos de sa vie quotidienne, quitte Paris au début de ce moyen métrage pour retourner en Russie. Le but affiché n’est pas de rentrer chez elle mais de retrouver Olga, une blogueuse vidéo russe qu’elle suit avec avidité sur Youtube, sans vraiment savoir pourquoi. Or, Daria est un peu perdue quant à ses sentiments envers la Russie, sa famille et ses amies et certainement un peu aussi avec ce qu’elle veut filmer. Elle se met donc en scène, un peu comme sur des courtes vidéos sur les réseaux sociaux, et cherche Olga dans une Russie souvent désertique où elle marche beaucoup. Entre cette quête, elle tente d’expliquer ses choix à sa mère qui ne la comprend pas, sur fond de lutte des classes. Elle retrouve également une amie qui, elle non plus, ne comprend pas sa démarche. Seul un ami resté à Paris semble la soutenir et la comprendre. Nous suivons cette déambulation et cette introspection inachevées. Exploration de la vanité des réseaux sociaux ? Autoportrait désabusé ? Sentiment partagé sur le retour dans un pays qui ne signifie plus grand chose à ses yeux ? I love and hate Russia est un peu tout cela à la fois, quitte à perdre un petit peu le spectateur dans une déambulation et une succession de vidéos. On demeure cependant fascinés par Olga qui échappe à la caméra de Daria Obukhova autant qu’à notre regard alors qu’elle ne cherche qu’à capter notre attention.

I </3 Russia

Genre : Documentaire
Réalisation : Daria Obukhova
Année de Production : 2024
Durée : 56 minutes
Synopsis : La réalisatrice Daria Obukhova, à travers un journal vidéo, explore son sentiment de déconnexion et de trahison envers sa patrie, la Russie, après le début de la guerre en Ukraine, tout en gérant sa vie et ses relations à distance.

Le réalisateur Mohamed Mesbah voulait réfléchir à l’impact d’un jeu vidéo ultra réaliste sur l’envie d’agir de ceux qui y jouent. C’est par ce biais, et alors qu’il donnait des cours de montage en Palestine, qu’il a rencontré Rasheed Abueideh, le créateur de Liyla, The shadows of war. Le contexte de ses jeux est celui de la guerre à Gaza, bien avant les faits que nous connaissons tous actuellement depuis le 7 octobre 2023. Or, le génocide du peuple palestinien a commencé dès 1948 (comme le raconte, entre autres, le film Ce qu’il reste de nous, également diffusé au Fifam). Rasheed a créé un jeu vidéo très réaliste qui suscite de vives réactions chez les joueurs, nous en voyons trois réagir en direct à l’écran. Notamment un jeune adolescent américain qui semble choqué, mais surtout découvrir le contexte de la guerre. Ce n’est pourtant pas un effet de déréalisation qui est recherché ici, mais bien un sentiment d’urgence à agir. Dans le quotidien de Rasheed à Naplouse, il y a ses enfants qui participent à un concours de robots et il y a sur son portable ou son écran d’ordinateur des images de guerre, de morts, cette fois de vraies images d’actualité. Still Playing, qui fait étrangement écho au Still Recording de la sélection du Fifam (autre guerre, même violence), est une plongée déroutante entre créativité et destruction.

Still Playing

Genre : Court-métrage Documentaire
Réalisation & Scénario : Mohamed Mesbah
Année de Production : 2025
Durée : 37 minutes
Acteurs Principaux : Rasheed Abueideh, Abd Al-Fattah Abueideh, Mohammad Abueideh
Synopsis : En Cisjordanie durant l’été 2024, Rasheed, un créateur de jeux vidéo, essaie d’élever ses deux fils au milieu des raids israéliens et des nouvelles de Gaza. La nuit, il crée des jeux où les parents n’arrivent plus à protéger leurs enfants.

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.