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CINÉMANIA 2025 : Jérôme Commandeur pour T’as pas changé

Jérôme Commandeur a plus d’une corde à son arc : comédien, showman et maintenant réalisateur depuis trois films. Et c’est justement son dernier bébé qu’il vient présenter à Montréal pour la 31e édition du festival de films francophones Cinémania. Il y apporte un vent de fraîcheur dans une programmation qui a, une fois n’est pas coutume, mis l’accent sur les comédies pour « donner un peu de baume au cœur en ces temps anxiogènes » de l’avis même du directeur du festival. Arrivé un jour de première neige dans un festival perturbé par une énorme grève des transports en commun, sa bonne humeur est réconfortante et colle bien à l’image qu’on se fait de cet artiste. Rencontre pour la présentation de T’as pas changé.

Le Mag du Ciné: Je viens de voir le box-office du film qui a pris la première place devant la grosse production hollywoodienne de la semaine (Prédator, Badlands ndlr.) et qui est votre plus gros démarrage. Alors, êtes-vous prêt pour le million ?

(Il sourit).

Jérôme Commandeur: Alors prêt pour le million, je n’en sais rien, mais j’ai remarqué, que ce soit en tant que comédien ou réalisateur, que les prédictions sont toujours très fluctuantes. Ça pourrait être ça ou ça… C’est un peu comme la météo, là tout est ensoleillé mais ça pourrait devenir très vite nuageux. Je suis assez distant avec ça et je vais me satisfaire de ce qui est acquis pour le moment.

Ensuite je voulais vous parler du casting. Est-ce que le trio en tête d’affiche, vous l’aviez en tête dès le début, est-ce que vous avez changé d’avis ou est-ce qu’il y a eu des refus?

▷ Non, j’étais vraiment sur eux dès le début. J’avais envie d’eux et j’avais aussi envie que l’on ressente que ce sont les retrouvailles des copains d’une même classe. Il y a beaucoup de films sur les retrouvailles d’une bande de potes mais beaucoup moins sur ceux d’une même classe. On a ici un rapport à la fois intime et distant, c’est-à-dire que par exemple si vous êtes à la gare de Lyon et que quelqu’un vous tape sur l’épaule en disant « Véronique Choupineau, terminale 2 du lycée untel! » et vous lui répondez « Ah oui, oui je me souviens bien » alors que vous lui avez dit deux mots à l’époque. C’était ce rapport-là que j’avais envie de traiter. Pour revenir à eux, j’avais envie d’être dans cette bande. À l’avant-première, je leur ai même dit que je voulais être sur une affiche en leur compagnie. C’était très important de se dire que pour toute la vie on sera ce petit quatuor de cinéma et que dans trente ans, si on revoit cette affiche, on se dira qu’on était vraiment ensemble pour ce film. Pour revenir aux acteurs, oui je suis un fan. Fan de Vanessa par exemple. Tout a déjà été dit sur Vanessa, sa simplicité, son élégance. J’ai rencontré quelqu’un qui connaissait ce métier par cœur et qui comprenait exactement ce que je voulais.

D’ailleurs Vanessa Paradis n’a jamais été aussi rayonnante, elle pétille et elle a l’air de beaucoup s’amuser sur votre film.

▷ Oui, elle s’est beaucoup amusée, je vous le confirme. Quant à Laurent (Laffitte ndlr.) il est rentré dans le cercle très fermé des meilleurs comédiens de sa génération tandis que François (Damiens ndlr.) c’est un génie comique absolu. Laurent et François avaient déjà tourné ensemble, moi j’étais ami avec les deux. Mais je ne connaissais pas Vanessa alors que François, oui, puisqu’ils ont tourné L’Arnacoeur ensemble il y a longtemps.

J’ai également trouvé qu’il y avait un grand soin apporté aux seconds rôles. Des acteurs pas forcément très connus comme Catherine Hiegel, très drôle, mais j’ai eu un coup de cœur pour une actrice que j’ai découverte peut-être comme vous dans « Les Pistolets en plastique », c’est Delphine Baril. C’était elle également ou vous êtes passé par un casting ?

(De but en blanc). ▷ Ah non non. Je la connais depuis longtemps et c’était elle absolument. On a fait un sketch ensemble dans ma série Le monde magique sur Canal + et elle était ma femme dans mon film précédent Irréductible; c’est une brute en comédie. Il y a des gens, comme Laurent d’ailleurs, qui incarnent ça, qui le sont jusqu’au bout des ongles. Ils sont la comédie. Mais vraiment elle… C’est très dur de dire une phrase comme « Si vous faites un pas j’appelle Verisur » et d’être drôle, que les gens se marrent. Parce que ça raconte une sorte de quinquagénaire frustrée qui regarde toujours sa caméra, avec drôlerie. On entend un monde. C’est souvent ça les grands acteurs, notamment en comédie : quand ils disent un mot banal comme Verisur, on ressent la vie qu’ils ont et Delphine ou Laurent font partie de ceux-là.

Je ne m’attendais pas du tout à voir dans le film des stars des années 90 telles que Lâam, les Worlds Apart et surtout Patricia Kaas. Comment avez-vous fait pour les convaincre d’apparaître dans le film ?

▷ Oui, davantage de guest stars des années 90. Alors les Worlds Apart c’est rigolo et je rends hommage à mon directeur de production parce que les membres du groupe n’habitent pas au même endroit, donc il faut les faire venir et réussir à accommoder les agendas. Quand ils viennent en France c’est pour des tournées un peu revival, celle qu’on a dans le film et qu’on parodie un petit peu. Ensuite, ils repartent et sont très dispersés. Donc on a eu des sueurs froides quant aux allers et venues des uns et des autres. Les concernant tous, j’aime bien dire que les plus grands artistes ont de l’autodérision. Et sur le tournage ils en redemandaient. En fait ils se marrent, ça les fait marrer et ils étaient ravis d’être là. Donc c’était assez aisé de tous les convaincre mais plus compliqué de les faire venir, niveau logistique en tout cas.

