Cannes 2024 : Rumours, promenons-nous au G7

Présenté Hors Compétition au Festival de Cannes, Rumours a déclenché, avec un style tout autre que Le Deuxième Acte, de belles salves de rires sur la Croisette. Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson ont concocté un film complètement rocambolesque mêlant parodie des genres et satire politique acerbe. Un concept pour le moins aventureux, qui, malgré une introduction hilarante, se perd en chemin dans sa propre folie.

Synopsis : Lors de leur sommet annuel du G7, les sept dirigeants des démocraties libérales les plus riches du monde se perdent dans les bois la nuit alors qu’ils tentent de rédiger leur déclaration provisoire.

Guy Maddin, réalisateur de la contre-culture et adepte des films expérimentaux, avait déjà présenté son court-métrage, The Heart of the World, à la Quinzaine des cinéastes. Vingt-quatre ans plus tard, avec Rumours, il est sélectionné pour la première fois au Festival de Cannes, Hors Compétition. Pour construire ce film décoiffant et très original, Guy Maddin a fait appel à Evan et Galen Jonhson, avec lesquels il avait déjà réalisé The Green Fog, un hommage déroutant au Vertigo d’Alfred Hitchcock. Dans Rumours, les trois réalisateurs nous offrent une nouvelle expérience cinématographique, singulière et esthétique, cette fois-ci au cœur d’une réunion du G7.

Les bons à rien de la table ronde

L’Allemagne organise un G7 au sein d’un château isolé, cadre idyllique pour rédiger une déclaration provisoire commune aux plus grandes puissances mondiales. Un sujet intriguant, en apparence sérieux, qui tombe en dérision lorsque l’équipe de Rumours remercie avec force ironie les dirigeants actuels pour leur très modeste contribution.

Ce ton comique bien posé, le film nous présente, de façon très théâtrale, les sept personnages de ce sommet international. Tous caricaturés à l’extrême, ils rivalisent d’égocentrisme, de propos ridicules et de piques bien senties. La chancelière allemande, incarnée par une étonnante Cate Blanchett, essaie tant bien que mal de maintenir l’ordre mais soumet des idées sulfureuses. Le Président français, campé par un excellent Denis Ménochet, étale sa science devant tout le monde. Le président américain, interprété par Charles Dance, se croit tout puissant alors qu’il passe son temps à dormir. Le Président du conseil italien, habillé comme Mussolini, apparaît comme un idiot qui n’apporte rien à part de la charcuterie dans ses poches. Le Ministre japonais, plus discret, n’arrive pas à s’affirmer. Le dirigeant canadien, un bellâtre à la sensibilité exacerbée, ne parvient pas à se remettre d’une rupture. Il conserve malgré tout une figure masculine héroïque, une marque évidente de chauvinisme puisque Rumours est un film canadien. Dans cette galerie de joyeux lurons totalement imbéciles, seule la Première Ministre britannique tente de ramener les autres au travail. Enfin, un peu en dehors de la fête, la Présidente de la Commission européenne, jouée par Alicia Vikander, semble débarquer d’une autre dimension, avec sa langue suédoise que seule la Chancelière parvient plus ou moins à déchiffrer.

Ainsi rassemblés autour d’une table ronde, garnie de mets exquis et de bons vins, les dirigeants politiques cherchent l’inspiration pour leur déclaration provisoire, censée répondre à une crise mondiale dont nous ignorons les tenants et aboutissements. Divisés en groupes, les hommes et femmes d’État se révèlent incapables de proposer la moindre solution tangible et n’énoncent que des idées banales et incohérentes.

Rumours donne donc à voir, avec beaucoup d’humour, la difficulté d’échanger et l’incapacité des grandes nations à réagir face aux situations de crises planétaires. Bien que le contexte demeure un mystère, on pense facilement aux conflits diplomatiques et au réchauffement climatique. Le film dénonce également toute une caste politique qui ne maîtrise pas ses sujets, qui se désintéresse de sa propre mission et ne possède, en guise de compétence, que l’art de tourner de beaux discours pour apaiser les foules de manifestants mécontents. En dépit de ce volet satirique, Rumours ne lance pas de message politique appuyé. En effet, ce portrait de dirigeants désenchantés impuissants à changer le monde est clairement plus destiné à faire rire qu’à mener une véritable offensive contre nos gouvernements. Et ce, d’autant plus lorsque des phénomènes étranges font passer leur survie avant leur office.

Objet filmique non identifié

Confrontés au réveil de momies humaines de 2000 ans et à toute une série de phénomènes surnaturels, les membres du G7 doivent survivre seuls, perdus dans une forêt enchantée dont l’esthétique rappelle celle des contes pour enfants. Ils vivent alors un périple complètement absurde en imaginant qu’une invasion alien a détruit le monde, ou encore qu’une intelligence artificielle en a pris le contrôle.

Rumours parodie alors les films d’horreur, de survie, ainsi que l’imaginaire fantastique. L’apogée de cette balade abracadabrante consiste en l’apparition d’un immense cerveau, dont la symbolique questionne, au beau milieu de la forêt. Est-ce l’intelligence perdue de nos dirigeants ? Ou le savoir d’une nouvelle intelligence artificielle, extra-terrestre, qui serait capable de la remplacer ? Libre à chacun d’interpréter.

Ce concept ubuesque fonctionne très bien dans la première partie du film, sous la forme d’un sketch particulièrement désopilant. Malheureusement, Rumours s’égare progressivement dans des redites cycliques et des sur-développements inutiles qui stoppent trop vite la progression de l’histoire. Le pitch du film, génialissime, aurait sans doute mieux été exploité au sein d’un récit plus condensé. Malgré tout, on ne boude vraiment pas son plaisir devant cette comédie délirante qui a le mérite de nous sortir un peu la tête des eaux troubles de la Compétition cannoise.

Rumours est présenté en Hors Compétition au Festival de Cannes 2024.

Fiche technique

Réalisé par : Guy MADDIN, Evan JOHNSON, Galen JOHNSON
Année de production : 2024
Pays : Canada, Allemagne
Durée : 118 minutes

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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