FEFFS 2017 : Laissez catcher les bonnes soeurs

Il est temps de rentrer dans le vif du sujet de cette 10ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, car c’est en ce dimanche 17 septembre que commence la compétition internationale. Trois films ont été présentés, trois films d’origines différentes, trois films à l’opposé les uns des autres. Et si en plus, on a le temps de souffler entre temps avec un film de nunsploitation et de luchador, on va pas se le refuser.

[Compétition internationale] – The Endless

Réalisé par Justin Benson et Aaron Moorhead (USA, 2017)

C’est donc le duo américain Justin Benson et Aaron Moorhead qui aura l’honneur de débuter cette compétition avec son 3ème long-métrage, The Endless. Issus de la scène indépendante, les deux réalisateurs nous ont fait part en début de séance de la difficulté de monter un projet pareil lorsque les financements se font rares. Les deux jeunes hommes ont donc multiplié les casquettes au cours de la réalisation de ce film. Bien évidemment réalisateurs, ils sont également scénaristes, monteurs, responsables des effets visuels et même pour celui-ci acteurs. Un bel exemple de « Do it yourself ». Mais cela tient-il vraiment la route ?

The Endless suit deux frères échappés d’une secte qui décident d’y retourner afin de découvrir ce qui s’y cache véritablement. Forcément le peu de moyens va forcer les réalisateurs à emprunter le chemin d’une mise en scène des plus minimalistes qui va leur permettre d’instaurer une aura mystérieuse autour de cette secte. Sachant prendre leur temps, Benson et Moorhead vont choisir peu à peu une direction un peu plus ambitieuse. Ils commencent alors à cultiver une imagerie Lovecraftienne et vont offrir à leur long-métrage une dimension plus fantastique à base de boucle temporelle. Malheureusement c’est là où le bât blesse, si formellement les effets visuels tiennent amplement la route, surtout vis-à-vis de leurs moyens, scénaristiquement ça commence un peu à s’emmêler les pinceaux. Est-ce une impression de trop-plein ou simplement des incohérences qui rendent le tout trop complexe et pas assez convaincant ? The Endless tient donc difficilement la route sur la longueur et des questions inondent la tête du spectateur, mais pas dans le bon sens. Il reste cependant un film assez ambitieux, qui bénéficie d’un travail passionné de la part des deux cinéastes.

[Crossovers] – The Little Hours

Réalisé par Jeff Baena (USA, 2016)

Changement complet de registre avec ce film américain présenté en compétition crossovers. Réalisé par Jeff Baena, ancien étudiant en histoire du Moyen-Âge, The Little Hours prend place dans un couvent italien au XIVème siècle dans lequel vivent des nonnes très particulières. Un servant fugitif se voit contraint d’y trouver refuge. Bien évidemment quand on voit les grands noms au casting de ce film, tels que Dave Franco, la géniale Aubrey Plaza, Alison Brie ou encore Nick « Ron Swanson » Offerman, on s’attend forcément à une sympathique comédie. Finalement, on est un peu loin du compte quand on remarque très vite que The Little Hours est un film complètement déjanté. L’arrivée de ce beau servant va en effet agiter les hormones de nos chères bonnes sœurs qui vont commencer à se comporter de façon instable.

Dès le départ, le ton employé par Baena déstabilise. Il ne faut pas attendre longtemps avant de voir une nonne jouée par Aubrey Plaza se mettre à jurer comme un charretier sur un pauvre petit serviteur. Cet éclair hystérique va peupler tout le long-métrage qui ne se refuse rien en ce qui concerne l’humour un peu cru. Se servant cependant de ses études en histoire, Baena arrive à créer une sorte de melting-pot jouant à la fois sur un humour anachronique mais également sur des aspects propre à l’époque ( les sublimes tirades de Nick Offerman en sont les exemples les plus frappants). Le trio de nonnes campées par Alison Brie, Aubrey Plaza et Kate Micucci, trois actrices ayant fait leurs preuves dans des sitcoms, est exquis. Entre une Alison Brie rêvant d’un mariage qui la sortirait de ce couvent, une Aubrey Plaza psychotique portée sur la sorcellerie et une Kate Miccuci, juive et fantasmant sur le sexe féminin, les barres de rires se feront nombreuses avant de finir en apothéose dans un barouf des plus jouissifs. C’est un peu les Proies version Saturday Night Live dans un couvent.

[Compétition internationale ] – Laissez Bronzer les cadavres

Réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani (France, Belgique, 2017).

Dire que Laissez bronzer les cadavres était attendu comme le messie serait un euphémisme tellement le duo d’esthètes avait marqué les esprits avec leurs précédents longs-métrages Amer et L’étrange couleur des larmes de ton corps. Exit le giallo (enfin pas totalement), et place à deux autres genres phares du bis italien, le western spaghetti et le poliziesco pour une adaptation du polar noir de Bastid et Manchette. 250 kilos d’or, un hameau abandonné dans le sud de la France, trois braqueurs, et des invités inattendus, voilà comment commence cette rafale de balles et de sang. Diamétralement opposé à leur précédent essai, qui disposait d’un côté cauchemardesque dans un immeuble d’art nouveau, Laissez bronzer les cadavres est un western solaire tout aussi sensoriel.

