FIFAM 2025 : Ce qu’il reste de nous de Cherien Dabis

Ce qu’il reste de nous de Cherien Dabis est présenté dans le cadre de la compétition longs métrage du Fifam 2025. Le film raconte l’histoire d’une famille palestinienne sous forme de fresque autour de la voix d’une mère et de ses souvenirs, de son récit familial.

Ce qu’il reste de nous est un drame familial et historique qui débute en 1948 et se poursuit jusqu’en 2022. Il retrace l’histoire d’une famille palestinienne sur trois générations. Cette fresque ambitieuse s’étale sur près de deux heures trente mais on ne voit pas le temps passer tant l’émotion est habilement dosée, les reconstitutions fidèles mais jamais écrasantes et les personnages attachants. On passe d’une époque à l’autre avec comme point central 1978 et une manifestation qui tourne mal pour Noor, en Cisjordanie occupée où il vit avec sa famille. La manière dont l’histoire familiale est racontée rapproche Ce qu’il reste de nous de fresques littéraires, on pense notamment au très beau Nous traverserons des orages d’Anne-Laure Bondoux. Le récit nous parvient à travers la voix de la mère de Noor (on ne le saura que bien plus tard ; pour l’instant, son regard est tourné vers la caméra et donc vers nous, les spectateurs). Tout le film est donc un flash-back. Le scénario analyse habilement la manière dont le traumatisme se transmet de génération en génération à travers les humiliations vécues par les pères. Ces pères qui tentent de se battre, de rester, alors que leurs familles sont expulsées de Palestine, puis maltraitées sur les terres où ils sont forcés de se réfugier. L’histoire est celle d’un long retour au pays, près de sa maison d’enfance autrefois entourée d’orangers, à Jaffa, pour Salim. Ce qu’il reste de nous est une œuvre émouvante car elle ne se présente pas comme une œuvre de haine ou de revanche, mais bien comme un témoignage qui est traversé par l’Histoire.

Les personnages de Salim et Hanan sont confrontés à un dilemme moral alors que leur fils vient de mourir. C’est ce dilemme moral, en apparence simple, qui relance l’ampleur du récit une fois la saga familiale déroulée par le scénario. Le film n’enferme jamais les personnages dans des postures trop figées et interroge les liens qui les unissent. Cherien Dabis nous offre une œuvre ample et vaste, qui est remplie de poésie, elle interprète d’ailleurs le rôle d’Hanan, la voix de la mère, celle qui tente de garder vive la mémoire de son fils et, au-delà, d’un peuple sans terre. « Quand j’ai écrit le personnage de la matriarche de la famille, Hanan, le personnage que j’incarne, j’ai senti qu’elle faisait vraiment partie de moi. C’était comme si elle était une ancêtre, comme un ange gardien ou quelque chose comme ça » (voir interview pour Cineuropa). Son précédent film date de 2013, May in the summer (elle a plutôt travaillé pour des séries entre temps), qui racontait déjà une histoire de famille et de différences religieuses. Cherien Dabis explique avoir voulu, avec Ce qu’il reste de nous, « humaniser » le récit palestinien face à la déshumanisation ressentie dans les discours notamment des médias occidentaux.

Tout au long du récit nous comprenons en effet quelles ont été les décisions prises par les personnages, leurs erreurs, leurs aspirations et leurs défaites, mais aussi leur amour les uns pour les autres, et leur reconstruction permanente d’une vie morcelée. Autour de la maison d’enfance de Salim, très verdoyante, la réalisatrice parvient également à faire persister un espace de vie où la famille est unie et qui existe au-delà de leurs départs précipités. Certainement parce qu’elle existe réellement dans la mémoire de Cherien Dabis : « Mon père vient d’origines très modestes. Il est issu d’une famille d’agriculteurs, et leur lien avec la terre était donc très profond. Il y a cette partie de moi qui ressent un lien profond avec la terre. Elle a toutes ces plantes. Il y a tout ce vert dans sa maison. Elle est comme la présence fondamentale de la famille, celle qui rassemble tout le monde ».

Si Cherien Dabis joue dans son propre film, tous les autres acteurs sont issus de la même famille, originaire de Jaffa, sur quatre générations, ce qui ajoute une autre dimension d’autant plus intime au projet. Ainsi, en mêlant l’intime et le politique, Ce qu’il reste de nous parvient à redonner du sens, de l’humanité et de la force au récit palestinien. Nul doute que le film marquera les esprits.

Fiche Technique  : Ce qu’il reste de nous

Genre : Drame, Historique, Saga familiale
Réalisation & Scénario : Cherien Dabis
Pays de Production : Palestine, Allemagne, Chypre, Émirats Arabes Unis, Jordanie, USA (Coproduction internationale)
Durée : 145 minutes (2h25)
Date de Sortie (France) : 11 mars 2026
Acteurs Principaux : Cherien Dabis, Saleh Bakri, Mohammad Bakri, Adam Bakri
Synopsis : Une chronique familiale épique qui retrace l’histoire d’une famille palestinienne sur trois générations, de 1948 à 1988, et sa lutte pour la dignité et l’espoir face aux conflits et à la dépossession.a4ra

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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