FIFAM 2025 moyens métrages : Fanny à la plage, La Fille à la recherche de la cabane

Lors du Fifam 2025, plusieurs moyens métrages sont diffusés dont Fanny à la plage de Raphaëlle Petit-Gille et La Fille à la recherche de la cabane de Phane Montet. Cette séance est animée par Mona Schnerb. Deux portraits d’hommes et de femmes entre monde moderne et traces du passé.

Fanny à la plage

Synopsis : Carte postale des vacances à la mer d’une mère célibataire. Portrait d’une femme « décoiffée » confrontée à ses désirs impossibles, entre colère et tristesse, avec ses deux jeunes garçons.

Fanny est déboussolée, dépassée par ses vacances dans le sud. Ses enfants la dévorent et elle ne parvient pas à se reposer vraiment alors que les galères s’enchainent. Tout est filmé au plus près de cette femme que la caméra vient comme empêcher, entourer, autant qu’elle l’est dans son quotidien (avec les grandes bouées qu’elle trimballe depuis le bus jusqu’au camping). Un soir alors qu’un voisin (qui lui a prédit qu’ils passeraient la nuit ensemble) vient lui proposer une bière, Fanny en profite pour s’évader de son quotidien. C’est alors que sa peau se mêle à d’autres peaux après une baignade interdite vite interrompue. Cependant, une fois encore Fanny échappe à l’assignation d’être en couple pour reprendre son rôle de mère, toujours en courant, toujours débordée, mais avec tendresse.

Le film, au-delà du côté vacances populaires, met en scène l’épuisement d’une femme, d’une mère, un épuisement qui passe inaperçu puisqu’elle est seule avec ses enfants. Tout tourne autour de cet épuisement puisque même la mer est polluée et qu’il faut passer par dessus un portail fermé pour pouvoir se baigner clandestinement. Ce portrait montre une femme qui se noie mais qui parvient à sortir doucement la tête de l’eau en s’offrant une échappée, interprétée par une actrice à fleur de peau. Sans grands dialogues explicatifs le film parvient en quelques scènes, quasi muettes, à planter son décor et à nous mettre en empathie avec Fanny, qui est bien loin des clichés attendus.

L’actrice Marie Denys, impressionnante dans son jeu impressionniste, a reçu le prix d’interprétation féminine au Festival européen du film court de Nice.

La Fille à la recherche de la cabane

Synopsis : La réalisatrice suit les traces de l’artiste de rue Bilal Berreni qui, en 2011, s’est isolé dans une cabane en Suède pour écrire et dessiner. Dix ans après sa mort, elle part à la recherche de cette cabane et du monde qu’il dépeignait.

Alors qu’elle est étudiante en documentaire, Phane Montet découvre l’histoire et le travail de Bilal Berreni (alias Zoo project), dessinateur mort assassiné à vingt-trois ans à Détroit. Elle rencontre cet homme à travers ses dessins, ses graffitis et surtout son séjour dans une cabane en Suède où il s’est isolé pour dessiner et écrire un journal presque intime, alors qu’il écrivait peu sur lui-même. Il va y affronter le froid lui qui se sait et se décrit comme peu résistant et peu sportif.

Dans ses dessins, la réalisatrice semble voir les traces d’une confession, alors même que Bilal ne se savait pas condamné. Pourtant, quelque chose la touche au-delà de ce destin tragique. Elle cherche donc ses traces de lui partout et il semble lui échapper tout le temps. Si dans un premier temps, Phane reconnaît trait pour trait les dessins et les paysages qu’elle voit, notamment la gare, peu à peu leurs regards divergent. Bilal a vu un peuple libre et nomade quand Phane voit des touristes et un village.

Pourtant, sa quête la mène bien au-delà de Bilal lui-même, dans une résonance avec la nature, où elle donne vie, à travers le talent d’illustration et d’animation de Mona Schnerb, aux personnages à tête d’oiseau ou d’ours de Bilal Berreni. C’est certainement ce qui manquait à la réalisatrice de I love and hate Russia quand elle cherchait la vloggeuse Olga dans une Russie désertique.

Dans cette nature où la neige peut prendre des teintes bleutées et alors que Phane Montet s’enfonce loin de la civilisation, de grandes figures quasi mythologiques semblent sortir tout droit d’un compte enfantin aux allures inquiétantes, un peu comme les peurs dessinées de Dieu est timide. La voix de Phane Montet accompagne la force du projet. Une voix aussi introspective, intime, que touchante en s’adressant à Bilal comme à un ami qu’on aurait raté dans une vie pour mieux le retrouver à travers l’art.

La réalisatrice a filmé parfois seule en se rendant en Suède, parfois entourée d’une équipe réduite et de Mona Schnerb. Les voilà toutes les deux rendues à la nature, à l’affût de la beauté de l’instant, et des traces d’un être dont les dessins révélaient autant l’intériorité qu’une porosité sensible au monde qui l’entoure.

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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