Dans une farandole de musiques et d’images : hommage au 7ème art

Le 7ᵉ art, comme pratique du rêve et de la symphonie des sens, tisse depuis ses origines un lien intime avec l’imaginaire. Par la rencontre du son et de l’image, il recrée la logique flottante des songes. Voici un texte poétique qui pourrait être la fin d’un long métrage et qui rend hommage à l’un des objectifs du cinéma en tant qu’art : sublimer, magnifier et se rapprocher de la synesthésie.

Dans une farandole de musiques et d’images

Je me trouve sur une plateforme de lumières et de poussières. J’ai les pieds qui s’envolent. Je décolle. Et donc je suis là… Autour de moi, une farandole de musiques et d’images s’anime. Chaque couleur produit une intonation différente, avec des textures qui savent se faire désirer. Déflagrations sonores. Contrepoints chaleureux… Je découvre l’extase, la puissante union des tonalités, des flashs, des cordes, des crescendos, des climax, des animations, des formes, des structures, des éclairages…

Mon corps est comme un orchestre qui réagit à des stimuli auditifs et visuels, dans une sorte de double harmonie.

Une géante aux seins nus, robotisée, humanoïde, tourne en face de moi. Sublime. Elle ressemble à la première femme que j’ai aimée. Esther. J’ai peur de sa réaction. Va-t-elle m’enlever ? Non.

Des vrombissements arrivent par vagues. Je suis magnétique, électrique, l’aimant et la tempête. Une sensualité inédite s’offre à moi. L’air s’ouvre et j’emporte tout, dessinant des arabesques évanescentes. Un frisson ancien s’est réveillé, comme si la mémoire du monde avait choisi mes os, ma chair pour sanctuaire. Je réduis le point d’une île. Je me rapproche d’une autre. Ça zoome. Ça m’aspire…

J’atterris. Je suis sur un escalier de piano. Sous mes pieds, les marches envoient des notes et des diapositives. Mes pas résonnent, sonnent comme des éclats d’ivoire. Je sens l’odeur du métal tiède, du bois poli, avec le goût du son sur ma langue. Un mélange de cuivre et sel. Les touches semblent suivre une direction. La lumière est au fond. Là-haut. Au bout du dernier accord. J’ouvre les yeux. Je me réveille. Non. Je suis mort.

C’est merveilleux…

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

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Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

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Oka Liptus
Oka Liptushttps://www.lemagducine.fr
Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

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Que faire quand on aime son enfant mais qu'on n'a aucune envie de jouer à la mère ? Dans "Die My Love", Lynne Ramsay s'empare de cette question inconfortable. Portée par une Jennifer Lawrence éblouissante de rage sauvage et de désarroi avide, l'histoire se noue dans une demeure déglinguée du Montana. La réalisatrice écossaise compose une partition aussi âpre qu'intense et lumineuse. Soutenue par un Robert Pattinson en mari désemparé et par la présence nostalgique de Sissy Spacek et Nick Nolte, Ramsay ne filme pas seulement une dépression : elle ausculte le vertige d'une femme qui ne veut pas se plier aux conventions. Ni complaisance, ni réalisme psychologique. Juste une sincérité à vif, et un cri.

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