J’ai beaucoup pensé à la chanson de Patrick Bruel « Place des grands hommes » et je m’attendais presque à l’entendre au générique, y avez-vous pensé?

▷ Non, parce qu’il y a ce « on s’était donné rendez-vous dans dix ans » dans la chanson et nous c’était trente donc ça ne collait pas. Mais en fait le titre T’as pas changé se suffit à lui-même comme une évidence. C’est un peu la phrase type des soirées de retrouvailles. On le dit pour combler un blanc ou on le dit très joliment, presque en passant sa main sur la joue de la personne, un ancien ami ou un ancien amour. Mais il y a aussi la version que je préfère, la vacherie déguisée, qui sous-entend « T’es toujours aussi con ». Le titre est même arrivé avant le film, cette phrase de politesse que tout le monde a au moins dit une fois dans sa vie. Et en fait, c’est marrant, parce qu’il y a toujours ce débat un peu philo à la fin d’une soirée un verre et une clope à la main où on se demande si on change ou pas. Et chacun y va de sa théorie… Mais je pense qu’on reste ce que l’on est mais qu’on enquille des choses, utiles ou pas. Alors forcément, à presque 50 ans, je suis plus aguerri, plus observateur, moins concon et moins niais. C’était coucou les petits oiseaux notre génération. Du genre « Beatrice elle veut sortir avec Sébastien, tu te rends compte !? » (On rit). Alors qu’aujourd’hui, les jeunes ils me larguent! J’ai des discussions avec des gamins de vingt ans qui sont les enfants de mes amis, ils me scotchent. On parlait d’identité, ils me conseillaient des bouquins très pointus, j’avais l’impression qu’ils étaient très très forts. Du coup, c’est ça que j’ai un peu voulu faire dans le film. On ne parle pas de la crise de la cinquantaine un peu « pushy », où le mari quitte femme et enfants pour partir sous les tropiques avec sa nouvelle compagne, ça a déjà été fait et très bien fait. Ici c’est juste de dire : « T’as pas envie d’aller un petit mieux parce que là t’es paumé ». Du coup j’ai probablement dû répondre à d’autres de vos questions avec ma diarrhée verbale.

Peut-être, oui. Le film alterne entre tendresse et humour un peu plus piquant. Est-ce que ça a été dur de trouver l’équilibre et de ne pas trop tomber dans l’un ou dans l’autre ?

▷ Merci d’en parler. Oui, parce que ça a été au cœur des discussions et on s’est un peu cogné la tête contre les murs sur ce sujet au montage. Car c’est vraiment l’endroit où on fait le film. Alors la comparaison est peut-être un peu simpliste mais c’est sur la table de montage qu’on pose les ingrédients du tournage et on fait le film véritablement à ce moment-là. Et c’est exactement là où j’ai ressenti ce que vous dites. Par exemple, quand on est au milieu de deux moments burlesques mais qu’au final on raconte quelque chose d’un peu triste est-ce que l’un ne va pas l’emporter sur l’autre? Mais il n’y pas vraiment de réponse, il faut laisser aller son intuition. J’ai montré des ébauches à des copains réalisateurs, au distributeur bien sûr, aux producteurs… J’ai eu de grandes discussions avec ma monteuse sur le sujet. Mais après il faut se dire que chacun va répondre de là où il se trouve avec ses goûts et ses valeurs. Par exemple, sur certaines séquences, elle me disait qu’elle n’aimait pas ce type d’humour mais je lui répondais que ce n’est pas parce qu’elle ne l’aime pas que ce sera le cas de tout le monde. Il faut donc toujours prendre des avis un peu « baromètres », médians. Puis j’ai fait des projections test et il y a une scène où le personnage de Laurent Laffitte chante une chanson au piano dans une gare. Et les gens disaient que cette scène les déstabilisait, qu’ils ne savaient pas si c’était censé être drôle ou pas. Alors j’ai tenu une fois, deux fois, trois fois, etc. Mais à force on cède, parce que ce sont des gens qui ne se connaissent pas entre eux et donc il y a une raison, il ne faut pas toujours insister. Mais ça reste un processus qui reste passionnant.

Que a pensé votre mentor de cinéma, Dany Boon, de votre film ? Et lui avez-vous déjà demandé de faire des apparitions dans vos films ?

▷ Dans celui-là non. Mais oui j’aimerais beaucoup. Je sais qu’il a beaucoup aimé le film, qu’il l’a trouvé très tendre mais aussi grinçant.

Et est-ce qu’un premier rôle dans un prochain film serait quelque chose de pertinent ?

▷ Ah oui j’aimerais beaucoup!

Et donc on en vient à ma question suivante, avez-vous déjà une idée pour un prochain film et aborder d’autres genres ?

▷ Pas forcément le drame mais j’aimerais beaucoup un film historique ou un thriller. Je serais également heureux de faire un premier film ou le film d’un nouveau talent chez les cinéastes ou encore un film étranger qui sait, espagnol ou même québécois.

D’accord mais en tant que réalisateur je voulais dire…

▷ Ah ok. Eh bien non puisque là je remonte sur scène fin 2026 et le one-man-show va me prendre plusieurs saisons comme le précédent. Et ça fait déjà quatre ans et ça me manque un peu.

Eh bien merci. Dernière chose : avez-vous trouvé un distributeur ici au Québec ?

▷ Oui, oui c’est TVA Films!