Festival de Deauville 2021 : The last son, We are living things, La proie d’une ombre

Le Festival de Deauville poursuit sa présentation des films en compétition avec The Last Son de Tim Sutton, We are living things d’Antonio Tibaldi et La Proie d’une ombre de David Bruckner. Un western, un drame touchant à la science-fiction et un film d’horreur qui révèlent la diversité de la sélection de cette édition 2021.

The Last son (compétition) : chasse à l’homme endiablée

Premier Western réalisé par Tim Sutton, The Last son offrait sur le papier de belles promesses. Les westerns se faisant malheureusement de plus en plus rares, un film de ce genre sélectionné en compétition au Festival de Deauville ne pouvait que susciter des attentes, en particulier grâce à son pitch tragique aux accents mythologiques.

Au XIXème siècle, Isaac LeMay, un assassin sans pitié, se voit annoncer une prophétie dramatique par un chef Cheyenne : il sera tué par l’un de ses enfants. Afin de déjouer cette funeste destinée, il part à la recherche de ses descendants pour les éliminer un par un. Recherché d’un côté par des chasseurs de prime, et de l’autre, par le consciencieux Sheriff Solomon, LeMay parvient à retrouver la trace de son dernier fils, devenu tout comme lui un hors la loi sanguinaire.

Tim Sutton signe un film plutôt réussi dans sa mise en scène, inspirée des classiques du genre mais assez moderne. La photographie, sublime, nous fait voyager à cheval dans les plaines et les montagnes enneigées du Montana. L’atmosphère du western fonctionne ainsi parfaitement. L’équipe d’acteurs, notamment Sam Worthington, étonnant dans ce rôle de meurtrier sans merci, et Machine Gun Kelly, en jeune homme détraqué, contribue également à rendre le film incarné.

Il est vraiment dommage que le scénario, dont l’intrigue est totalement désamorcée dès le premier quart d’heure, vienne gâcher le rendu final de ce western bien filmé et à la beauté visuelle indéniable. En laissant très largement deviner son issue à son commencement même, The Last son se tire inexplicablement une balle dans le pied. Ainsi l’histoire, déjà relativement limitée, annihile d’emblée tout son suspense à peine lancée.

The Last son pourrait ressembler à une adaptation du mythe de Cronos, personnage qui tua tous ses enfants pour empêcher ceux-ci de le détrôner. Mais sur le fond, le film n’a malheureusement pas grand-chose d’autre à proposer. Le thème de la maternité est tout de même abordé en fil rouge à travers la mère de Cal, qui essaie de protéger son fils, malgré sa violence et ses crimes. A l’image de beaucoup de westerns, le film traite aussi en filigrane du traitement réservé aux indiens cheyennes par les Blancs.

En définitive, The Last son reste une petite déception. Surtout au regard de ce que le film aurait pu, voire aurait dû être, sans ce parti pris risqué de livrer toute son intrigue, ses ressorts et son final dès son ouverture. Toutefois ce western fait plaisir à voir, ne serait-ce que pour ses grands espaces et sa photographie.

We are living things : à la recherche du troisième type

We are living things d’Antonio Tibaldi fait inévitablement penser à Midnight special ou à Rencontre du troisième type. Mais le film conserve une approche, une histoire et un traitement bien singuliers lui conférant son identité propre.

Solomon, un immigré mexicain sans papier, travaille dans une recyclerie de New York. Pendant son temps libre, convaincu que sa mère a été enlevée par des extraterrestres, il recherche à l’aide d’une radio télescope des signes de vie dans l’espace. Il rencontre Chuyao, employée irrégulière d’un salon de manucure, qui croit également à l’existence des ovnis. Unis par cette quête de vérité, les deux héros prennent la route de l’Ouest.

A travers son histoire, We are living things interroge notre rapport au corps, nos croyances et nos aspirations en tant qu’êtres humains. Le corps humain se présente dans le film comme un simple objet, un réceptacle de carte à puces ou un matériau dont on peut tirer profil, comme le petit ami malfrat de Chuayo qui utilise des cadavres pour un mystérieux trafic.

Pour Antonio Tibaldi, l’homme est un être vivant qui ne peut qu’aspirer à autre chose qu’une existence banale et précaire. Si les deux protagonistes rêvent tous deux de rejoindre les étoiles en quête d’éventuels extraterrestres, c’est aussi car leur quotidien est bien loin d’être une vie idéale. Deux immigrés sans papier, au travail ennuyeux, qui sont des laissés pour compte de la société ou manipulés par leur entourage. Le ciel représente ainsi un lieu de fuite, un refuge, et aussi un espoir de retrouver ceux qu’ils aiment.

La rencontre avec les ovnis, fantasme d’une vie rêvée ou réalité tangible ? Antonio Tibaldi a l’intelligence de laisser chacun trancher dans une fin ouverte. We are living things, œuvre originale, narrative et habile, fait partie des bonnes surprises de cette édition 2021.

La Proie d’une ombre : face à face avec la mort

Unique film d’horreur de la compétition, La Proie d’une ombre séduit par son atmosphère d’épouvante très réussie. Alors que les bons films, récents, du genre diminuent comme peau de chagrin, La Proie d’une ombre distille un vent de fraicheur et d’effroi plus que bienvenu.

Le pitch du film demeure assez classique. Meurtrie par la mort de son mari Owen, Beth, restée seule dans la maison familiale au bord du lac, commence à faire d’étranges cauchemars et à ressentir près d’elle une présence troublante. Pour éclaircir ce mystère, Beth commence à fouiller dans les affaires de son mari et va découvrir des vérités troublantes.

L’intrigue duale, partagée entre les découvertes des secrets d’un mari décédé et l’élucidation de phénomènes paranormaux, entretient parfaitement le suspense jusqu’au dénouement final. L’ambiance horrifique fonctionne toute la durée du film grâce à un quasi huis clos étouffant au sein d’une maison proche pour l’héroïne d’une véritable prison. Prison de cauchemars, d’hallucinations, mais aussi une prison sentimentale dans laquelle se cloitrent les souvenirs d’un époux dont le vide ne peut être comblé.  Cet enfermement, source d’un étau mental effrayant autour de Beth, est particulièrement efficace pour créer une véritable atmosphère d’horreur, qui ne tient pas seulement, comme on peut en avoir l’habitude, à quelques sursauts savamment placés.

En utilisant le genre horrifique, La Proie d’une ombre aborde le thème de la mort et du deuil. Il interroge sur les manières d’affronter la mort, que ce soit celle d’un proche ou de la sienne. Beth, perdue après le décès d’Owen, ne possède plus aucun repère. Malgré les conseils de ses amies, elle s’attache à fouiller dans le passé et refuse de lâcher prise. Beth fait également face à l’éventualité de sa propre mort, dont elle se fait déjà une idée précise en raison d’une expérience passée.

Si La Proie d’une ombre a peu de chances de repartir avec un prix en compétition, il mérite le détour pour le public appréciant le cinéma d’épouvante. Le film constitue en effet une belle expérience à vivre au cinéma, avec une approche assez originale et une réalisation prenante.

La proie d’une ombre – Bande-annonce

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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