Cannes 2023 : Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese

Trente-sept ans après After Hours, Martin Scorsese revient sur la Croisette pour présenter son nouveau film sélectionné en hors-compétition, sur la malédiction meurtrière des Indiens Osages, armé d’un casting quatre étoiles.

Un nouveau long-métrage signé Scorsese est toujours un évènement, d’autant plus que le cinéaste n’était pas revenu présenté un film depuis son prix de la mise en scène pour After hours en 1986. Cette année et grâce à l’accord d’APPLE pour sortir le film en salles, le réalisateur d’Aviator revient avec un western époustouflant sur les meurtres de la tribu Osage dans les années 1920.

À l’affiche, Martin Scorsese a décidé de réunir ses plus fidèles ouvriers, à savoir Leonardo DiCaprio et Robert de Niro, avec en prime Lily Glastone, Jesse Plemons et Brendan Fraser. Autant dire que le film était très attendu, ce qu’on a pu ressentir lors de la première annonce de la sélection cannoise, et ce jusqu’aux bords des marches du Palais des Festivals. Mais qu’en est-il vraiment ?

L’ambiance autour du film est sans appel, une billetterie complète dès la mise en ligne, une foule aux aguets à la moindre interrogation et des bruits de couloirs à n’en plus finir, avec qu’un seul nom dans les airs : Killers of the Flower moon. Dans les salles, que ce soit durant la projection officielle ou celle de la presse, le public est en haleine, applaudissant rien qu’à la découverte des visages si connus et ô combien acclamés de la famille scorsesienne.

Comme attendu, ce tout nouveau chapitre dans la filmographie du maître est d’une puissance dont seul Martin Scorsese a le secret. Outre le jeu des acteurs oscarisés, d’une perfection absolue (surtout en la personne de Leonardo DiCaprio qui se retrouve dans un rôle loin du héros acclamé), la grande révélation du film est bel et bien Lily Glastone, qui est d’une frappante sincérité, où le charisme de l’actrice va bien au-delà d’une simple interprétation. Outre les acteurs, le film est d’une beauté cristalline, amenant un climat aussi beau que morbide sur la terre pétrolière Osage où combines et meurtres détruiront des fortunes familiales pour le compte d’une seule personne. Robert de Niro en antagoniste principal, aussi perfide qu’un serpent, et ce à 79 ans, est encore une merveille signée Martin Scorsese. L’acteur baigne dans son sang froid, mêlant miséricorde, générosité et fallacieuses arnaques afin de profiter de la richesse de ses « amis » amérindiens. Avec cette aura crépusculaire, le film est imprégné d’un malaise tout particulier, où le mal n’est qu’à une porte de chez soi, ne laissant qu’au bout du compte que de la peur et de l’appréhension au sein de la tribu.

Véritable choc d’inhumanité, Killers of the Flower Moon est un thriller bourré d’éléments révélateurs d’un cinéma quasi miraculeux, hommage à l’absolu western du temps de Leone, avec toutefois un point d’honneur à rester fidèle à l’identité du cinéaste. Tel un lent poison, le film s’insurge en chaque spectateur afin de créer un véritable trouble, entre quête de la vérité et puissante révélation sur une partie oubliée de l’Histoire.

Après l’imparfait The Irishman, Killers of the Flower Moon est la quintessence du cinéma de Scorsese et on espère beaucoup plus de films de cette trempe, qui régalent la culture du septième art, au travers de la focale d’un grand ambitieux qui fera plus d’un heureux.

Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese est présenté au Festival de Cannes 2023

Par Eric Roth, Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Robert De Niro, Lily Glastone, Jesse Plemons, Brendan Fraser,…
18 octobre 2023 en salle / 3h 26min / Thriller, Drame, Historique
Distributeur : Paramount Pictures France

Synopsis : Au début du XXème siècle, le pétrole a apporté la fortune au peuple Osage qui, du jour au lendemain, est devenu l’un des plus riches du monde. La richesse de ces Amérindiens attire aussitôt la convoitise de Blancs peu recommandables qui intriguent, soutirent et volent autant d’argent Osage que possible avant de recourir au meurtre…

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.