FIFAM 2025 courts-métrages : Hyena, Loynes, Burning Night et Dieu est timide

Dans le cadre de la compétition courts métrages, le FIFAM 2025 a sélectionné Hyena d’Altay Ulan Yang, Loynes de Dorian Jespers, Burning Night de Demon Wong et Dieu est timide de Jocelyn Charles. Des univers sombres et habités au programme de ces courts exigeants et passionnants.

Hyena 

Genre : Drame
Réalisation & Scénario : Altay Ulan
Pays de Production : Chine
Année de Production : 2024
Durée : 25 minutes

Synopsis : Dans un château isolé, des étudiants se préparent à un examen crucial. Alors que l’attente atteint son paroxysme, une tempête éclate. Piégé entre les murs qui s’effondrent, leur sanctuaire académique devient une prison, et les esprits commencent à craquer.

Hyena plonge dans les souvenirs hantés et ultra-violents d’un homme qui a cédé à l’effet de groupe. Un jeune homme dans une école de préparation à de hautes études artistiques, en Chine, est isolé, maltraité, jusqu’au jour où un autre étudiant, nommé 90, débarque dans l’école. 90, c’est sa note aux examens, la meilleure note jamais atteinte dans cette compétition exigeante où seuls 1 % des aspirants réussiront. Il devient alors l’homme à abattre. Pourtant, plus il est indifférent aux attaques dont il est la cible, plus 90 (on ne connaîtra jamais son prénom car « personne ne s’en souvient », dit la voix off — déshumanisation ultime) déchaîne la violence. Au milieu de cet univers de brimades, celui qui veut être accepté accepte à son tour l’inacceptable et se prête au jeu de l’humiliation. L’histoire est racontée en noir et blanc, il pleut, les sons sont exacerbés et un crocodile rôde. Tout est stylisé, même le sang, les statues tombent et l’art ne sauve plus : il divise et il s’effondre. Deux figures se dégagent, elles pourraient se soutenir mais elles se défigurent. Hyena est une œuvre de montée de la violence très graphique qui ne laisse pas indifférent. La beauté n’y est que sang, rage et déshumanisation.

Loynes

Genre : Comédie dramatique, Historique
Réalisation : Dorian Jespers
Année de Production : 2025
Durée : 25 minutes

Synopsis : À Liverpool, au XIXe siècle, un drame judiciaire absurde et kafkaïen raconte le procès d’un cadavre qui n’a ni nom ni passé. Des dizaines de personnes se sont rassemblées pour assister à cette cérémonie déroutante.

Loynes commence dans les cieux comme une chute vertigineuse d’objets filmée à pleine vitesse. On prend de l’altitude avant de plonger parmi les mortels. Que font-ils ? Un procès absurde aux allures kafkaïennes, filmé par neuf caméras de télévision avec des acteurs en pleine forme. Le fond ? L’histoire vraie du pape Formose dont le corps, après sa mort, a été exhumé et jugé. Il avait été revêtu en tenue d’apparat pour son procès. Par sa mise en scène et son montage ultra-cadencé qui colle au plus près des réactions de tous les personnages, le réalisateur crée une ambiance de comédie presque malaisante et emplie d’un mystère épais. Tout débute autour d’une tombe puis de ce corps qui échappe au jugement et qui ne fait que disparaître. C’est presque une farce avec des personnages très stéréotypés : on les voit coincés dans leurs rôles comme dans la société. De ce huis clos, la caméra s’évade soudain, elle aussi, pour une échappée en Chine, aérienne, qui vient épaissir le mystère d’un propos désabusé qui traverse les époques et les continents.

Burning Night 

Genre : Drame
Réalisation & Scénario : Demon Wong
Année de Production : 2025
Durée : 28 minutes

Synopsis : Au cœur des mouvements de protestation à Hong Kong, un jeune homme, à la veille de son départ pour l’étranger, revoit sa ville et son passé à travers une série d’événements marquants sur une nuit de veille agitée.

A la fin de Burning Night l’air a comme un goût de fumée. Une voiture, entre autre, a brûlé la nuit entière dans une ville embrasée, prête à exploser. Le peuple de la nuit, ceux dont la révolte explose dans le noir, a mis le feu dans la ville puis l’a regardée flamber. Ils sont  une armée à observer le feu détruire la carcasse du véhicule de marque japonaise.  Nous sommes à Hong Kong au cœur des protestations contre le Japon. Au centre du film, un jeune homme et son groupe d’amis qui se promènent sans prendre part aux revendications mais qui jettent des pétards sur les voitures étrangères. Le groupe se sépare et l’étau semble se resserrer autour du jeune protagoniste qui court, haletant, à travers la ville en feu. Tout bruisse, tout explose dans ce court, jusqu’à ce que notre protagoniste retrouve la chaleur de son foyer avant de reprendre la route et d’exploser encore.

Dieu est timide

Genre : Animation
Durée : 15 minutes
Réalisation : Jocelyn Charles
Musique Originale : P.R2B
Interprétation (Voix) : Danièle Evenou, Alba Gaïa Bellugi, Anthony Bajon

Synopsis : Lors d’un voyage en train, Ariel et Paul s’amusent à dessiner leurs plus grandes peurs. Gilda, une passagère étrange, s’invite dans leurs confidences. Son expérience de la peur semble néanmoins moins innocente que leurs dessins.

La peur surgit dès les premières secondes de Dieu est timide, à travers les dessins de deux jeunes voyageurs. Ils jouent à se faire peur. Le style est très graphique, les dessins font appel à l’imaginaire du cauchemar. Dans ce contexte surgit une passagère qui ressemble étrangement au dessin de peur de la jeune femme. Elle prétend pouvoir communiquer avec Dieu à travers l’inconscient de son mari, sa mémoire trouée et endormie. Au-delà du récit raconté par la voix hallucinante de Danièle Evenou et de la peur bizarre qu’il distille, le style graphique impressionne par son univers aquatique. Le réalisateur Jocelyn Charles cite parmi ses influences l’artiste japonais Junji Ito. Ce mangaka signe des livres d’horreur graphique. Cependant, l’univers de Jocelyn Charles est très coloré, la violence y est, là encore, stylisée.

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.