Les habitués du duo ne seront pas déçus de ce rollercoaster aux mille et une expérimentations. Poussant leur perfectionnisme à leur maximum, Cattet et Forzani accouchent d’une œuvre fascinante à la richesse foisonnante. C’est simple, chaque plan propose une idée de cinéma, qu’elle soit visuelle ou sonore. Comme d’habitude tout passe par les sensations, et les deux metteurs en scènes réussissent encore une fois leur coup. Après les armes blanches, ce sont les armes à feu qui vont être l’objet du fétichisme de Cattet/Forzani, et autant dire que les balles fusent comme jamais dans l’histoire du cinéma. Inspiré par le cinéma de Tsukamoto ou de Tsui Hark, en ce qui concerne ce montage très rapide, le film est un véritable uppercut dans la tronche. Le jeu sur les couleurs est poussé encore plus loin, le design sonore nous place au centre de ce règlement de compte sanguinaire et les références pulp ou gothique se multiplient. En s’appropriant un récit assez linéaire, le duo arrive à y incorporer des séquences fantasmagoriques à l’onirisme saisissant. Du véritable travail d’orfèvre, une nouvelle fois rythmé par une bande-son composée de morceaux empruntés au cinéma français et italien des années 70/80. Sublime, tout simplement.

[Compétition internationale] – A Day

Réalisé par Seon-ho Jo (Corée du Sud, 2017)

Après les États-Unis et la France, rendez-vous à l’autre bout du monde avec le représentant annuel de la Corée en compétition, A Day. Depuis plusieurs années le cinéma Sud-Coréen nous a habitués à offrir des blockbusters originaux et rafraîchissants, A Day s’inscrit directement dans cette lignée. Loin d’être une œuvre aussi noire que les films de Park Chan-Wook, cet essai de Seon-ho Jo cache plutôt bien son jeu. Le film débute avec un médecin reconnu qui n’arrive malencontreusement pas à sauver sa fille d’un accident de voiture mortel. Cependant, peu de temps après l’accident il se réveille quelques heures avant le drame, le voilà donc piégé dans une boucle temporelle, prêt à tout pour arriver à sauver son enfant. Voilà le point de départ de A Day. L’histoire des boucles temporelles n’est pas un sujet nouveau ( pour preuve The Endless en parlait déjà précédemment dans la journée), mais Seon-ho Jo va faire preuve de malice pour faire de son film un véritable thriller.

Le récit prend en effet une tournure assez inattendue qu’il serait dommage de spoiler donc restons en là pour ce qui concerne l’histoire. On peut dire cependant que le goût pour la thématique de la vengeance refait surface dans le cinéma coréen, même si A Day dispose d’un ton beaucoup moins cynique que les grandes œuvres du genre. Possédant un travail sur la mise en scène assez propre malgré un manque de véritable originalité, le cinéaste coréen arrive à tenir en haleine le spectateur tout du long. On regrettera une fin un peu trop dégoulinante de bons sentiments et un peu facile, surtout quand on connait le ton habituel des films coréens. A Day reste un film ayant une volonté de toucher un public large. Il peut se reposer sur son scénario solide qui offre un second souffle à ces histoires de boucles temporelles.

[Midnight Movies] – Lowlife

Réalisé par Ryan Prows (USA, 2017)

Une fois n’est pas coutume, on finit avec le midnight movie du jour. Lowlife de Ryan Prows est un film choral s’inspirant de classiques du genre tels que Pulp Fiction et qui offre un panorama de personnages assez incongru. On y retrouve un catcheur mexicain, une toxico enceinte, un repris de juste arborant une swastika sur le visage ou encore une gérante de motel ancienne camée. Tous ces personnages vont alors se croiser dans une sordide histoire de trafic d’organe orchestrée par un proxénète/gérant de restaurant de taco. L’ambiance californienne irradie donc le long-métrage de Ryan Prows qui malgré ses faibles moyens offre un film assez propre au niveau de la mise en scène. Cela ne suffit malheureusement pas à en faire un bon film, ou du moins pas un bon midnight movie.

Lowlife, malgré des dialogues faisant parfois mouches et quelques explosions de violences cathartiques ici et là, ronronne un peu. Est-ce la faute du découpage en chapitre se concentrant sur chacun des personnages et se recoupant à un moment donné ? Ou peut-être un scénario assez maigre servi par un rythme trop lent qui l’alourdit ? Peut-être est-ce un peu tout ça, mais Lowlife reste une déception. Malgré la générosité entreprise par son réalisateur, son amour pour les films de El Santo, figure mythique du luchador, le fun se fait beaucoup trop rare pour faire de Lowlife une œuvre marquante.

Pour le 4ème jour, ce sera du classique hollywoodien qui sera au programme avec les cultissimes L’Exorciste et Robocop, deux chef d’œuvres de monstres sacrés. Puis ce sera autour de Fashionista, un film au pitch des plus étranges avant de finir sur la suite du très gore Meatball Machine en séance de minuit.

 

 

 

Festival

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